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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2300579

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2300579

mercredi 1 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2300579
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantVANCAUWENBERGHE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés les 20 et 26 janvier 2023, M. A C demande au tribunal :

1°) d'annuler les décisions en date du 19 janvier 2023 par lesquelles le préfet de l'Aisne l'a obligé à quitter le territoire français, a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire, et a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement ;

2°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour sous astreinte de 152,45 euros par jour de retard et de procéder à un nouvel examen de sa situation.

Il soutient que :

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- cette décision a été prise par une autorité incompétente ;

- elle est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle méconnaît le droit d'être entendu ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L.611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle porte une atteinte disproportionnée à sa vie privée et familiale ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle.

En ce qui concerne la décision de refus de délai de départ volontaire :

- cette décision a été prise par une autorité incompétente ;

- elle est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle ;

- elle est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;

En ce qui concerne le pays de destination :

- cette décision a été prise par une autorité incompétente ;

- elle est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle ;

- elle est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français.

Par un mémoire enregistré le 31 janvier 2023, le préfet de l'Aisne conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. F en application de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Groutsch, magistrat désigné ;

- les observations de Me Vancauwenberghe, avocat, représentant M. C, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens ;

- les observations orales de M. C, qui répond aux questions posées par le tribunal dans le cadre de l'instruction.

Le préfet de l'Aisne n'étant ni présent, ni représenté.

Considérant ce qui suit :

Sur les conclusions à fin d'annulation :

1 M. C, ressortissant guinéen né le 12 août 1998, demande l'annulation des décisions en date du 19 janvier 2023 par lesquelles le préfet de l'Aisne l'a obligé à quitter le territoire français, a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire, et a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement.

2 Aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : () 5° L'étranger qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France, à condition qu'il établisse contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans () ".

3 M. C soutient que le préfet a méconnu les dispositions précitées alors qu'ainsi qu'il l'a déclaré lors de son audition par les services de police, il est en couple avec une ressortissante française avec laquelle il a eu un enfant. En effet, si le préfet a estimé dans la décision attaquée que M. C n'établissait ni sa relation avec une ressortissante française, ni avoir à sa charge leur enfant, il ressort des pièces du dossier, corroborées par les propos tenus à la barre par le requérant, qu'il vit depuis 2021 en couple avec Mme B D, de nationalité française, sur le territoire de la commune de Laon dans l'Aisne, et que leur union a donné lieu à la conclusion d'un pacte civil de solidarité le 26 avril 2022 et à la naissance de leur fils, E, le 27 novembre 2022. Il ressort en outre des pièces du dossier que M. C pourvoit par son activité auprès d'un exploitant agricole situé à Dampleux, aux besoins du foyer. Il est ainsi fondé à soutenir qu'en adoptant une décision l'obligeant à quitter le territoire français, le préfet de l'Aisne a méconnu les dispositions précitées.

4 Il résulte de ce qui précède que la décision par laquelle le préfet a obligé M. C a quitté le territoire français doit être annulée, ainsi que par voie de conséquence, celles par lesquelles il a refusé de lui octroyer un délai de départ volontaire et a fixé son pays de destination.

Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :

5 Aux termes de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Si la décision portant obligation de quitter le territoire français est annulée, il est immédiatement mis fin aux mesures de surveillance prévues aux articles L. 721-6, L. 721-7, L. 731-1, L. 731-3, L. 741-1 et L. 743-13, et l'étranger est muni d'une autorisation provisoire de séjour jusqu'à ce que l'autorité administrative ait à nouveau statué sur son cas. "

6 Conformément à ces dispositions combinées à celles de l'article L. 911-2 du code de justice administrative, le présent jugement implique seulement que le préfet de l'Aisne, ou tout autre préfet territorialement compétent, délivre à M. C une autorisation provisoire de séjour et statue à nouveau sur sa situation. Par suite, il y a lieu de lui adresser une injonction en ce sens pour la délivrance de l'autorisation provisoire de séjour dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement et le réexamen de sa situation administrative. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du préfet de l'Aisne du 19 janvier 2023 est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de l'Aisne de délivrer une autorisation provisoire de séjour à M. C, le temps de procéder au réexamen de sa situation dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête de M. C est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et au préfet de l'Aisne.

Prononcé en audience publique le 1er février 2023.

Le magistrat désigné,

Signé,

P. FLa greffière,

Signé,

O. DEBUISSY

La République mande et ordonne au préfet de l'Aisne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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