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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2209701

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2209701

jeudi 13 juillet 2023

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2209701
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantYARROUDH-FEURION

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I. Par une requête et un mémoire, enregistrés les 14 décembre 2022 et 15 janvier 2023, sous le n° 2209701, M. A B, représenté par Me Yarroudh-Feurion, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 12 décembre 2022 par lequel le préfet du Pas-de-Calais l'a obligé à quitter le territoire français, a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire, a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement et lui a interdit le retour sur le territoire français avant l'expiration du délai d'un an ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que les décisions attaquées méconnaissent les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les stipulations de l'article 7 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne.

La procédure a été communiquée au préfet du Pas-de-Calais qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Le requérant a été admis à l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle du 23 janvier 2023.

Par une ordonnance du 27 avril 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 30 mai 2023.

II. Par une requête et un mémoire, enregistrés les 14 décembre 2022 et 15 janvier 2023, sous le n° 2209703, M. A B, représenté par Me Yarroudh-Feurion, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 12 décembre 2022 par lequel le préfet du Pas-de-Calais l'a assigné à résidence pour une durée de six mois renouvelable une fois en vue de procéder à l'exécution de la mesure d'éloignement prononcée le même jour à son encontre ou, à titre subsidiaire, de le modifier ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que cet arrêté méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les stipulations de l'article 7 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne au regard de ses conséquences graves notamment sur sa vie professionnelle.

La procédure a été communiquée au préfet du Pas-de-Calais qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Le requérant a été admis à l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle du 23 janvier 2023.

Par une ordonnance du 30 mai 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 13 juin 2023.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de Mme Zoubir a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, ressortissant algérien né le 13 mars 1988 à Alger (Algérie), déclare être entré sur le territoire français au cours de l'année 2019. Après avoir été interpellé, le 12 décembre 2022, par les services de police, M. B a fait l'objet le 12 décembre 2022 de deux arrêtés du préfet du Pas-de-Calais portant pour le premier obligation de quitter le territoire français sans délai, fixation du pays de destination de cette mesure d'éloignement et interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée d'un an et pour le second assignation à résidence pour une durée de six mois renouvelable une fois en vue de procéder à l'exécution de la mesure d'éloignement. Par les requêtes nos 2209701 et 2209703, M. B demande au tribunal l'annulation de ces deux arrêtés.

Sur la jonction :

2. Les requêtes nos 2209701 et 2209703 présentées par le même requérant, présentent à juger une même situation et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.

Sur les demandes d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

3. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président. () ".

4. M. B ayant été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par deux décisions du 23 janvier 2023 du bureau d'aide juridictionnelle, pour chacune des instances n° 2209701 et n° 2209703, ses conclusions aux fins d'admission provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle sont devenues sans objet.

Sur les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 12 décembre 2022 portant obligation de quitter le territoire français sans délai de départ volontaire, fixant le pays de destination de la mesure d'éloignement et interdisant le retour sur le territoire français avant l'expiration du délai d'un an :

5. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ". Et aux termes de l'article 7 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de ses communications ".

6. Il ressort des pièces du dossier que M. B, ainsi qu'il l'a déclaré lors de son audition par les services de police le 12 décembre 2022, est célibataire et sans enfant à charge. S'il déclare être entré sur le territoire français depuis plus de trois ans à la date de la décision attaquée et de sa volonté d'obtenir un titre de séjour, ce dernier ne justifie d'aucune démarche entreprise en vue de régulariser sa situation. M. B se prévaut de son emploi de cuisinier dans un restaurant-pizzeria depuis le 8 septembre 2021. Toutefois, aucune pièce au dossier ne permet d'établir que son employeur aurait entamé les démarches nécessaires à l'obtention d'une autorisation de travail. Par ailleurs, si le requérant se prévaut de la présence sur le territoire national de membres de sa famille, aucune pièce justifiant leur présence n'est versée dans la présente instance. L'intéressé n'est pas isolé dans son pays d'origine où résident sa mère et ses frères. Dans ces conditions, la décision attaquée n'a pas porté au droit de M. B à mener une vie privée et familiale normale une atteinte disproportionnée. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de celles de l'article 7 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne doivent être écartés.

7. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 12 décembre 2022 par lequel le préfet du Pas-de-Calais l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement et lui a interdit de revenir sur le territoire pendant une durée d'un an et les conclusions présentées à ce titre doivent être rejetées. Par voie de conséquence, ses conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent également être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 12 décembre 2022 portant assignation à résidence :

8. Aux termes de l'article L. 731-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut autoriser l'étranger qui justifie être dans l'impossibilité de quitter le territoire français ou ne pouvoir ni regagner son pays d'origine ni se rendre dans aucun autre pays, à se maintenir provisoirement sur le territoire en l'assignant à résidence jusqu'à ce qu'existe une perspective raisonnable d'exécution de son obligation, dans les cas suivants : / 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé ; () ".

9. M. B, qui a déclaré de pas vouloir exécuter la décision portant obligation de quitter le territoire français édictée à son encontre et qui ne conteste pas que l'exécution de la mesure d'éloignement prise à son encontre demeure une perspective raisonnable, se borne à invoquer les moyens tirés de la violation des stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de celles de l'article 7 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne et à faire valoir que la décision en litige fait obstacle à ce qu'il se rende sur son lieu de travail. Toutefois, M. B exerce, ainsi qu'il a été dit précédemment, une activité professionnelle irrégulière, de sorte qu'il ne peut s'en prévaloir utilement.

10. Il résulte de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 12 décembre 2022 par lequel le préfet du Pas-de-Calais l'a assigné à résidence pour une durée de six mois et les conclusions présentées à ce titre doivent être rejetées. Par voie de conséquence, ses conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent également être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les demandes d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle de M. B dans les instances n° 2109701 et n° 2109703.

Article 2 : Les requêtes de M. B sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à Me Yarroudh-Heurion et au préfet du Pas-de-Calais.

Délibéré après l'audience du 27 juin 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Leguin, présidente,

M. Borget, premier conseiller,

Mme Zoubir, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 juillet 2023.

La rapporteure,

signé

N. ZOUBIRLa présidente,

signé

A-M. LEGUIN

La greffière,

signé

S. SING

La République mande et ordonne au préfet du Pas-de-Calais en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

Nos 2209701, 2209703

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