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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2210008

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2210008

mardi 3 janvier 2023

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2210008
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantKHITER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 24 et 30 décembre 2022, M. D B demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 23 décembre 2022 par lequel le préfet du Nord a décidé son transfert aux autorités allemandes ;

2°) d'enjoindre au préfet du Nord d'enregistrer sa demande d'asile ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros à verser à son conseil, sous réserve de sa renonciation au bénéfice de l'aide juridictionnelle, en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la décision attaquée a été signée par une autorité incompétente ;

- il n'a pas été informé de la possibilité et des conditions de la prorogation du délai de transfert lors de la notification de la décision ;

- les garanties prévues par le paragraphe 2 de l'article 26 du règlement (UE) n° 604/2013 n'ont pas été respectées s'agissant de l'information sur le caractère suspensif de l'introduction d'un recours devant la juridiction administrative ;

- la décision attaquée méconnaît les dispositions de l'article 4 du règlement (UE) n° 604/2013 ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article 29 du règlement (UE) n° 603/2013 ;

- elle méconnaît les dispositions des articles L. 121-1 et L. 122-1 du code des relations entre le public et l'administration en ce qu'il n'a pas été mis à même de présenter des observations ;

- elle est entachée d'erreur d'appréciation quant à la détermination de l'Etat membre responsable de l'examen de sa demande d'asile en application des critères hiérarchiques ;

- elle est entachée d'une erreur de droit dès lors que le préfet a saisi plusieurs Etats et n'a pas déterminé l'Etat responsable de sa demande d'asile.

La procédure a été communiquée au préfet du Nord qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le règlement (UE) n° 603/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme C en application de l'article L. 572-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Allart, magistrate désignée ;

- les observations de Khiter, représentant M. B, qui conclut aux mêmes fins que la requête et par les mêmes moyens ;

- les observations de Me Salard, représentant le préfet du Nord ;

- et les observations de M. B, assisté de Siddiqe, interprète assermenté en langue ourdou.

Considérant ce qui suit :

1. M. D B, ressortissant pakistanais né le 1er mars 1996, a déposé une demande d'asile en France enregistrée le 18 novembre 2022 par les services de la préfecture du Nord. A la suite de cette demande, le préfet du Nord, constatant que M. B avait demandé l'asile en Hongrie le 22 septembre 2015, en Autriche le 20 avril 2016, en Allemagne le 21 août 2016 et en Italie le 21 mars 2018, a saisi les autorités allemandes d'une demande de reprise en charge. Les autorités allemandes ont donné leur accord le 25 novembre 2022. Par sa requête, M. B demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 23 décembre 2022 par lequel le préfet du Nord a décidé de le transférer aux autorités allemandes.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, par un arrêté du 13 octobre 2022, publié le même jour au recueil spécial n° 245 des actes administratifs de la préfecture, le préfet du Nord a donné délégation à Mme F E, attachée d'administration de l'Etat, cheffe du bureau de la lutte contre l'immigration irrégulière, signataire de l'arrêté attaqué, à l'effet de signer, notamment, la décision contestée. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de la décision attaquée manque en fait et doit, dès lors, être écarté.

3. En deuxième lieu, M. B soutient, d'une part, qu'il n'a pas été informé de la possibilité et des conditions de la prorogation du délai de transfert lors de la notification de la décision et, d'autre part, que les garanties prévues par les dispositions du paragraphe 2 de l'article 26 du règlement (UE) n° 604/2013 n'ont pas été respectées s'agissant de l'information sur le caractère suspensif de l'introduction d'un recours devant la juridiction administrative. Toutefois, les conditions de notification d'une décision administrative sont sans incidence sur sa légalité. Les moyens précités doivent, dès lors, être écartés comme inopérants.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article 4 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 : " 1. Dès qu'une demande de protection internationale est introduite () dans un État membre, ses autorités compétentes informent le demandeur de l'application du présent règlement, et notamment : / a) des objectifs du présent règlement et des conséquences de la présentation d'une autre demande dans un État membre différent ainsi que des conséquences du passage d'un État membre à un autre pendant les phases au cours desquelles l'État membre responsable en vertu du présent règlement est déterminé et la demande de protection internationale est examinée ; / b) des critères de détermination de l'État membre responsable, de la hiérarchie de ces critères au cours des différentes étapes de la procédure et de leur durée, y compris du fait qu'une demande de protection internationale introduite dans un État membre peut mener à la désignation de cet État membre comme responsable en vertu du présent règlement même si cette responsabilité n'est pas fondée sur ces critères ; / c) de l'entretien individuel en vertu de l'article 5 et de la possibilité de fournir des informations sur la présence de membres de la famille, de proches ou de tout autre parent dans les États membres, y compris des moyens par lesquels le demandeur peut fournir ces informations ; / d) de la possibilité de contester une décision de transfert et, le cas échéant, de demander une suspension du transfert ; / e) du fait que les autorités compétentes des États membres peuvent échanger des données le concernant aux seules fins d'exécuter leurs obligations découlant du présent règlement ; / f) de l'existence du droit d'accès aux données le concernant et du droit de demander que ces données soient rectifiées () / 2. Les informations visées au paragraphe 1 sont données par écrit, dans une langue que le demandeur comprend ou dont on peut raisonnablement supposer qu'il la comprend. Les États membres utilisent la brochure commune rédigée à cet effet en vertu du paragraphe 3 () / 3. La Commission rédige, au moyen d'actes d'exécution, une brochure commune () contenant au minimum les informations visées au paragraphe 1 du présent article. Cette brochure commune comprend également des informations relatives à l'application du règlement (UE) n° 603/2013 et, en particulier, à la finalité pour laquelle les données relatives à un demandeur peuvent être traitées dans Eurodac. La brochure commune est réalisée de telle manière que les États membres puissent y ajouter des informations spécifiques aux États membres ".

5. Il résulte de ces dispositions que le demandeur d'asile auquel l'administration entend faire application du règlement du 26 juin 2013 doit se voir remettre, dès le moment où le préfet est informé de ce qu'il est susceptible d'entrer dans le champ d'application de ce règlement, et, en tout cas, avant la décision par laquelle l'autorité administrative décide de refuser l'admission provisoire au séjour de l'intéressé au motif que la France n'est pas responsable de sa demande d'asile, une information complète sur ses droits, par écrit et dans une langue qu'il comprend. Cette information doit comprendre l'ensemble des éléments prévus au paragraphe 1 de l'article 4 du règlement. Eu égard à la nature desdites informations, la remise par l'autorité administrative de la brochure prévue par les dispositions précitées constitue pour le demandeur d'asile une garantie.

6. M. B soutient qu'il n'a pas été destinataire des informations prévues à l'article 4 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 dans une langue qu'il comprend. Il ressort toutefois des pièces du dossier que, le 18 novembre 2022, M. B s'est vu remettre par les services de la préfecture les brochures d'information A " j'ai demandé l'asile dans l'Union européenne - quel pays sera responsable de l'analyse de ma demande ' " et B " je suis sous procédure Dublin - qu'est-ce que cela signifie ' " ainsi que le guide du demandeur d'asile en langue ourdou, langue qu'il a déclaré lire, parler et comprendre. En outre, le contenu de ces brochures lui a été expliqué oralement lors de l'entretien individuel dont il a bénéficié le même jour. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision attaquée méconnaîtrait les dispositions de l'article 4 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 doit être écarté.

7. En quatrième lieu, il résulte de l'avis du Conseil d'Etat n° 406122 du 10 mai 2017 qu'à la différence de l'obligation d'information instituée par le règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013, qui prévoit un document d'information sur les droits et obligations des demandeurs d'asile, dont la remise doit intervenir au début de la procédure d'examen des demandes d'asile pour permettre aux intéressés de présenter utilement leur demande aux autorités compétentes, l'obligation d'information prévue à l'article 29, paragraphe 1, du règlement (UE) n° 603/2013 du 26 juin 2013, a uniquement pour objet et pour effet de permettre d'assurer la protection effective des données personnelles des demandeurs d'asile concernés, laquelle est garantie par l'ensemble des Etats membres relevant du régime européen d'asile commun. Le droit d'information des demandeurs d'asile contribue, au même titre que le droit de communication, le droit de rectification et le droit d'effacement de ces données, à cette protection. Il s'ensuit que la méconnaissance de cette obligation d'information ne peut être utilement invoquée à l'encontre des décisions par lesquelles le préfet transfère un demandeur d'asile aux autorités compétentes de l'Etat responsable de l'examen de sa demande. Le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article 29 du règlement (UE) n° 603/2013 du 26 juin 2013, est dès lors inopérant et ne peut, par suite, qu'être écarté.

8. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 100-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Le présent code régit les relations entre le public et l'administration en l'absence de dispositions spéciales applicables. ". Selon l'article L. 121-1 de ce code : " Exception faite des cas où il est statué sur une demande, les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2, () sont soumises au respect d'une procédure contradictoire préalable. ". En vertu de l'article L. 122-1 du même code : " Les décisions mentionnées à l'article L. 211-2 n'interviennent qu'après que la personne intéressée a été mise à même de présenter des observations écrites et, le cas échéant, sur sa demande, des observations orales. Cette personne peut se faire assister par un conseil ou représenter par un mandataire de son choix. () ".

9. Il résulte des dispositions du livre V du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en particulier des articles L. 571-1, L. 572-1, L. 572-7 et R. 572-1 concernant les décisions de transfert d'un étranger aux autorités d'un Etat membre de l'Union européenne responsable de l'examen de sa demande d'asile, que le législateur a entendu déterminer l'ensemble des règles de procédure administrative et contentieuse auxquelles sont soumises l'intervention et l'exécution des décisions de transfert. Dès lors, la méconnaissance des articles L. 121-1 et L. 122-1 du code des relations entre le public et l'administration ne saurait être utilement invoquée à l'encontre de la décision attaquée dont la procédure est régie par des dispositions spéciales. Le moyen ne peut dès lors qu'être écarté.

10. En sixième lieu, M. B soutient que la décision attaquée est entachée d'une erreur de droit dès lors que le préfet du Nord a saisi plusieurs Etats et n'a pas déterminé un seul Etat responsable de sa demande d'asile. Il ressort cependant des termes mêmes de la décision attaquée que le préfet a décidé le transfert de M. B aux seules autorités allemandes, qu'il a désignées comme étant responsables de l'examen de sa demande d'asile. Par suite, le moyen précité doit être écarté comme manquant en fait.

11. En septième et dernier lieu, le moyen tiré de l'erreur d'appréciation dont serait entachée l'arrêté attaqué quant à la détermination de l'Etat membre responsable de l'examen de sa demande d'asile en application des critères hiérarchiques, doit être écarté comme dépourvu des précisions suffisantes permettant d'en apprécier le bien-fondé.

12. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 23 décembre 2022 par lequel le préfet du Nord a décidé son transfert aux autorités allemandes en vue de l'examen de sa demande d'asile. Il y a lieu, par voie de conséquence, de rejeter ses conclusions à fin d'injonction ainsi que celles présentées au titre des frais liés au litige.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D B et au préfet du Nord.

Lu en audience publique le 3 janvier 2023.

La magistrate désignée,

Signé,

L. C La greffière,

Signé,

F. JANET

La République mande et ordonne au préfet du Nord, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier.

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