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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2300412

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2300412

jeudi 16 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2300412
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantLOKAMBA OMBA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés le 16 janvier et le 7 février 2023, M. E B, représenté par Me Lokamba Omba, demande au tribunal :

1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 30 décembre 2022 par lequel le préfet du Nord a décidé son transfert aux autorités belges ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 600 euros qu'il versera à son conseil en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à charge pour son conseil de renoncer au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

- la décision attaquée est entachée d'incompétence ;

- elle est insuffisamment motivée ; le préfet n'a pas procédé à un examen individuel et approfondi de sa situation ;

- elle méconnaît les articles 4, 5 et 29 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013 ;

- elle méconnaît le principe du contradictoire dès lors qu'il n'a pas été invité à formuler des observations quant à l'édiction d'une décision de transfert ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article 13 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013 ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 7 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013 ;

- elle est entachée d'une erreur de fait, d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation.

Des pièces ont été enregistrées le 18 janvier 2023 pour le préfet du Nord.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme C en application de l'article L. 572-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Bergerat, magistrate désignée ;

- le préfet du Nord n'est ni présent, ni représenté ;

- M. B n'est ni présent, ni représenté.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant afghan, né le 31 mai 1999, a présenté une demande d'asile enregistrée le 2 décembre 2022 par les services de la préfecture du Nord. A la suite de l'enregistrement de cette demande, le préfet du Nord, constatant que les empreintes digitales de M. B avaient été enregistrées, en dernier lieu, en Belgique le 27 novembre 2020, a saisi les autorités belges d'une demande de reprise en charge. La Belgique a donné son accord le 16 décembre 2022. Par un arrêté du 30 décembre 2022, le préfet du Nord a décidé de le transférer aux autorités belges. M. B demande l'annulation de cet arrêté.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par la juridiction compétente ou son président () ".

3. Eu égard aux circonstances de l'espèce, il y a lieu de prononcer, en application des dispositions précitées, l'admission provisoire de M. B au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

4. En premier lieu, par un arrêté du 13 octobre 2022, publié le même jour au recueil spécial n° 245 des actes administratifs de la préfecture, le préfet du Nord a donné délégation à Mme A D, attachée principale d'administration de l'Etat, cheffe du bureau de l'asile, signataire de l'arrêté en litige, à l'effet de signer, notamment, la décision attaquée. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'arrêté attaqué manque en fait et doit, dès lors, être écarté.

5. En deuxième lieu, est suffisamment motivée, au sens de l'article L. 572-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, une décision de transfert qui mentionne le règlement du Parlement européen et du conseil du 26 juin 2013 et comprend l'indication des éléments de fait sur lesquels l'autorité administrative se fonde pour estimer que l'examen de la demande d'asile présentée devant elle relève de la responsabilité d'un autre Etat membre. En l'espèce, l'arrêté attaqué vise le règlement (UE) n° 604/2013. Il mentionne, notamment, que les empreintes de M. B ont été enregistrées en Belgique, et que les autorités belges ont donné leur accord à sa reprise en charge. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision attaquée doit être écarté. Le requérant n'est pas davantage fondé à soutenir que le préfet du Nord n'aurait pas procédé à un examen approfondi de sa situation.

6. En troisième lieu, la demande d'asile du requérant a été enregistrée le 2 décembre 2022 par le préfet du Nord. Le jour même, les services de la préfecture ont remis à M. B le guide du demandeur d'asile et les deux brochures d'information A " j'ai demandé l'asile dans l'Union européenne - quel pays sera responsable de l'analyse de ma demande ' " et B " je suis sous procédure Dublin - qu'est-ce que cela signifie ' ". Ces documents ont été délivrés en langue pachtou qu'il a déclaré lire, comprendre et parler. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision attaquée méconnaîtrait les dispositions de l'article 4 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 doit être écarté.

7. En quatrième lieu, aux termes de l'article 5 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 : " 1. Afin de faciliter le processus de détermination de l'État membre responsable, l'État membre procédant à cette détermination mène un entretien individuel avec le demandeur. Cet entretien permet également de veiller à ce que le demandeur comprenne correctement les informations qui lui sont fournies conformément à l'article 4. / () / 4. L'entretien individuel est mené dans une langue que le demandeur comprend ou dont on peut raisonnablement supposer qu'il la comprend et dans laquelle il est capable de communiquer. Si nécessaire, les Etats membres ont recours à un interprète capable d'assurer une bonne communication entre le demandeur et la personne qui mène l'entretien individuel. () / 5. L'entretien individuel a lieu dans des conditions garantissant dûment la confidentialité. Il est mené par une personne qualifiée en vertu du droit national. / 6. L'Etat membre qui mène l'entretien individuel rédige un résumé qui contient au moins les principales informations fournies par le demandeur lors de l'entretien. Ce résumé peut prendre la forme d'un rapport ou d'un formulaire type. () ".

8. Il ressort des pièces du dossier que, le 2 décembre 2022, M. B a bénéficié d'un entretien individuel par le truchement d'un interprète en pachtou, langue qu'il comprend, au cours duquel toutes les informations utiles au traitement de sa demande d'asile ont été recueillies. En outre, il ressort du résumé de cet entretien que l'intéressé a été mis à même de faire valoir toutes observations utiles avant la prise de décision de transfert contestée et qu'il a fourni des informations notamment sur son parcours et sa situation privée et familiale. Dans ces conditions, les moyens tirés de la violation des dispositions de l'article 5 du règlement (UE) n° 604/2013 et du principe du contradictoire doivent être écartés.

9. En cinquième lieu, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article 29 du règlement (UE) n° 604/2013 n'est pas assorti des précisions permettant d'en apprécier le bien-fondé.

10. En sixième lieu, aux termes de l'article 13 du règlement (UE) n° 604/2013 : " Lorsqu'il est établi, sur la base de preuves ou d'indices tels qu'ils figurent dans les deux listes mentionnées à l'article 22, paragraphe 3, du présent règlement, notamment des données visées au règlement (UE) n° 603/2013, que le demandeur a franchi irrégulièrement, par voie terrestre, maritime ou aérienne, la frontière d'un État membre dans lequel il est entré en venant d'un État tiers, cet État membre est responsable de l'examen de la demande de protection internationale. Cette responsabilité prend fin douze mois après la date du franchissement irrégulier de la frontière. ". En outre, aux termes de l'article 18 du même règlement : " 1. L'État membre responsable en vertu du présent règlement est tenu de : () d) reprendre en charge () le ressortissant de pays tiers ou l'apatride dont la demande a été rejetée et qui a présenté une demande auprès d'un autre État membre. () ".

11. Il ressort des pièces du dossier que les empreintes digitales de M. B relevées le 27 novembre 2020 en Belgique ont été enregistrées au titre d'une demande d'asile formulée par l'intéressé et non pour franchissement irrégulier de la frontière belge en provenance d'un Etat tiers. Dès lors, le requérant n'est pas fondé à soutenir que les dispositions de l'article 13 précitées auraient dû être appliquées à sa situation. Par conséquent, le préfet du Nord pouvait légalement décider de transférer le requérant aux autorités belges en application de l'article 18.1.d du règlement précité ainsi qu'elles l'ont accepté le 16 décembre 2022. Le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article 13 du règlement précité doit être écarté.

12. En dernier lieu, les moyens tirés de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, de l'article 7 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013, de l'erreur de fait, de l'erreur de droit et de l'erreur manifeste d'appréciation ne sont pas assortis des précisions permettant d'en apprécier le bien-fondé.

13. Il résulte de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 30 décembre 2022 par lequel le préfet du Nord a décidé de le transférer vers la Belgique. Il y a lieu, par voie de conséquence, de rejeter ses conclusions relatives aux frais liés au litige.

D E C I D E :

Article 1er : M. B est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale à titre provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. E B, à Me Lokomba Omba et au préfet du Nord.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 février 2023.

La magistrate désignée,

signé

S. CLe greffier,

signé

H. LEROUXLe greffier,

S. MAUFROID

La République mande et ordonne au préfet du Nord en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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