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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2300481

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2300481

vendredi 12 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2300481
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formationjuge unique (2)
Avocat requérantCOHEN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés le 18 janvier 2023 et le 12 décembre 2023, M. B A, représenté par Me Cohen, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler les décisions par lesquelles le ministre de l'intérieur a retiré les points affectés à son permis de conduire à la suite des infractions constatées les 20 janvier 2022 (-1 point), 7 juin 2019 (-4 points) et 9 juillet 2016 (-1 point) ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de lui restituer les points de permis de conduire qui lui ont été retirés en conséquence de ces infractions ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- les décisions attaquées ne lui ont pas été régulièrement notifiées ;

- l'information préalable obligatoire prévue aux articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route ne lui a pas été délivrée ;

- la réalité des infractions qui lui sont reprochées n'est pas établie.

Par un mémoire en défense, enregistré le 10 février 2023, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Par une ordonnance en date du 13 décembre 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 15 janvier 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la route ;

- le code de procédure pénale ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président du tribunal a désigné Mme C en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Le rapporteur public a été dispensé, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de Mme C a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Par une lettre recommandée en date du 10 novembre 2022, reçue le même jour par le ministre de l'intérieur, M. A a demandé l'annulation des décisions de retrait de points intervenues consécutivement aux infractions constatées les 20 janvier 2022 (-1 point), 7 juin 2019 (-4 points) et 9 juillet 2016 (-1 point). Par la présente requête, M. A demande l'annulation de ces décisions, ainsi que la décision implicite de rejet de son recours gracieux.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne l'absence de notification des décisions de retrait de points :

2. Aux termes du dernier alinéa de l'article L. 223-3 du code de la route : " () le retrait de points est porté à la connaissance de l'intéressé par lettre simple ou, sur sa demande, par voie électronique ". Les conditions de la notification au conducteur des retraits de points de son permis de conduire, prévues par les dispositions précitées, ne conditionnent pas la régularité de la procédure suivie ni, de ce fait, la légalité de ces retraits. Cette notification a pour seul objet de rendre ceux-ci opposables à l'intéressé et de faire courir le délai dont il dispose pour en contester la légalité devant la juridiction administrative.

3. En conséquence, la circonstance, à la supposer établie, que les décisions litigieuses de retrait de points prononcées à l'encontre de M. A ne lui auraient pas été notifiées est, en tout état de cause, sans incidence sur leur légalité. Le moyen soulevé à ce titre est donc inopérant et ne peut, par suite, qu'être écarté.

En ce qui concerne le défaut d'information préalable :

4. La délivrance, au titulaire du permis de conduire à l'encontre duquel est relevée une infraction donnant lieu à retrait de points, de l'information prévue aux articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route constitue une garantie essentielle donnée à l'auteur de l'infraction pour lui permettre, avant d'en reconnaître la réalité par le paiement d'une amende forfaitaire ou l'exécution d'une composition pénale, d'en mesurer les conséquences sur la validité de son permis et éventuellement d'en contester la réalité devant le juge pénal. Elle revêt le caractère d'une formalité substantielle et conditionne la régularité de la procédure au terme de laquelle le retrait de points est décidé. Il appartient à l'administration d'apporter la preuve, par tous moyens, qu'elle a satisfait à cette obligation préalable d'information.

S'agissant de l'infraction commise le 9 juillet 2016 :

5. La délivrance, préalablement au règlement de l'amende, de l'information prévue par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route constitue une condition de la légalité des décisions de retrait de points. Toutefois, le paiement par le contrevenant de l'amende forfaitaire majorée prévue par le second alinéa de l'article 529-2 du code de procédure pénale implique nécessairement qu'il a préalablement reçu l'avis d'amende forfaitaire majorée. Le formulaire d'avis d'amende forfaitaire majorée étant revêtu des mentions portant à sa connaissance l'ensemble des informations requises par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route, le paiement de l'amende forfaitaire majorée suffit ainsi à établir que l'administration s'est acquittée envers le titulaire du permis de son obligation d'information, à moins que l'intéressé, à qui il appartient à cette fin de produire l'avis qu'il a nécessairement reçu, démontre que celui-ci était inexact ou incomplet. Il en va autrement si le contrevenant, qui conteste les éléments du relevé d'information intégral et l'attestation de paiement établie par le comptable public produite en défense par le ministre, apporte la preuve que le paiement de l'amende forfaitaire majorée est intervenu par la voie du recouvrement forcé engagée par le comptable public.

6. Il résulte de l'instruction et des mentions du relevé intégral d'information de M. A que l'infraction commise le 9 juillet 2016 par l'intéressé a été relevée par l'intermédiaire d'un radar automatique et a donné lieu à l'émission d'un titre exécutoire d'amende forfaitaire majorée devenue définitive le 26 octobre 2016. Le ministre produit une attestation du trésorier du contrôle automatisé, certifiant l'encaissement de l'amende forfaitaire majorée correspondant à cette infraction le 16 novembre 2017. Si le requérant soutient qu'eu égard au délai séparant l'émission de l'avis d'amende forfaitaire majorée du paiement de cette amende, ce paiement peut être intervenu par la voie du recouvrement forcé et n'est, par suite, pas de nature à apporter la preuve de la réception des avis, il n'apporte pas la preuve qui lui incombe, que l'amende a fait l'objet d'un recouvrement forcé. L'intéressé a ainsi nécessairement reçu le formulaire d'avis de contravention, dont il n'est pas établi qu'il aurait été inexact ou incomplet, qui comporte une information suffisante au regard des exigences résultant des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route. Par suite, le moyen tiré du défaut d'information préalable doit être écarté.

S'agissant de l'infraction commise le 7 juin 2019 :

7. Les dispositions portant application des articles R. 49-1 et R. 49-10 du code de procédure pénale en vigueur à la date des infractions litigieuses, notamment celles des articles A. 37-15 à A. 37-18 de ce code issues de 1'arrêté du 13 mai 2011 relatif aux formulaires utilisés pour la constatation et le paiement des contraventions soumises à la procédure de l'amende forfaitaire, prévoient que lorsqu'une contravention soumise à cette procédure est constatée par un procès-verbal dressé avec un appareil électronique sécurisé, sans que l'amende soit payée immédiatement entre les mains de l'agent verbalisateur, il est adressé au contrevenant un avis de contravention, qui comporte une information suffisante au regard des exigences des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route, une notice de paiement qui comprend une carte de paiement et un formulaire de requête en exonération. Dès lors, le titulaire d'un permis de conduire à l'encontre duquel une infraction au code de la route est relevée au moyen d'un appareil électronique sécurisé et dont il est établi, notamment par la mention qui en est faite au système national des permis de conduire, qu'il a payé, à une date postérieure à celle de l'infraction, l'amende forfaitaire correspondant à celle-ci, a nécessairement reçu l'avis de contravention. Eu égard aux mentions dont cet avis est réputé être revêtu, l'administration doit être regardée comme s'étant acquittée envers le titulaire du permis de son obligation de lui délivrer les informations requises préalablement au paiement de l'amende, à moins que l'intéressé, à qui il appartient à cette fin de produire l'avis qu'il a nécessairement reçu, ne démontre s'être vu remettre un avis inexact ou incomplet.

8. Il ressort des mentions portées sur le relevé d'informations intégral relatif au permis de conduire de M. A que l'infraction du 7 juin 2019 a été constatée par procès-verbal électronique. Il ressort de l'historique des mouvements de paiement que l'avis de contravention a été envoyé à l'intéressé le 14 juin 2019 et que celui-ci s'est partiellement acquitté du montant de l'amende forfaitaire par chèque le 20 septembre 2019. M. A ne conteste pas ces éléments et n'allègue pas que l'avis de contravention, qu'il a nécessairement reçu, serait inexact ou incomplet. Par suite, le moyen tiré du défaut d'information préalable doit être écarté.

S'agissant de l'infraction commise le 20 janvier 2022 :

9. S'agissant de l'infraction du 20 janvier 2022, M. A produit un bordereau de situation de ses amendes et condamnations pécuniaires en date du 7 novembre 2022 qui prouve le recouvrement forcé de l'amende correspondante, à la date du 13 mai 2022. Cette même date du 13 mai 2022 correspond par ailleurs à la date d'encaissement de l'amende, pour le même montant, figurant dans l'attestation du trésorier du contrôle automatisé fournie en défense. Dès lors qu'aucun élément versé à l'instance n'est de nature à établir que l'intéressé aurait procédé au paiement partiel des amendes forfaitaires majorées émises suite à ces infractions avant la procédure de recouvrement forcé, le paiement de ces amendes n'est, dans ces conditions, pas de nature à prouver la réception des avis de contravention par le requérant. Celui-ci est par suite fondé à soutenir que les retraits de points opérés suite à ces infractions sont intervenus au terme d'une procédure irrégulière.

10. Il résulte de ce qui précède que le requérant est fondé à soutenir que le retrait de point opéré le 20 janvier 2022 est intervenu au terme d'une procédure irrégulière. Il est donc fondé à demander l'annulation de cette décision, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens soulevés à son encontre.

En ce qui concerne la réalité des infractions du 9 juillet 2016 et du 7 juin 2019

11. En vertu des dispositions de l'article L. 223-1 du code de la route, la réalité d'une infraction est établie par le paiement d'une amende forfaitaire ou l'émission du titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée, l'exécution d'une composition pénale ou par une condamnation définitive. Le mode d'enregistrement et de contrôle des informations relatives aux infractions au code de la route conduit à considérer que la réalité de l'infraction est établie dans les conditions prévues à l'article L. 223-1 du code de la route dès lors qu'est inscrite, dans le système national des permis de conduire, la mention du paiement de l'amende forfaitaire ou de l'émission du titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée, sauf si l'intéressé justifie avoir présenté une requête en exonération dans les quarante-cinq jours de la constatation de l'infraction ou de l'envoi de l'avis de contravention ou formé, dans le délai prévu à l'article 530 du code de procédure pénale, une réclamation ayant entraîné l'annulation du titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée.

12. En l'espèce, comme il a été rappelé aux points 5. et 8., il ressort du relevé d'information intégral de M. A, dont les informations sont issues du système national des permis de conduire, que des titres exécutoires d'amende forfaitaire majorée ont été émis à son encontre à la suite des infractions du 9 juillet 2016 et du 7 juin 2019.

13. Si le requérant conteste la réalité de ces infractions, il n'établit ni même n'allègue, pour les infractions en cause, avoir présenté une requête en exonération dans les quarante-cinq jours de la constatation de ces infractions ou de l'envoi des avis de contravention et ne fait, par ailleurs, état d'aucun élément qui serait de nature à remettre en cause l'exactitude de ces mentions. Par ailleurs, comme il a été rappelé aux points 5. et 8., les éléments fournis en défense permettent d'attester du paiement, complet ou partiel, par le requérant des amendes correspondantes. Dans ces conditions, la réalité de ces infractions doit être regardée comme établie.

14. Il résulte de tout ce qui précède que M. A est seulement fondé à demander l'annulation de la décision de retrait de point consécutive à l'infraction du 20 janvier 2022.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

15. Le présent jugement implique nécessairement que le ministre de l'intérieur reconnaisse à M. A le bénéfice du point qui lui a été illégalement retiré.

Sur les frais liés au litige :

16. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat qui n'est pas pour l'essentiel la partie perdante à l'instance, une somme au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La décision de retrait d'un point afférente à l'infraction du 20 janvier 2022 est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au ministre de l'intérieur de restituer à M. A un point sur le solde de son permis de conduire.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au ministre de l'intérieur et des Outre-mer.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 juillet 2024.

La rapporteure,

Signé

A.L C

La greffière

Signé

M. D

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des Outre-mer, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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