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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2300791

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2300791

lundi 13 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2300791
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantIDZIEJCZAK

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires enregistrés le 27 janvier 2023, le 30 janvier 2023, le 10 février 2023 et le 13 février 2023, M. E B, représenté par Me Cardon, demande au tribunal, en l'état de ses dernières écritures :

1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 26 janvier 2023 par lequel le préfet du Nord l'a obligé à quitter le territoire français, ne lui a octroyé aucun délai de départ volontaire, a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement, l'a interdit de retour en France durant trois ans et a procédé à son signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen ;

3°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer un certificat de résidence algérien dans le délai de quinze jours suivant la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 150 euros par jour de retard ; ou, à défaut, de procéder à un nouvel examen de sa situation dans le délai de quinze jours suivant la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

4°) d'enjoindre au préfet de procéder à l'effacement de son signalement au fichier SIS et au fichier FPR ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991 à charge pour son conseil de renoncer au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- il n'est pas établi que cette décision aurait été signée par une autorité compétente ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- son droit à être entendu préalablement à l'édiction de la décision attaquée n'a pas été respecté ;

- elle méconnaît le droit à une procédure contradictoire tel qu'institué par les principes généraux de l'Union européenne ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article 6 de l'accord franco-algérien puisqu'il est ascendant direct d'un enfant français mineur et réside sur le territoire français depuis plus de dix ans ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que les stipulations de l'article 6 alinéa 5 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 et porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

En ce qui concerne la décision de refus de délai de départ volontaire :

- il n'est pas établi que cette décision aurait été signée par une autorité compétente ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- son droit à être entendu préalablement à l'édiction de la décision attaquée n'a pas été respecté ;

- elle méconnaît le droit à une procédure contradictoire tel qu'institué par les principes généraux de l'Union européenne ;

- elle est illégale du fait de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux et particulier de sa situation personnelle ;

- elle méconnaît les dispositions des articles L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et entachée d'une erreur d'appréciation ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

En ce qui concerne la décision de fixation du pays de destination :

- il n'est pas établi que cette décision aurait été signée par une autorité compétente ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- son droit à être entendu préalablement à l'édiction de la décision attaquée n'a pas été respecté ;

- elle méconnaît le droit à une procédure contradictoire tel qu'institué par les principes généraux de l'Union européenne ;

- elle est illégale du fait de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux et particulier de sa situation personnelle ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les dispositions des articles L. 721-3 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

En ce qui concerne la décision d'interdiction de retour sur le territoire français :

- il n'est pas établi que cette décision aurait été signée par une autorité compétente ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- son droit à être entendu préalablement à l'édiction de la décision attaquée n'a pas été respecté ;

- elle méconnaît le droit à une procédure contradictoire tel qu'institué par les principes généraux de l'Union européenne ;

- elle est illégale du fait de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire et de la décision de refus d'octroi d'un délai de départ volontaire ;

- elle méconnait les dispositions de l'article L.612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que le préfet du Nord n'a pas pris en compte les critères prévus par les textes ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux et particulier de sa situation personnelle ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de sa situation personnelle et familiale et dès lors qu'il justifie de circonstances humanitaires.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le traité sur l'Union européenne et le traité sur le fonctionnement de l'Union européenne ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. A en application de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Borget, magistrat désigné ;

- les observations de Me Troufléau, substituant Me Cardon, représentant M. B, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens ;

- les observations de Me Ioannidou, représentant le préfet du Nord, qui conclut au rejet de la requête au motif qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé ;

- et les observations de M. B, qui répond aux questions posées par le tribunal dans le cadre de l'instruction.

Considérant ce qui suit :

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

1. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président. () ".

2. Eu égard aux circonstances de l'espèce, il y a lieu de prononcer, en application des dispositions précitées, l'admission provisoire de M. B au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. M. B, ressortissant algérien, né le 22 juillet 1984, déclare être entré en France en 2004 ou en 2005. Il a été interpellé le 25 janvier 2023 à Lille par les fonctionnaires de police et placé en garde à vue, alors qu'il était soupçonné d'avoir fait l'acquisition de produits stupéfiants. Il déclarait dans un premier temps se nommer Djilali Bayoud, être de nationalité marocaine, ne pas être en mesure de fournir de documents d'identité, être sans domicile fixe et avoir un enfant de cinq ans qui n'est pas à sa charge. Il admettait à l'occasion d'une audition ultérieure se nommer Mohamed B, et être né le 22 juillet 1984 en Algérie. Par arrêté en date du 26 janvier 2023 le préfet du Nord l'a obligé à quitter le territoire français, a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire, a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement, lui a interdit le retour sur le territoire français avant l'expiration du délai de trois ans et a procédé à son signalement aux fins de non admission dans le système d'information Schengen. Par sa requête, M. B demande l'annulation de cet arrêté.

En ce qui concerne les moyens communs aux décisions attaquées :

4. En premier lieu, par un arrêté du 13 octobre 2022, publié le même jour au recueil spécial des actes administratifs de la préfecture du Nord n° 245, le préfet du Nord a donné délégation à Mme D C, adjointe à la cheffe du bureau de la lutte contre l'immigration irrégulière, à l'effet de signer, notamment, les décisions attaquées. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire des décisions en litige ne peut, dès lors, qu'être écarté.

5. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué, qui n'avait pas à mentionner l'ensemble des circonstances de fait de l'espèce et des éléments relatifs à la situation de l'intéressé, vise les dispositions pertinentes du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, notamment ses articles L. 611-1, L. 612-2, L. 612-3, L. 612-6, L.612-10 et L. 710-1 à L. 722-12. Par ailleurs, contrairement à ce que soutient le requérant, le préfet n'était pas tenu de viser l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 qui ne régit que les conditions d'entrée et de séjour des ressortissants algériens, et non les conditions de leur éloignement du territoire français, ni la convention internationale des droits de l'enfant, qui ne constituent pas la base légale des décisions en litige. L'arrêté fait en outre état de la nationalité algérienne de M. B, de ce qu'il ne dispose d'aucun titre de séjour en cours de validité, de l'absence de garantie de représentation faute notamment de document d'identité ou de voyage et de domicile, d'éléments relatifs à sa situation familiale et aux condamnations pénales et incarcérations dont il a fait l'objet, de l'absence d'exécution de précédentes mesures d'éloignement, de ce qu'il n'établit pas être exposé à des peines ou traitements contraires à l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. S'agissant plus particulièrement de l'interdiction de retour sur le territoire français, sont évoqués les conditions de son entrée et de son séjour en France, la circonstance qu'il a déjà fait l'objet de mesures d'éloignement, sa situation familiale ainsi que ses antécédents judiciaires. Par suite, cette décision fait état de ce que l'ensemble des critères mentionnés à l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ont été pris en compte. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de l'ensemble des décisions contestées, qui manque en fait, doit être écarté.

6. En troisième lieu, aux termes du paragraphe 1 de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions et organes de l'Union ". Aux termes du paragraphe 2 de ce même article : " Ce droit comporte notamment : / - le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre ; () ". Aux termes de l'article 47 de cette même charte : " Toute personne dont les droits et libertés garantis par le droit de l'Union ont été violés a droit à un recours effectif devant un tribunal dans le respect des conditions prévues au présent article. / Toute personne a droit à ce que sa cause soit entendue équitablement, publiquement et dans un délai raisonnable par un tribunal indépendant et impartial, établi préalablement par la loi. Toute personne a la possibilité de se faire conseiller, défendre et représenter. () ". Enfin, aux termes du paragraphe 1 de l'article 51 de la charte : " Les dispositions de la présente Charte s'adressent aux institutions, organes et organismes de l'Union dans le respect du principe de subsidiarité, ainsi qu'aux Etats membres uniquement lorsqu'ils mettent en œuvre le droit de l'Union. () ".

7. Le droit d'être entendu, principe général du droit de l'Union européenne, se définit comme celui de toute personne à faire connaître, de manière utile et effective, ses observations écrites ou orales au cours d'une procédure administrative, avant l'adoption de toute décision susceptible de lui faire grief. Toutefois, ce droit n'implique pas systématiquement l'obligation, pour l'administration, d'organiser, de sa propre initiative, un entretien avec l'intéressé, ni même d'inviter ce dernier à produire ses observations, mais suppose seulement que, informé de ce qu'une décision lui faisant grief est susceptible d'être prise à son encontre, il soit en mesure de présenter spontanément des observations écrites ou de solliciter un entretien pour faire valoir ses observations orales. Enfin, une atteinte à ce droit n'est susceptible d'affecter la régularité de la procédure à l'issue de laquelle la décision faisant grief est prise que si la personne concernée a été privée de la possibilité de présenter des éléments pertinents qui auraient pu influer sur le contenu de la décision, ce qu'il lui revient, le cas échéant, d'établir devant la juridiction saisie.

8. Il ressort des pièces du dossier que M. B a été entendu par les services de police sur sa situation administrative une première fois le 25 janvier 2023 et une seconde fois le 26 janvier 2023. Lors de sa première audition, à l'occasion de laquelle il a fait savoir qu'il n'avait pas souhaité être assisté par un avocat, il a affirmé se nommer Djilali Bayoud, être de nationalité marocaine, ne pas avoir de domicile fixe, être père d'un enfant âgé de cinq ans résidant en France avec sa mère dont il a fourni l'identité exacte. Il a été informe de l'éventualité d'une décision d'éloignement à son encontre à destination de son pays d'origine ainsi que de la possibilité d'être placé sous le régime de l'assignation à résidence ou en centre de rétention administrative. Il lui a en outre été demandé s'il entendait porter à la connaissance de l'autorité préfectorale d'autres éléments relatifs à sa situation personnelle. Lors de sa seconde audition, au cours de laquelle il a notamment admis avoir utilisé l'alias " Djilali Bayoud ", se nommer en réalité Mohammed B et être nationalité algérienne, il a réaffirmé être père d'un enfant âgé de cinq ans et être sans domicile fixe. Il a en outre à nouveau été informé de la possibilité d'édiction à son encontre d'une mesure de reconduite à la frontière à destination de son pays d'origine ainsi que de la possibilité d'être placé sous le régime de l'assignation à résidence ou en centre de rétention administrative et il lui a été demandé s'il avait des observations à formuler. Il a ainsi été mis à même de formuler des observations avant l'intervention de la décision litigieuse et il ne ressort pas de ces éléments que l'intéressé n'a pas été en mesure de porter à la connaissance du préfet des informations qui auraient été susceptible d'exercer une influence sur le sens de la décision. Enfin, le droit d'être entendu tel que garanti par le droit de l'Union européenne n'impose pas que l'intéressé soit assisté d'un avocat pendant son audition par les services de police, alors qu'il ne ressort pas des pièces du dossier qu'il aurait sollicité une telle assistance. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance d'une part du principe du contradictoire et d'autre part de son droit à être entendu préalablement à l'édiction de la décision attaquée doivent être écartés.

9. En quatrième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation de M. B avant d'adopter l'arrêté en litige. Le moyen doit être écarté.

En ce qui concerne les autres moyens dirigés contre la décision portant obligation de quitter le territoire français :

10. En premier lieu, aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié : " Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : / 1) au ressortissant algérien, qui justifie par tout moyen résider en France depuis plus de dix ans ou plus de quinze ans si, au cours de cette période, il a séjourné en qualité d'étudiant ; / () 4) au ressortissant algérien ascendant direct d'un enfant français mineur résidant en France, à la condition qu'il exerce même partiellement l'autorité parentale à l'égard de cet enfant ou qu'il subvienne effectivement à ses besoins () ". Indépendamment de l'énumération donnée par l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile des catégories d'étrangers qui ne peuvent faire l'objet d'une mesure d'éloignement, l'autorité administrative ne saurait légalement obliger un ressortissant étranger à quitter le territoire français que si ce dernier se trouve en situation irrégulière au regard des règles relatives à l'entrée et au séjour. Ainsi, lorsqu'un texte prescrit que l'intéressé doit se voir attribuer de plein droit un titre de séjour, cette circonstance fait obstacle à ce qu'il puisse légalement être l'objet d'une obligation de quitter le territoire français. Aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : () / 3° L'étranger qui réside régulièrement en France depuis plus de dix ans, sauf s'il a été, pendant toute cette période, titulaire d'une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle portant la mention " étudiant " ; () / 5° L'étranger qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France, à condition qu'il établisse contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371 2 du code civil depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans ".

11. D'une part, il ressort des pièces du dossier que si M. B soutient être arrivé sur le territoire national en 2004, soit depuis plus de dix ans, il ne l'établit aucunement, de sorte qu'il ne peut se prévaloir d'une résidence en France de plus de dix ans. En outre et en tout état de cause, l'ancienneté et la continuité de sa résidence ne sauraient se déduire de l'existence de faits délictuels commis en 2012 ou de la notification d'une précédente mesure d'éloignement en 2013 et ce d'autant que l'intéressé ne produit pas de justificatifs à l'appui de ses affirmations sur ce point. D'autre part, il ressort également des pièces du dossier que l'intéressé est père d'une enfant française née le 16 mai 2018 qui réside avec sa mère, avec laquelle il a interdiction d'entrer en contact suite à une condamnation prononcée par le tribunal correctionnel de Lille du 2 juin 2021 pour des faits de violence sans incapacité par une personne étant ou ayant été conjoint, concubin ou partenaire lié à la victime par un pacte civil de solidarité en récidive. Toutefois, il résulte de la décision du juge aux affaires familiales de Lille du 17 mai 2021 qui n'a pas été remise en cause ultérieurement, notamment par l'arrêt de la cour d'appel de Douai du 17 novembre 2022, que la mère de l'enfant exerce l'autorité parentale de manière exclusive. En outre, il ne ressort pas des pièces du dossier et notamment des factures et tickets de caisse produits par le requérant, pour certains difficilement lisibles, ou du calendrier des dates d'ouverture de " l'espace de rencontre JAF ", que M. B subviendrait effectivement aux besoins de l'enfant ou contribuerait effectivement à son éducation ou à son entretien. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations des 1) et 4) de l'article 6 de l'accord franco-algérien ainsi que de celle des dispositions de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doivent être écartés.

12. Aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien modifié du 27 décembre 1968 : " Le certificat de résidence d'un an portant la mention vie privée et familiale est délivré de plein droit : / () 5. Au ressortissant algérien qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus () ". Aux termes du point 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".

13. Ainsi qu'il a pu être relevé au point 11 de la présente décision, M. B, qui n'établit pas être entré en France en 2004, est célibataire et père d'une enfant de nationalité française sur laquelle il ne dispose pas de l'exercice de l'autorité parentale et dont il ne ressort pas des pièces du dossier qu'il contribue de manière effective à son éducation ou à son entretien. En outre, il ne ressort pas davantage des pièces du dossier qu'il exercerait de manière effective le droit de visite médiatisé à hauteur d'une fois par mois tel que prévu par le jugement rendu par le juge aux affaires familiale du 17 mai 2021 qui relevait de surcroît que M. B " n'a jamais vécu avec l'enfant et ne la côtoie plus depuis au minimum un an voire plus ". Il ne démontre par ailleurs aucune insertion particulière sur le territoire, sociale ou professionnelle et n'établit pas être dépourvu d'attaches dans son pays d'origine. Il a par ailleurs été notamment condamné successivement par le tribunal correctionnel de Lille, sous l'identité de " Djilali Bayoud " dont il a reconnu faire l'usage, le 5 février 2013 à six mois d'emprisonnement avec sursis pour vol avec destruction ou dégradation, le sursis ayant été révoqué, le 23 janvier 2015 à une peine de deux mois d'emprisonnement pour détention, offre ou cession et usage illicite de stupéfiants, le 26 juin 2015 à six mois d'emprisonnement avec sursis assorti d'une mise à l'épreuve pour recel, usage illicite de stupéfiants, dégradation ou détérioration d'un bien appartenant à autrui, le sursis ayant été révoqué, le 22 juillet 2016 à six mois d'emprisonnement pour menace de mort réitérée et dégradation ou détérioration d'un bien appartenant à autrui, le 23 février 2017 à quatre mois d'emprisonnement pour vol avec destruction ou dégradation en récidive, le 7 décembre 2017 à six mois d'emprisonnement avec sursis assorti d'une mise à l'épreuve pour vol avec destruction ou dégradation, le sursis ayant été révoqué, le 23 mai 2018 à trois mois d'emprisonnement pour violence avec usage ou menace d'une arme sans incapacité et dégradation ou détérioration d'un bien appartenant à autrui, le 29 mai 2018 à cinq mois d'emprisonnement pour vol avec destruction ou dégradation en récidive, le 29 août 2018 à six mois d'emprisonnement dont deux avec sursis assorti d'une mise à l'épreuve pour vol avec destruction ou dégradation, vol par effraction, en récidive, le sursis ayant été révoqué, le 16 janvier 2019 à deux mois d'emprisonnement pour vol avec destruction ou dégradation et le 2 juin 2021, à neuf mois d'emprisonnement pour des faits de violence suivie d'incapacité supérieure à huit jours en récidive et violence sans incapacité par une personne étant ou ayant été conjoint, concubin ou partenaire lié à la victime par un pacte civil de solidarité en récidive, au préjudice notamment de la mère de sa fille. Par suite, eu égard aux conditions de son séjour en France et à ces différents éléments, M. B, n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts poursuivis par la décision et méconnaîtrait ainsi les stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ou du 5) de l'article 6 de l'accord franco-algérien modifié du 27 décembre 1968, ni que cette décision méconnaîtrait les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant. Pour les mêmes motifs, le préfet du Nord n'a pas entaché sa décision d'une erreur manifeste dans l'appréciation de la situation personnelle de M. B.

14. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français doivent être rejetées.

En ce qui concerne les autres moyens dirigés contre la décision de refus de délai de départ volontaire :

15. En premier lieu, compte tenu de ce qui précède, le moyen tiré, par voie d'exception, de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être écarté.

16. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public / () / 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ;/ ()/4° L'étranger a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français ; / 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement ;/()/ 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité () ".

17. Il ressort des termes mêmes de la décision attaquée que pour refuser à M. B l'octroi d'un délai de départ volontaire, le préfet du Nord s'est fondé sur la circonstance que le comportement de M. B représente une menace pour l'ordre public ainsi que sur les dispositions précitées du 3° de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et des 1°, 4°, 5° et 8° de l'article L. 612-3 du même code. Ainsi qu'il a pu être relevé au point 13, M. B a été condamné à de multiples reprises par les juridictions pénales pour des faits de différentes natures. Ainsi, c'est sans commettre d'erreur d'appréciation que le préfet du Nord a estimé que son comportement constituait une menace pour l'ordre public. En outre, il ressort des pièces du dossier que M. B ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français et que s'il n'a pas, à l'occasion de son audition, explicitement fait état de sa volonté de se soustraire à la mesure d'éloignement, il s'est précédemment soustrait à l'exécution de plusieurs mesures de même nature et s'est initialement présenté à l'occasion de son interpellation et de sa première audition sous une identité falsifiée. Par ailleurs, M. B n'a pas été en capacité de présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité. Enfin, à la date de la décision attaquée, M. B ne justifiait d'aucun hébergement stable, ayant déclaré au cours de ses auditions qu'il était sans domicile fixe, de sorte que la circonstance selon laquelle il aurait respecté une précédente mesure d'assignation à résidence est sans incidence sur l'appréciation des éléments retenus dans la décision attaquée. Par suite, le moyen tiré de l'erreur d'appréciation dans l'application des dispositions précitées et celui tiré de la méconnaissance de celles-ci doivent être écartés.

18. En troisième lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés aux points 11 et 13, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, des stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant et de l'erreur manifeste d'appréciation de sa situation doivent être écartés.

19. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de M. B tendant à l'annulation de la décision du préfet du Nord de ne pas lui accorder de délai de départ volontaire doivent être rejetées.

En ce qui concerne les autres moyens dirigés contre la décision fixant le pays de destination :

20. En premier lieu compte tenu de ce qui précède, le moyen tiré, par voie d'exception, de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être écarté.

21. En deuxième lieu, M. B se borne à soutenir que la décision attaquée méconnaîtrait les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que les dispositions des articles L. 721-3 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile sans assortir ses moyens d'aucune précision permettant d'en apprécier le bien-fondé. Par suite, les moyens doivent être écartés.

22. En troisième lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés aux points 11 et 13, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, des stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant et de l'erreur manifeste d'appréciation de sa situation doivent être écartés.

23. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de M. B tendant à l'annulation de la décision du préfet du Nord fixant le pays de destination doivent être rejetées.

En ce qui concerne les autres moyens dirigés contre la décision d'interdiction de retour sur le territoire français :

24. En premier lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / () ".

25. Ainsi qu'il a pu être relevé au point 5, pour fixer la durée d'interdiction de retour sur le territoire à trois ans le préfet du Nord indique se fonder sur les conditions d'entrée et de séjour en France de M. B, sur la circonstance qu'il a déjà fait l'objet de mesures d'éloignement ainsi que sur ses antécédents judiciaires et le fait qu'il a fourni une fausse identité. La décision attaquée énonce en outre, après qu'a été exposée la situation familiale de l'intéressé, que celui-ci ne justifie pas de circonstances humanitaires propres à empêcher une interdiction de retour. Ainsi, le moyen tiré de la méconnaissance des articles cités au point précédent doit être écarté.

26. En deuxième lieu, compte tenu de ce qui précède, le moyen tiré, par voie d'exception, de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français et de la décision refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire, doit être écarté.

27. En dernier lieu, au regard des éléments exposés aux point 11 et 13, et notamment de la menace à l'ordre public que le comportement M. B représente, les moyens tirés de l'erreur d'appréciation dans la détermination de la durée de l'interdiction de retour et dans l'absence de circonstances humanitaires, de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, de la méconnaissance des stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant et de l'erreur manifeste d'appréciation de sa situation doivent être écartés.

28. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de M. B tendant à l'annulation de la décision du préfet du Nord lui interdisant le retour sur le territoire français pour une durée de trois ans doivent être rejetées.

En ce qui concerne le signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen :

29. Aux termes du III de l'article L. 613-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger auquel est notifiée une interdiction de retour sur le territoire français est informé qu'il fait l'objet d'un signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen, conformément à l'article 24 du règlement (UE) n° 2018/1861 du Parlement européen et du Conseil du 28 novembre 2018 sur l'établissement, le fonctionnement et l'utilisation du système d'information Schengen (SIS) dans le domaine des vérifications aux frontières, modifiant la convention d'application de l'accord de Schengen et modifiant et abrogeant le règlement (CE) n° 1987/2006. Les modalités de suppression du signalement de l'étranger en cas d'annulation ou d'abrogation de l'interdiction de retour sont fixées par voie réglementaire. " En vertu de l'article R. 613-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction issue de l'article 4 du décret n° 2011-820 du 8 juillet 2011, les modalités de suppression du signalement d'un étranger effectué au titre d'une décision d'interdiction de retour prise en application des articles L. 612-6 à L. 612-11 du même code sont celles qui s'appliquent, en vertu de l'article 7 du décret n° 2010-569 du 28 mai 2010 relatif au fichier des personnes recherchées, aux cas d'extinction du motif d'inscription au fichier des personnes recherchées.

30. Il résulte des dispositions précitées que, lorsqu'elle prend à l'égard d'un étranger, une décision d'interdiction de retour sur le territoire français, l'autorité administrative informe l'intéressé de son signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen. Une telle information ne constitue pas une décision distincte de la mesure d'interdiction de retour et n'est, dès lors, par elle-même, pas susceptible de faire l'objet d'un recours pour excès de pouvoir. Les conclusions présentées par M. B et tendant à l'annulation des effets juridiques de l'interdiction de retour sur le territoire français, dont le signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen, ne peuvent donc qu'être rejetées.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

31. Le présent jugement, qui rejette les conclusions tendant à l'annulation de l'arrêté attaqué, n'implique aucune mesure particulière d'exécution. Par suite, les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte ne peuvent qu'être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : M. B est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale à titre provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. E B, à Me Cardon et au préfet du Nord.

Lu en audience publique le 13 février 2023.

Le magistrat désigné,

Signé

J. ALa greffière,

Signé

N. CARPENTIER

La République mande et ordonne au préfet du Nord en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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