mardi 13 février 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lille |
| Section | Tribunal Administratif de Lille |
| N° Dossier | TA59-2209760 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 2ème Chambre |
| Avocat requérant | GOMMEAUX |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 15 décembre 2022, M. A B, représenté par Me Gommeaux, demande au tribunal :
1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 10 octobre 2022 par lequel le préfet de la Côte d'Or a rejeté sa demande de titre de séjour " étranger malade " ;
3°) d'enjoindre au préfet territorialement compétent, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;
4°) d'enjoindre au préfet territorialement compétent, à titre subsidiaire, de l'admettre provisoirement au séjour, avec autorisation de travail, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir et de procéder au réexamen de sa situation d'un délai d'un mois à compter de la notification dudit jugement, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;
5°) de mettre à la charge de l'Etat, en cas d'octroi de l'aide juridictionnelle, la somme de 2 000 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 contre renonciation de la part dudit conseil au bénéfice de l'indemnité versée au titre de l'aide juridictionnelle ;
6°) de mettre à la charge de l'Etat, en cas de rejet de l'aide juridictionnelle, la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, avec distraction au profit de son conseil.
Il soutient que :
- la décision contestée a été prise par un préfet qui n'était pas territorialement compétent par application de l'article R. 431-20 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et qui aurait dû transmettre sa demande au préfet du Nord, par application de l'article L. 114-2 du code des relations entre le public et l'administration ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle n'a pas été précédée d'un examen sérieux de sa situation personnelle ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile eu égard à son état de santé ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.
La requête a été communiquée au préfet de la Côte d'Or et au préfet du Nord qui n'ont pas produit de mémoire en défense.
La clôture de l'instruction a été fixée au 20 septembre 2023 à 12 h 00 par une ordonnance du 5 septembre 2023.
M. B, représenté par Me Gommeaux, a produit une pièce, enregistrée le 13 décembre 2023, postérieurement à la clôture d'instruction, qui n'a pas été communiquée.
L'aide juridictionnelle totale a été accordée à M. B par une décision du 16 janvier 2023 du bureau d'aide juridictionnelle.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Fabre, président-rapporteur ;
- et les conclusions de M. Even, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. M. A B, né le 17 février 2000 au Sénégal, de nationalité sénégalaise, est entré régulièrement en France le 13 septembre 2020 pour y suivre des études, sous couvert d'un visa D valable du 25 août 2020 au 25 août 2021 puis s'est vu délivrer une carte de séjour valable du 16 août 2021 au 15 octobre 2022. Le 18 février 2022, il a sollicité un changement de statut et la délivrance d'un titre de séjour pour raisons de santé.
Sur les conclusions à fin d'octroi de l'aide juridictionnelle à titre provisoire :
2. Par une décision du 16 janvier 2023, postérieure à l'introduction de la requête, le bureau d'aide juridictionnelle a octroyé à M. B le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Il n'y a, par suite, plus lieu de statuer sur les conclusions à fin d'octroi de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
3. En premier lieu, aux termes de l'article R. 431-20 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () le titre de séjour est délivré par le préfet du département dans lequel l'étranger a sa résidence () ". Par ailleurs, aux termes de l'article L. 114-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Lorsqu'une demande est adressée à une administration incompétente, cette dernière la transmet à l'administration compétente et en avise l'intéressé ".
4. Il ressort des pièces du dossier que si le requérant habitait dans le département de la Côte d'Or lorsqu'il a présenté sa demande, il a ensuite déménagé pour habiter dans le département du Nord, ce dont il a informé le préfet de la Côte d'Or par courriel du 12 septembre 2022 auquel était jointe une attestation de domicile. Par suite, le préfet de la Côte d'Or aurait dû transmettre le dossier de la demande du requérant au préfet du Nord, par application des dispositions de l'article L. 114-2 précité du code des relations entre le public et l'administration, ce qu'il n'a pas fait. La décision contestée a ainsi été prise par un préfet qui, par application de l'article R. 431-20 du code précité, n'était pas territorialement compétent.
5. En second lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code des relations entre le public et l'administration : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. () La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration () ".
6. Il ressort des pièces du dossier que, par un avis du 19 juillet 2022, le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a considéré que l'état de santé du requérant nécessite une prise en charge médicale, qu'un défaut de prise en charge peut entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, qu'eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, il ne peut y bénéficier effectivement d'un traitement approprié et que les soins nécessités par son état de santé doivent, en l'état, être poursuivis pendant une durée de douze mois. Par ailleurs, il ressort du certificat médical produit au dossier établi par un médecin du service néphrologie et réanimation métabolique du centre hospitalier universitaire de Dijon que le requérant est atteint d'une insuffisance rénale chronique terminale.
7. Pour remettre en cause l'avis émis par les trois médecins du collège de l'OFII, le préfet de la Côte d'Or, qui ne justifie d'aucune compétence médicale et ne soutient ni même n'allègue que M. B l'aurait autorisé à consulter des documents médicaux le concernant, se borne, par l'arrêté attaqué, à faire état de considérations générales sur le système de santé sénégalais. Ainsi, au vu des éléments figurant au dossier, et alors que le préfet de la Côte d'Or n'a pas produit en défense à l'instance, le requérant est fondé à soutenir qu'en prenant l'arrêté contesté, ledit préfet a fait une inexacte application des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
8. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens, que le requérant est fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 10 octobre 2022 par lequel le préfet de la Côte d'Or a rejeté sa demande de titre de séjour " étranger malade ".
Sur les conclusions à fin d'injonction :
9. Dès lors que le requérant habite désormais dans le département du Nord, le présent jugement implique nécessairement que le préfet du Nord délivre à M. B un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de lui fixer pour ce faire, un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement, sous astreinte de cent euros par jour de retard.
Sur les frais d'instance :
10. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros à verser au conseil du requérant au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 contre renonciation de la part dudit conseil au bénéfice de l'indemnité versée au titre de l'aide juridictionnelle.
D E C I D E :
Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions à fin d'admission de M. B au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.
Article 2 : L'arrêté du 10 octobre 2022 par lequel le préfet de la Côte d'Or a rejeté la demande de titre de séjour de M. B est annulé.
Article 3 : Il est enjoint au préfet du Nord de délivrer à M. B un titre de séjour au titre de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement, sous astreinte de cent euros par jour de retard.
Article 4 : L'Etat versera à Me Gommeaux la somme de 1 200 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 contre renonciation de la part dudit conseil au bénéfice de l'indemnité versée au titre de l'aide juridictionnelle.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, au préfet de la Côte d'Or, au préfet du Nord et à Me Gommeaux.
Copie en sera transmise pour information au ministre de l'intérieur et des Outre-mer.
Délibéré après l'audience du 23 janvier 2024 à laquelle siégeaient :
- M. Fabre, président,
- Mme Monteil, première conseillère,
- M. Lemée, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 février 2024.
Le président-rapporteur,
Signé
X. FABREL'assesseur le plus ancien,
Signé
A.-L. MONTEIL
Le greffier,
Signé
A. DEWIERE
La République mande et ordonne au préfet du Nord en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
5
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026