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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2210164

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2210164

vendredi 29 mars 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2210164
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation7ème chambre
Avocat requérantTHOMAS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 30 décembre 2022, M. C B, représenté par Me Thomas, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 1er décembre 2022 par lequel le préfet du Pas-de-Calais a refusé de l'admettre au séjour, a assorti ce refus de l'obligation de quitter le territoire français dans un délai de 30 jours, a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement, l'a informé de ce qu'il pourra faire l'objet d'une reconduite à la frontière et d'une interdiction de retour en France en cas de maintien sur le territoire ;

2°) d'enjoindre au préfet du Pas-de-Calais de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ou, à défaut, de réexaminer sa situation et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à lui verser au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

S'agissant de la décision portant refus de séjour :

- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'une " erreur manifeste d'appréciation " ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- la décision attaquée est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant refus de séjour ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations du paragraphe 1 de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

S'agissant des éventuelles décisions de reconduite à la frontière et interdiction de retour sur le territoire français :

- ces éventuelles décisions méconnaîtraient les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elles seraient entachées d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elles méconnaîtraient les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elles méconnaîtraient les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elles méconnaîtraient les stipulations du paragraphe 1 de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

Par un mémoire en défense, enregistré le 13 février 2023, le préfet du Pas-de-Calais conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 1er décembre 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 13 janvier 2023.

Par un courrier du 22 février 2024, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de l'irrecevabilité des conclusions dirigées contre les décisions de " reconduite à la frontière " et d'interdiction de retour sur le territoire français " qui seraient prises à l'encontre de M. B conséquemment à l'arrêté du 1er décembre 2022 " en raison de l'inexistence de ces décisions.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant signée à New-York le 26 janvier 1990 ;

- l'accord entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement du royaume du Maroc en matière de séjour et d'emploi du 9 octobre 1987 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Célino,

- et les observations de Me Chikouche, avocat substituant Me Thomas, représentant M. B.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant marocain né le 5 septembre 1987, est entré, selon ses déclarations, sur le territoire français le 8 septembre 2019, muni d'un visa de type C valable du 3 septembre 2019 au 13 octobre 2019. Le 16 mai 2022, il a sollicité la délivrance d'un titre de séjour en se prévalant de sa vie privée et familiale. Par un arrêté du 1er décembre 2022, le préfet du Pas-de-Calais a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de 30 jours, a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement et l'a informé de ce qu'il pourra faire l'objet d'une reconduite à la frontière et d'une interdiction de retour en France en cas de maintien sur le territoire. Par la présente requête, M. B demande au tribunal de prononcer l'annulation de cet arrêté.

Sur la légalité de la décision portant refus de titre de séjour :

2. En premier lieu, la décision attaquée, qui comprend cinq pages, vise notamment l'accord entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement du royaume du Maroc en matière de séjour et d'emploi, le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Cette décision, qui n'avait pas à mentionner l'ensemble des éléments afférents à la situation personnelle du requérant, indique avec une précision suffisante les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Ainsi, elle satisfait aux exigences de motivation résultant des dispositions des articles L. 211-2 et suivants du code des relations entre le public et l'administration. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 (). ".

4. Il ressort des pièces du dossier que M. B est marié depuis décembre 2020 à une ressortissante marocaine titulaire d'une carte de résident valable du 12 mars 2019 au 11 mars 2029. Dans ces conditions, le requérant, qui entre dans les catégories ouvrant droit au regroupement familial, ne peut utilement se prévaloir des dispositions précitées de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions ne peut qu'être écarté.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

6. En l'espèce, M. B fait état de ce que sa vie privée et familiale est désormais installée sur le territoire français où est née sa fille et où réside son épouse. Toutefois, si le requérant soutient demeurer en France depuis septembre 2019, il est constant qu'il ne bénéficie d'aucun droit à séjourner sur le territoire national depuis octobre 2019, son visa étant expiré. En outre, M. B ne produit aucune pièce permettant de justifier d'attaches sur le territoire français autres que les liens avec son épouse et sa fille. Aucun élément du dossier ne permet d'établir que la cellule familiale ne pourrait se reconstituer hors de France, notamment au Maroc, où M. B a vécu jusqu'à l'âge de 32 ans. Il n'allègue pas être dépourvu d'attaches au Maroc. La circonstance que son épouse, également de nationalité marocaine, soit titulaire d'une carte de résident valable jusqu'en 2029 ne fait pas obstacle à ce que le couple poursuive sa vie privée et familiale dans leur pays d'origine. Par suite, la décision attaquée ne méconnaît pas les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

7. En quatrième lieu, pour les motifs évoqués au point 6 du présent jugement, le moyen tiré de l'erreur d'appréciation doit être écarté.

8. En cinquième lieu, si les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile sont applicables aux ressortissants marocains en matière de délivrance d'une carte de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", M. B ne peut en l'espèce utilement invoquer la méconnaissance de ces dispositions, l'intéressé n'ayant pas sollicité son admission au séjour sur ce fondement et le préfet n'ayant pas examiné son droit au séjour au titre de ces dispositions. Par suite, ce moyen ne peut qu'être écarté.

9. En dernier lieu, aux termes du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait () des tribunaux, des autorités administratives (), l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. ".

10. M. B soutient que la décision refusant de l'admettre au séjour priverait sa fille de la présence de ses deux parents à ses côtés. Toutefois, dès lors que l'intérêt supérieur des enfants est de demeurer aux côtés de leurs parents et qu'il ne ressort d'aucune pièce du dossier que la jeune A, âgée de dix-huit mois à la date de l'arrêté attaqué, ne pourrait les accompagner en cas de retour dans leur pays d'origine, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3- 1 de la convention relative aux droits de l'enfant doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

11. Il résulte de ce qui précède que la décision portant refus de séjour n'est pas entachée d'illégalité. M. B ne saurait, par suite, soutenir que la décision portant obligation de quitter le territoire français est illégale en conséquence de l'illégalité de la décision lui refusant un titre de séjour.

12. En l'absence d'argumentation spécifique, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, des dispositions des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, des stipulations du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant et de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés par les mêmes motifs que ceux exposés aux points 3 à 10 du présent jugement.

En ce qui concerne les éventuelles décisions de reconduites à la frontière et d'interdiction de retour sur le territoire français :

13. M. B développe des moyens spécifiques à l'encontre des éventuelles décisions de reconduite à la frontière et d'interdiction de retour sur le territoire français en cas de maintien à l'issue du délai de trente jours imparti pour quitter la France. Il ressort toutefois de la lecture de l'arrêté en litige et notamment de ses articles 3 et 4, que le préfet du Pas-de-Calais a indiqué que, " à l'expiration de ce délai, l'intéressé pourra être reconduit d'office à la frontière à destination du Maroc " et " l'intéressé est informé que s'il se maintient en France à l'issue du délai qui lui est imparti (), il pourra être prononcé à son encontre une décision portant interdiction de retour sur le territoire français ". Ces articles se bornent à indiquer à M. B qu'en cas de maintien sur le territoire français au-delà du délai de départ volontaire de trente jours accordé en l'espèce, il pourra être reconduit à la frontière à destination du Maroc et que le préfet du Pas-de-Calais pourra prendre à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français. Or, de telles déclarations d'intention, qui annoncent des décisions futures et hypothétiques, ne constituent pas des décisions administratives susceptibles d'un recours pour excès de pouvoir. Les conclusions sont ainsi dirigées contre des décisions qui n'existent pas et doivent, dès lors, être rejetées comme irrecevables.

14. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de M. B tendant à l'annulation de l'arrêté du préfet du Pas-de-Calais du 1er décembre 2022 doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C B et au préfet du Pas-de-Calais.

Délibéré après l'audience du 8 mars 2024, à laquelle siégeaient :

M. Paganel, président,

Mme Célino, première conseillère,

Mme Barre, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 mars 2024.

La rapporteure,

Signé

C. CELINO

Le président,

Signé

M. PAGANEL La greffière,

Signé

D. WISNIEWSKI

La République mande et ordonne au préfet du Pas-de-Calais, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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