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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2300090

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2300090

mercredi 18 janvier 2023

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2300090
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantLEFEBVRE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 5 janvier 2023 et le 17 janvier 2023, M. F A demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 4 janvier 2023 par lequel le préfet du Nord l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement et lui a interdit le retour sur le territoire pour une durée de trois ans ;

2°) d'enjoindre au préfet du Nord de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

En ce qui concerne l'ensemble des décisions contenues dans l'arrêté en litige :

- elles sont insuffisamment motivées ;

- elles ont été prises par une autorité incompétente ;

- elles n'ont pas été notifiées dans une langue qu'il comprend.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle méconnaît son droit au respect de sa vie privée et familiale ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation au regard des dispositions du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

En ce qui concerne la décision refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire :

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation dès lors que son comportement ne constitue pas une menace à l'ordre public et qu'il ne présente pas de risque de fuite.

En ce qui concerne la décision portant fixation du pays de destination :

- elle est illégale du fait de l'illégalité, invoquée par voie d'exception, de la décision portant obligation de quitter le territoire ;

- elle méconnaît les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- elle est illégale du fait de l'illégalité, invoquée par voie d'exception, de la décision portant obligation de quitter le territoire ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation au regard des circonstances humanitaires dont il justifie ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation quant à sa durée.

La requête a été communiquée au préfet du Nord qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entré et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme D en application de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Leclère, magistrate désignée ;

- les observations de Me Lefebvre, représentant M. A, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens ;

- les observations de Me Salard, représentant le préfet du Nord, qui conclut au rejet de la requête au motif que les moyens ne sont pas fondés ;

- et les observations de M. A, assisté de Mme B, interprète assermentée en langue arabe, qui répond aux questions posées par le tribunal dans le cadre de l'instruction.

Considérant ce qui suit :

1. Par requête susvisée, M. A, ressortissant algérien né le 22 avril 2000, demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 4 janvier 2023 par lequel le préfet du Nord l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement et lui a interdit le retour sur le territoire pour une durée de trois ans.

Sur les moyens communs aux décisions contenues dans l'arrêté en litige :

2. En premier lieu, par un arrêté du 13 octobre 2022 publié le même jour au recueil spécial n°245 des actes administratifs de la préfecture, le préfet du Nord a donné délégation à Mme E C, adjointe à la cheffe du bureau de la lutte contre l'immigration irrégulière, à l'effet de signer, notamment, les décisions litigieuses. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'arrêté en litige doit être écarté.

3. En deuxième lieu, les décisions attaquées, qui n'avaient pas à mentionner tous les éléments factuels de la situation de l'intéressé, énoncent les considérations de droit et de fait sur lesquelles elles se fondent. A cet égard, il résulte des termes de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français, que le préfet du Nord a pris en compte les critères de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour déterminer la durée de l'interdiction de retour. Par ailleurs, M. A n'ayant pas sollicité de titre de séjour, l'arrêté attaqué n'avait pas à viser l'accord franco-algérien. Dès lors, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation des décisions attaquées doit être écarté.

4. En dernier lieu, les conditions de notification d'une décision sont sans incidence sur la légalité de celle-ci. Dès lors, M. A ne peut utilement invoquer le moyen tiré de l'irrégularité de la notification des décisions attaquées.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

5. En premier lieu, aux termes de l'article L. 611-3 9° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : () / 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié ".

6. M. A soutient qu'il ne peut faire l'objet d'une mesure d'éloignement en raison de son état de santé. Toutefois, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'il aurait informé les autorités de ses problèmes de santé et d'une pathologie nécessitant des soins. Pa railleurs, M. A n'établit pas qu'il ne pourrait suivre des soins en lien avec son état de santé lors de son retour dans son pays d'origine alors qu'il produit, au demeurant, des documents attestant d'un suivi médical en Algérie. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 611-3, 9° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

7. En second lieu, si M. A soutient que la décision en litige porte atteinte à son droit au respect de sa vie privée et familiale, il n'assortit ce moyen d'aucune précision permettant d'en apprécier le bien-fondé. Par suite, ce moyen ne peut qu'être écarté.

Sur la décision portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire :

8. Si M. A soutient que la décision refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire est entachée d'une erreur d'appréciation, il n'assortit ce moyen d'aucune précision permettant d'en apprécier le bien-fondé. Le moyen doit, dès lors, être écarté.

Sur la décision fixant le pays de destination :

9. En premier lieu, compte tenu de ce qui précède, le moyen tiré de l'illégalité, invoquée par voie d'exception, de la décision portant obligation de quitter le territoire doit être écarté.

10. En second lieu, pour les mêmes motifs que ceux retenus au point 6 les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doivent être écartés.

Sur la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

11. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Aux termes de l'article L. 612-10 de ce code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. () ".

12. En premier lieu, compte tenu de ce qui précède, le moyen tiré de l'illégalité, invoquée par voie d'exception, de la décision portant obligation de quitter le territoire doit être écarté.

13. En second lieu, d'une part, si M. A soutient qu'il justifie de circonstances humanitaires tenant à son état de santé, ainsi qu'il a été dit précédemment, il n'établit pas qu'il ne pourrait recevoir, dans son pays d'origine, le traitement adapté à son état. D'autre part, il ressort des dispositions précitées au point 11 que la durée de l'interdiction de retour est déterminée en tenant compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. Il ressort des pièces du dossier que M. A, qui déclare, sans l'établir, être entré en France au cours de l'année 2021, est célibataire, sans charge de famille, et ne justifie d'aucune attache privée ou familiale sur le territoire français. Par ailleurs, il a fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement. Enfin, la consultation du fichier automatisé des empreintes digitales révèle que le requérant est connu des autorités sous plusieurs identités et qu'une vingtaine de signalements ont été enregistrés pour des faits récents, notamment, de vol, de vol aggravé, de vente à la sauvette, de violence aggravée et également d'infraction à la législation des stupéfiants. Dans ces circonstances, le préfet du Nord n'a pas commis d'erreur d'appréciation dans l'application des dispositions précitées en interdisant à l'intéressé de revenir sur le territoire français pour une durée de trois ans.

14. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de M. A tendant à l'annulation de l'arrêté du 4 janvier 2023 par lequel le préfet du Nord l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, celles présentées à fin d'injonction sous astreinte et celles relatives aux frais liés au litige.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. F A et au préfet du Nord.

Prononcé à l'audience publique le 18 janvier 2023.

La magistrate désignée,

Signé

M. DLa greffière,

Signé

N. CARPENTIER

La République mande et ordonne au préfet du Nord en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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