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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2300124

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2300124

lundi 3 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2300124
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantCARDON

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 6 janvier 2023, M. A B, représenté par Me Cardon, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 4 janvier 2023 par lequel le préfet du Nord l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé son pays de destination et lui a interdit le retour sur le territoire pour une durée de deux ans ;

3°) d'enjoindre au préfet du Nord de lui délivrer un titre de séjour dans un délai de 15 jours à compter de la notification du présent jugement, et ce sous astreinte de 150 euros par jour de retard ou, à défaut, de procéder à un nouvel examen de sa situation dans le même délai et sous la même astreinte ;

4°) d'enjoindre au préfet de procéder à l'effacement de son signalement dans le système d'information Schengen (SIS) et au fichier des personnes recherchées ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1990.

M. B soutient que :

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle a été prise par une autorité incompétente ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle méconnaît son droit d'être entendu tel qu'il est reconnu par l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation ;

- elle est entachée d'erreurs de fait ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article 7 quater de l'accord franco-tunisien ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

En ce qui concerne la décision refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire :

- elle a été prise par une autorité incompétente ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle méconnaît son droit d'être entendu tel qu'il est reconnu par l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation ;

- elle est entachée d'erreurs de fait ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation dans l'application des dispositions des articles L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il ne présente pas de risque de fuite ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article 7 quater de l'accord franco-tunisien ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- elle a été prise par une autorité incompétente ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle méconnaît son droit d'être entendu tel qu'il est reconnu par l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation ;

- elle est entachée d'erreurs de fait ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article 7 quater de l'accord franco-tunisien ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- elle a été prise par une autorité incompétente ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle méconnaît son droit d'être entendu tel qu'il est reconnu par l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation ;

- elle est entachée d'erreurs de fait ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article 7 quater de l'accord franco-tunisien ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation dans l'application des dispositions des articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

La requête a été communiquée au préfet du Nord qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Vu les autres pièces du dossier.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 23 janvier 2023 du bureau d'aide juridictionnelle.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- l'accord du 17 mars 1988 entre le gouvernement de la République française et le gouvernement de la République de Tunisie en matière de séjour et de travail ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme D en application de l'article L. 614-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Varenne, magistrate désignée ;

- les observations de Me Cardon, représentant M. B, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens ; il soutient, en outre, que la décision portant obligation de quitter le territoire français est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle et qu'elle est entachée d'un détournement de pouvoir ;

- les observations de Me Ioannidou, représentant le préfet du Nord, qui conclut au rejet de la requête au motif que les moyens soulevés ne sont pas fondés ;

- M. B étant absent.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant tunisien né le 7 février 1996 à Tunis (Tunisie), demande l'annulation de l'arrêté du 4 janvier 2023 par lequel le préfet du Nord l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé son pays de destination et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée de deux ans.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président. / L'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut également être accordée lorsque la procédure met en péril les conditions essentielles de vie de l'intéressé, notamment en cas d'exécution forcée emportant saisie de biens ou expulsion. / () / L'aide juridictionnelle provisoire devient définitive si le contrôle des ressources du demandeur réalisé a posteriori par le bureau d'aide juridictionnelle établit l'insuffisance des ressources. ".

3. M. B ayant été admis à l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle du 23 janvier 2023, ses conclusions tendant à son admission provisoire à l'aide juridictionnelle sont devenues sans objet. Par suite, il n'y a pas lieu d'y statuer.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne les moyens communs à l'ensemble des décisions attaquées :

4. En premier lieu, eu égard au caractère réglementaire des arrêtés de délégation de signature, soumis à la formalité de publication, le juge peut, sans méconnaître le principe du caractère contradictoire de la procédure, se fonder sur l'existence de ces arrêtés alors même que ceux-ci ne sont pas versés au dossier. Par un arrêté du 13 octobre 2022, publié le même jour au recueil n° 245 des actes administratifs de la préfecture, le préfet du Nord a donné délégation à Mme E C, adjointe à la cheffe du bureau de la lutte contre l'immigration irrégulière, signataire de l'arrêté en litige, à l'effet de signer, notamment, les décisions attaquées. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'arrêté en litige manque en fait et doit, dès lors, être écarté.

5. En deuxième lieu, aux termes du paragraphe 1 de l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions et organes de l'Union ". Aux termes du paragraphe 2 de ce même article : " Ce droit comporte notamment : / - le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre ; () ". Enfin, aux termes du paragraphe 1 de l'article 51 de la Charte : " Les dispositions de la présente Charte s'adressent aux institutions, organes et organismes de l'Union dans le respect du principe de subsidiarité, ainsi qu'aux Etats membres uniquement lorsqu'ils mettent en œuvre le droit de l'Union. () ".

6. Le droit d'être entendu, principe général du droit de l'Union européenne, se définit comme celui de toute personne à faire connaître, de manière utile et effective, ses observations écrites ou orales au cours d'une procédure administrative, avant l'adoption de toute décision susceptible de lui faire grief. Toutefois, ce droit n'implique pas systématiquement l'obligation, pour l'administration, d'organiser, de sa propre initiative, un entretien avec l'intéressé, ni même d'inviter ce dernier à produire ses observations, mais suppose seulement que, informé de ce qu'une décision lui faisant grief est susceptible d'être prise à son encontre, il soit en mesure de présenter spontanément des observations écrites ou de solliciter un entretien pour faire valoir ses observations orales. Enfin, une atteinte à ce droit n'est susceptible d'affecter la régularité de la procédure à l'issue de laquelle la décision faisant grief est prise que si la personne concernée a été privée de la possibilité de présenter des éléments pertinents qui auraient pu influer sur le contenu de la décision, ce qu'il lui revient, le cas échéant, d'établir devant la juridiction saisie.

7. Il ressort des pièces du dossier que, lors de son audition par les services de police le 3 janvier 2023, le requérant a été invité à présenter ses observations sur la perspective de son éloignement du territoire français, sur le pays à destination duquel il risquait d'être renvoyé ainsi que sur la possibilité de l'édiction d'une décision lui interdisant le retour sur le territoire français. S'il n'a pas été expressément informé de ce qu'un délai de départ volontaire pouvait lui être refusé, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'il aurait eu à faire valoir des éléments pertinents de nature à influence le sens de la décision par laquelle le préfet a refusé de lui accorder un tel délai. Par suite, le moyen dirigé contre chacune des décisions attaquées et tiré de ce que le préfet du Nord aurait méconnu le droit de M. B d'être entendu doit être écarté.

8. En troisième lieu, si le préfet du Nord a mal orthographié le nom du requérant dans la décision attaquée, le nommant " Eddaji " au lieu d'"B ", il s'agit d'une simple erreur de plume qui ne saurait révéler, de la part de l'autorité préfectorale, un défaut d'examen sérieux de la situation de l'intéressé. En outre, contrairement à ce que soutient M. B, le préfet du Nord, qui a fait mention du projet de mariage de ce dernier dans la décision attaquée, a bien examiné ses liens privés et familiaux sur le territoire français. Par suite, le moyen tiré de ce que le préfet du Nord n'aurait pas procédé à un examen sérieux de la situation du requérant et dirigé contre l'ensemble des décisions attaquées doit être écarté.

En ce qui concerne les autres moyens dirigés contre la décision portant obligation de quitter le territoire français :

9. En premier lieu, la décision attaquée mentionne avec suffisamment de précisions les circonstances de fait et de droit sur lesquelles elle se fonde. Contrairement à ce que soutient le requérant, le préfet du Nord n'avait pas à viser l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988 qui ne régit que le droit au séjour des ressortissants tunisiens et non leur éloignement du territoire français. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision attaquée doit être écarté.

10. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier que M. B possède un passeport en cours de validité et qu'il est hébergé chez le père de sa concubine et en compagnie de cette dernière. Toutefois, contrairement à ce que soutient le requérant, le préfet ne s'est pas fondé sur les circonstances qu'il n'aurait pas possédé de documents d'identité ou de voyage en cours de validité et qu'il serait dépourvu de domicile stable en France pour prendre à son encontre la décision attaquée, laquelle est uniquement fondée sur la circonstance qu'il est entré irrégulièrement en France et n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision par laquelle l'autorité préfectorale a obligé le requérant à quitter le territoire français serait entachée d'erreurs de fait doit être écarté.

11. En troisième lieu, d'une part, indépendamment de l'énumération donnée par l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile des catégories d'étrangers qui ne peuvent faire l'objet d'une mesure d'éloignement, l'autorité administrative ne saurait légalement obliger un ressortissant étranger à quitter le territoire français que si ce dernier se trouve en situation irrégulière au regard des règles relatives à l'entrée et au séjour. Lorsque la loi prescrit que l'intéressé doit se voir attribuer de plein droit un titre de séjour, cette circonstance fait obstacle à ce qu'il puisse légalement être l'objet d'une obligation de quitter le territoire français.

12. D'autre part, aux termes de l'article 7 quater de l'accord franco-tunisien en matière de séjour et de travail du 17 mars 1988 modifié : " () les ressortissants tunisiens bénéficient, dans les conditions prévues par la législation française, de la carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale". " Aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / () ".

13. Il ressort des pièces du dossier que M. B est entré en France récemment, au plus tôt au cours de l'année 2019 ainsi qu'il le déclare en audition. S'il se prévaut de sa relation avec une ressortissante française avec laquelle il envisageait de se marier avant même l'édiction de la décision attaquée, ainsi qu'en atteste le dépôt d'un dossier de mariage en mairie de Roubaix le 1er octobre 2022, et si l'union du couple doit être célébrée le 18 mars 2023 à la mairie de Roubaix, cette relation demeure récente. Il ressort à cet égard des pièces versées par l'intéressé à l'appui de sa requête qu'il a rencontré sa compagne au cours du mois de juin 2021 et qu'ils résident ensemble au domicile du père de cette dernière depuis le mois de décembre 2021 seulement. M. B n'atteste, en outre, d'aucune insertion particulière dans la société française et n'y dispose, en dehors de sa concubine, d'aucun lien privé ou familial d'une particulière intensité. Enfin, le requérant n'établit pas, ni même n'allègue, qu'il serait isolé dans son pays d'origine où résident ses proches, ainsi qu'il l'a déclaré aux services de police. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 7 quater de l'accord franco-tunisien, lesquelles doivent être appréciées à l'aune des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, doit être écarté.

14. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

15. Compte tenu de la situation personnelle de M. B telle qu'elle a été exposée au point 13 et dès lors que ce dernier n'établit pas qu'il ne pourrait se réinsérer professionnellement et socialement en Tunisie, où il a vécu la majeure partie de son existence, le moyen tiré de la violation des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté. Il y a lieu, pour les mêmes motifs, d'écarter également le moyen tiré de ce que la décision attaquée serait entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle du requérant.

16. En dernier lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet aurait édicté la décision attaquée, qui fait suite à l'interpellation du requérant sur la voie publique dans le cadre d'un contrôle d'identité, dans le seul but d'empêcher l'aboutissement du projet de mariage de M. B avec une ressortissante française. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision attaquée serait entachée d'un détournement de pouvoir doit être écarté.

17. Il résulte de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 4 janvier 2023 par laquelle le préfet du Nord lui a fait obligation de quitter le territoire français.

Sur les autres moyens dirigés contre la décision refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire :

18. En premier lieu, le préfet du Nord énonce avec suffisamment de précision les considérations de fait et de droit sur lesquelles il fonde sa décision. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision attaquée serait insuffisamment motivée manque en fait et doit, dès lors, être écarté.

19. En second lieu, aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entré et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. () ". Aux termes de l'article L. 612-2 du même code : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / () / 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ". Enfin, l'article L. 612-3 de ce code précise que : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; / ( ) / 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement ; / () / 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, qu'il a refusé de se soumettre aux opérations de relevé d'empreintes digitales ou de prise de photographie prévues au 3° de l'article L. 142-1, qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale ou qu'il s'est précédemment soustrait aux obligations prévues aux articles L. 721-6 à L. 721-8, L. 731-1, L. 731-3, L. 733-1 à L. 733-4, L. 733-6, L. 743-13 à L. 743-15 et L. 751-5. ".

20. Il ressort des termes mêmes de la décision attaquée que, pour refuser à M. B l'octroi d'un délai de départ volontaire, le préfet du Nord s'est fondé sur les dispositions précitées du 3° de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et des 1°, 5° et 8° de l'article L. 612-3 du même code. M. B atteste, par les documents qu'il verse à l'appui de ses écritures, qu'il possède un passeport en cours de validité ainsi qu'un lieu d'hébergement stable et le préfet ne démontre pas que le requérant aurait fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement sous une autre identité. Il résulte cependant de l'instruction que l'autorité préfectorale, qui a également fondé sa décision sur la circonstance, établie, que le requérant est entré en France irrégulièrement et n'a pas cherché à faire régulariser sa situation, aurait pris la même décision si elle n'avait pas retenu ces éléments. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision attaquée serait entachée d'une erreur d'appréciation dans l'application des dispositions précitées des articles L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

21. En troisième lieu, compte tenu de ce qui a été énoncé au point précédent, le préfet ne pouvait, sans commettre d'erreurs de fait, considérer que M. B ne possédait pas de documents d'identité ou de voyage en cours de validité et logement stable. Toutefois, il résulte de l'instruction et de ce qui a été énoncé au point précédent que le préfet aurait pris la même décision s'il n'avait pas retenu ces éléments. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision attaquée serait entachée d'erreurs de fait doit être écarté.

22. En quatrième lieu, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 7 quater de l'accord franco-tunisien est inopérant à l'encontre de la décision attaquée. Ce moyen ne peut, par suite, qu'être écarté.

23. En dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés aux points 13 et 15 le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

24. Il résulte de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 4 janvier 2023 par laquelle le préfet du Nord lui a refusé l'octroi d'un délai de départ volontaire.

Sur les autres moyens dirigés contre la décision fixant le pays de destination :

25. En premier lieu, la décision attaquée mentionne avec suffisamment de précision les circonstances de fait et de droit sur lesquelles elle se fonde. Il s'ensuit que le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision attaquée doit être écarté.

26. En deuxième lieu, s'il ressort des pièces du dossier que M. B possède un passeport en cours de validité et qu'il dispose d'un hébergement stable, le préfet ne s'est pas fondé sur les circonstances qu'il n'aurait pas possédé de documents d'identité ou de voyage en cours de validité et qu'il serait dépourvu de domicile pérenne en France pour prendre à son encontre la décision attaquée qui se borne à fixer le pays à destination duquel il doit être éloigné. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision attaquée serait entachée d'erreurs de fait doit être écarté.

27. En troisième lieu, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 7 quater de l'accord franco-tunisien est inopérant à l'encontre de la décision attaquée. Ce moyen ne peut, par suite, qu'être écarté.

28. En quatrième lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés aux points 13 et 15 le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

29. En dernier lieu, si M. B fait valoir son isolement dans son pays d'origine pour soutenir qu'il risquerait, en cas de retour en Tunisie, d'être victime de traitements inhumains et dégradants au sens de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, il n'apporte aucun élément de nature à corroborer les faits qu'il allègue. La circonstance qu'il aurait fixé en France le centre de ses intérêts privés et familiaux, ce qui, au demeurant n'est pas démontré, ainsi qu'il a été exposé aux points 13 et 15 du présent jugement, n'est pas davantage de nature à démontrer qu'il risquerait, en cas de retour dans son pays de nationalité, d'être soumis à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Par suite, le moyen tiré de la violation de ces stipulations doit être écarté.

30. Il résulte de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 4 janvier 2023 par laquelle le préfet du Nord a fixé son pays de destination.

En ce qui concerne les autres moyens dirigés contre la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

31. En premier lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. () ". En outre, aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français ". Par ailleurs, aux termes de l'article L. 613-2 du même code : " Les décisions relatives au refus et à la fin du délai de départ volontaire prévues aux articles L. 612-2 et L. 612-5 et les décisions d'interdiction de retour et de prolongation d'interdiction de retour prévues aux articles L. 612-6, L. 612-7, L. 612-8 et L. 612-11 sont distinctes de la décision portant obligation de quitter le territoire français. / Elles sont motivées. ".

32. Il ressort des termes mêmes de ces dispositions que l'autorité compétente doit, pour décider de prononcer à l'encontre de l'étranger soumis à l'obligation de quitter le territoire français une interdiction de retour et en fixer la durée, tenir compte, dans le respect des principes constitutionnels, des principes généraux du droit et des règles résultant des engagements internationaux de la France, des quatre critères qu'elles énumèrent, sans pouvoir se limiter à ne prendre en compte que l'un ou plusieurs d'entre eux. Ainsi la décision d'interdiction de retour doit comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, de sorte que son destinataire puisse à sa seule lecture en connaître les motifs. Toutefois, si cette motivation doit attester de la prise en compte par l'autorité compétente, au vu de la situation de l'intéressé, de l'ensemble des critères prévus par la loi, aucune règle n'impose que le principe et la durée de l'interdiction de retour fassent l'objet de motivations distinctes, ni que soit indiquée l'importance accordée à chaque critère.

33. La décision par laquelle le préfet du Nord a fait interdiction à M. B de revenir sur le territoire français pour une durée de deux ans vise les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et sa motivation atteste de ce que l'ensemble des critères énoncés par ce dernier article a été pris en compte. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision attaquée doit être écarté.

34. En deuxième lieu, s'il ressort des pièces du dossier que M. B possède un passeport en cours de validité et qu'il dispose d'un hébergement stable, le préfet ne s'est pas fondé sur les circonstances qu'il n'aurait pas possédé de documents d'identité ou de voyage en cours de validité et qu'il serait dépourvu de domicile pérenne en France pour prendre à son encontre la décision attaquée qui se borne à interdire au requérant de revenir sur le territoire français pour une durée de deux ans. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision attaquée serait entachée d'erreurs de fait doit être écarté.

35. En troisième lieu, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 7 quater de l'accord franco-tunisien est inopérant à l'encontre de la décision attaquée. Ce moyen ne peut, par suite, qu'être écarté.

36. En quatrième lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés aux points 13 et 15 le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

37. En dernier lieu, M. B, ainsi qu'il a été exposé plus haut, est entré récemment en France où il ne dispose d'aucun lien privé ou familial en dehors de la relation qu'il entretient depuis moins de deux ans avec une ressortissante française. S'il est établi qu'il envisage de s'unir civilement avec cette dernière, la décision attaquée n'a pas pour effet d'empêcher cette démarche d'aboutir dès lors que le requérant pourra toujours, après avoir sollicité l'abrogation de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français sur le fondement de l'article L. 613-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, concrétiser son projet après une entrée régulière sur le territoire français. Ainsi, le requérant ne justifie d'aucune circonstance humanitaire de nature à faire obstacle à ce qu'il lui soit interdit de revenir sur le territoire français et le préfet n'a commis aucune erreur d'appréciation dans l'application des dispositions de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. En revanche, pour fixer à deux ans la durée pendant laquelle il a interdit à M. B de revenir sur le territoire français, le préfet mentionne avoir pris en compte sa situation familiale sur le territoire français, l'absence de menace à l'ordre public que représente son comportement et la circonstance qu'il a fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement sous une autre identité. Or, l'autorité préfectorale n'apporte aucun élément de nature à établir que le requérant aurait fait l'objet d'une autre mesure d'éloignement sous une identité falsifiée et il n'est pas établi que le préfet aurait pris la même décision s'il n'avait pas retenu ce motif erroné. Dans ces conditions le préfet du Nord a commis une erreur d'appréciation dans l'application des dispositions de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en fixant à deux ans la durée de l'interdiction de retour prise à l'encontre de l'intéressé. Dès lors que le principe d'une interdiction de retour sur le territoire français n'est pas divisible de sa durée, l'erreur d'appréciation ainsi commise par le préfet du Nord entache la décision attaquée d'une illégalité totale et doit entraîner son annulation.

38. Il résulte de tout ce qui précède que M. B est fondé à demander l'annulation de la décision du 4 janvier 2023 du préfet du Nord lui interdisant le retour sur le territoire français pour une durée de deux ans.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

39. L'exécution du présent jugement, qui se borne à annuler la décision interdisant à M. B le retour sur le territoire français, n'implique aucune mesure d'exécution. Il y a lieu, par suite, d'annuler les conclusions du requérant à fin d'injonction sous astreinte.

Sur les frais de l'instance :

40. M. B a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Cardon, avocat de M. B, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Cardon de la somme de 900 euros.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions de M. B tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : La décision du 4 janvier 2023 par laquelle le préfet du Nord a interdit à M. B de revenir sur le territoire français pour une durée de deux ans est annulée.

Article 3 : l'Etat versera à Me Cardon une somme de 900 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que Me Cardon renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.

Article 4 : le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à Me Olivier Cardon et au préfet du Nord.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 avril 2023.

La magistrate désignée

Signé

M. D

La greffière,

Signé

F. JANET

La République mande et ordonne au préfet du Nord en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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