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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2209999

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2209999

mercredi 22 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2209999
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantDEGANDT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une décision n° 459503 du 23 décembre 2022, le Conseil d'Etat statuant au contentieux, saisi d'un pourvoi présenté par M. B, a annulé le jugement n° 1904681 du tribunal administratif de Lille du 5 octobre 2021 et a renvoyé l'affaire devant le même tribunal.

Par une requête et des mémoires, enregistrés les 3 juin 2019, 2 octobre 2020, 17 décembre 2020 et 3 janvier 2024, M. A B, représenté par Me Degandt, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) de condamner la commune de Marcq-en-Barœul à lui verser la somme de 11 726,70 euros, assortie des intérêts au taux légal à compter du recours indemnitaire préalable et capitalisation de ces intérêts dès qu'une année entière se sera écoulée ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Marcq-en-Barœul la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient qu'il est en droit d'obtenir le remboursement total des frais d'hébergement et des frais médicaux qu'il a exposés à l'occasion des cures thermales réalisées en lien avec sa pathologie, reconnue imputable au service, en application de l'article 57 de la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 10 novembre 2020, 6 novembre 2023 et 2 février 2024, la commune de Marcq-en-Barœul, dans le dernier état de ses écritures :

1°) conclut au rejet de la requête ;

2°) demande au tribunal d'ordonner la suppression de passages injurieux, outrageants et diffamatoires en p. 14, 18 et 19 du mémoire de M. B ;

3°) demande au tribunal de mettre à la charge de M. B la somme de 2 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- les frais d'hébergement ne présentent pas d'utilité directe dès lors que la pathologie de l'intéressé peut être dûment prise en charge à Saint-Amand-les-Eaux (59) ;

- le choix d'hébergement retenu ne revêt pas davantage d'utilité et constitue une dépense ne devant pas être supportée par la collectivité ;

- s'agissant du quantum, devront être déduites les bonifications du comité national d'action sociale dont a bénéficié l'intéressé pour payer au moins l'un de ses séjours ;

- des passages des écritures du requérant revêtent un caractère injurieux, outrageant ou diffamatoire et devront être supprimés en application des dispositions de l'article L. 741-2 du code de justice administrative.

La clôture d'instruction a été fixée au 13 février 2024 par une ordonnance du 4 janvier 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général de la fonction publique ;

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Piou,

- les conclusions de Mme Allart, rapporteure publique,

- les observations de Me Degandt, représentant M. B, et celles de M. C, représentant la commune de Marcq-en-Barœul.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, né le 2 août 1952, a été recruté le 8 septembre 1981 par la commune de Marcq-en-Barœul et y a exercé les fonctions de menuisier dans les ateliers municipaux en qualité d'agent titulaire. Par un arrêté du 12 avril 2013, la commune de Marcq-en-Barœul a reconnu l'imputabilité au service du cancer naso-sinusien de l'intéressé à compter du 4 octobre 2012 et a placé M. B en congé de maladie imputable au service, lequel a été renouvelé jusqu'au 3 mai 2018, date à laquelle M. B a été radié des cadres et placé à la retraite. Par lettre reçue le 15 mars 2019, l'intéressé a sollicité de cette commune le remboursement de frais restés à sa charge dans le cadre des cures thermales qu'il effectue chaque été depuis 2014 dans la station thermale de Gréoux-les-Bains, portant d'une part sur des frais médicaux et d'autre part sur des frais d'hébergement. Par une décision du 13 mai 2019, la commune de Marcq-en-Barœul a donné son accord de principe pour le remboursement du reste à charge relatif aux frais médicaux mais a rejeté le surplus de la demande. Par une requête introduite le 3 juin 2019, l'intéressé a demandé la condamnation de cette commune au versement de la somme de 7 408,06 euros, assortie des intérêts et de leur capitalisation.

2. Par un jugement du 5 octobre 2021 n° 1904681, le présent tribunal a fait partiellement droit à sa demande en condamnant cette commune au versement de la somme de 211,49 euros, avec intérêts au taux légal à compter du 15 mars 2019 et capitalisation de ces intérêts, correspondant au montant des seuls frais médicaux en lien avec les cures réalisées par l'intéressé. Par une décision n° 459503 du 23 décembre 2022, le Conseil d'Etat statuant au contentieux, saisi d'un pourvoi présenté par M. B, a annulé ce jugement et renvoyé l'affaire devant ce même tribunal. Dans le dernier état de ses écritures, le requérant sollicite la condamnation de la commune de Marcq-en-Barœul à lui rembourser l'ensemble des frais restés à charge à la suite des cures thermales réalisées annuellement depuis 2014, actualisés à la somme de 11 726,70 euros.

Sur les conclusions indemnitaires :

3. Aux termes de l'article 57 de la loi du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale, en vigueur : " Le fonctionnaire en activité a droit : () à des congés de maladie () si la maladie provient de l'une des causes exceptionnelles prévues à l'article L. 27 du code des pensions civiles et militaires de retraite ou d'un accident survenu dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice de ses fonctions, le fonctionnaire conserve l'intégralité de son traitement jusqu'à ce qu'il soit en état de reprendre son service ou jusqu'à la mise à la retraite. Il a droit, en outre, au remboursement des honoraires médicaux et des frais directement entraînés par la maladie ou l'accident () ". Et, aux termes de l'article L. 822-24 du code général de la fonction publique : " Le fonctionnaire qui bénéficie d'une reconnaissance d'imputabilité au service d'un accident ou d'une maladie a droit au remboursement des honoraires médicaux et des frais directement entraînés par sa maladie ou son accident ".

4. Il résulte de ces dispositions que les fonctionnaires territoriaux ont droit au remboursement non seulement des honoraires médicaux mais encore de l'ensemble des frais réels exposés par eux et directement entraînés par une maladie reconnue imputable au service. Il appartient aux intéressés de justifier tant du montant de ces frais que du caractère d'utilité directe que ceux-ci ont présenté pour parer aux conséquences de la maladie dont ils souffrent.

5. En premier lieu, M. B justifie de la somme de 367,41 euros relative aux frais médicaux restés à sa charge, dont il demande le remboursement. L'utilité directe de ces dépenses résulte de l'instruction et n'est d'ailleurs pas contestée par la commune. Par suite, la commune de Marcq-en-Barœul doit être condamnée à verser cette somme à M. B.

6. En second lieu, il résulte de l'instruction que le médecin spécialisé en oto-rhino-laryngologie qui suit l'intéressé depuis le diagnostic de son cancer naso-sinusien lui prescrit depuis 2014 la réalisation d'au moins une cure thermale pour les voies respiratoires par an, en période estivale, à Gréoux-les-Bains, tenant compte des vertus de ces eaux thermales mais également du climat sec, distinct du climat du Nord de la France où réside M. B. L'intérêt du suivi de cette cure, dans cet établissement, ainsi que ses bienfaits sur la santé de M. B sont au demeurant confirmés à plusieurs reprises tant par ce médecin que par le médecin thermal, spécialisé en oto-rhino-laryngologie, exerçant au sein de l'établissement thermal de Gréoux-les-Bains. Si la commune de Marcq-en-Barœul produit en défense des avis médicaux attestant de la qualité des eaux de Saint-Amand-les-Eaux ainsi que la disponibilité dans cette ville située à proximité du domicile de l'intéressé d'une cure thermale pour les voies respiratoires comparable à celle de Gréoux-les-Bains, le médecin oto-rhino-laryngologiste de ce second établissement thermal n'exclut pas que le climat puisse avoir un intérêt dans le traitement de l'intéressé. Par ailleurs, si le second avis médical tend à remettre en cause l'intérêt de procéder à une telle cure dans le Sud de la France plutôt que dans le Nord, ce médecin, au demeurant non spécialisé dans ce type de pathologie et qui n'a pas reçu M. B en consultation, reconnait que le choix de la cure est de la responsabilité du médecin prescripteur. Dans ces conditions, il résulte de l'instruction que la réalisation d'une cure thermale à Gréoux-les-Bains présente un caractère utile pour parer aux conséquences de la maladie dont souffre M. B.

7. En revanche, il ne résulte pas de l'instruction que la location d'un appartement de type T2, adapté à quatre ou cinq personnes, dans une résidence de standing, au mois d'août, ait été nécessaire à la réalisation de cette cure, non plus d'ailleurs que la présence de l'épouse de M. B. Enfin, il résulte également de l'instruction que l'intéressé a bénéficié annuellement d'un remboursement partiel par la sécurité sociale ou l'assureur de la commune à hauteur de 150,01 euros et qu'il a utilisé en 2023 des chèques vacances pour le paiement de sa location, pour lesquels il a bénéficié d'une bonification de son employeur. Dans ces conditions, il sera fait une juste appréciation de la somme due par la commune de Marcq-en-Barœul au titre des frais d'hébergement exposés par l'intéressé pour la réalisation de ses cures thermales de 2014 à 2023 tenant compte, d'une part, des sommes perçues par la sécurité sociale ou l'assureur de la commune et de la bonification employeur, et d'autre part, du coût d'un logement de type F1 à proximité de l'établissement thermal et en saison intermédiaire, en l'évaluant à 7 000 euros.

8. Il résulte de tout ce qui précède que la commune de Marcq-en-Barœul est condamnée à verser à M. B la somme totale de 7 367,41 euros.

Sur les intérêts et la capitalisation des intérêts :

9. M. B a droit aux intérêts au taux légal correspondant à l'indemnité de 7 367,41 euros à compter du 15 mars 2019, date de réception de sa demande par la commune de Marcq-en-Barœul.

10. M. B, par sa requête enregistrée le 3 juin 2019, a sollicité la capitalisation des intérêts " dès qu'une année entière se sera écoulée ". Il y a lieu de faire droit à cette demande à compter du 15 mars 2020 puis à chaque échéance annuelle ultérieure.

Sur les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 741-2 du code de justice administrative :

11. En vertu des dispositions de l'article 41 de la loi du 29 juillet 1881 reproduites à l'article L. 741-2 du code de justice administrative, les tribunaux administratifs peuvent, dans les causes dont ils sont saisis, prononcer, même d'office, la suppression des écrits injurieux, outrageants ou diffamatoires.

12. Les passages dont la suppression est demandée par la commune de Marcq-en-Barœul n'excèdent pas le droit à la libre discussion et ne présentent pas un caractère injurieux ou outrageant. Les conclusions tendant à leur suppression doivent par suite être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

13. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la commune de Marcq-en-Barœul la somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par M. B et non compris dans les dépens. En revanche, les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'il soit mis à la charge de M. B, qui n'est pas partie perdante dans la présente instance, une somme au titre des frais exposés par la commune de Marcq-en-Baroeul et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La commune de Marcq-en-Baroeul est condamnée à verser à M. B la somme de 7 367,41 euros, assortie des intérêts au taux légal à compter du 15 mars 2019. Les intérêts échus à la date du 15 mars 2020 puis à chaque échéance annuelle ultérieure à compter de cette date seront capitalisés pour produire eux-mêmes intérêts.

Article 2 : La commune de Marcq-en-Barœul versera à M. B la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Les conclusions présentées par la commune de Marcq-en-Barœul au titre des dispositions de l'article L. 741-2 du code de justice administrative et de l'article L. 761-1 du même code sont rejetées.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à la commune de Marcq-en-Barœul.

Délibéré après l'audience du 16 avril 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Leguin, présidente,

M. Borget, premier conseiller,

Mme Piou, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 mai 2024.

La rapporteure,

signé

C. PIOU

La présidente,

signé

A-M. LEGUINLa greffière,

signé

S. SING

La République mande et ordonne au préfet du Nord en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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