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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2300735

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2300735

lundi 30 mars 2026

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2300735
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5ème Chambre
Avocat requérantBERTINCOURT

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Lille a rejeté le recours en excès de pouvoir formé par des voisins contre un permis de construire délivré par le maire de Lambersart. La juridiction a jugé les requérants recevables en tant que voisins immédiats, mais a rejeté l'ensemble de leurs moyens au fond, notamment ceux relatifs à l'incompétence de l'autorité signataire, à la régularité du dossier et au respect des prescriptions d'urbanisme. La décision s'appuie sur les dispositions du code de l'urbanisme, en particulier celles régissant l'intérêt à agir (article L. 600-1-2) et les conditions de délivrance des permis.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 24 janvier et 8 février 2023, M. E... C... et Mme F... C..., représentés par Me Lagarde, demandent au tribunal :

1°) d’annuler l’arrêté du 29 novembre 2022 par lequel le maire de la commune de Lambersart a délivré à M. et Mme A... un permis de construire une maison individuelle sur une unité foncière cadastrée section AY nos 21p et 52p, située rue Gambetta sur le territoire communal ;

2°) de mettre à la charge solidaire de la commune de Lambersart ainsi que de M. et Mme A... la somme de 3 000 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :
- leur requête est recevable ;
- l’arrêté attaqué a été signé par une autorité incompétente pour ce faire ;
- il a été pris sur la base d’un dossier incomplet en méconnaissance des articles R. 431-8, R. 431-10 et R. 431-22 du code de l'urbanisme ;
- le projet ne respecte pas la prescription de l’architecte des bâtiments de France opposée dans son avis du 21 septembre 2022 ;
- le permis de construire délivré n’a pas été précédé de l’obtention d’un permis de démolir les abris de jardins présents sur la parcelle ;
- le projet méconnaît le caractère de la zone UVC3.1 du plan local d’urbanisme intercommunal (PLUi) de la Métropole européenne de Lille (MEL) et ne s’inscrit pas dans l’identité du quartier, faute de respecter les éléments structurants de la morphologie des édifices habités du secteur.

Par un mémoire en défense, enregistré le 14 avril 2023, M. B... A... et Mme D... A..., représentés par Me Bertincourt, concluent au rejet de la requête et à ce qu’une somme de 4 000 euros soit mise à la charge des requérants au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils font valoir que :
- la requête est irrecevable dès lors que M. et Mme C... sont dépourvus d’intérêt leur donnant qualité pour agir ;
- en tout état de cause, les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Par un mémoire en défense, enregistré le 27 juillet 2023, la commune de Lambersart conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que les moyens soulevés par M. et Mme C... ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- le code général des collectivités territoriales ;
- le code de l'urbanisme ;
- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de Mme Beaucourt, conseillère,
- les conclusions de M. Frindel, rapporteur public,
- les observations de Me Leroy substituant Me Lagarde, représentant M. et Mme C...,
- et les observations de Me Bertincourt, représentant M. et Mme A....


Considérant ce qui suit :


Le 13 juillet 2022, M. et Mme A... ont déposé une demande de permis de construire une maison individuelle sur une unité foncière cadastrée section AY nos 21p et 52p, située rue Gambetta sur le territoire de la commune de Lambersart. Par un arrêté du 29 novembre 2022, le maire de cette commune a délivré le permis sollicité. Par leur requête, M. et Mme C... demandent l’annulation de cet arrêté.


Sur la fin de non-recevoir :

Aux termes de l’article L. 600-1-2 du code de l'urbanisme : « Une personne autre que l'Etat, les collectivités territoriales ou leurs groupements ou une association n'est recevable à former un recours pour excès de pouvoir contre une décision relative à l'occupation ou à l'utilisation du sol régie par le présent code que si la construction, l'aménagement ou le projet autorisé sont de nature à affecter directement les conditions d'occupation, d'utilisation ou de jouissance du bien qu'elle détient ou occupe régulièrement ou pour lequel elle bénéficie d'une promesse de vente, de bail, ou d'un contrat préliminaire mentionné à l'article L. 261-15 du code de la construction et de l'habitation ».

Il résulte de ces dispositions qu’il appartient, en particulier, à tout requérant qui saisit le juge administratif d’un recours pour excès de pouvoir tendant à l’annulation d’un permis de construire, de démolir ou d’aménager, de préciser l’atteinte qu’il invoque pour justifier d’un intérêt lui donnant qualité pour agir, en faisant état de tous éléments suffisamment précis et étayés de nature à établir que cette atteinte est susceptible d’affecter directement les conditions d’occupation, d’utilisation ou de jouissance de son bien. Il appartient au défendeur, s’il entend contester l’intérêt à agir du requérant, d’apporter tous éléments de nature à établir que les atteintes alléguées sont dépourvues de réalité. Le juge de l’excès de pouvoir apprécie la recevabilité de la requête au vu des éléments ainsi versés au dossier par les parties, en écartant le cas échéant les allégations qu’il jugerait insuffisamment étayées mais sans pour autant exiger de l’auteur du recours qu’il apporte la preuve du caractère certain des atteintes qu’il invoque au soutien de la recevabilité de celui-ci. Eu égard à sa situation particulière, le voisin immédiat justifie, en principe, d'un intérêt à agir lorsqu'il fait état devant le juge, qui statue au vu de l'ensemble des pièces du dossier, d'éléments relatifs à la nature, à l'importance ou à la localisation du projet de construction.


Il ressort des pièces du dossier que les époux C..., dont la parcelle est contigüe à l’unité foncière de l’opération projetée, en sont voisins immédiats. Le projet, qui s’adosse en limite séparative du fond des pétitionnaires et des requérants et consistant en la construction d’une maison individuelle ainsi qu’un carport, est de nature, eu égard à ses caractéristiques et son implantation, à affecter directement les conditions d’occupation, d’utilisation et de jouissance de la propriété des intéressés, lesquels justifient d’un intérêt leur donnant qualité pour agir suffisant. Il y a lieu, par suite, d’écarter la fin de non-recevoir opposée en défense.


Sur les conclusions à fin d’annulation :

En premier lieu, aux termes de l’article L. 422-1 du code de l’urbanisme : « L'autorité compétente pour délivrer le permis de construire, d'aménager ou de démolir et pour se prononcer sur un projet faisant l'objet d'une déclaration préalable est : / a) Le maire, au nom de la commune, dans les communes qui se sont dotées d'un plan local d'urbanisme ou d'un document d'urbanisme en tenant lieu (…) ». Par ailleurs, l’article L. 2122-18 du code général des collectivités territoriales dispose que : « Le maire est seul chargé de l'administration, mais il peut, sous sa surveillance et sa responsabilité, déléguer par arrêté une partie de ses fonctions à un ou plusieurs de ses adjoints et à des membres du conseil municipal (…) ».


Il ressort des pièces du dossier que par un arrêté du 16 juillet 2020, régulièrement transmis aux services de la préfecture du Nord le 20 juillet suivant et publié au recueil des actes administratifs de la commune, le maire de la commune de Lambersart, laquelle est dotée d’un plan local d’urbanisme, a donné délégation à M. Nicolas Burlion, conseiller municipal délégué à l’urbanisme et signataire de l’arrêté attaqué, à l’effet de signer tous actes, arrêtés et décisions qui se rapportent aux matières qui lui sont déléguées, au nombre desquels figurent les arrêtés de permis de construire. Par suite, le moyen tiré du vice de compétence doit être écarté.


En deuxième lieu, les articles R. 431-4 et suivants du code de l’urbanisme fixent la liste des pièces composant un dossier de demande de permis de construire que le pétitionnaire doit fournir au service instructeur. A cet égard, l’article R. 431-8 de ce code dispose que : « Le projet architectural comprend une notice précisant : / 1° L'état initial du terrain et de ses abords indiquant, s'il y a lieu, les constructions, la végétation et les éléments paysagers existants ; / 2° Les partis retenus pour assurer l'insertion du projet dans son environnement et la prise en compte des paysages, faisant apparaître, en fonction des caractéristiques du projet : / a) L'aménagement du terrain, en indiquant ce qui est modifié ou supprimé ; / b) L'implantation, l'organisation, la composition et le volume des constructions nouvelles, notamment par rapport aux constructions ou paysages avoisinants ; / c) Le traitement des constructions, clôtures, végétations ou aménagements situés en limite de terrain ; / d) Les matériaux et les couleurs des constructions ; / e) Le traitement des espaces libres, notamment les plantations à conserver ou à créer ; / f) L'organisation et l'aménagement des accès au terrain, aux constructions et aux aires de stationnement ». En outre, l’article R. 431-10 de ce code prévoit que : « Le projet architectural comprend également : / (…) / c) Un document graphique permettant d'apprécier l'insertion du projet de construction par rapport aux constructions avoisinantes et aux paysages, son impact visuel ainsi que le traitement des accès et du terrain ; / d) Deux documents photographiques permettant de situer le terrain respectivement dans l'environnement proche et, sauf si le demandeur justifie qu'aucune photographie de loin n'est possible, dans le paysage lointain. Les points et les angles des prises de vue sont reportés sur le plan de situation et le plan de masse ».


Premièrement, il ressort des pièces du dossier que la demande de permis de construire déposée par les époux A... comporte une notice architecturale qui, après avoir indiqué que l’unité foncière se situe dans un secteur où « l’environnement général est typique d’un habitat pavillonnaire plus ou moins ancien à récent », mentionne que le projet prend le parti de recourir à des « volumes généraux (…) simples en harmonie avec les constructions existantes » et précise, outre les matériaux et couleurs employés pour les façades, toitures et menuiseries, le traitement des limites séparatives, des accès et des espaces libres. Cette notice, croisée avec l’ensemble des planches et plans annexés à la demande d’autorisation d’urbanisme, a permis aux services instructeurs, contrairement à ce que soutiennent les requérants, d’apprécier l’impact visuel et l’insertion du projet de construction par rapport aux constructions avoisinantes et aux paysages.


Deuxièmement, parmi les pièces annexées à la demande de permis de construire figurent une planche PCMI6 « Insertion » représentant la construction projetée depuis la rue Gambetta ainsi qu’une planche PCM7I-8 « Photographies » comprenant des clichés de l’environnement proche comme lointain du projet. De telles pièces, complétées par les plans de situation en planche PCMI1 ainsi que les mentions ci-dessus exposées inscrites dans la notice architecturale, ont permis aux services instructeurs de connaître, selon différentes échelles, la situation de l’unité foncière en litige sur le territoire de la commune de Lambersart et d’appréhender de façon exacte et suffisante les constructions alentours au terrain.


Troisièmement, aux termes de l’article R. 431-22 du code de l'urbanisme : « Lorsque les travaux projetés portent sur une construction à édifier sur un terrain inclus dans un lotissement, la demande est accompagnée, s'il y a lieu, du ou des certificats prévus à l'article *R. 442-11 », lequel dispose que « Lorsque la répartition de la surface de plancher maximale est effectuée par le lotisseur, celui-ci fournit aux attributaires de lots un certificat indiquant la surface de plancher constructible sur le lot. / Ce certificat est joint à la demande de permis de construire ».


Il est constant que la parcelle d’emprise du projet résulte, dans sa configuration actuelle, d’un permis d’aménager délivré le 15 septembre 2021 en vue de la création d’un terrain à bâtir issu de la division de deux propriétés contiguës qui consiste en un lotissement au sens de l’article L. 442-1 du code de l'urbanisme. Toutefois, il ne ressort d’aucune pièce du dossier que le lotisseur aurait procédé à la répartition de la surface de plancher maximale lors de la création de ce lot à bâtir de sorte que les pétitionnaires, n’étant pas en possession d’un quelconque certificat en ce sens, n’avait pas à le joindre à leur dossier de permis de construire. En tout état de cause, la rubrique n° 5.6 du formulaire CERFA fait mention d’une surface de plancher de 133,36 mètres carrés créée dans le cadre du projet.


Il résulte des cinq points qui précèdent que le moyen tiré de l’incomplétude du dossier doit être écarté.


En troisième lieu, aux termes de l’article R. 425-2 du code de l'urbanisme : « Lorsque le projet est situé dans le périmètre d'un site patrimonial remarquable, le permis de construire (…) tient lieu de l'autorisation prévue à l'article L. 632-1 du code du patrimoine si l'architecte des Bâtiments de France a donné son accord, le cas échéant assorti de prescriptions motivées, ou son avis pour les projets mentionnés à l'article L. 632-2-1 du code du patrimoine ».


Il ressort des pièces du dossier que l’unité foncière en cause s’inscrit dans le site patrimonial remarquable institué sur le territoire de la commune de Lambersart de sorte que le projet de construction porté par les époux A... était soumis à l’accord de l’architecte des bâtiments de France. A cet égard, ce dernier a, sur la base du dossier reçu en mairie le 13 juillet 2022, exprimé son accord au projet sous réserve du respect d’une prescription, reprises par le maire de la commune à l’article 3 de l’arrêté attaqué, relative aux parties enduites de la construction devant « être de ton gris clair ou beige pierre et non anthracite ». Par suite, et alors que le respect de cette prescription relève de l’exécution de l’autorisation d’urbanisme en cause, il n’appartenait pas aux requérants d’enrichir, préalablement à la délivrance du permis de construire en cause, leur dossier de pièces substitutives modifiant le ton de l’enduit des façades de leur construction. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance de l’avis de l’architecte des bâtiments de France doit être écarté.


En quatrième lieu, aux termes de l’article L. 421-3 du code de l’urbanisme : « Les démolitions de constructions existantes doivent être précédées de la délivrance d’un permis de démolir lorsque la construction relève d’une protection particulière définie par décret en Conseil d’Etat ou est située dans une commune ou partie de commune où le conseil municipal a décidé d’instaurer le permis de démolir ». L’article R. 431-21 de ce code dispose que : « Lorsque les travaux projetés nécessitent la démolition de bâtiments soumis au régime du permis de démolir, la demande de permis de construire ou d’aménager doit : / a) Soit être accompagnée de la justification du dépôt de la demande de permis de démolir ; / b) Soit porter à la fois sur la démolition et sur la construction ou l’aménagement ». En outre, l’article R. 421-28 du même code prévoit que : « Doivent en outre être précédés d'un permis de démolir les travaux ayant pour objet de démolir ou de rendre inutilisable tout ou partie d'une construction : / a) Située dans le périmètre d'un site patrimonial remarquable classé en application de l'article L. 631-1 du code du patrimoine (…) ». Par ailleurs, l’article L. 451-1 du même code ajoute, enfin, que : « Lorsque la démolition est nécessaire à une opération de construction ou d’aménagement, la demande de permis de construire ou d’aménager peut porter à la fois sur la démolition et sur la construction ou l’aménagement. Dans ce cas, le permis de construire ou le permis d’aménager autorise la démolition ».

Il résulte de ces dispositions, d’une part, que lorsqu’un permis de construire autorise un projet qui implique la démolition totale ou partielle d’un bâtiment soumis au régime du permis de démolir, la demande de permis de construire doit, soit être accompagnée de la justification du dépôt de la demande de permis de démolir, soit porter à la fois sur la démolition et sur la construction. D’autre part, si le permis de construire et le permis de démolir peuvent être accordés par une même décision, au terme d’une instruction commune, ils constituent des actes distincts ayant des effets propres. Eu égard à l’objet et à la portée du permis de démolir, la décision statuant sur la demande de permis de construire ne peut valoir autorisation de démolir que si le dossier de demande mentionne explicitement que le pétitionnaire entend solliciter cette autorisation. Est par elle-même sans incidence la circonstance que les plans joints à la demande de permis de construire montrent que la réalisation de la construction implique la démolition de bâtiments existants.


En l’espèce, l’unité foncière située dans le périmètre d’un site patrimonial remarquable, est soumise à permis de démolir en application de l’article R. 421-28 du code de l'urbanisme. L’étude attentive de la première demande de permis de construire déposée par les pétitionnaires, et notamment de la planche A08 « Notice de démolition », témoigne de ce que l’unité foncière supportait deux abris de jardin, proche de la limite séparative nord-est, ayant vocation, selon les mentions portées sur cette même planche, à être « démontés » et « déposés dans la déchetterie métropolitaine rattaché[e] à la commune de Lambersart ». Si M. et Mme A..., qui se bornent à produire dans le cadre de la présente instance une unique photographie non datée faisant apparaître un terrain vierge de construction, se prévalent de ce qu’ils n’étaient pas tenus, dans le cadre de leur seconde demande de permis de construire, de solliciter une autorisation d’urbanisme afin de démolir de tels dépendances, dont l’une ne figure d’ailleurs pas au cadastre, puisque, eu égard à leurs dimensions et leur caractère démontable, elles ne constituent pas des constructions, une telle circonstance tirée du caractère précaire de ces abris de jardin n’est toutefois pas de nature à les exclure du champ d’application des dispositions de l’article R. 421-27 du code de l'urbanisme dès lors qu’ils constituent des « bâtiments » au sens de l’article R. 431-21 de ce code. Par ailleurs, en se bornant à faire valoir que ces dépendances ont été démontées par les anciens propriétaires, préalablement à la vente définitive des terrains à leur profit alors même que la notice descriptive du permis d’aménager indique que les acquéreurs « fer[ont leur] affaire » de la démolition de ces abris, les époux A... ne contestent pas utilement que ces ouvrages ont été démolis sans avoir fait l’objet d’un permis pour ce faire. Dans ces conditions, les pétitionnaires, qui n’ont pas joint à leur second dossier d’autorisation d’urbanisme la justification du dépôt d’une demande de permis de démolir, ni davantage précisé que cette demande de permis de construire portait également sur un permis de démolir, ne peuvent être regardés comme ayant présenté un dossier répondant aux exigences des dispositions du code de l'urbanisme. Il s’ensuit que le moyen soulevé en ce sens doit être accueilli.


En dernier lieu, le a du 1 du A du I de la Section II du Chapitre 2 du Titre 1 du règlement écrit du PLUi de la MEL dispose, s’agissant des dispositions particulières aux édifices habités, que : « Les travaux doivent respecter les éléments structurants de la morphologie des édifices habités : structure, implantation et volumétrie des constructions, formes de toitures, éléments spécifiques (porches, marquises, bow-windows, balcons, boiseries, sculptures...) ; s'inscrire dans les principes de composition des façades et toitures : respect de la forme, de l'aspect et des dimensions des matériaux d'origine des façades, toitures et dispositifs en saillie visibles du domaine public ; respecter l'harmonie de la composition des façades, en particulier les positions, formes et proportions des ouvertures ; maintenir les éléments de décors, d'ornement, de ferronnerie et de modénatures (…) ».

Pour rechercher l’existence d’une atteinte de nature à fonder le refus de permis de construire ou les prescriptions spéciales accompagnant la délivrance de ce permis, il lui appartient d’apprécier, dans un premier temps, la qualité du site sur lequel la construction est projetée et d’évaluer, dans un second temps, l’impact que cette construction, compte tenu de sa nature et de ses effets, pourrait avoir sur le site. Les dispositions de cet article excluent qu’il soit procédé, dans le second temps du raisonnement, à une balance d’intérêts divers en présence, autres que ceux mentionnés par cet article et, le cas échéant, par le plan local d’urbanisme de la commune. Pour apprécier aussi bien la qualité du site que l’impact de la construction projetée sur ce site, il appartient à l’autorité administrative, sous le contrôle du juge, de prendre en compte l’ensemble des éléments pertinents et notamment, le cas échéant, la covisibilité du projet avec des bâtiments remarquables, quelle que soit la protection dont ils bénéficient par ailleurs au titre d’autres législations.


Il est constant que l’unité foncière d’emprise du projet se situe en zone UVC3.1 qui correspond en une zone urbaine « à dominante résidentielle se caractéris[a]nt par une certaine mixité fonctionnelle liée à la présence de commerces ou de bâtiments d’activités insérés dans le tissu urbain et issus de l’ère industrielle, et en particulier de l’entre-deux guerres » et dont le tissu résidentiel prend la forme « [d’]un parcellaire en lanière étroite et de constructions de maisons de ville mitoyennes implantées de manière dense et homogène en front à rue » qualifié « par une homogénéité du gabarit des constructions et du traitement de leurs façades ».


D’une part, il ressort plus précisément de la notice descriptive du permis d’aménager préalablement obtenu pour la création de l’unité foncière d’emprise du projet que ce terrain « s’inscrit sur la rive nord de la rue Gambetta dans le prolongement d’une rangée de maisons individuelles » dans un secteur constituant « une mosaïque urbaine » de maisons de maître antérieures à 1930, de maisons de ville de type bel-étage (1930-1950), de maisons de lotissement et leur jardin (1950), d’immeubles de logements collectif (1960-1970), d’établissements scolaires, de maisons plus récentes ou contemporaines, de commerces ainsi que résidences et leurs jardins. Ainsi, s’il est indéniable que l’environnement du projet, au demeurant inclus dans le site patrimonial remarquable identifié sur le territoire de la commune, présente un intérêt particulier qu’il convient de préserver, il apparaît toutefois que le projet, qui prend la forme d’une habitation de forme cubique habillée de briques et d’enduit ton gris clair ou beige pierre et couvert d’un toit terrasse, n’est pas de nature à créer une rupture témoignant d’un défaut d’harmonisation dans le quartier, certes qualitatif, mais hétéroclite du point de vue de l’architecture et de la destination des constructions qui s’y implantent. Par suite, le moyen soulevé en ce sens doit être écarté.


D’autre part, l’article 1 de la Section I du Chapitre 3 du Livre III applicable à la zone UVC3.1 dispose que : « Sont interdits tous les types d'occupation ou d'utilisation du sol contraires au caractère de la zone défini ci-dessus ». Il résulte de ce qui précède que l’opération de construction projetée, qui s’implante à l’alignement, s’insère dans le tissu urbain la zone UVC3.1 sans en méconnaître les caractéristiques, ni dénaturer l’identité du quartier dans lequel il s’inscrit. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance du caractère de cette zone ne peut qu’être écarté.


Sur la mise en œuvre de l’article L. 600-5 du code de l’urbanisme :

L’article L. 600-5 du code de l’urbanisme dispose que : « Sans préjudice de la mise en œuvre de l'article L. 600-5-1, le juge administratif qui, saisi de conclusions dirigées contre un permis de construire, de démolir ou d'aménager ou contre une décision de non-opposition à déclaration préalable, estime, après avoir constaté que les autres moyens ne sont pas fondés, qu'un vice n'affectant qu'une partie du projet peut être régularisé, limite à cette partie la portée de l'annulation qu'il prononce et, le cas échéant, fixe le délai dans lequel le titulaire de l'autorisation pourra en demander la régularisation, même après l'achèvement des travaux. Le refus par le juge de faire droit à une demande d'annulation partielle est motivé »


Les dispositions de l'article L. 600-5 du code de l'urbanisme permettent au juge de l'excès de pouvoir de procéder à l'annulation partielle d'une autorisation d'urbanisme dans le cas où l'illégalité affecte une partie identifiable du projet et peut être régularisée par un permis modificatif. L'application de ces dispositions n'est pas subordonnée à la condition que la partie du projet affectée par le vice soit matériellement détachable du reste du projet. La régularisation ne peut légalement faire l'objet d'un permis modificatif que si, d'une part, les travaux autorisés par le permis initial ne sont pas achevés et si, d'autre part, les modifications apportées au projet initial pour remédier au vice d'illégalité n’apportent pas à ce projet un bouleversement tel qu'il en changerait la nature même. Le juge peut mettre en œuvre les pouvoirs qu'il tient de l'article L. 600-5 du code de l'urbanisme sans que la partie intéressée ait à établir devant lui l'absence d'achèvement de la construction et sans être tenu de procéder à une mesure d'instruction en ce sens. La seule circonstance que les modifications apportées au projet initial pour remédier au vice d'illégalité portent sur des éléments tels que son implantation, ses dimensions ou son apparence ne fait pas, par elle-même, obstacle à ce qu'elles fassent l'objet d'un permis modificatif.


L’illégalité relevée au point 17 du présent jugement, qui concerne la méconnaissance des articles R. 431-21 et R. 431-28 du code de l'urbanisme, n’affecte qu’une partie identifiable du projet et est susceptible d’être régularisée sans apporter au projet un bouleversement tel qu’il en changerait la nature même. Par suite, il y a lieu de faire application des dispositions de l’article L. 600-5 du code de l'urbanisme et partant, d’annuler l’arrêté du 29 novembre 2022 en tant qu’il n’a pas été précédé ou, à tout le moins, ne portait pas également demande de permis de démolir les abris de jardins présents sur l’unité foncière en litige.


Sur les frais liés au litige :

Il y a lieu, dans les circonstances de l’espèce, de rejeter l’ensemble des conclusions des parties présentées au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.




D É C I D E :


Article 1er : L’arrêté du 29 novembre 2022 du maire de la commune de Lambersart est annulé en tant qu’il ne portait pas également demande de permis de démolir les abris de jardins présents sur l’unité foncière en litige.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Les conclusions présentées par M. et Mme A... sur le fondement de l’article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. E... C..., représentant unique des requérants en application de l’article R. 751-3 du code de justice administrative, à M. B... A... et Mme D... A... ainsi qu’à la commune de Lambersart.


Délibéré après l’audience du 12 mars 2026, à laquelle siégeaient :
- Mme Féménia, présidente,
- Mme Beaucourt, conseillère,
- M. Boileau, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 mars 2026.


La rapporteure,
Signé
P. Beaucourt
La présidente,
Signé
J. Féménia

La greffière,

Signé

C. Capizzi


La République mande et ordonne au préfet du Nord en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.


Pour expédition conforme,
La greffière,


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Conseil d'État — N° 507528

Le Conseil d'État refuse d'admettre le pourvoi de La Poste contre l'ordonnance ayant suspendu la révocation de M. B..., estimant qu'aucun moyen sérieux n'est soulevé.

09/04/2026

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