mercredi 27 septembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lille |
| Section | Tribunal Administratif de Lille |
| N° Dossier | TA59-2300267 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | 6ème chambre |
| Avocat requérant | DANSET-VERGOTEN |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 11 janvier 2023, Mme D A, représentée par Me Danset-Vergoten, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler pour excès de pouvoir la décision du préfet du Nord du 14 décembre 2022 portant refus d'enregistrement de sa demande d'asile et de la décision du même jour portant refus de délivrance d'une attestation de demande d'asile en " procédure normale " ;
3°) d'enjoindre au préfet du Nord d'enregistrer sa demande d'asile, de lui délivrer une attestation de demande d'asile en " procédure normale " et de lui remettre un dossier en vue de saisir l'OFPRA ou, à défaut, de procéder à un nouvel examen de sa situation, en toute hypothèse dans le délai de dix jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros, à verser à son conseil, au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soutient que :
En ce qui concerne la décision portant refus d'enregistrement en procédure normale de la demande d'asile :
- elle méconnaît l'article 9-2 du règlement (UE) 604/2013 modifié par le règlement U-E 118/2014 du 30 janvier 2014, dès lors que le préfet ne démontre pas qu'il a informé les autorités compétentes de la prolongation du délai de son transfert ;
- elle méconnaît l'article 29 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 et le droit d'asile, à valeur constitutionnelle, dès lors que le délai de six mois dont disposait le préfet pour procéder à son transfert aux autorités espagnoles était expiré et qu'elle ne se trouvait pas en fuite.
La requête a été communiquée au préfet du Nord, qui n'a pas produit de mémoire.
Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 27 mars 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le règlement (UE) n°604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. Fougères a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A, ressortissante guinéenne née le 15 septembre 1995 à Conakry (Guinée) a présenté le 14 mars 2022 une demande d'asile auprès des services de la préfecture du Nord. Par un arrêté du 11 avril 2022, le préfet du Nord a prononcé son transfert aux autorités espagnoles. Par un jugement n°2202695 du 16 mai 2022, le magistrat désigné du tribunal administratif de Lille a rejeté sa requête contre cet arrêté. Le conseil de Mme A a sollicité le 12 décembre 2022 des services de la préfecture du Nord l'enregistrement d'une demande d'asile en procédure normale et la remise d'un dossier pour saisir l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) en invoquant une impossibilité de se déplacer et la nécessité de demeurer sur le sol français. Par courriel du 14 décembre 2022, les services de la préfecture du Nord lui ont opposé un refus, précisant que Mme A était déclarée en fuite à la suite d'un refus d'embarquement. Par la présente requête, Mme A demande au tribunal d'annuler cette décision, ainsi que la décision portant refus de délivrance d'une attestation de demande d'asile en " procédure normale " qui en résulte. Par ordonnance du 26 janvier 2023, le juge des référés de ce tribunal a suspendu l'exécution de ces décisions jusqu'à ce qu'il soit statué sur la requête et a enjoint au préfet du Nord de délivrer à Mme A l'attestation prévue à l'article L. 521-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, lui permettant d'introduire sa demande devant l'Office français de protection des réfugiés et apatrides.
Sur les conclusions aux fins d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle totale :
2. Il ressort des pièces du dossier que le bureau d'aide juridictionnelle a accordé le bénéfice de l'aide juridictionnelle sollicitée, par une décision du 27 mars 2023. Par suite, les conclusions à fin d'admission provisoire au bénéfice de cette aide sont dépourvues d'objet. Il n'y a par conséquent pas lieu d'y statuer.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
3. Aux termes de l'article 29 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013, établissant les critères et mécanismes de détermination de l'Etat membre responsable de l'examen d'une demande de protection internationale introduite dans l'un des Etats membres par un ressortissant de pays tiers : " 1. Le transfert du demandeur ou d'une autre personne visée à l'article 18, paragraphe 1, point c) ou d), de l'État membre requérant vers l'État membre responsable s'effectue conformément au droit national de l'État membre requérant, après concertation entre les États membres concernés, dès qu'il est matériellement possible et, au plus tard, dans un délai de six mois à compter de l'acceptation par un autre État membre de la requête aux fins de prise en charge ou de reprise en charge de la personne concernée ou de la décision définitive sur le recours ou la révision lorsque l'effet suspensif est accordé conformément à l'article 27, paragraphe 3. () ; / 2. Si le transfert n'est pas exécuté dans le délai de six mois, l'État membre responsable est libéré de son obligation de prendre en charge ou de reprendre en charge la personne concernée et la responsabilité est alors transférée à l'État membre requérant. Ce délai peut être porté () à dix-huit-mois au maximum si la personne concernée prend la fuite. () ".
4. Par ailleurs, aux termes de l'article L. 521-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'enregistrement de sa demande d'asile a été effectué, l'étranger se voit remettre une attestation de demande d'asile dont les conditions de délivrance et de renouvellement sont fixées par décret en Conseil d'Etat. () / La délivrance de cette attestation ne peut être refusée au motif que l'étranger est démuni des documents et visas mentionnés à l'article L. 311-1. Elle ne peut être refusée que dans les cas prévus aux c ou d du 2° de l'article L. 542-2. / Cette attestation n'est pas délivrée à l'étranger qui demande l'asile à la frontière ou en rétention ".
5. Il ressort des pièces du dossier que les autorités italiennes ont donné leur accord explicite quant à la prise en charge de Mme A le 22 mars 2022. Le délai de six mois précité a été interrompu par l'introduction, le 11 avril 2022, d'un recours tendant à l'annulation de cet arrêté, et a recommencé à courir à la date de notification au préfet du Nord du jugement du tribunal administratif du 16 mai 2022 statuant sur ce recours. Il ressort des pièces du dossier que, pour refuser à Mme A l'enregistrement de sa demande d'asile, le préfet du Nord s'est fondé sur le fait qu'elle était en fuite suite à un refus d'embarquement. Toutefois, Mme A justifie, par la production d'un certificat médical de Mme B C, sage-femme au service de la protection maternelle et infantile au département du Nord, en date du 3 octobre 2022, que son état, du fait de son accouchement prévu fin 2022, contre-indiquait tout voyage en train ou en avion, ce que confirme un second certificat médical établi le 2 novembre 2022 par une sage-femme du centre hospitalier régional universitaire de Lille. Elle soutient par ailleurs, sans être contestée, avoir honoré un rendez-vous à la préfecture du Nord le 18 octobre 2022, qui avait pour objet de lui remettre notamment un laisser-passer en vue de l'embarquement, prévu le 20 octobre 2022, pour un vol à destination de l'Espagne, et avoir informé par courriel du même jour, adressé par l'intermédiaire de l'association Exod, les services de la préfecture de sa situation médicale, justificatif à l'appui. Dès lors, il ne ressort pas des pièces du dossier que Mme A se soit intentionnellement soustraite au contrôle de l'autorité administrative en vue de faire obstacle à une mesure d'éloignement la concernant. Il s'ensuit que le préfet du Nord a fait une inexacte application du 2 de l'article 29 du règlement n°604/2013 précité en retenant que Mme A était en fuite. Par suite, il ne pouvait se prévaloir d'une prolongation de délai initial de six mois qui était expiré à la date de la présentation par le conseil de Mme A d'une nouvelle demande d'asile, le 12 décembre 2022.
6. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner l'autre moyen de la requête, que la décision du préfet du Nord du 14 décembre 2022 portant refus d'enregistrement de la demande d'asile de Mme A doit être annulée, ainsi que, par voie de conséquence, la décision portant refus de délivrance de l'attestation de demande d'asile mentionnée à l'article L. 521-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile précité.
Sur les conclusions à fin d'injonction sous astreinte :
7. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution. / La juridiction peut également prescrire d'office cette mesure ".
8. L'exécution du présent jugement implique nécessairement que le préfet du Nord procède à l'enregistrement, en procédure normale, de la demande d'asile de Mme A et qu'il lui délivre l'attestation correspondante. Il y a lieu de lui enjoindre d'y procéder dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais liés au litige :
9. Mme A a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. En conséquence, son conseil peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Danset-Vergoten, conseil de Mme A, d'une somme de 1 000 euros, sous réserve de sa renonciation à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État.
D E C I D E :
Article 1er : Il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions présentées par Mme A aux fins d'admission provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : Les décisions du préfet du Nord du 14 décembre 2022 portant refus d'enregistrement de sa demande d'asile et refus de délivrance d'une attestation de demande d'asile en " procédure normale " sont annulées.
Article 3 : Il est enjoint au préfet du Nord de procéder à l'enregistrement, en procédure normale, de la demande d'asile de Mme A et de lui délivrer l'attestation correspondante dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 4 : L'Etat versera à Me Danset-Vergoten, conseil de Mme A, une somme de 1 000 euros en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve de sa renonciation à percevoir la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.
Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 6 : Le présent jugement sera notifié à Mme D A, à Me Danset-Vergoten et au préfet du Nord.
Copie en sera adressée pour information au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Délibéré après l'audience du 6 septembre 2023, à laquelle siégeaient :
M. Riou, président,
M. Fougères, premier conseiller,
Mme Lançon, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 septembre 2023.
Le rapporteur,
signé
V. FOUGERES
Le président,
signé
J.-M. RIOU La greffière,
signé
I. BAUDRY
La République mande et ordonne au préfet du Nord en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026