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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2300470

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2300470

vendredi 17 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2300470
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantGOEMINNE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

A une requête, enregistrée le 17 janvier 2023, M. G B E, représenté A Me Goeminne, demande au tribunal :

1°) de lui accorder, à titre provisoire, le bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler l'arrêté du 4 janvier 2023 A lequel le préfet du Nord a décidé de son transfert aux autorités suédoises ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

M. B E soutient que :

- la décision contestée a été prise A une autorité incompétente ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux et particulier de sa situation personnelle

- elle méconnaît les dispositions de l'article 4 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article 5 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article 19.3 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 dès lors que la Suède n'est plus responsable de sa demande d'asile ;

- elle méconnaît, A ricochet, les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et le préfet aurait dû assurer le traitement de sa demande d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 6 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales dès lors que l'intéressé n'a pas bénéficié de la fourniture d'un appareil auditif.

Des pièces, enregistrées le 18 janvier 2023, ont été produites A le préfet du Nord.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la Constitution ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. D en application de l'article L. 572-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience

Après avoir entendu le rapport de M. Borget, magistrat désigné, au cours de l'audience publique, M. B E et le préfet du Nord n'étant ni présents ni représentés.

Considérant ce qui suit :

1. M. B E, ressortissant afghan né le 26 novembre 1964, a déposé une demande d'asile enregistrée 7 décembre 2022 A les services de la préfecture du Nord. La consultation des données dactyloscopiques centrales et informatisées du système Eurodac A le préfet du Nord a fait apparaître que les empreintes digitales de l'intéressé avaient été relevées en Grèce le 4 avril 2019 et en Suède le 23 septembre 2019. A la requête susvisée, M. B E demande au tribunal d'annuler la décision du 4 janvier 2023 A laquelle le préfet du Nord a décidé de son transfert aux autorités suédoises.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée : " Dans les cas d'urgence, () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit A le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit A la juridiction compétente ou son président ".

3. Eu égard aux circonstances de l'espèce, il y a lieu de prononcer, en application des dispositions précitées, l'admission provisoire de M. B E au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

4. En premier lieu, eu égard au caractère réglementaire des arrêtés de délégation de signature, soumis à la formalité de publication, le juge peut, sans méconnaître le principe du caractère contradictoire de la procédure, se fonder sur l'existence de ces arrêtés alors même que ceux-ci ne sont pas versés au dossier. A un arrêté du 13 octobre 2022, publié le même jour au recueil n° 245 des actes administratifs de la préfecture, le préfet du Nord a donné délégation à Mme C F, cheffe du bureau de l'asile, à l'effet de signer, en particulier, la décision attaquée. Le moyen d'incompétence de la signataire de la décision litigieuse, qui manque en fait, doit donc être écarté.

5. En deuxième lieu, la décision attaquée, qui n'avait pas à mentionner l'ensemble des circonstances de fait de l'espèce, énonce les considérations de droit et de fait sur lesquelles elle se fonde. Elle vise notamment les règlements n° 603/2013 et n° 604/2013 du 26 juin 2013, les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que les articles L. 571-1 et L. 572-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le préfet du Nord mentionne que M. B E a été identifié dans la base Eurodac comme demandeur d'asile le 4 avril 2019 auprès des autorités grecques et le 23 septembre 2019 auprès des autorités suédoises. Le préfet précise que les autorités grecques auraient dû être saisies dans le cadre de la détermination de l'Etat membre responsable mais que cette saisine n'a pas été effectuée dès lors que le renvoi des demandeurs d'asile vers cette destination n'est plus approprié. Le préfet indique que la Suède a été saisie d'une demande de reprise en charge et que les autorités suédoises ont donné leur accord le 15 décembre 2022 pour ce transfert. Le préfet mentionne que la décision de transfert se fonde sur les dispositions de l'article 3 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013. A suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision attaquée doit être écarté.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article 4 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 : " 1. Dès qu'une demande de protection internationale est introduite () dans un État membre, ses autorités compétentes informent le demandeur de l'application du présent règlement, et notamment : / a) des objectifs du présent règlement et des conséquences de la présentation d'une autre demande dans un État membre différent ainsi que des conséquences du passage d'un État membre à un autre pendant les phases au cours desquelles l'État membre responsable en vertu du présent règlement est déterminé et la demande de protection internationale est examinée ; / b) des critères de détermination de l'État membre responsable, de la hiérarchie de ces critères au cours des différentes étapes de la procédure et de leur durée, y compris du fait qu'une demande de protection internationale introduite dans un État membre peut mener à la désignation de cet État membre comme responsable en vertu du présent règlement même si cette responsabilité n'est pas fondée sur ces critères ; / c) de l'entretien individuel en vertu de l'article 5 et de la possibilité de fournir des informations sur la présence de membres de la famille, de proches ou de tout autre parent dans les États membres, y compris des moyens A lesquels le demandeur peut fournir ces informations ; / d) de la possibilité de contester une décision de transfert et, le cas échéant, de demander une suspension du transfert ; / e) du fait que les autorités compétentes des États membres peuvent échanger des données le concernant aux seules fins d'exécuter leurs obligations découlant du présent règlement ; / f) de l'existence du droit d'accès aux données le concernant et du droit de demander que ces données soient rectifiées () / 2. Les informations visées au paragraphe 1 sont données A écrit, dans une langue que le demandeur comprend ou dont on peut raisonnablement supposer qu'il la comprend. Les États membres utilisent la brochure commune rédigée à cet effet en vertu du paragraphe 3 () / 3. La Commission rédige, au moyen d'actes d'exécution, une brochure commune () contenant au minimum les informations visées au paragraphe 1 du présent article. Cette brochure commune comprend également des informations relatives à l'application du règlement (UE) n° 603/2013 et, en particulier, à la finalité pour laquelle les données relatives à un demandeur peuvent être traitées dans Eurodac. La brochure commune est réalisée de telle manière que les États membres puissent y ajouter des informations spécifiques aux États membres ".

7. Il résulte de ces dispositions que le demandeur d'asile auquel l'administration entend faire application du règlement du 26 juin 2013 doit se voir remettre, dès le moment où le préfet est informé de ce qu'il est susceptible d'entrer dans le champ d'application de ce règlement, et, en tout cas, avant la décision A laquelle l'autorité administrative décide de refuser l'admission provisoire au séjour de l'intéressé au motif que la France n'est pas responsable de sa demande d'asile, une information complète sur ses droits, A écrit et dans une langue qu'il comprend. Cette information doit comprendre l'ensemble des éléments prévus au paragraphe 1 de l'article 4 du règlement. Eu égard à la nature desdites informations, la remise A l'autorité administrative de la brochure prévue A les dispositions précitées constitue pour le demandeur d'asile une garantie.

8. Il ressort des pièces du dossier que, le 7 décembre 2022, date de l'enregistrement de la demande d'asile de M. B E A le préfet du Nord, les services de la préfecture ont remis au guide du demandeur d'asile et les deux brochures d'information A " j'ai demandé l'asile dans l'Union européenne - quel pays sera responsable de l'analyse de ma demande ' " et B " je suis sous procédure Dublin - qu'est-ce que cela signifie ' ", ces brochures ayant été délivrées en langue farsi dès lors qu'il n'existe pas de versions de ces documents dans la langue dari, seule comprise et parlée A le requérant. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que leur remise a été effectuée au cours de l'entretien réalisé avec le concours d'un interprète de l'association ISM Interprétariat, en langue dari comprise A M. B E, lequel a signé ces documents lors de leur remise. A suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 4 du règlement (UE) n° 604/2013 doit être écarté.

9. En troisième lieu, aux termes de l'article 5 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 : " 1. Afin de faciliter le processus de détermination de l'État membre responsable, l'État membre procédant à cette détermination mène un entretien individuel avec le demandeur. Cet entretien permet également de veiller à ce que le demandeur comprenne correctement les informations qui lui sont fournies conformément à l'article 4. / () / 4. L'entretien individuel est mené dans une langue que le demandeur comprend ou dont on peut raisonnablement supposer qu'il la comprend et dans laquelle il est capable de communiquer. Si nécessaire, les Etats membres ont recours à un interprète capable d'assurer une bonne communication entre le demandeur et la personne qui mène l'entretien individuel. / 5. L'entretien individuel a lieu dans des conditions garantissant dûment la confidentialité. Il est mené A une personne qualifiée en vertu du droit national. () ".

10. Il ressort des pièces du dossier que M. B E a bénéficié, le 7 décembre 2022, de l'entretien individuel prévu A les dispositions précitées de l'article 5 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 conduit A un agent de la préfecture A le truchement d'un interprète en langue dari, langue qu'il comprend. Il a notamment indiqué qu'il avait demandé l'asile en Suède, que cette demande avait été rejetée et qu'il ne souhaitait pas être transféré vers ce pays. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 5 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013 doit être écarté.

11. En quatrième lieu, aux termes de l'article 18 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013 susvisé : " 1. L'État membre responsable en vertu du présent règlement est tenu de : d) reprendre en charge, dans les conditions prévues aux articles 23, 24, 25 et 29, le ressortissant de pays tiers ou l'apatride dont la demande a été rejetée et qui a présenté une demande auprès d'un autre État membre ou qui se trouve, sans titre de séjour, sur le territoire d'un autre État membre. () ". Aux termes de l'article 19 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 : " () 3. Les obligations prévues à l'article 18, paragraphe 1, points c) et d), cessent lorsque l'État membre responsable peut établir, lorsqu'il lui est demandé de reprendre en charge un demandeur ou une autre personne visée à l'article 18, paragraphe 1, point c) ou d), que la personne concernée a quitté le territoire des États membres en exécution d'une décision de retour ou d'une mesure d'éloignement délivrée à la suite du retrait ou du rejet de la demande. / Toute demande introduite après qu'un éloignement effectif a eu lieu est considérée comme une nouvelle demande et donne lieu à une nouvelle procédure de détermination de l'État membre responsable ".

12. Il résulte des dispositions précitées du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013 que la circonstance que l'Etat membre requis en vue de la reprise en charge d'un ressortissant d'un pays tiers dont il a déjà examiné et rejeté la demande d'asile, a pris une mesure d'éloignement à son encontre, n'a pas pour conséquence de faire cesser sa responsabilité. Ce n'est que lorsque la mesure d'éloignement a été effectivement exécutée A une sortie du territoire de l'Union européenne, que toute demande postérieure est considérée comme une nouvelle demande et donne lieu à une nouvelle procédure de détermination de l'État membre responsable.

13. Si M. B E, qui produit les différentes décisions rendues A les autorités suédoises, soutient que la Suède ne pouvait être désignée comme Etat responsable de sa demande d'asile au motif que celle-ci a fait l'objet d'une décision de rejet devenue définitive, il ressort des pièces du dossier que l'intéressé n'a pas quitté le territoire de l'Union européenne et que la mesure d'éloignement du 20 novembre 2020 dont il a fait l'objet n'a pas été exécutée A les autorités suédoises. Le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 19 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 doit, dès lors, être écarté.

14. En cinquième lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ". Aux termes des dispositions du paragraphe 2 de l'article 3 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013 : " Lorsqu'il est impossible de transférer un demandeur vers l'État membre initialement désigné comme responsable parce qu'il y a de sérieuses raisons de croire qu'il existe dans cet État membre des défaillances systémiques dans la procédure d'asile et les conditions d'accueil des demandeurs, qui entraînent un risque de traitement inhumain ou dégradant au sens de l'article 4 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, l'État membre procédant à la détermination de l'État membre responsable poursuit l'examen des critères énoncés au chapitre III afin d'établir si un autre État membre peut être désigné comme responsable. / Lorsqu'il est impossible de transférer le demandeur en vertu du présent paragraphe vers un État membre désigné sur la base des critères énoncés au chapitre III ou vers le premier État membre auprès duquel la demande a été introduite, l'État membre procédant à la détermination de l'État membre responsable devient l'État membre responsable. / () ". En outre, aux termes de l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 " 1. A dérogation à l'article 3, paragraphe 1, chaque État membre peut décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée A un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans le présent règlement. / ()". Si la mise en œuvre A les autorités françaises de ces dispositions doit être assurée à la lumière des exigences définies A le second alinéa de l'article 53-1 de la Constitution, selon lequel : " les autorités de la République ont toujours le droit de donner asile à tout étranger persécuté en raison de son action en faveur de la liberté ou qui sollicite la protection de la France pour un autre motif ", la faculté laissée à chaque Etat membre, A les dispositions de l'article 17 du règlement n° 604/2013, de décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée A un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans le présent règlement, est discrétionnaire et ne constitue nullement un droit pour les demandeurs d'asile concernés

15. Eu égard au niveau de protection des libertés et des droits fondamentaux dans les Etats membres de l'Union européenne, lorsque la demande de protection internationale a été introduite dans un Etat autre que la France, que cet Etat a accepté de prendre ou de reprendre en charge le demandeur et en l'absence de sérieuses raisons de croire qu'il existe dans cet État membre des défaillances systémiques dans la procédure d'asile et les conditions d'accueil des demandeurs, qui entraînent un risque de traitement inhumain ou dégradant au sens de l'article 4 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, les craintes dont le demandeur fait état quant au défaut de protection dans cet Etat membre doivent en principe être présumées non fondées, sauf à ce que l'intéressé apporte, A tout moyen, la preuve contraire. La seule circonstance, qu'à la suite du rejet de sa demande de protection A cet Etat membre, l'intéressé fasse l'objet d'une mesure d'éloignement ne saurait caractériser la méconnaissance A cet Etat de ses obligations.

16. En l'espèce, si M. B E invoque la perspective d'une reconduite à destination de l'Afghanistan en raison de l'épuisement des voies de recours contre les décisions des autorités suédoises ayant rejeté ses demandes d'asile et de séjour qui ont accepté, il n'est pas fondé à soutenir sur la base de ce seul élément, sans justifier ni même préciser les raisons pour lesquelles sa vie serait menacée en Afghanistan, alors qu'il ne ressort d'aucune pièce du dossier que les conditions d'accueil des demandeurs d'asile et le traitement des demandes de protection internationale en Suède révèleraient des défaillances d'une telle ampleur qu'un demandeur d'asile ne pourrait être transféré dans cet Etat sans courir un risque d'être soumis à des traitements inhumains et dégradants, que le préfet a méconnu les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, M. G n'est pas davantage fondé à soutenir que la décision du préfet du Nord méconnaît les dispositions de l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013.

17. En sixième lieu, il ne ressort ni des termes de la décision attaquée ni des pièces du dossier que le préfet ne se serait pas livré à un examen sérieux de la situation de M. B E avant d'ordonner son transfert aux autorités suédoises.

18. En dernier lieu, aux termes de l'article 6 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit à ce que sa cause soit entendue équitablement, publiquement et dans un délai raisonnable, A un tribunal indépendant et impartial () ".

19. Si M. B E soutient que l'absence de fourniture d'appareil auditif ne lui a pas permis de bénéficier des garanties attachées aux droits de la défense et à un procès équitable, il ressort des pièces du dossier et notamment de l'attestation médicale que l'intéressé produit, que s'il présente une perte d'audition qualifiée de sévère, l'absence d'appareil auditif ne fait pas obstacle au déroulement des entretiens. A ailleurs, il a participé à l'entretien individuel qui s'est déroulé dans les conditions rappelées au point 10, en répondant aux questions qui lui ont été posées, sans faire mention de difficultés de compréhension, ni même d'ailleurs faire état d'un problème de surdité lorsqu'il s'est exprimé sur ses problèmes de santé. Le moyen tiré de ce que les stipulations de l'article 6 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales relatif au droit à un procès équitable auraient été méconnues doit, A suite et en tout état de cause, être écarté.

20. Il résulte de ce qui précède que les conclusions tendant à l'annulation de la décision de transfert aux autorités suédoises prises A le préfet du Nord le 4 janvier 2023 doivent être rejetées. Il y a lieu, A voie de conséquences, de rejeter les conclusions relatives aux frais de l'instance.

D E C I D E :

Article 1er : M. B E est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale à titre provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. B E est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. G B E, à Me Goeminne et au préfet du Nord.

Rendu public A mise à disposition au greffe le 17 mars 2023.

Le magistrat désigné,

signé

J. DLe greffier,

signé

H. LEROUXLa greffière,

N. CARPENTIER

La République mande et ordonne au préfet du Nord en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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