Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés le 29 décembre 2022, le 19 janvier 2024 et le 14 juin 2024, M. B... A..., représenté par Me Deregnaucourt, demande au tribunal :
1°) d’annuler la décision par laquelle le maire de la commune de Ronchin a implicitement rejeté sa demande formée le 16 août 2022 tendant à ce que soit constatée par procès-verbal la non-conformité des travaux de construction d’une maison individuelle réalisés par M. C... sur une unité foncière cadastrée section B nos 1277 et 2974 située rue Louis Montois sur le territoire communal ;
2°) d’enjoindre au maire de la commune de Ronchin, sous astreinte de 200 euros par jour de retard à l’expiration d’un délai d’un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, de dresser procès-verbal des infractions constatées et de le transmettre au procureur de la République ;
3°) de condamner la commune de Ronchin à lui verser la somme de 30 000 euros au titre de la perte vénale de son bien ;
4°) de condamner la commune de Ronchin et l’État à lui verser la somme de 5 000 euros en réparation du préjudice moral qu’il a subi ;
5°) de condamner la commune de Ronchin à lui verser la somme de 200 euros par mois en réparation du trouble de jouissance qu’il subit depuis l’édiction de l’arrêté du 19 février 2018 et ce, jusqu’à la cessation complète de ce trouble ;
6°) de mettre à la charge de la commune de Ronchin la somme de 3 000 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- sa requête est recevable ;
- le maire de Ronchin était tenu, en application des dispositions de l’article L. 480-1 du code de l'urbanisme, de dresser procès-verbal des infractions commises par M. C... consistant, d’une part, en la réalisation de travaux sur la base d’une autorisation d’urbanisme annulée par le juge administratif et d’autre part, en l’édification d’une construction méconnaissant les dispositions du b) du 2) du A) du I) de l’article 7 UA du règlement du plan local d’urbanisme (PLU) de la commune de Ronchin et, en tout état de cause, les dispositions de l’actuel PLU de la Métropole européenne de Lille, applicables à la zone USE3.1 ;
- l’illégalité fautive de l’arrêté du 19 février 2018 est de nature à engager la responsabilité de la commune de Ronchin ;
- cette illégalité fautive lui a causé un préjudice financier d’un montant total de 30 000 euros dès lors qu’elle a concouru à la diminution de la valeur vénale de son bien ;
- il a subi un préjudice moral du fait d’avoir dû engager une procédure contentieuse pour que soit constatée la méconnaissance de la construction litigieuse, qui doit être indemnisé à hauteur de 5 000 euros ;
- enfin, son préjudice de jouissance, consistant en une vue disgracieuse sur un mur en briques et en une perte d’ensoleillement et de luminosité, doit être indemnisé en lui allouant une somme de 200 euros par mois à compter du 19 février 2018 et jusqu’à la cessation de ces troubles.
Par des mémoires en défense, enregistrés le 8 juin 2023 et le 8 avril 2024, la commune de Ronchin, représentée par la SELAS Ernst & Young Société d’Avocats, conclut au rejet de la requête et à ce qu’une somme de 3 000 euros soit mise à la charge du requérant au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
- les conclusions à fin d’annulation de la requête sont irrecevables dès lors que le pouvoir de faire dresser procès-verbal d’une infraction en application de l’article L. 480-1 du code de l'urbanisme est exercé par l’État ;
- les conclusions tendant à l’indemnisation du préjudice moral et du trouble de jouissance de M. A... sont irrecevables en l’absence de liaison du contentieux ;
- elle n’a commis aucune faute de nature à engager sa responsabilité en raison notamment, du fait qu’aucune pièce annexée au dossier de permis de construire sollicité par M. C... n’a permis aux services instructeurs de déceler l’illégalité du permis qui lui a été accordé ;
- M. A... ne peut prétendre à l’indemnisation des préjudices qu’il estime avoir subis ;
- en tout état de cause, les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Par un mémoire en défense, enregistré le 11 juillet 2024, le préfet du Nord conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par M. A... à l’appui de ses conclusions à fin d’annulation ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de Mme Beaucourt, conseillère,
- les conclusions de M. Frindel, rapporteur public,
- les observations de Me Deregnaucourt, représentant M. A...,
- les observations de Me Dagostino de la SELAS Ernst & Young Société d’Avocats, représentant la commune de Ronchin.
- et les observations de Mme D..., représentant le préfet du Nord.
Une note en délibéré, présentée par le préfet du Nord a été enregistrée le 13 mars 2026.
Considérant ce qui suit :
Par un arrêté du 19 février 2018, le maire de la commune de Ronchin a délivré à M. C... un permis de construire une maison individuelle sur une unité foncière cadastrée section B nos 1277 et 2974, située rue Louis Montois sur le territoire communal. Par un jugement avant dire droit n° 1811489 du 15 novembre 2021, le tribunal, faisant application de l’article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme, a sursis à statuer sur les conclusions présentées par M. A..., voisin immédiat de M. C..., tendant à l’annulation de l’arrêté du 19 février 2018. Par ce jugement, le tribunal a donné à M. C... et à la commune de Ronchin un délai de trois mois à compter de sa notification pour justifier d’un permis de construire permettant de régulariser l’illégalité relevée relative à la méconnaissance des dispositions du b) du 2) du A) du I) de l’article 7 UA du règlement du plan local d’urbanisme (PLU) de la commune de Ronchin. Puis, par un jugement n° 1811489 du 30 mai 2022, mettant fin à l’instance et devenu définitif, le tribunal, constatant l’absence de notification d’une mesure permettant la régularisation du vice retenu, a annulé l’arrêté du 19 février 2018.
Par un courrier du 16 août 2022, reçu le 24 août suivant, M. A... a sollicité du maire de la commune de Ronchin, d’une part, qu’il soit constaté, par procès-verbal transmis au procureur de la République, l’exécution par M. C... des travaux de construction de son habitation réalisés en vertu d’une autorisation d’urbanisme annulée et d’autre part, le versement d’une somme de 30 000 euros à titre de réparation de la perte de valeur de son bien résultant de l’illégalité fautive de l’arrêté de permis de construire du 19 février 2018. Par sa requête, M. A... demande au tribunal d’annuler la décision par laquelle le maire de la commune de Ronchin a implicitement rejeté sa demande tendant à dresser un procès-verbal d’infraction et de condamner cette même commune à l’indemniser des préjudices qu’il estime avoir subis.
Sur les conclusions à fin d’annulation :
En ce qui concerne la fin de non-recevoir :
Il ressort des pièces du dossier que, contrairement à ce que soutient la commune et ainsi qu’il vient d’être dit, M. A... demande au tribunal, non l’engagement de la responsabilité du maire de la commune de Ronchin pour sa carence fautive dans l’exercice des attributions qu’il tient des dispositions de l’article L. 480-1 du code de l'urbanisme, mais l’annulation de la décision par laquelle ce dernier a implicitement refusé de faire usage des pouvoirs qu’il tient de ces mêmes dispositions. Par suite, la fin de non-recevoir soulevée en ce sens doit être écartée.
En ce qui concerne la légalité de la décision refusant implicitement de dresser procès-verbal d’infraction :
D’une part, aux termes de l’article L. 480-1 du code de l’urbanisme : « (…) Lorsque l'autorité administrative et, au cas où il est compétent pour délivrer les autorisations, le maire ou le président de l'établissement public de coopération intercommunale compétent ont connaissance d'une infraction de la nature de celles que prévoient les articles L. 480-4 et L. 610-1, ils sont tenus d'en faire dresser procès-verbal. / Copie du procès-verbal constatant une infraction est transmise sans délai au ministère public. (…) ». A cet égard, l’article L. 480-4 de ce code dispose que : « Le fait d'exécuter des travaux mentionnés aux articles L. 421-1 à L. 421-5 en méconnaissance des obligations imposées par les titres Ier à VII du présent livre et les règlements pris pour leur application ou en méconnaissance des prescriptions imposées par un permis de construire, de démolir ou d'aménager ou par la décision prise sur une déclaration préalable est puni d'une amende comprise entre 1 200 euros et un montant qui ne peut excéder, soit, dans le cas de construction d'une surface de plancher, une somme égale à 6 000 euros par mètre carré de surface construite, démolie ou rendue inutilisable au sens de l'article L. 430-2, soit, dans les autres cas, un montant de 300 000 euros. En cas de récidive, outre la peine d'amende ainsi définie un emprisonnement de six mois pourra être prononcé (…) ». En outre, aux termes de l’article L. 610-1 du même code, dans sa version applicable au litige : « En cas d'infraction aux dispositions des plans locaux d'urbanisme, les articles L. 480-1 à L. 480-9 sont applicables, les obligations mentionnées à l'article L. 480-4 s'entendant également de celles résultant des plans locaux d'urbanisme (…) ».
Il résulte de ces dispositions que le maire est tenu de dresser un procès-verbal en application de l’article L. 480-1 du code de l’urbanisme lorsqu’il a connaissance d’une infraction mentionnée à l’article L. 480-4, résultant soit de l’exécution de travaux sans les autorisations prescrites par le livre IV du code, soit de la méconnaissance des autorisations délivrées et d’en transmettre une copie au ministère public. En outre, le maire est également tenu de dresser un procès-verbal lorsqu’il a connaissance d’une infraction mentionnée à l’article L. 610-1 du même code qui résulte de la méconnaissance des dispositions du PLU.
Cette obligation, qui a notamment pour objet d’informer le ministère public auquel il appartient de décider de la poursuite de l’infraction, n’est pas susceptible de s’éteindre par l’effet de l’écoulement du temps. Si des travaux irrégulièrement exécutés peuvent être régularisés, notamment par la délivrance ultérieure d’une autorisation, un tel changement de circonstances ne fait pas disparaitre l’infraction et ne saurait priver d’objet l’action publique. Dans ces conditions, l’effet utile de l’annulation du refus du maire de faire dresser un procès-verbal d’infraction en application de l’article L. 480-1 du code de l’urbanisme et de procéder à la transmission d’une copie au ministère public impose que le juge de l’excès de pouvoir, saisi d’une demande d’annulation de ce refus, en apprécie la légalité au regard de la situation de droit et de fait à la date à laquelle cette décision de refus est intervenue, et non au regard de la situation de droit et de fait existant à la date de sa propre décision.
D’une part, l'annulation d'un acte administratif implique en principe que cet acte est réputé n'être jamais intervenu.
En l’espèce, il ressort des pièces du dossier que, par le jugement n° 1811489 du 30 mai 2022, le tribunal a annulé l’arrêté du 19 février 2018 pris par le maire de la commune de Ronchin du fait de la méconnaissance, par le projet, des dispositions du b) du 2) du A) du I) de l’article 7 UA du règlement du PLU de la commune de Ronchin. S’il est certes vrai que, à la date du 1er octobre 2021 à laquelle M. C... a achevé les travaux de construction de son habitation, l’annulation du permis de construire dont il était titulaire n’était pas encore survenue, il résulte toutefois de l’instruction que, par l’effet du principe, énoncé au point précédent, inhérent à l’effet rétroactif des annulations contentieuses, l’autorisation d’urbanisme sur la base de laquelle cette opération de construction a été poursuivie doit, depuis le 30 mai 2022, être réputée n’être jamais intervenue. Dans ces conditions, il s’ensuit que c’est à tort qu’au 24 octobre 2022, le maire de la commune de Ronchin a refusé de dresser procès-verbal de l’infraction résultant, à la suite de cette annulation contentieuse définitive, dans l’édification d’une construction sans les autorisations prescrites par le livre IV du code de l’urbanisme.
D’autre part, ainsi que cela résulte du principe énoncé au point 6, la légalité du refus opposé par le maire de Ronchin de dresser un procès-verbal d’infraction en application de l’article L. 480-1 du code de l'urbanisme s’apprécie au regard de la situation de droit et de fait à la date à laquelle ce refus est intervenu, soit le 24 octobre 2022. Ce faisant, M. A... ne peut utilement se prévaloir de la non-conformité des travaux réalisés par son voisin aux dispositions du b) du 2) du A) du I) de l’article 7 UA du règlement du plan local d’urbanisme (PLU) de la commune de Ronchin, lesquelles n’était plus applicables à cette date.
Néanmoins, la Section II du Chapitre 3 relatif aux dispositions particulières relatives aux tissus résidentiels de l’ère industrielle – USE3.1 du Titre 2 du Livre III du règlement du PLU2 de la Métropole européenne de Lille (MEL) prévoit, dans sa version en vigueur du 28 février 2022 au 27 janvier 2023, que « Les constructions doivent être implantées en retrait des limites séparatives non latérales. La distance comptée horizontalement de tout point de la construction au point de la limite séparative non latérale qui en est le plus rapproché doit être au moins égale à la moitié de la différence d'altitude entre ces deux points, sans pouvoir être inférieure à 8 mètres (L≥H/2). / Au-dessus de cette hauteur et sur une distance horizontale de 4 mètres par rapport à la limite séparative non latérale, les toitures doivent être comprises dans un gabarit de 45° par rapport à l’horizontale à partir de la limite concernée ».
Il ressort des pièces du dossier, et en particulier de la planche PCMI 2 et 3 intitulée « Plan de masse et profil terrain » que l’habitation édifiée par M. C... est en partie implantée en limite séparative et, pour le reste, à une distance de trois mètres de cette limite de sorte que cette construction méconnaît les dispositions précitées du PLU2 de la MEL, dans leur version applicable au 24 octobre 2022.
Il s’ensuit que, pour les motifs exposés aux points 8 et 11, le maire de Ronchin était tenu, dans le cadre de ses pouvoirs de police spéciale de l’urbanisme, de dresser procès-verbal d’infraction en application de l’article L. 480-1 du code de l'urbanisme. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions doit être accueilli.
Il résulte de tout ce qui précède que la décision par laquelle le maire de la commune de Ronchin a implicitement rejeté la demande de M. A... tendant à ce que soit constatée par procès-verbal la non-conformité des travaux de construction de la maison individuelle réalisés par M. C... doit être annulée.
Sur les conclusions indemnitaires :
En ce qui concerne la fin de non-recevoir :
Aux termes de l’article R. 421-1 du code de justice administrative : « La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée. / Lorsque la requête tend au paiement d'une somme d'argent, elle n'est recevable qu'après l'intervention de la décision prise par l'administration sur une demande préalablement formée devant elle ».
La décision par laquelle l’administration rejette une réclamation tendant à la réparation des conséquences dommageables d’un fait qui lui est imputé lie le contentieux indemnitaire à l’égard du demandeur pour l’ensemble des dommages causés par ce fait générateur, quels que soient les chefs de préjudice auxquels se rattachent les dommages invoqués par la victime et que sa réclamation ait ou non spécifié les chefs de préjudice en question. Par suite, la victime est recevable à demander au juge administratif, dans les deux mois suivant la notification de la décision ayant rejeté sa réclamation, la condamnation de l’administration à l’indemniser de tout dommage ayant résulté de ce fait générateur, y compris en invoquant des chefs de préjudice qui n’étaient pas mentionnés dans sa réclamation.
Il résulte de l’instruction que M. A... a adressé le 16 août 2022 au maire de la commune de Ronchin, par l’intermédiaire de son conseil, une demande indemnitaire préalable dans le cadre de laquelle il a sollicité l’indemnisation par la commune du préjudice financier qu’il estime avoir subi à raison de l’illégalité fautive de l’arrêté du 19 février 2018. Le silence gardé par le maire sur cette demande, reçue le 24 août 2022, a donné lieu à une décision implicite de rejet de nature à lier le contentieux indemnitaire à l’égard de M. A... pour l’ensemble des dommages causés par ce fait générateur, quand bien même l’intéressé n’avait pas, à ce stade, spécifié qu’il entendait obtenir réparation de son préjudice moral ainsi que de son préjudice de jouissance. Par suite, la fin de non-recevoir soulevée en ce sens par la commune de Ronchin doit être écartée.
Sur le principe de responsabilité :
En principe, toute illégalité commise par l’administration constitue une faute susceptible d’engager sa responsabilité, pour autant qu’il en soit résulté un préjudice direct et certain.
L’illégalité de l’arrêté du 19 février 2018 du maire de Ronchin est constitutive d’une faute de nature à engager la responsabilité de la commune et à ouvrir droit à réparation à M. A... des préjudices directs et certains qui en résultent. A cet égard, si la commune de Ronchin fait valoir qu’aucune pièce annexée au dossier de permis de construire ne permettait de déceler l’illégalité du permis accordé à M. C..., il appartenait toutefois aux services instructeurs d’adresser au pétitionnaire, dont le dossier était complet au regard des pièces limitativement énumérées aux articles R. 431-4 et suivants du code de l'urbanisme, une demande tendant à la communication de pièces pour permettre l’examen de la conformité du projet au regard de la réglementation locale d’urbanisme, et en particulier des dispositions du b) du 2) du A) du I) de l’article 7 UA du règlement du PLU de la commune de Ronchin. Par suite, et en l’absence de fraude de la part du pétitionnaire, aucune circonstance de nature à exonérer la responsabilité de la commune ne peut être retenue.
Sur les préjudices :
Le tiers à un permis de construire illégal peut rechercher la responsabilité de la personne publique au nom de laquelle a été délivré le permis, si le projet de construction est réalisé. Il a droit, sous réserve du cas dans lequel le permis a été régularisé, à obtenir réparation de tous les préjudices qui trouvent directement leur cause dans les illégalités entachant la décision.
Premièrement, la perte de valeur vénale du bien du demandeur constitue un préjudice actuel susceptible d'être indemnisé, sans qu'ait d'incidence la circonstance qu'il ne ferait pas état d'un projet de vente.
Il résulte des estimations de la valeur du bien de M. A... réalisées par diverses agences immobilières, dont les éléments techniques et les estimations concordantes sur la perte de valeur vénale ne sauraient être remis en cause par la seule circonstance avancée par la commune de Ronchin qu’elles n’ont pas été réalisées dans le cadre d’une expertise contradictoire, que la propriété du requérant encourt, par le fait de la présence de l’habitation de M. C..., une moins-value estimée à 30 000 euros. Toutefois, si le respect des dispositions du b) du 2) du A) du I) de l’article 7 UA du règlement du PLU de Ronchin rendait ainsi impossible l’édification d’un volume s’adossant en limite séparative d’une hauteur de 3,20 mètres calculée par rapport au niveau naturel du terrain de M. C..., il résulte de l’instruction que la partie de la construction en cause située à une distance horizontale de plus de trois mètres de la limite séparative pouvait, à tout le moins, être légalement autorisée sur cette même unité foncière. Dans ces conditions, alors que M. A... est seulement fondé à demander l’indemnisation des préjudices excédant ceux qui auraient résulté de l’implantation d’une construction légale, il y a lieu de faire une juste appréciation de ce chef de préjudice en fixant l’indemnisation due à l’intéressé à hauteur de la somme de 8 000 euros, compte tenu du fait que les évaluations immobilières dont il se prévaut ne tiennent pas compte de la possibilité de cette édification légale.
Deuxièmement, il ne résulte pas de l’instruction que les pertes d’ensoleillement et de luminosité dont se prévaut le requérant trouveraient une origine directe dans la seule hauteur excessive du volume de la construction en cause implantée en limite séparative des parcelles de MM. C... et A.... En revanche, le pignon aveugle de la partie de l’habitation adossée en fond de parcelle, qui culmine à 1,97 mètre au-dessus du mur de clôture du requérant, cause, par sa hauteur et son aspect hautement minéral, un effet d’enfermement au jardin de l’intéressé. Par suite, il y a lieu de faire une juste appréciation des troubles de jouissance à ce titre en fixant à 3 000 euros l’indemnité destinée à en assurer la réparation.
Troisièmement, il résulte de l’instruction que M. A... a tenté par différentes démarches menées auprès de la commune, se traduisant notamment par un recours gracieux formé contre l’arrêté du 19 février 2018 et rejeté par une décision du maire de Ronchin du 2 janvier 2019, puis auprès du présent tribunal, par l’introduction d’un recours pour excès de pouvoir contre cet arrêté, de faire reconnaître l’illégalité du permis de construire délivré à M. C.... Il sera fait une juste appréciation du préjudice moral induit par ces démarches, d’ailleurs menées en vain auprès de la commune, durant près de quatre années en l’évaluant à la somme de 1 000 euros.
Il résulte des trois points qui précèdent que la commune de Ronchin doit être condamnée à verser à M. A... une somme totale de 12 000 euros au titre des préjudices qu’il a subis à raison de l’illégalité fautive de l’arrêté du 19 février 2018.
Sur les conclusions aux fins d’injonction et d’astreinte :
Lorsque le juge administratif annule une décision de refus du maire de faire dresser un procès-verbal d’infraction en application de l’article L. 480-1 du code de l’urbanisme au motif qu’une infraction mentionnée à l’article L. 480-4 était caractérisée à la date de ce refus, il lui incombe en principe d’enjoindre au maire de faire dresser procès-verbal de cette infraction et d’en transmettre une copie au ministère public.
L’exécution du présent jugement implique d’enjoindre au maire de la commune de Ronchin, agissant au nom de l’État, de faire dresser un procès-verbal de l’infraction commise par M. C... à la date de la décision attaquée et de transmettre ce procès-verbal au procureur de la République près le tribunal judiciaire de Lille dans un délai de deux mois à compter de la date de notification du jugement. Dans les circonstances de l’espèce, il n’y a pas lieu d’assortir cette injonction d’une astreinte.
Sur les frais liés au litige :
Il y a lieu de faire application des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative et de mettre à la charge de la commune de Ronchin une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par M. A... et non compris dans les dépens. En revanche, ces mêmes dispositions font obstacle à ce que soit mise à la charge du requérant, qui n’est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme demandée par la commune de Ronchin au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.
D É C I D E :
Article 1er : La décision par laquelle le maire de la commune de Ronchin a implicitement rejeté la demande de M. A... tendant à ce que soit constatée par procès-verbal la non-conformité des travaux de construction de la maison individuelle réalisés par M. C... est annulée.
Article 2 : La commune de Ronchin est condamnée à verser la somme de 12 000 euros à M. A....
Article 3 : Il est enjoint au maire de la commune de Ronchin, agissant au nom de l’État, de faire dresser un procès-verbal de l’infraction commise par M. C... et d’en transmettre une copie au procureur de la République près le tribunal judiciaire de Lille dans un délai de deux mois à compter de la date de notification du jugement.
Article 4 : La commune de Ronchin versera à M. A... une somme de 1 500 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 6 : Les conclusions présentées par la commune de Ronchin sur le fondement de l’article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 7 : Le présent jugement sera notifié à M. B... A..., à la commune de Ronchin et au préfet du Nord.
Délibéré après l’audience du 12 mars 2026, à laquelle siégeaient :
- Mme Féménia, présidente,
- Mme Beaucourt, conseillère,
- M. Boileau, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 mars 2026.
La rapporteure,
Signé
P. Beaucourt
La présidente,
Signé
J. Féménia
La greffière,
Signé
C. Capizzi
La République mande et ordonne au préfet du Nord en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,