vendredi 19 avril 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lille |
| Section | Tribunal Administratif de Lille |
| N° Dossier | TA59-2300558 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 7ème chambre |
| Avocat requérant | NAVY |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 20 janvier 2023, M. A B, représenté par Me Navy, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 23 novembre 2022 par lequel le préfet du Nord a refusé de lui délivrer un titre de séjour ;
2°) d'enjoindre au préfet du Nord de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " salarié " ou, à défaut, de réexaminer sa situation, sous astreinte de 155 euros par jour de retard et de lui délivrer, dans l'attente de ce réexamen, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la décision attaquée a été prise par une autorité incompétente ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation ;
- elle méconnaît les dispositions des articles R. 5221-20 et R. 5221-21 du code du travail ;
- elle est entachée d'une " erreur manifeste d'appréciation " s'agissant de l'adéquation entre ses diplômes et son expérience, d'une part, et les caractéristiques de son emploi, d'autre part ;
- elle est entachée d'une " erreur manifeste d'appréciation " dans l'application des dispositions de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers, sa présence ne constituant pas une menace pour l'ordre public ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- elle emporte des conséquences disproportionnées au regard de sa situation personnelle.
Par un mémoire en défense, enregistré le 5 septembre 2023, le préfet du Nord conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.
Par une ordonnance du 27 octobre 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 8 décembre 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- l'accord entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement du Royaume du Maroc en matière de séjour et d'emploi du 9 octobre 1987 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code du travail ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme Célino a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant marocain né le 19 mai 1991, est entré en France le 5 septembre 2011, sous couvert de son passeport et muni d'un visa long séjour portant la mention " étudiant ". Il a bénéficié d'une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " valable du 2 septembre 2012 au 1er septembre 2013, titre de séjour renouvelé jusqu'au 1er septembre 2019. Puis, il a obtenu la délivrance d'une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant en recherche d'emploi ou création d'entreprise " valable jusqu'au 1er septembre 2020. Par un arrêté du 25 juin 2021, sa demande de carte de séjour temporaire en qualité de " travailleur temporaire " a été rejetée par le préfet du Nord, décision non contestée devant le tribunal administratif. Le 6 juillet 2022, M. B a sollicité la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " salarié ". Par un arrêté du 23 novembre 2022, le préfet du Nord a refusé de l'admettre au séjour. M. B demande au tribunal de prononcer l'annulation de cet arrêté.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. En premier lieu, aux termes de l'article 3 de l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 : " Les ressortissants marocains désireux d'exercer une activité professionnelle salariée en France, pour une durée d'un an au minimum, et qui ne relèvent pas des dispositions de l'article 1er du présent Accord, reçoivent, après le contrôle médical d'usage et sur présentation d'un contrat de travail visé par les autorités compétentes, un titre de séjour valable un an renouvelable et portant la mention "salarié" () ". Aux termes de l'article 9 du même accord : " Les dispositions du présent Accord ne font pas obstacle à l'application de la législation des deux Etats sur le séjour des étrangers sur tous les points non traités par l'Accord. () ".
3. L'article 9 précité renvoie, dans son premier alinéa, ainsi qu'il a été dit au point 2 du présent jugement, sur tous les points qu'il ne traite pas, à la législation nationale, en particulier aux dispositions pertinentes du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et du code du travail qui sont nécessaires à sa mise en œuvre, pour autant qu'elles ne sont pas incompatibles avec les stipulations de l'accord. Au nombre de ces dispositions, figurent notamment les articles R. 5221-17 à R. 5221-22 du code du travail, qui régissent la délivrance des autorisations de travail. Aux termes de l'article R. 5221-20 du code du travail : " Pour accorder ou refuser l'une des autorisations de travail mentionnées à l'article R. 5221-11, le préfet prend en compte les éléments d'appréciation suivants : / 2° L'adéquation entre la qualification, l'expérience, les diplômes ou titres de l'étranger et les caractéristiques de l'emploi auquel il postule () ".
4. Aux termes de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La délivrance d'une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle ou d'une carte de résident peut, par une décision motivée, être refusée à tout étranger dont la présence en France constitue une menace pour l'ordre public. ".
5. Pour refuser la délivrance d'une carte de séjour portant la mention " salarié " au requérant, le préfet s'est fondé sur l'inadéquation entre la qualification et l'expérience de M. B et les caractéristiques de l'emploi auquel il postule mais également sur le fait qu'il " représente une menace particulièrement grave et immédiate à l'ordre public ".
6. D'une part, il ressort des termes de l'arrêté contesté que le préfet a considéré que le poste de " consultant ERP - enterprise resource planning " occupé par M. B au sein de la société Delaware Consulting Nord en vertu d'un contrat à durée indéterminée est en inadéquation avec le Master " Sciences, technologie, santé mention gestion de production, logistique, achats " obtenu par l'intéressé au titre de l'année universitaire 2018-2019. Le préfet fait valoir que le poste de consultant " ERP " qualifié nécessite avant tout la réalisation d'études supérieures au sein d'une école d'informatique. Toutefois, le requérant soutient que ce poste a pour mission de proposer des solutions aux entreprises en adéquation avec leurs besoins et que, s'il est en lien avec un outil informatique, il ne consiste pas à effectuer de la programmation informatique et se distingue ainsi de la fonction de développeur ou de consultant technique, lesquelles recèlent des missions informatiques techniques. Il ressort des informations accessibles sur internet que " l'ERP " est un progiciel de gestion intégré qui permet de gérer l'ensemble des processus opérationnels d'une entreprise en intégrant plusieurs fonctions de gestion : solution de gestion des commandes, solution de gestion des stocks, solution de gestion de la paie et de la comptabilité, solution de gestion e-commerce notamment. En outre, il ressort des pièces du dossier que le Master obtenu par M. B comprenait des unités d'enseignements relatives à l'utilisation des " ERP ". Le requérant a ainsi pu se familiariser, au cours de son diplôme, avec les transactions logistiques de base d'un " ERP " commercial et a approfondi le sujet en travaillant les aspects paramétrages de la solution " ERP " durant un volume horaire total de 60 heures. L'Université ayant délivré ce diplôme confirme que ces unités d'enseignement permettent aux titulaires du Master d'occuper notamment un poste de consultant fonctionnel " ERP ". Par ailleurs, le précédent employeur du requérant atteste l'utilisation par ce dernier, dans le cadre de son apprentissage qui a duré deux années, de 2017 à 2019, de l'outil SAP, lequel désigne un " ERP " spécifique. M. B a continué à utiliser cet outil lors d'un emploi postérieur du 16 janvier 2020 au 10 décembre 2020. Il ressort de la lecture du contrat de travail dont bénéficie actuellement le requérant qu'il est précisément employé en qualité de " consultant SAP Junior catégorie cadre " depuis le 12 mai 2022. Il n'est pas contesté qu'il a bénéficié d'une formation de 399 heures relative à ce poste entre le 21 février 2022 et le 11 mai 2022. En outre, la demande d'autorisation de travail déposée par le requérant a fait l'objet d'une décision favorable le 24 juin 2022. Dans ces conditions, en estimant que les caractéristiques de cet emploi ne présentaient pas une adéquation suffisante avec le Master obtenu par M. B, le préfet du Nord a fait une inexacte application des dispositions précitées de l'article R. 5221-20 du code du travail qui au demeurant ne s'appliquent qu'aux demandes d'autorisation de travail.
7. D'autre part, il ressort des pièces du dossier, en particulier de la motivation de l'arrêté litigieux, que pour considérer que la présence de M. B sur le sol français représentait une menace pour l'ordre public et refuser en conséquence la délivrance d'une carte de séjour temporaire, le préfet du Nord s'est fondé sur la circonstance que le requérant est défavorablement connu pour port ou transport illégal d'arme de catégorie 6 et détention non autorisée de stupéfiants, faits qui auraient été respectivement commis les 13 septembre 2012 et 10 mai 2012. Il a également pris en compte le rappel à la loi effectué par le délégué du procureur de la République pour des faits de violence ayant entraîné une incapacité de travail n'excédant pas huit jours commis le 29 juillet 2020. En se fondant sur deux infractions datant de dix années à la date de l'arrêté attaqué, n'ayant par ailleurs donné lieu à aucune suite pénale et sur un fait ayant uniquement été sanctionné par une mesure d'alternative aux poursuites, le préfet du Nord a commis une erreur d'appréciation sur la menace que représente pour l'ordre public la présence du requérant sur le sol français.
8. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens, que l'arrêté du 23 novembre 2022 doit être annulé.
Sur les conclusions à fin d'injonction sous astreinte :
9. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution. / () ".
10. Dès lors que M. B est titulaire d'un contrat de travail à durée indéterminée conclu le 12 mai 2022 en qualité de " consultant SAP Junior catégorie cadre " et de l'autorisation de travail requise par les dispositions de l'article R. 5221-20 du code du travail, délivrée le 24 juin 2022, le présent jugement implique nécessairement que le préfet du Nord lui délivre, sous réserve d'un changement de circonstances de droit ou de fait y faisant obstacle, un titre de séjour portant la mention " salarié ". Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de lui enjoindre d'y procéder dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement, sans assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais liés au litige :
11. Il y a lieu de mettre à la charge de l'État, partie perdante dans la présente instance, le versement au requérant d'une somme de 1 200 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : L'arrêté susvisé du préfet du Nord en date du 23 novembre 2022 est annulé.
Article 2 : Il est enjoint au préfet du Nord, sous réserve de l'absence de changement de circonstances de droit ou de fait y faisant obstacle, de délivrer à M. B une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : L'État versera à M. B une somme de 1 200 (mille deux cents) euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet du Nord.
Copie sera adressée pour information au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Délibéré après l'audience du 29 mars 2024, à laquelle siégeaient :
M. Paganel, président,
Mme Célino, première conseillère,
Mme Barre, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 avril 2024.
La rapporteure,
Signé
C. CELINO
Le président,
Signé
M. PAGANEL La greffière,
Signé
D. WISNIEWSKI
La République mande et ordonne au préfet du Nord, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026