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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2210035

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2210035

vendredi 8 novembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2210035
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation7ème chambre
Avocat requérantMBOGNING

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 26 décembre 2022 et le 22 mai 2023, M. B A, représenté par Me Mbogning, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 27 octobre 2022 par laquelle le directeur du Conseil national des activités privées de sécurité (CNAPS) a refusé de lui délivrer une carte professionnelle d'agent privé de sécurité ;

2°) d'enjoindre au directeur du CNAPS de lui délivrer une carte professionnelle d'agent privé de sécurité dans le délai de deux semaines à compter de la notification jugement à intervenir, sous astreinte de 500 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge du CNAPS les entiers dépens ;

4°) de mettre à la charge du CNAPS la somme de 4 000 euros à verser à son conseil, Me Mbogning, sur le fondement des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 sur l'aide juridique.

Il soutient que :

- la décision attaquée a été prise par une autorité incompétente ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle a été prise en méconnaissance du principe du contradictoire dès lors qu'il n'a pas pu faire d'observations ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle ;

- elle a été prise en méconnaissance du principe de présomption d'innocence ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation et elle est disproportionnée.

Par un mémoire en défense enregistré le 30 août 2023, le directeur du Conseil national des activités privées de sécurité conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

La caducité de la demande d'aide juridictionnelle présentée par M. B A a été constatée par une décision du 16 janvier 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la sécurité intérieure ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Barre,

- les conclusions de Mme Dang, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. Par un courrier du 27 juillet 2022, M. A a sollicité auprès du directeur du Conseil national des activités privées de sécurité (CNAPS) la délivrance d'une carte professionnelle d'agent privé de sécurité. Par une décision du 27 octobre 2022, dont M. A demande l'annulation, le directeur du CNAPS a rejeté cette demande.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 612-20 du code de la sécurité intérieure : " Nul ne peut être employé ou affecté pour participer à une activité mentionnée à l'article L. 611-1 : () / 2° S'il résulte de l'enquête administrative, ayant le cas échéant donné lieu à consultation, par des agents du Conseil national des activités privées de sécurité spécialement habilités par le représentant de l'Etat territorialement compétent et individuellement désignés, des traitements de données à caractère personnel gérés par les services de police et de gendarmerie nationales relevant des dispositions de l'article 31 de la loi n° 78-17 du 6 janvier 1978 relative à l'informatique, aux fichiers et aux libertés, à l'exception des fichiers d'identification, que son comportement ou ses agissements sont contraires à l'honneur, à la probité, aux bonnes mœurs ou sont de nature à porter atteinte à la sécurité des personnes ou des biens, à la sécurité publique ou à la sûreté de l'Etat et sont incompatibles avec l'exercice des fonctions susmentionnées ; () ".

3. Pour refuser à M. A la délivrance d'une carte d'agent privé de sécurité, le directeur du Conseil national des activités privées de sécurité (CNAPS) a retenu que l'intéressé a été mis en cause pour des faits d'emploi d'un étranger non muni d'une autorisation de travail, exécution d'un travail dissimulé et aide à l'entrée, à la circulation ou au séjour irrégulier d'un étranger en France, commis entre janvier et juin 2021 alors que M. A était titulaire d'une carte professionnelle d'agent privé de sécurité, et que ce comportement, contraire à l'honneur et au devoir de probité, est incomptable avec l'exercice des fonctions d'agent privé de sécurité.

4. Il ressort des pièces du dossier, notamment du procès-verbal d'audition produit par le requérant que, concomitamment à l'exercice de son activité d'agent privé de sécurité, M. A a utilisé son titre de séjour et son numéro de sécurité sociale pour ouvrir des comptes sur les plateformes Deliveroo et Uber Eats. Dans ce même document, l'agent de police qui l'auditionnait a laissé entendre, à travers ses questions, que l'enquête menée par les services de police aurait révélé que les comptes de M. A auraient été utilisés, pendant quatre à cinq mois, au moins en partie, par deux ressortissants étrangers en situation irrégulière, qui effectuaient des livraisons et à qui M. A reversait tout ou partie des sommes perçues en contrepartie de cette activité. Si M. A conteste les faits et se prévaut de ce qu'aucune condamnation n'a été prononcée à son encontre et soutient qu'il cumulait son activité d'agent privé de sécurité avec celle de livreur, il ne donne pas d'explication précise sur son emploi du temps et le contrat de travail auprès de la société Gardiennage surveillance de proximité qu'il produit ne fait pas mention d'un exercice à temps partiel de son activité d'agent privé de sécurité. Dans ces conditions, il doit être tenu pour établi par les pièces du dossier, bien qu'il ne soit pas allégué que l'intéressé ait fait l'objet d'une condamnation pour ces faits, que M. A a permis à deux personnes en situation irrégulière d'utiliser les comptes Deliveroo et Uber Eats ouverts à son nom, ce qui constitue un comportement contraire à la probité. Toutefois, il n'est pas contesté par le directeur du CNAPS, alors que M. A était agent privé de sécurité depuis plus de quatre ans et demi à la date de la décision attaquée, que son comportement n'avait jamais été remis en cause dans le cadre de l'exercice de ses fonctions, sans que le directeur du CNAPS n'explique les raisons pour lesquelles il a tout de même considéré que les faits en litige, qui ne révèlent pas, notamment, un comportement violent ou une absence maitrise de soi, seraient incompatibles avec les fonctions d'agent privé de sécurité. Dans ces conditions, M. A est fondé à soutenir qu'en refusant de lui délivrer une carte professionnelle d'agent privée de sécurité, le directeur du CNAPS a entaché sa décision d'une erreur d'appréciation.

5. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que M. A est fondé à demander l'annulation de la décision du 27 octobre 2022 par laquelle le directeur du Conseil national des activités privées de sécurité (CNAPS) a refusé de lui délivrer une carte professionnelle d'agent privé de sécurité.

Sur les conclusions à fin d'injonction sous astreinte :

6. Eu égard au motif qui la fonde, l'annulation de la décision du 27 octobre 2022 refusant la délivrance à M. A d'une carte professionnelle d'agent privé de sécurité implique nécessairement que soit enjoint au directeur du Conseil national des activités privées de sécurité (CNAPS) de lui délivrer une telle carte, dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

7. En premier lieu, le requérant ne justifiant avoir exposé aucun dépens, les conclusions tendant à la mise à la charge du Conseil national des activités privées de sécurité les entiers dépens de l'instance ne peuvent qu'être rejetées.

8. En second lieu, M. A n'a pas été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle. Dès lors, son avocat ne peut se prévaloir des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique. Par suite, les conclusions présentées sur le fondement de ces dispositions ne peuvent qu'être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du 27 octobre 2022 par laquelle le directeur du Conseil national des activités privées de sécurité (CNAPS) a refusé de délivrer à M. A une carte professionnelle d'agent privé de sécurité est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au directeur du Conseil national des activités privées de sécurité de délivrer à M. A une carte d'agent privé de sécurité dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à Me Mbogning et au Conseil national des activités privées de sécurité.

Délibéré après l'audience du 11 octobre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Paganel, président,

Mme Barre, conseillère,

M. Jouanneau, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 novembre 2024.

La rapporteure,

Signé

C. BARRE

Le président,

Signé

M. PAGANEL La greffière,

Signé

D. WISNIEWSKI

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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