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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2300310

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2300310

mercredi 25 janvier 2023

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2300310
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantASSAGA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 12 janvier 2023, M. C E demande au tribunal d'annuler la décision en date du 11 janvier 2023 par laquelle le préfet de la Seine-Maritime a prolongé son interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an.

Il soutient que :

- l'interdiction de retour a été signée par une autorité incompétente ;

- elle est entachée d'insuffisance de motivation ;

- cette décision est entachée d'erreur d'appréciation ;

Par un mémoire en défense enregistré le 16 janvier 2023, le préfet de la Seine Maritime conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative ;

Le président du tribunal a désigné M. A en application de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Horn, magistrat désigné ;

- les observations de Me Assaga, représentant M. E, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens ;

- le préfet de la Seine-Maritime n'étant ni présent ni représenté ;

- M. E n'étant pas présent.

Considérant ce qui suit :

1. M. E, ressortissant tunisien né le 21 novembre 2000 à Sfax (Tunisie), demande l'annulation de la décision en date du 11 janvier 2023 par laquelle le préfet de la Seine-Maritime a prolongé son interdiction de retour sur le territoire français d'une année supplémentaire.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, en application de l'article 5 de l'arrêté du 28 décembre 2022, publié au recueil des actes administratifs de la préfecture de la Seine-Maritime spécial n° 76-2022-205 du 29 décembre 2022, Mme D F, cheffe du bureau de l'éloignement de la direction des migrations et de l'intégration, a reçu délégation du préfet de la Seine-Maritime pour signer, notamment, les mesures d'éloignement prévues au 4° de son article 1er. En cas d'absence ou d'empêchement de Mme F, la délégation est exercée par, en premier rang, Mme B G, son adjointe. M. E ne justifie pas que Mme F n'était ni absente, ni empêchée. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de Mme G, signataire de la décision en litige, doit être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 613-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () les décisions d'interdiction de retour et de prolongation d'interdiction de retour prévues aux articles L. 612-6, L. 612-7, L. 612-8 et L. 612-11 sont distinctes de la décision portant obligation de quitter le territoire français. Elles sont motivées ". Aux termes de l'article L. 612-6 du même code : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / () ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / (). ". Enfin, aux termes de l'article L. 612-11 de ce code : " L'autorité administrative peut prolonger l'interdiction de retour pour une durée maximale de deux ans dans les cas suivants : / 1° L'étranger s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire français alors qu'il était obligé de le quitter sans délai ; / () ".

4. Il incombe à l'autorité compétente qui prend une décision d'interdiction de retour sur le territoire français ou de prolongation de cette interdiction d'indiquer dans quel cas susceptible de justifier une telle mesure se trouve l'étranger. Elle doit par ailleurs faire état des éléments de la situation de l'intéressé au vu desquels elle a arrêté, dans son principe et dans sa durée, sa décision, eu égard notamment à la durée de la présence de l'étranger sur le territoire français, à la nature et à l'ancienneté de ses liens avec la France et, le cas échéant, aux précédentes mesures d'éloignement dont il a fait l'objet. Elle doit aussi, si elle estime que figure au nombre des motifs qui justifie sa décision une menace pour l'ordre public, indiquer les raisons pour lesquelles la présence de l'intéressé sur le territoire français doit, selon elle, être regardée comme une telle menace. En revanche, si, après prise en compte de ce critère, elle ne retient pas cette circonstance au nombre des motifs de sa décision, elle n'est pas tenue, à peine d'irrégularité, de le préciser expressément.

5. Il ressort des termes mêmes de l'arrêté contesté que le préfet de la Seine-Maritime, pour prolonger d'un an l'interdiction de retour sur le territoire français édictée à l'encontre de M. E par un arrêté du 28 septembre 2022, elle-même prolongée de deux ans par un arrêté du 20 décembre 2022, a mentionné les dispositions de l'article L. 612-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et fait état de la durée et des conditions de séjour sur le territoire français de l'intéressé, de l'absence de tout lien personnel ou familial sur le territoire français et de ce que celui-ci a fait l'objet précédemment d'une mesure d'éloignement sans délai à laquelle il n'a pas déféré, assortie d'une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans, prolongée de deux ans. Cet arrêté comporte ainsi l'ensemble des considérations de droit et de fait sur lesquelles la mesure de prolongation de l'interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an se fonde. Le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de cette mesure doit donc être écarté, tant dans son principe que dans sa durée.

6. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier que M. E, qui déclare être entré en France en 2020 en passant par l'Italie, s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire français depuis cette date. Il ressort également des pièces du dossier qu'il n'a pas respecté les assignations à résidence édictées par un premier arrêté préfectoral du 28 septembre 2022 et un second arrêté préfectoral du 20 décembre 2022, et qu'il ne s'est pas présenté le 4 janvier 2023 pour son vol à destination de la Tunisie. En outre, le requérant, célibataire et sans enfant à charge, ne justifie pas d'attaches particulières sur le territoire français. Par suite, et alors même que la présence de l'intéressé sur le territoire français ne représente pas une menace pour l'ordre public, le moyen tiré de ce que l'arrêté contesté est entaché d'une erreur d'appréciation ne peut qu'être écarté.

7. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la décision en date du 11 janvier 2023 par laquelle le préfet de la Seine-Maritime a prolongé son interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. E est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C E et au préfet de la Seine-Maritime.

Lu en audience publique le 25 janvier 2023.

Le magistrat,

Signé

J. A

La greffière,

Signé

N. CARPENTIER

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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