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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2300699

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2300699

mercredi 26 juillet 2023

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2300699
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation6ème chambre
Avocat requérantKARILA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 25 janvier 2023, M. A B, représenté par Me Karila, demande au tribunal :

1°) d'annuler pour excès de pouvoir l'arrêté du 22 septembre 2022 du préfet du Pas-de-Calais en tant qu'il a rejeté sa demande de titre de séjour et l'a obligé à quitter le territoire français;

2°) d'enjoindre au préfet du Pas-de-Calais de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ou, à défaut, de procéder à un nouvel examen de sa demande, en toute hypothèse dans le délai de trente jours à compter du prononcé du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 480 euros, à verser à son conseil, au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

En ce qui concerne la décision portant refus de séjour :

- il n'est pas établi que cette décision ait été signée par une autorité habilitée ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation sur la disponibilité d'un traitement approprié dans son pays d'origine ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- il n'est pas établi que cette décision aurait été signée par une autorité habilitée ;

- elle est illégale, par exception d'illégalité de la décision portant refus de séjour ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 7 avril 2023, le préfet du Pas-de-Calais conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

L'Office français de l'immigration et de l'intégration a présenté des observations, enregistrées le 19 avril 2023.

Par ordonnance du 11 avril 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 12 mai 2023.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 7 novembre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Fougères a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant marocain né le 12 décembre 1995 à Guelmim (Maroc) et déclarant être entré sur le territoire français le 13 février 2016 irrégulièrement, a sollicité l'asile le 1er avril 2016, demande qui lui a été refusée par décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides du 28 avril 2017 puis par décision de la Cour nationale du droit d'asile du 9 juillet 2018. Il a présenté le 17 mars 2022 une demande tendant à la délivrance d'un titre de séjour en tant qu'étranger malade. Par un arrêté du 22 septembre 2022, le préfet du Pas-de-Calais a rejeté sa demande, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement. Par la présente requête, M. B demande au tribunal d'annuler la décision lui refusant un titre de séjour et celle portant obligation de quitter le territoire français.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne le moyen commun tiré de l'incompétence :

2. Eu égard au caractère réglementaire des arrêtés de délégation de signature, soumis à la formalité de publication, le juge peut, sans méconnaître le principe du caractère contradictoire de la procédure, se fonder sur l'existence de ces arrêtés alors même que ceux-ci ne sont pas versés au dossier. Par un arrêté n°2022-10-84 du 10 août 2022, publié le même jour au recueil spécial n°97 des actes administratifs de l'Etat dans le département du Pas-de-Calais, le préfet du Pas-de-Calais a donné délégation à M. E C, chef du bureau du contentieux du droit des étrangers, signataire de l'arrêté contesté, à l'effet de signer, notamment, les décisions attaquées. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire des décisions en litige doit être écarté.

En ce qui concerne les autres moyens dirigés contre la décision portant refus de séjour :

3. Aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. () ". L'article R. 425-11 du même code dispose que : " Pour l'application de l'article L. 425-9, le préfet délivre la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " au vu d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. / L'avis est émis dans les conditions fixées par arrêté du ministre chargé de l'immigration et du ministre chargé de la santé au vu, d'une part, d'un rapport médical établi par un médecin de l'office et, d'autre part, des informations disponibles sur les possibilités de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays d'origine de l'intéressé. () ".

4. Il appartient à l'autorité administrative, lorsqu'elle envisage de refuser la délivrance d'un titre de séjour à un étranger qui en fait la demande au titre des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, de vérifier, au vu de l'avis médical mentionné à l'article R. 425-11 du même code, que cette décision ne peut avoir de conséquences d'une exceptionnelle gravité sur l'état de santé de l'intéressé et, en particulier, d'apprécier, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, la nature et la gravité des risques qu'entraînerait un défaut de prise en charge médicale dans le pays dont l'étranger est originaire. Si de telles possibilités existent mais que l'étranger fait valoir qu'il ne peut en bénéficier, soit parce qu'elles ne sont pas accessibles à la généralité de la population, eu égard notamment aux coûts du traitement ou à l'absence de modes de prise en charge adaptés, soit parce qu'en dépit de leur accessibilité, des circonstances exceptionnelles tirées des particularités de sa situation personnelle l'empêcheraient d'y accéder effectivement, il appartient à cette même autorité, au vu de l'ensemble des informations dont elle dispose, d'apprécier si l'intéressé peut ou non bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays d'origine.

5. Le collège des médecins de l'OFII, dont l'avis est requis préalablement à la décision du préfet relative à la délivrance de la carte de séjour prévue à l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, doit émettre son avis dans les conditions fixées par l'arrêté du 27 décembre 2016, au vu notamment du rapport médical établi par un médecin de l'OFII. S'il est saisi, à l'appui de conclusions tendant à l'annulation de la décision de refus, d'un moyen relatif à l'état de santé du demandeur, aux conséquences de l'interruption de sa prise en charge médicale ou à la possibilité pour lui d'en bénéficier effectivement dans le pays dont il est originaire, il appartient au juge administratif de prendre en considération l'avis médical rendu par le collège des médecins de l'OFII. Si le demandeur entend contester le sens de cet avis, il appartient à lui seul de lever le secret relatif aux informations médicales qui le concernent, afin de permettre au juge de se prononcer en prenant en considération l'ensemble des éléments pertinents, notamment l'entier dossier du rapport médical au vu duquel s'est prononcé le collège des médecins de l'OFII, en sollicitant sa communication, ainsi que les éléments versés par le demandeur au débat contradictoire.

6. Pour refuser à M. B un titre de séjour en tant qu'étranger malade, le préfet du Pas-de-Calais a estimé, en suivant l'avis émis le 19 septembre 2022 par le collège des médecins de l'OFII, que l'état de santé de l'intéressé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut peut entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité mais que M. B peut bénéficier d'un traitement approprié dans son pays d'origine et que son état de santé lui permet de voyager sans risque. Il ressort des pièces du dossier que M. B, qui a levé le secret médical dans le cadre de la présente instance, souffre d'hémiparésie à droite et d'épilepsie depuis un accident cardio-vasculaire survenu en septembre 2019 du fait d'une malformation artérioveineuse pour laquelle il a été opéré lors de son hospitalisation. Il bénéficie, d'après les pièces médicales versées aux débats, d'une surveillance médicale avec deux rendez-vous avec un neurologue par an et d'un traitement antiépileptique. Tout d'abord, M. B ne rapporte pas la preuve, ni même ne soutient, qu'il n'aurait pas accès à un traitement antiépileptique au Maroc. Par ailleurs, si M. B produit, au soutien de sa requête, deux certificats datés du 5 octobre 2022 et rédigés dans des termes identiques émanant, d'une part, du Dr F D, médecin généraliste à Guelmim (Maroc), et d'autre part, d'une personne de l'hôpital régional de Guelmim, mentionnant que cette commune " ne dispose pas de structures médicales de physiothérapie adaptées pour la prise en charge correcte des cas graves ", d'une part, il n'établit pas qu'il ne pourrait bénéficier d'un suivi neurologique et de séances de physiothérapie et de kinésithérapie adaptées au Maroc et, d'autre part, il ressort de ces documents que des structures spécialisées existent au nord du Maroc, de sorte qu'une possibilité de prise en charge adaptée existe en tout état de cause dans son pays d'origine, sans qu'importe la circonstance qu'il n'aurait pas accès à des soins adaptés dans la commune dont il est originaire et où il envisagerait de vivre. Par suite, le requérant ne peut utilement soutenir qu'il n'aurait pas accès à un traitement approprié à son état de santé dans son pays d'origine. Dans ces conditions, M. B ne démontre pas que son état de santé justifie sa présence en France en qualité d'étranger malade. Il s'ensuit que le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision par laquelle le préfet du Pas-de-Calais a refusé de lui délivrer un titre de séjour serait entachée d'une erreur d'appréciation, soulevée exclusivement quant à l'accès au traitement dans son pays d'origine. Par suite, ce moyen doit être écarté.

7. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de la requête de M. B tendant à l'annulation de la décision portant refus de titre de séjour doivent être rejetées.

En ce qui concerne les autres moyens dirigés contre la décision portant obligation de quitter le territoire français :

8. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à exciper de l'illégalité de la décision attaquée portant refus de titre de séjour à l'appui de ses conclusions tendant à l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

9. En second lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

10. Il ressort des pièces du dossier que M. B est entré irrégulièrement en France, selon ses déclarations, le 13 février 2016, à l'âge de 20 ans, et qu'il a demandé, ainsi qu'il a été dit au point 1, l'asile le 1er avril 2016, demande rejetée. Au soutien de sa requête, M. B se borne à se prévaloir de la durée de sa présence en France sans même alléguer, ni a fortiori justifier de lien particulier, familiaux ou amicaux en France, tandis qu'il ne ressort pas des pièces du dossier qu'il serait dépourvu de tout lien familial au Maroc, pays où il a vécu jusqu'à son arrivée sur le territoire français. Il n'allègue pas davantage d'une insertion professionnelle, ou même bénévole, en France. Enfin, la circonstance qu'il soit suivi par les centres hospitaliers de Lens et de Lille dans le cadre de la surveillance médicale imposée par sa pathologie ne fait pas obstacle à ce qu'un tel suivi médical se poursuive au Maroc, où il peut bénéficier d'un traitement approprié ainsi qu'il a été dit au point 6. Il s'ensuit qu'en obligeant M. B à quitter le territoire français, le préfet du Pas-de-Calais n'a pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Le moyen doit donc être écarté.

11. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de la requête de M. B tendant à l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français doivent être rejetées.

12. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. B doit être rejetée en toutes ses conclusions, y compris à fin d'injonction sous astreinte et d'application au profit de son conseil des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à Me Karila, au préfet du Pas-de-Calais et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Copie en sera adressée pour information au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 5 juillet 2023, à laquelle siégeaient :

M. Riou, président,

M. Fougères, premier conseiller,

Mme Bruneau, première conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 juillet 2023.

Le rapporteur,

signé

V. FOUGERES

Le président,

signé

J.-M. RIOULa greffière,

signé

I. BAUDRY

La République mande et ordonne au préfet du Pas-de-Calais en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière

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