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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2300547

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2300547

lundi 31 juillet 2023

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2300547
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5ème Chambre
Avocat requérantDANSET-VERGOTEN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 20 janvier 2023, M. C A, représenté par Me Danset-Vergoten, demande au tribunal :

1°) de l'admettre, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler l'arrêté du 9 décembre 2022 par lequel le préfet du Nord a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai et a fixé le pays de destination ;

3°) d'enjoindre au préfet du Nord de lui délivrer un titre de séjour dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ou, à défaut, de réexaminer sa situation et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour, dans les mêmes conditions de délai ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros, à verser à son conseil, au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :

- elle est insuffisamment motivée ;

- le préfet n'a pas procédé à un examen sérieux et particulier de sa situation ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation personnelle ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est insuffisamment motivée ;

- le préfet n'a pas procédé à un examen sérieux et particulier de sa situation ;

- elle est illégale, en raison de l'illégalité, invoquée par voie d'exception, de la décision portant refus de titre de séjour ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 19 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation personnelle ;

En ce qui concerne la décision portant refus de délai de départ volontaire :

- elle est illégale, en raison de l'illégalité, invoquée par voie d'exception, de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- elle est insuffisamment motivée ;

- le préfet n'a pas procédé à un examen sérieux et particulier de sa situation ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 19 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense enregistré le 17 mars 2023, le préfet du Nord, conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 27 février 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Grard,

- et les observations de Me Dussault, représentant le préfet du Nord.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant afghan, né le 5 avril 2002, est entré le 9 novembre 2015 sur le territoire français selon ses déclarations. Sa demande d'asile, formée le 3 mars 2020, a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides le 11 mai 2021. M. A a sollicité le réexamen de sa demande le 27 octobre 2022. L'intéressé a aussi sollicité la délivrance d'un titre de séjour en qualité de mineur confié au service départemental de l'aide sociale à l'enfance. Par un arrêté du 9 décembre 2022, le préfet du Nord a rejeté sa demande de titre de séjour et l'a, par ailleurs, obligé à quitter le territoire français sans délai tout en fixant le pays de destination. Par sa requête, M. A demande au tribunal d'annuler l'arrêté préfectoral du 9 décembre 2022.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. M. A ayant été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle par une décision du 27 février 2023, ses conclusions tendant à l'obtention de l'aide juridictionnelle provisoire sont devenues sans objet. Il n'y a dès lors plus lieu d'y statuer.

Sur l'arrêté pris dans son ensemble :

3. En premier lieu, il ressort des termes de l'arrêté contesté que celui-ci mentionne tant les circonstances de fait que de droit sur lesquelles le préfet du Nord s'est fondé pour édicter la décision refusant au requérant un titre de séjour ainsi que celle fixant le pays de destination de l'intéressé. Elles sont ainsi suffisamment motivées pour l'application des dispositions des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration. Par ailleurs, l'obligation de quitter le territoire français ayant étant prise en conséquence d'un refus de titre de séjour suffisamment motivé et édicté sur le fondement du 3° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, elle n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte en application des dispositions de l'article L. 613-1 du même code. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation des décisions précitées doit être écarté.

4. En second lieu, il ne ressort ni des termes de l'arrêté en litige ni des pièces du dossier que, préalablement à son édiction, le préfet du Nord ne se serait pas livré à un examen particulier de la situation de M. A. Par suite, le moyen tiré de ce que l'autorité préfectorale n'aurait pas procédé à un tel examen doit être écarté.

Sur la décision portant refus de titre de séjour :

5. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

6. En l'espèce, M. A est entré sur le territoire français le 9 novembre 2015, selon ses déclarations. Si l'intéressé a été confié aux services de l'aide sociale à l'enfance à compter du 19 juillet 2016 puis a intégré la plateforme d'insertion professionnelle des réfugiés du Douaisis le 4 octobre 2021 et participé à une formation de 6 mois dans ce cadre, il ne ressort pas des pièces du dossier que, célibataire et sans enfant, il a noué des liens d'une particulière intensité sur le territoire français, ni qu'il y soit particulièrement intégré, ayant interrompu sa scolarité en 2019, ne disposant d'aucune qualification professionnelle et ne se prévalant d'aucune activité professionnelle, à la date de la décision attaquée. Par ailleurs, M. A a été condamné le 8 décembre 2020 par une ordonnance pénale du président du tribunal judiciaire de Beauvais à 500€ d'amende dont 200€ avec sursis pour usage illicite de stupéfiants, le 25 août 2021 par le tribunal correctionnel de Beauvais à 3 mois d'emprisonnement pour outrage à une personne dépositaire de l'autorité publique et menace de crime ou délit contre les personnes ou les biens à l'encontre d'un dépositaire de l'autorité publique et le 10 janvier 2022 à 3 mois d'emprisonnement par le même tribunal pour usage illicite de stupéfiants et outrage à un agent d'un exploitant de réseau de transport public de personnes ou habilité à constater les infractions à la police ou à la sureté du transport. Il a fait en outre l'objet de signalements, non contestés, au fichier de traitement des antécédents judiciaires pour dégradation de biens en 2017, violence avec usage ou menace d'une arme sans incapacité en 2017, violence ayant entrainé une incapacité temporaire de travail n'excédant pas 8 jours en 2018, recel de biens provenant d'un vol en 2018, menaces de mort réitérées en 2019, vol en réunion en 2020, outrage à personne dépositaire de l'autorité publique en 2021, conduite sans permis en 2021, dégradation de biens et vol en 2021, outrage à une personne dépositaire de l'autorité publique commis en raison de la race, de l'ethnie, de la nation ou de la religion en 2022. Dans ces conditions, les moyens tirés de la méconnaissance des dispositions de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation dans les conséquences de la décision sur la situation personnelle du requérant doivent être écartés.

7. Il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 9 décembre 2022 par laquelle le préfet du Nord a refusé de lui délivrer un titre de séjour.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

8. En premier lieu, compte tenu de ce qui précède, le moyen tiré de l'illégalité, invoquée par voie d'exception, de la décision portant refus de titre de séjour doit être écarté.

9. En deuxième lieu, pour les mêmes motifs que ceux évoqués au point 6, les moyens tirés de la méconnaissance des dispositions de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation des conséquences de la décision contestée sur la situation personnelle du requérant doivent être écartés.

10. En dernier lieu, le requérant ne saurait utilement se prévaloir des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et du deuxième alinéa de l'article 19 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire qui n'a ni pour objet ni pour effet de fixer son pays de renvoi. Les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations précitées ne peuvent, par suite, qu'être écartés.

11. Il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 9 décembre 2022 par laquelle le préfet du Nord l'a obligé à quitter le territoire français.

Sur la décision portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire :

12. Compte tenu de ce qui précède, le moyen tiré de l'illégalité, invoquée par voie d'exception, de la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être écarté.

13. Il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 9 décembre 2022 par laquelle le préfet du Nord a refusé de lui octroyer un délai de départ volontaire.

Sur la décision fixant le pays de destination :

14. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que les moyens tirés de la méconnaissance des dispositions de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation dans les conséquences de la décision sur la situation personnelle du requérant doivent, en tout état de cause, être écartés.

15. En second lieu, M. A, dont la demande d'asile a été rejetée le 11 mai 2021 par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides et dont il ne ressort pas du dossier que l'Office aurait apporté une suite favorable à la demande de réexamen du requérant formée le 27 octobre 2022, n'établit pas être personnellement et actuellement exposé au risque de subir dans son pays d'origine des traitements prohibés par les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 19 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne. Dès lors, les moyens tirés de la méconnaissance de ces stipulations doivent être écartés.

16. Il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 9 décembre 2022 par laquelle le préfet du Nord a fixé le pays de destination.

17. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la requête doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, celles à fin d'injonction et d'astreinte et celles présentées au titre des frais liés au litige.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions de la requête tendant à l'admission, à titre provisoire, à l'aide juridictionnelle de M. A.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C A, à Me Danset-Vergoten et au préfet du Nord.

Délibéré après l'audience du 6 juillet 2023, à laquelle siégeaient :

- M. Chevaldonnet, président,

- Mme Grard, première conseillère,

- M. Liénard, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 31 juillet 2023.

La rapporteure,

Signé

E. GRARD

Le président,

Signé

B. CHEVALDONNET

La greffière,

Signé

M. B

La République mande et ordonne au préfet du Nord, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière.

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