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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2209917

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2209917

lundi 24 février 2025

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2209917
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation6ème chambre
Avocat requérantHIVET

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires enregistrés les 20 décembre 2022, 13 avril 2023 et 27 avril 2023, Mme A B, représentée par Me Hivet, demande :

1°) de condamner solidairement la commune de Brebières, le département du Pas-de-Calais et la communauté de communes Osartis-Marquion, à lui verser la somme de 16 000 euros en réparation du préjudice subi du fait de son accident de la circulation survenu le 16 août 2022 ;

2°) de mettre à la charge solidaire de la commune de Brebières, du département du Pas-de-Calais et de la communauté de communes Osartis-Marquion, la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- son accident de circulation survenu sur la partie de la route départementale 45, situé dans l'agglomération de Brebières, a pour cause un défaut de visibilité de son intersection avec la rue Georges Lefebvre, du fait de panneaux publicitaires et de la végétation implantés sur une parcelle appartenant à la communauté de communes Osartis-Marquion ;

- la commune de Brebières est responsable pour faute dans la mise en œuvre de ses pouvoirs de police de la circulation à l'intérieur de l'agglomération et de police municipale ;

- l'entretien de la route incombe au département du Pas-de-Calais qui doit être reconnu responsable pour défaut d'entretien de l'ouvrage public ;

- la responsabilité de la communauté de communes Osartis-Marquion est engagée par la carence dans l'aménagement et l'entretien de sa parcelle, du fait de la présence de panneaux publicitaires et de sa végétation, qui gênent la visibilité du carrefour de la route départementale 45 avec la rue Georges Lefebvre ;

- elle a subi du fait de cet accident, un préjudice matériel de 6 000 euros, qui se décompose comme suit : 4 000 euros pour la perte de son véhicule, 1 000 euros pour la perte de jouissance de son véhicule, 1 000 euros au titre de la perte de son emploi, auquel s'ajoute 10 000 euros de préjudice moral.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 5 avril 2023 et 8 août 2023, le conseil départemental du Pas-de-Calais conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- le défaut de visibilité du carrefour de la route départementale 45 avec la rue Georges Lefebvre n'est pas établi et les aménagements existants sont adéquats ;

- la parcelle sur laquelle sont situés les panneaux publicitaires et la végétation incriminés par la requérante ne lui appartient pas ;

- les fautes commises par la requérante caractérisent un défaut de maitrise de son véhicule ;

- la requérante ne justifie pas son évaluation du coût de son véhicule.

Par un mémoire en défense, enregistré le 24 avril 2023, la commune de Brebières, représentée par Me Dutat, conclut au rejet de la requête et à ce qu'il soit mis à la charge de Mme B la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que

- le défaut de visibilité du carrefour de la route départementale 45 avec la rue Georges Lefebvre n'est pas établi et les aménagements existants adéquats ;

- la commune n'est pas responsable de l'entretien de la route départementale ;

- l'accident de circulation est exclusivement imputable à la requérante ;

- les sommes demandées par la requérante sont excessives et non justifiées.

Par un mémoire en défense, enregistré le 25 avril 2023, la communauté de communes Osartis-Marquion, représentée par Me Dutat, conclut au rejet de la requête et à ce qu'il soit mis à la charge de Mme B la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- l'accident de circulation de la requérante étant survenue sur une route départementale, seule la responsabilité du conseil départemental peut-être recherchée ;

- le défaut de visibilité du carrefour de la route départementale 45 avec la rue Georges Lefebvre n'est pas établi ;

- l'accident de circulation est exclusivement imputable à la requérante ;

- les sommes demandées par la requérante sont excessives et non justifiées.

Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 9 janvier 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code de la voirie routière ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Goujon ;

- et les conclusions de Mme Bruneau, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B a été victime d'un accident de la circulation le 16 août 2022 après-midi sur la route départementale 45, située dans l'agglomération de la commune de Brebières (62). Sa voiture a été percutée à l'avant gauche par un autre véhicule arrivant sur sa gauche, alors qu'elle quittait la rue Georges Lefebvre pour entrer sur la route départementale. Estimant que cet accident avait pour origine l'absence de visibilité à l'intersection de ces deux voies, elle a sollicité le 14 octobre 2022 la réparation de son dommage auprès du conseil départemental du Pas-de-Calais et de la commune de Brebières. Ces demandes ont été rejetées le 1er décembre 2022 par la commune, et le 6 décembre 2022 par le conseil départemental. Mme B a adressé le 15 décembre 2022 une demande d'indemnisation à la communauté de communes Osartis-Marquion, qui l'a rejetée par un courrier du 20 janvier 2023. Mme B a saisi le tribunal pour demander la condamnation du département du Pas-de-Calais, de la commune de Brebières et de la communauté de communes de Osartis-Marquion à réparer ses préjudices.

Sur la responsabilité :

En ce qui concerne la responsabilité de la commune de Brebières :

2. Aux termes de l'article L. 2212-1 du code général des collectivités territoriales : " Le maire est chargé, sous le contrôle administratif du représentant de l'Etat dans le département, de la police municipale () ". Par ailleurs, aux termes de l'article L. 2212-2 du même code : " La police municipale a pour objet d'assurer le bon ordre, la sûreté, la sécurité et la salubrité publiques. Elle comprend notamment : / 1° Tout ce qui intéresse la sûreté et la commodité du passage dans les rues, quais, places et voies publiques, () / () ". Enfin, aux termes de l'article L. 2213-1 du code général des collectivités territoriales : " Le maire exerce la police de la circulation sur les routes nationales, les routes départementales et l'ensemble des voies publiques ou privées ouvertes à la circulation publique à l'intérieur des agglomérations () ".

3. Il résulte de l'instruction que la voie communale Georges Lefebvre qu'a empruntée Mme B se termine par une ligne blanche, matérialisant un " stop ", qui se situe dans la continuité de la bordure de la voie départementale 45. Les photographies produites au dossier, ainsi que le rapport d'enquête de la police municipale établi le 17 octobre 2022 permettent d'établir qu'à cette intersection, il existait une visibilité d'une centaine de mètres sur la gauche qui n'était gênée ni par la végétation, ni par des panneaux publicitaires. Mme B n'est ainsi pas fondée à soutenir que la ligne d'arrêt se situerait en retrait de la voie départementale, ne permettant pas d'avoir une bonne visibilité sur les véhicules circulant sur cette voie, ni à évoquer la dangerosité des lieux en se fondant sur plusieurs attestations de proches, le caractère accidentogène des lieux étant expressément écarté par le rapport d'enquête de la police municipale. La circonstance que ce rapport a été établi le 17 octobre 2022, soit deux mois après l'accident, est sans incidence sur les constatations relatives à la configuration des lieux. Par suite, en l'absence de dangerosité particulière de ce carrefour, Mme B n'est pas fondée à soutenir que le maire de la commune de Brebières aurait commis une faute en ne faisant pas usage de son pouvoir de police de la circulation, notamment en n'installant pas de miroir.

En ce qui concerne la responsabilité du conseil départemental du Pas-de-Calais :

4. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 131-1 du code de la voirie routière : " Les voies qui font partie du domaine public routier départemental sont dénommées routes départementales ". Aux termes du second alinéa de son article L. 131-2 : " Les dépenses relatives à la construction, à l'aménagement et à l'entretien des routes départementales sont à la charge du département ". Enfin, aux termes de l'article L. 3321-1 du code général des collectivités territoriales : " Sont obligatoires pour le département : () 16° Les dépenses d'entretien et construction de la voirie départementale () ".

5. Il appartient à la victime d'un dommage survenu à l'occasion de l'utilisation d'un ouvrage public d'apporter la preuve du lien de causalité entre l'ouvrage public dont elle était usagère et le dommage dont elle se prévaut. La collectivité en charge de l'ouvrage public peut s'exonérer de sa responsabilité en rapportant la preuve soit de l'entretien normal de l'ouvrage, soit de ce que le dommage est imputable à la faute de la victime ou à un cas de force majeure.

6. En l'espèce, la voiture de Mme B a été percutée par un véhicule venant sur sa gauche alors qu'elle avait dépassé la ligne blanche du " stop " pour s'engager sur la route départementale 45. Ainsi qu'il a été dit au point 3, l'intersection qui a été franchie par la requérante présente une visibilité suffisante. Ainsi, la configuration des lieux ne créée pas de risque pour les usagers normalement prudents, et n'est pas de nature à caractériser un défaut d'entretien en lien direct avec le dommage subi par Mme B. Enfin, la circonstance, à la supposer établie, que les trottoirs de la route départementale auraient été dégradés est sans incidence sur son accident de circulation. Dès lors, les dommages subis par Mme B trouvent leur cause exclusive dans son défaut de maitrise de sa voiture et non dans le défaut d'entretien de la voie publique par le conseil départemental.

En ce qui concerne la responsabilité de la communauté de communes de Osartis-Marquion :

7. Il résulte de l'instruction, comme il a été dit au point 3, que la visibilité des véhicules qui empruntent l'intersection de la rue Georges Lefebvre pour s'engager sur la route départementale n° 45, n'est gênée ni par la végétation, ni par des panneaux publicitaires situés sur le terrain de la communauté de communes de Osartis-Marquion. Dès lors, la requérante n'est pas fondée à soutenir que la communauté de communes aurait commis une faute dans l'aménagement et l'entretien de sa parcelle qui serait à l'origine de son dommage.

8. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions indemnitaires de Mme B doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

9. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Brebières, de la communauté de communes Osartis-Marquion et du conseil départemental du Pas-de-Calais, qui ne sont pas les parties perdantes dans la présente instance, la somme que Mme B demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions de la commune de Brebières et de la communauté de communes Osartis-Marquion présentées sur le fondement de ces mêmes dispositions.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Les conclusions de la commune de Brebières et de la communauté de communes Osartis-Marquion présentées en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B, au conseil départemental du Pas-de-Calais, à la commune de Brebières et à la communauté de communes Osartis-Marquion.

Délibéré après l'audience du 3 février 2025, à laquelle siégeaient :

M. Cotte, président,

M. Fougères, premier conseiller,

M. Goujon, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 février 2025.

Le rapporteur,

signé

J.-R. Goujon

Le président,

signé

O. CotteLa greffière,

signé

J. Vandewyngaerde

La République mande et ordonne au préfet du Pas-de-Calais en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,.

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