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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2209542

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2209542

vendredi 16 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2209542
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantLEMONNIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 8 décembre 2022, M. B D, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 6 décembre 2022 par lequel la préfète de l'Oise l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement et lui a interdit de revenir sur le territoire français pour une durée de trois ans, en ce compris le signalement dont il fait, par suite, l'objet, aux fins de non-admission dans le système Schengen pour la durée de cette interdiction ;

2°) d'enjoindre au préfet territorialement compétent de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour sous astreinte de 152,45 euros par jour de retard.

Il soutient que :

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- cette décision a été prise par une autorité incompétente ;

- elle est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle méconnait l'article L. 611-3, 5° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation au regard de la menace à l'ordre public qu'il représente.

En ce qui concerne la décision de refus de délai de départ volontaire :

- cette décision est illégale du fait de l'illégalité, invoquée par voie d'exception, de la décision portant obligation de quitter le territoire ;

- elle a été prise par une autorité incompétente ;

- elle est entachée d'un défaut de motivation ;

En ce qui concerne la décision de fixation du pays de destination :

- cette décision est illégale du fait de l'illégalité, invoquée par voie d'exception, de la décision portant obligation de quitter le territoire ;

- elle a été prise par une autorité incompétente ;

- elle est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

En ce qui concerne la décision d'interdiction de retour sur le territoire français :

- cette décision est illégale du fait de l'illégalité, invoquée par voie d'exception, de la décision portant obligation de quitter le territoire ;

- elle a été prise par une autorité incompétente ;

- elle est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 11 décembre 2022, la préfète de l'Oise conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme C en application de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Leclère, magistrate désignée ;

- les observations de Me Lemonnier, représentant M. D, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens. Il soutient en outre que M. D aurait dû faire l'objet d'une mesure de transfert aux autorités belges ;

- les observations de M. D qui répond aux questions posées par le tribunal dans le cadre de l'instruction ;

- La préfète de l'Oise n'étant ni présente ni représentée.

Considérant ce qui suit :

1. Par la requête susvisée, M. B D, ressortissant afghan né le 19 août 1986, demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 6 décembre 2022 par lequel la préfète de l'Oise l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement et lui a interdit de revenir sur le territoire français pour une durée de trois ans, en ce compris le signalement dont il fait, par suite, l'objet, aux fins de non-admission dans le système Schengen pour la durée de cette interdiction.

Sur les moyens communs à l'ensemble des décisions en litige :

2. En premier lieu par un arrêté du 5 août 2022, publié le même jour au recueil des actes administratifs de la préfecture, la préfète de l'Oise a donné délégation à M. E A, sous-préfet hors-classe, secrétaire général de la préfecture de l'Oise, signataire de l'arrêté attaqué, à l'effet de signer, notamment, les décisions contestées. Le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté en litige doit, dès lors, être écarté.

3. En second lieu, l'arrêté attaqué, qui n'avait pas à mentionner l'ensemble des circonstances de fait de l'espèce, énonce les considérations de droit et de fait sur lesquelles il se fonde. Il vise notamment les articles L. 611-1, L. 611-3 et L. 711-1 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et décrit les conditions d'entrée et de séjour de M. D sur le territoire français. Il apparaît en outre que la préfète a pris en compte les critères de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour déterminer la durée de l'interdiction de retour. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de l'arrêté attaqué manque en fait et doit être écarté.

Sur la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

4. En premier lieu, aux termes du 5° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : () 5° L'étranger ne vivant pas en état de polygamie qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France, à condition qu'il établisse contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans () ".

5. M. D est le père d'un enfant français né le 14 février 2020. Cependant, si le requérant soutient contribuer à son entretien et à son éducation, il ne l'établit pas. M. D reconnait d'ailleurs ne plus vivre avec son fils et la mère de ce dernier. Par ailleurs, lors d'une audition par les services de gendarmerie en novembre 2020, M. D a déclaré ne pas avoir son enfant à charge, que ce dernier était élevé par sa mère. En outre, il ressort des pièces du dossier que l'intéressé n'a pas reçu la visite de sa compagne et de son fils au cours de sa période d'incarcération au centre pénitentiaire de Beauvais qui a duré plus de quatre mois. Le moyen doit, dès lors être écarté.

6. En deuxième lieu, d'une part, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " () Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () ". D'autre part, aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant du 26 janvier 1990, publiée par décret du 8 octobre 1990 : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Il résulte de ces dernières stipulations que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant. Elles sont applicables non seulement aux décisions qui ont pour objet de régler la situation personnelle d'enfants mineurs mais aussi à celles qui ont pour effet d'affecter, de manière suffisamment directe et certaine, leur situation.

7. Il ressort des pièces du dossier que M. D est entré, selon ses dires, sur le territoire français en 2018. L'intéressé est parent d'un enfant français né le 14 février 2020 vivant avec sa mère dans la famille de cette dernière. Si M. D soutient que cette situation est due à des raisons financières empêchant le couple de vivre ensemble, il ne l'établit pas. Il n'établit pas non plus la nature et l'importance des relations qu'il entretiendrait avec son enfant. Il ressort également des pièces du dossier que sa compagne et son fils ne lui ont pas rendu visite lors de sa détention au centre pénitentiaire de Beauvais, l'intéressé n'ayant d'ailleurs reçu aucune visite. M. D ne se prévaut d'aucune autre attache familiale en France hormis sa compagne et son enfant. Par ailleurs, le requérant ne justifie pas d'une insertion sociale et professionnelle stable et d'une particulière intensité sur le territoire français. En outre, M. D a déclaré, au cours de son audition par les services de la police aux frontières le 6 décembre 2022 que sa mère et son frère se trouvaient en Afghanistan. Il n'est ainsi pas dépourvu d'attaches dans son pays d'origine. Dans ces conditions, la décision attaquée n'est pas entachée de disproportion au regard du droit au respect de sa vie privée et familiale garanti par l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Il n'est pas plus établi que l'intérêt supérieur de son enfant aurait été méconnu par l'autorité préfectorale. Les moyens doivent être écartés.

8. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : 1°) L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu, sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ; (..) / 5° Le comportement de l'étranger qui ne réside pas régulièrement en France depuis plus de trois mois constitue une menace pour l'ordre public. () ".

9. M. D soutient que son comportement ne constitue pas une menace pour l'ordre public. Il ressort des pièces du dossier que M. D a été signalé pour des faits de conduite d'un véhicule sans permis de conduire et sans assurance. Il a été condamné le 30 juillet 2022 à cinq mois d'emprisonnement pour des faits de détention de tabac manufacturé sans document justificatif, fait réputé importation en contrebande. Par ailleurs, M. D est également connu des autorités belges pour diverses infractions dont une infraction liée à un groupe terroriste. Par suite, l'autorité préfectorale n'a pas commis d'erreur d'appréciation en fondant l'obligation de quitter le territoire français contestée sur ce motif. En outre, M. D ne conteste pas la légalité de l'autre motif de l'obligation de quitter le territoire français, fondé sur le 1° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen doit être écarté.

10. En quatrième et dernier lieu, si M. D soutient que la préfète de l'Oise aurait dû prononcer à son encontre un arrêté de transfert aux autorités belges, il n'établit pas avoir sollicité l'asile en Belgique. Le moyen doit être écarté.

Sur la légalité de la décision refusant un délai de départ volontaire :

11. Compte tenu de ce qui précède, le moyen tiré de l'illégalité, invoquée par voie d'exception, de la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être écarté.

Sur la légalité de la décision fixant le pays de destination :

12. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de l'illégalité, invoquée par voie d'exception, de la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être écarté.

13. En second lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants " et du dernier alinéa de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ".

14. M. D n'établit pas être personnellement et actuellement exposé au risque de subir dans son pays d'origine des traitements prohibés par les stipulations précitées de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et des dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

Sur la légalité de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

15. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. () ". En outre, aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français ".

16. Il ressort des termes mêmes de ces dispositions que l'autorité compétente doit, pour décider de prononcer à l'encontre de l'étranger soumis à l'obligation de quitter le territoire français une interdiction de retour et en fixer la durée, tenir compte, dans le respect des principes constitutionnels, des principes généraux du droit et des règles résultant des engagements internationaux de la France, des quatre critères qu'elles énumèrent, sans pouvoir se limiter à ne prendre en compte que l'un ou plusieurs d'entre eux. Ainsi la décision d'interdiction de retour doit comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, de sorte que son destinataire puisse à sa seule lecture en connaître les motifs. Toutefois, si cette motivation doit attester de la prise en compte par l'autorité compétente, au vu de la situation de l'intéressé, de l'ensemble des critères prévus par la loi, aucune règle n'impose que le principe et la durée de l'interdiction de retour fassent l'objet de motivations distinctes, ni que soit indiquée l'importance accordée à chaque critère.

17. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de l'illégalité, invoquée par voie d'exception, de la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être écarté.

18. En second lieu, si M. D soutient que cette décision est entachée d'une erreur d'appréciation, il ressort des pièces du dossier qu'il est entré, selon ses dires, en France en 2018, qu'il a fait l'objet d'une précédente obligation de quitter le territoire français par arrêté du préfet du Nord du 11 septembre 2021 et que son comportement constitue une menace pour l'ordre public. Dans ces conditions, et eu égard à la situation personnelle et familiale de l'intéressé telle qu'elle est décrite au point 7 du présent jugement, il ne ressort pas des pièces du dossier que la préfète de l'Oise a entaché sa décision faisant interdiction à M. D de revenir sur le territoire français pendant une durée de trois ans, d'une erreur d'appréciation. Par suite, le moyen doit être écarté.

19. Il résulte de tout ce qui précède que M. D n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 6 décembre 2022. Il y a lieu, par voie de conséquence, de rejeter ses conclusions à fin d'injonction.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. F et à la préfète de l'Oise.

Prononcé en audience publique le 16 décembre 2022.

La magistrate désignée,

Signé,

M. CLa greffière,

Signé,

F. JANET

La République mande et ordonne à la préfète de l'Oise en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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