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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2209824

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2209824

mardi 31 janvier 2023

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2209824
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantGUILMAIN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 16 décembre 2022, et un mémoire, enregistré le

2 janvier 2023, la société Voirie Assainissement Travaux Publics, représentée par Me Gatineau, demande, dans le dernier état de ses écritures, au juge des référés :

1°) statuant sur le fondement de l'article L. 551-1 du code de justice administrative :

- d'annuler la décision du 8 décembre 2022 par laquelle le centre intercommunal de gérontologie de Linselles Bousbeque a rejeté son offre pour l'attribution du lot n° 1 du marché ayant pour objet la réalisation de travaux de restructuration, d'extension et de mise aux normes de l'établissement " Rose d'Automne " de Linselles ;

- d'annuler la décision attribuant le lot n° 1 à la société Rabot Dutilleul Construction ;

- en tout état de cause d'annuler la procédure de passation de ce lot ;

- d'enjoindre à l'établissement de reprendre la procédure de passation de ce lot ;

- ou subsidiairement de suspendre cette procédure de passation ;

2°) de mettre à la charge de l'établissement le versement d'une somme de 5 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- le centre intercommunal de gérontologie de Linselles Bousbeque a adopté une méthode de notation ayant privé de portée les critères de sélection en neutralisant leur pondération, conduisant à ce que l'offre économiquement la plus avantageuse ne soit pas retenue ;

- cet établissement n'a pas respecté le règlement de la consultation dès lors qu'il a noté les deux offres sur deux critères à la place des quatre qui étaient annoncés et qu'il a modifié la pondération du critère de la valeur technique de l'offre ;

- cet établissement n'a pas jugé inacceptable les variantes qu'elle a proposées, portant sur des spécifications techniques de l'offre de base et ayant pour effet de varier le prix final, mais sans qu'il soit possible d'identifier ce qui a été admis par le pouvoir adjudicateur dans le cadre de ces variantes, la lettre du 22 décembre 2022 de l'établissement précisant que les variantes admises emportent une réduction du prix de 733 320,90 euros HT, ramenant l'offre à 8 302 573,35 euros, alors que ces montants différent de ceux calculés par elle-même ;

- la présentation de variantes ne dispensait pas le pouvoir adjudicateur d'analyser et de noter les offres de bases proposées ; l'analyse des offres fait apparaître que les variantes ont été notées sur le critère du prix et sur le critère technique, alors que, s'agissant des offres de base, l'analyse ne laisse apparaître que le prix de celles-ci dans la notation, sans différenciation sur le plan technique entre les offres avec ou sans variante ;

- cet établissement a insuffisamment précisé les exigences minimales de présentation des variantes, cette imprécision l'ayant privé de la possibilité de répondre correctement aux attentes de l'acheteur ;

- cet établissement public a dénaturé son offre et méconnu les critères de notation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 29 décembre 2022, le centre intercommunal de gérontologie de Linselles Bousbeque, représenté par Guilmain, conclut au rejet de la requête et à la mise à la charge de la société requérante de la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir :

- la méthode de notation, conduisant à attribuer la note maximale au candidat ayant présenté l'offre économiquement la plus avantageuse, et en permettant de refléter les différences qualitatives entre les offres, n'a pas eu pour effet de priver de portée les critères de sélection des offres ou de neutraliser leur pondération ;

- le document intitulé " NOTI3 " du 8 décembre 2022 est entaché d'une erreur purement matérielle, les quatre critères annoncés ayant été utilisés pour la sélection des offres.

Par deux mémoires en défense, enregistrés le 30 décembre 2022 et le 3 janvier 2023, la société Rabot Dutilleul Construction, représentée par Me Cabanes, conclut au rejet de la requête et à la mise à la charge de la société requérante de la somme de 5 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- la méthode de notation permettait, pour chacun des 17 sous-critères, notés sur quatre points au maximum, de différencier clairement les offres selon leurs qualités intrinsèques ; la société requérante avait été informée de cette méthode de notation, et n'a posé aucune question au pouvoir adjudicateur, n'est en tout état de cause pas lésée par l'irrégularité qu'elle invoque ;

- les offres ont été analysées sous l'angle des quatre critères annoncés ;

- la société requérante, qui se borne à critiquer l'appréciation portée par le pouvoir adjudicateur sur son offre s'agissant des sous-critères 2-2, 2-5 et 4-3, ne démontre pas que le pouvoir adjudicateur aurait dénaturé son offre ;

- l'erreur de calcul qui aurait été commise par le pouvoir adjudicateur quant au montant de l'offre incluant les variantes n'a eu aucune incidence sur le classement des offres ;

- il n'est pas établi que les offres de base n'auraient pas l'objet d'une analyse sur le plan technique ;

- le règlement de la consultation précisait que les variantes ne doivent pas apporter de modification substantielle remettant en cause le projet de base ; la société requérante n'ayant posé aucune question au pouvoir adjudicateur sur les exigences minimales que doivent présenter les variantes, et ayant présenté une offre avec variantes, cette irrégularité alléguée ne l'a pas lésée.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la commande publique

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Robbe, vice-président, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique qui s'est tenue le 3 janvier 2023 à 14h30, en présence de M. Potet, greffier, M. Robbe, juge des référés, a lu son rapport et entendu :

- les observations de Me Gatineau, représentant la société Voirie Assainissement Voirie Travaux Publics ;

- les observations de Me Brazier, substituant Me Guilmain, représentant le centre intercommunal de gérontologie de Linselles Bousbeque ;

- et les observations de Me Michaud, substituant Me Cabanes, représentant la société Rabot Dutilleul Construction.

La clôture de l'instruction a été différée au 24 janvier 2023 à 16h30.

Par deux mémoires en défense, enregistrés le 3 janvier 2023 à 17h21 et le 24 janvier 2023 à 14h35, la société Rabot Dutilleul Construction, représentée par Me Cabanes, maintient ses précédentes écritures et observations faites à l'audience et ajoute :

- que l'absence d'analyse des offres de bases, à la supposer avérée, n'est pas susceptible d'avoir lésé la société requérante, dès lors que, même si l'offre de base de cette société avait obtenu la note maximale de 40 points sur le critère technique, elle aurait obtenu, compte tenu de son prix, une note globale inférieure à celle de la société Rabot Dutilleul Construction ;

- si la société Voirie Assainissement Travaux Publics n'a pas été informée des motifs de rejet de certaines des variantes qu'elle a proposées, cette circonstance ne l'a pas lésée ; au contraire, le fait pour le pouvoir adjudicateur de n'avoir retenu que certaines de ces variantes proposées a même avantagé cette société dès lors que les autres n'étaient pas techniquement acceptables, la société allant jusqu'à proposer la suppression de la prestation BIM, qui faisait elle-même l'objet d'un critère de sélection.

Par un mémoire, enregistré le 24 janvier 2023 à 12h02, la société Voirie Assainissement Travaux Publics, représentée par Me Gatineau, maintient ses précédentes écritures et observations faites à l'audience et ajoute que :

- la note de 40 points attribuée à la valeur technique de l'offre de base de la société Rabot Dutilleul Construction ne saurait être tenue pour acquise, et que l'absence d'analyse des offres de bases a lésé ses intérêts dès lors que le classement des offres aurait pu être différent ;

- ce manquement tenant à l'absence d'analyse des offres de bases sur le plan technique a lésé ses intérêts ou est susceptible de l'avoir lésée.

Par un mémoire en défense, enregistré le 24 janvier 2023 à 13h22, le centre intercommunal de gérontologie de Linselles Bousbeque, représenté par Guilmain, maintient ses précédentes écritures et observations faites à l'audience et ajoute que :

- les offres de bases et variantes ont été analysées sur l'ensemble des critères, y compris le critère technique, 21 des 31 variantes proposées par la société Voirie Assainissement Travaux Publics ayant été acceptées ;

- si toutes les variantes proposées par la société Voirie Assainissement Travaux Publics avaient été retenues, le classement aurait été identique ;

- certaines des variantes proposées par la société Voirie Assainissement Travaux Publics présentaient des inconvénients techniques et leur prise en compte aurait conduit à une appréciation négative des sous-critères de la valeur technique et du processus BIM ;

- la société requérante ne démontre pas que le pouvoir adjudicateur aurait dénaturé son offre ;

- les manquements allégués, à les supposer opérants, se rapportent à la seule phase de sélection des offres.

Un mémoire a été enregistré le 25 janvier 2023 par la société Voirie Assainissement Travaux Publics, postérieurement à la clôture de l'instruction, et qui n'a pas été communiqué.

Considérant ce qui suit :

1. Par un avis d'appel public à la concurrence publié le 13 avril 2022, le centre intercommunal de gérontologie de Linselles Bousbeque (ci-après le CIG Linselles Bousbeque), qui relève de la catégorie des établissements d'hébergement pour personnes âgées et dépendantes, a lancé une consultation ayant pour objet la réalisation de travaux de restructuration, d'extension et de mise aux normes de l'établissement " Rose d'Automne " de Linselles. Les lots nos 1, 5, 8 et 9 ayant été déclarés infructueux, un nouvel avis a été publié le 9 septembre 2022. La société Voirie Assainissement Travaux Publics (ci-après la société VATP), dont l'offre pour l'attribution du lot n° 1 (" Gros-œuvre étendu ") a été rejetée, au profit de celle présentée par la société Rabot Dutilleul Construction, demande au juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L. 551-1 du code de justice administrative, cette procédure d'attribution.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 551-1 du code de justice administrative :

2. Aux termes de l'article L. 551-1 du code de justice administrative : " Le président du tribunal administratif, ou le magistrat qu'il délègue, peut être saisi en cas de manquement aux obligations de publicité et de mise en concurrence auxquelles est soumise la passation par les pouvoirs adjudicateurs de contrats administratifs ayant pour objet l'exécution de travaux, la livraison de fournitures ou la prestation de services, avec une contrepartie économique constituée par un prix ou un droit d'exploitation, la délégation d'un service public ou la sélection d'un actionnaire opérateur économique d'une société d'économie mixte à opération unique () ". Aux termes du I de l'article L. 551-2 du même code : " Le juge peut ordonner à l'auteur du manquement de se conformer à ses obligations et suspendre l'exécution de toute décision qui se rapporte à la passation du contrat, sauf s'il estime, en considération de l'ensemble des intérêts susceptibles d'être lésés et notamment de l'intérêt public, que les conséquences négatives de ces mesures pourraient l'emporter sur leurs avantages. / Il peut, en outre, annuler les décisions qui se rapportent à la passation du contrat et supprimer les clauses ou prescriptions destinées à figurer dans le contrat et qui méconnaissent lesdites obligations ". Aux termes de l'article L. 551-10 de ce code : " Les personnes habilitées à engager les recours prévus aux articles L. 551-1 et L. 551-5 sont celles qui ont un intérêt à conclure le contrat ou à entrer au capital de la société d'économie mixte à opération unique et qui sont susceptibles d'être lésées par le manquement invoqué () ".

3. Il résulte de ces dispositions qu'il appartient au juge du référé précontractuel de se prononcer sur les manquements aux règles de publicité et de mise en concurrence incombant à l'acheteur, invoqués à l'occasion de la passation d'un contrat. En vertu de ces mêmes dispositions, les personnes habilitées à agir pour mettre fin aux manquements de l'acheteur à ses obligations de publicité et de mise en concurrence sont celles susceptibles d'être lésées par de tels manquements. Il appartient dès lors au juge du référé précontractuel de rechercher si l'entreprise qui le saisit se prévaut de manquements qui, eu égard à leur portée et au stade de la procédure auquel ils se rapportent, sont susceptibles de l'avoir lésée ou risquent de la léser, fût-ce de façon indirecte en avantageant une entreprise concurrente.

En ce qui concerne les critères de notation des offres utilisés :

4. Il résulte de l'article 9.2 du règlement de la consultation que le CIG Linselles Bousbeque a fixé quatre critères de sélection des offres : le prix (critère 1), la valeur technique (critère 2), la valeur environnementale (critère 3) et le processus BIM (critère 4), permettant l'attribution d'une note maximale de 100 points. Le document signé le 8 décembre 2022, par lequel le CIG Linselles Bousbeque a informé la société VATP du rejet de son offre, indique que les notes suivantes lui ont été attribuées : 56,7 pour le critère du prix et 40 pour le critère de la valeur technique, soit un total de 96,7 points. La société VATP a demandé, par une lettre du 13 décembre 2022, la communication des motifs de rejet de son offre en application de l'article R. 2181-2 du code de la commande publique, sans s'y plaindre de ce que son offre aurait, en méconnaissance du règlement de la consultation, été notée selon les deux seuls critères du prix et de la valeur technique. Le CIG Linselles Bousbeque a répondu à cette demande par une lettre du 22 décembre 2022, y ajoutant, de sa propre initiative, que la notification du rejet de son offre comporte une erreur matérielle et que les notes suivantes lui ont été attribuées : 60 pour le critère du prix, 26 pour le critère de la valeur technique, 5 points pour le critère de la valeur environnementale, et 4,5 points pour le critère du processus BIM, soit un total de 95,5 points. Cette lettre mentionne également la note attribuée à l'offre de la société Rabot Dutilleul Construction sur chacun des quatre critères précités. L'analyse de ces deux offres sous l'angle de ces quatre critères apparaît également sur l'extrait du rapport d'analyse des offres qui avait été joint à cette lettre du 22 décembre 2022. La référence faite par le document du 8 décembre 2022 aux seuls critères du prix et de la valeur technique revêtant ainsi le caractère d'une erreur purement matérielle, la société requérante n'est pas fondée à soutenir que le CIG Linselles Bousbeque n'a pas respecté le règlement de la consultation en notant les deux offres sur ces deux seuls critères à la place des quatre prévus par le règlement de la consultation.

En ce qui concerne la méthode de notation des offres :

5. Le pouvoir adjudicateur définit librement la méthode de notation pour la mise en œuvre de chacun des critères de sélection des offres qu'il a définis et rendus publics. Il peut ainsi déterminer tant les éléments d'appréciation pris en compte pour l'élaboration de la note des critères que les modalités de détermination de cette note par combinaison de ces éléments d'appréciation. Une méthode de notation est toutefois entachée d'irrégularité si, en méconnaissance des principes fondamentaux d'égalité de traitement des candidats et de transparence des procédures, les éléments d'appréciation pris en compte pour noter les critères de sélection des offres sont dépourvus de tout lien avec les critères dont ils permettent l'évaluation ou si les modalités de détermination de la note des critères de sélection par combinaison de ces éléments sont, par elles-mêmes, de nature à priver de leur portée ces critères ou à neutraliser leur pondération et sont, de ce fait, susceptibles de conduire, pour la mise en œuvre de chaque critère, à ce que la meilleure note ne soit pas attribuée à la meilleure offre, ou, au regard de l'ensemble des critères pondérés, à ce que l'offre économiquement la plus avantageuse ne soit pas choisie. Il en va ainsi alors même que le pouvoir adjudicateur, qui n'y est pas tenu, aurait rendu publique, dans l'avis d'appel à concurrence ou les documents de la consultation, une telle méthode de notation.

6. En l'espèce, et ainsi qu'il a déjà été indiqué au point 4, le règlement de la consultation du marché en cause énonçait, à son article 9.2, que les offres seraient évaluées à partir des quatre critères précités. S'agissant du critère du prix des prestations, le règlement de la consultation dispose que " la note maximale de 60 points sera attribué à l'offre la moins disante. Pour les autres offres, la formule suivante sera appliquée : (P1/PN) = 60, dans laquelle N = Note sur 60 de l'offre à noter, P1 = montant de l'offre la moins disante, PN = montant de l'offre à noter ". Le critère de la valeur technique devait être noté sur 30 points et apprécié selon huit sous-critères affectés de deux ou quatre points, celui de la valeur environnementale noté sur 5 points et apprécié selon trois sous-critères affectés d'un ou deux points, et celui du processus BIM noté du 5 points et apprécié selon quatre sous-critères affectés d'un ou deux points. Le règlement de la consultation précise que " Pour chacun des critères notés ci-avant, à l'exception du critère 1, les points sont distribués de la façon suivante : / Tous les points pour une réponse complète et satisfaisante / La moitié des points pour un sujet abordé de façon approximative / Aucun point si le sujet n'est pas traité ".

7. D'une part, cette méthode de notation conduisait automatiquement, sur le critère du prix, à l'attribution de la note maximale de 60 à l'offre la moins disante. Cependant, compte tenu de la formule retenue pour les autres offres plus onéreuses, cette méthode, qui d'ailleurs ne consistait pas à leur attribuer une note nulle, permettait de refléter l'écart de prix entre les différentes offres présentées, et n'a donc eu pour effet ni d'éliminer l'offre économiquement la plus avantageuse au profit de l'offre la mieux disante sur le seul critère du prix ni de neutraliser les écarts entre les prix de sorte que les offres ne pouvaient être différenciées qu'au regard des autres critères de sélection. D'autre part, cette méthode de notation a consisté à affecter une note à chacun des 17 sous-critères permettant d'apprécier les trois critères autres que celui du prix, ladite note se situant, selon les cas, entre 1 et 4 points. Eu égard notamment à l'amplitude de l'échelle de ces notes et au nombre très élevé de sous-critères, il n'apparaît pas que cette méthode de notation aurait, par elle-même, été de nature à priver de leur portée les critères ou à neutraliser leur pondération et qu'elle serait, de ce fait, susceptible de conduire, pour la mise en œuvre de chaque critère, à ce que la meilleure note ne soit pas attribuée à la meilleure offre, ou, au regard de l'ensemble des critères pondérés, à ce que l'offre économiquement la plus avantageuse ne soit pas choisie. En outre, la seule circonstance que les méthodes de notation mises en œuvre par l'acheteur soient susceptibles d'aboutir à une différenciation plus grande des candidats sur seulement certains des critères de jugement des offres ne saurait être regardée comme privant ceux-ci de leur portée ou comme neutralisant leur pondération, et, en l'espèce, il n'est pas établi que l'écart, au demeurant peu important, entre le total des points attribués, s'agissant des trois critères autres que le prix, à la société requérante et celui attribué à la société attributaire soit le résultat d'une distorsion liée à la méthode de notation et non le simple reflet de l'appréciation portée respectivement sur ces offres au regard de ces critères. Il en résulte que le moyen tiré de l'irrégularité de cette méthode de notation doit être écarté, de même que celui tiré de l'atteinte au principe d'égalité entre les candidats alors par ailleurs que la formule non-linéaire de notation des offres ainsi employée avait été annoncée dans le règlement de consultation du marché, autorisant ainsi chaque candidat à adapter son offre aux attentes du pouvoir adjudicateur exprimées notamment par cette méthode de notation.

En ce qui concerne les variantes :

8. Aux termes de l'article R. 2151-8 du code de la commande publique : " Les acheteurs peuvent autoriser la présentation de variantes dans les conditions suivantes : / 1° Pour les marchés passés selon une procédure formalisée : / a) Lorsque le marché est passé par un pouvoir adjudicateur, les variantes sont interdites sauf mention contraire dans l'avis de marché ou dans l'invitation à confirmer l'intérêt () ". L'article R. 2151-10 du même code dispose que : " Lorsque l'acheteur autorise ou exige la présentation de variantes, il mentionne dans les documents de la consultation les exigences minimales que les variantes doivent respecter ainsi que toute condition particulière de leur présentation ".

9. L'article 3.8 du règlement de la consultation dispose que " Les variantes proposées par le soumissionnaire (à l'initiative du candidat) sont autorisées. Toutefois, le soumissionnaire est tenu de présenter une offre qui apporte une réponse conforme aux documents de la consultation de base. A défaut, son offre sera jugée inappropriée. Dans le cas de proposition de variante à l'initiative du soumissionnaire, cette variante pourra être constituée par des modifications de spécifications prévues dans la solution de base décrite dans les documents de la consultation. Elle ne devra pas apporter de modification substantielle remettant en cause le projet de base. La proposition de variante précisera clairement sur quels éléments du cahier des charges porte la variante ". Ainsi, en se bornant à autoriser les variantes à l'exception de celles apportant des modifications substantielles remettant en cause le projet, sans indiquer, même sommairement, les éléments de ce projet ne devant pas être remis en cause par les variantes alors que ce lot n°1 inclut des prestations nombreuses et variées, le CIG Linselles Bousbeque s'est abstenu de définir les exigences minimales que les variantes doivent respecter. Si, malgré l'imprécision sur ce point du règlement de la consultation, la société VATP n'a posé aucune question au pouvoir adjudicateur sur la portée des variantes qu'elle pouvait présenter et a d'ailleurs présenté une offre proposant des variantes, ces circonstances ne suffisent pas à la faire regarder comme n'ayant pas été susceptible d'être lésée par ce manquement, dès lors en particulier que seules les deux offres avec variantes ont expressément fait l'objet d'une notation dans le rapport d'analyse des offres, que seules 21 des 31 variantes proposées par la société VATP ont été prises en considération par le pouvoir adjudicateur, cette précision, qui ne figure pas dans le rapport d'analyse des offres, ayant d'ailleurs été apportée dans les écritures en défense du CIG Linselles Bousbeque, et que cet établissement n'a ni identifié de façon précise les variantes qu'il a refusé de prendre en compte, ni n'a indiqué les motifs de ce refus, se bornant dans ses écritures en défense à relever que certaines des variantes proposées par la société VATP présentent des inconvénients techniques. Ainsi, ce manquement, eu égard au stade de la procédure auquel il se rapporte, est susceptible d'avoir lésée la société VATP, dès lors qu'il ne saurait ainsi être exclu que si, le règlement de la consultation avait mentionné les exigences minimales que les variantes doivent respecter, l'offre présentée par la société VATP aurait été différente et ainsi obtenu, y compris sur le critère du prix, une meilleure note globale. La société requérante est ainsi fondée à demander l'annulation tant de la décision attribuant le lot n°1 à la société Rabot Dutilleul Construction que la procédure de passation de ce lot.

11. Eu égard au stade auquel est prononcée l'annulation, il appartiendra au centre intercommunal de gérontologie de Linselles Bousbeque, s'il entend conclure un marché ayant le même objet que celui du lot n° 1 et s'il entend de nouveau autoriser les variantes, de reprendre intégralement cette procédure en mentionnant, dans le document de la consultation, les exigences minimales que les variantes doivent respecter.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la société VATP, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, les sommes réclamées au titre des frais du procès par le CIG de Linselles Bousbeque et la société Rabot Dutilleul Construction. En revanche, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge du CIG Linselles Bousbeque une somme de 1 500 euros, à verser à la société VATP, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : La décision attribuant à la société Rabot Dutilleul Construction le lot n° 1 " Gros-œuvre étendu " de l'appel d'offre ouvert ayant pour objet la réalisation de travaux de restructuration, d'extension et de mise aux normes de l'établissement " Rose d'Automne " de Linselles et la procédure de passation de ce lot sont annulés.

Article 2 : Il est enjoint au centre intercommunal de gérontologie de Linselles Bousbeque, s'il entend conclure un marché ayant le même objet que celui du lot n° 1, de reprendre intégralement cette procédure, conformément aux motifs de la présente ordonnance.

Article 3 : Le centre intercommunal de gérontologie de Linselles Bousbeque versera à la société Voirie Assainissement Travaux Publics une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Les conclusions du centre intercommunal de gérontologie de Linselles Bousbeque et de la société Rabot Dutilleul Construction présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à la société Voirie Assainissement Travaux Publics, au centre intercommunal de gérontologie de Linselles Bousbeque et à la société Rabot Dutilleul Construction.

Fait à Lille, le 31 janvier 2023.

Le juge des référés,

signé

J ROBBE

La République mande et ordonne au préfet du Nord en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

2209824

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