vendredi 3 février 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lille |
| Section | Tribunal Administratif de Lille |
| N° Dossier | TA59-2300792 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | Reconduite à la frontière |
| Avocat requérant | DERMENGHEM |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés le 27 janvier 2023, le 31 janvier 2023 et le 3 février 2023, M. F, représenté par Me Dermenghem, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 30 novembre 2022 du préfet de Seine-et-Marne en tant qu'il l'a obligé à quitter le territoire français et a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement ;
2°) d'enjoindre au préfet de Seine-et-Marne de lui délivrer sans délai une autorisation provisoire de séjour sous astreinte de 152,45 euros par jour de retard et de réexaminer sa situation.
Il soutient que :
En ce qui concerne la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle a été prise par une autorité incompétente, y compris territorialement ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle méconnaît son droit d'être entendu ;
- elle n'a pas été notifiée dans une langue qu'il comprend ;
- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'elle porte une atteinte grave et disproportionnée à sa situation personnelle ;
- elle méconnaît l'article 33 de la convention de Genève ;
- la décision en litige est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences sur sa situation personnelle ;
En ce qui concerne la légalité de la décision portant fixation du pays de destination :
- elle a été prise par une autorité incompétente, y compris territorialement ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est illégale, par voie d'exception, en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français
- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences sur sa situation personnelle ;
Par un mémoire en défense, enregistré le 3 février 2023, le préfet de Seine-et-Marne conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention de Genève du 28 juillet 1951 ;
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et du droit d'asile ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme E en application de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Leclère, magistrate désignée,
- les observations de Me Dermenghem, représentant M. F qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens ;
- les observations de M. F, assisté de M. D, interprète assermenté en langue dari, qui répond aux questions posées par le tribunal dans le cadre de l'instruction ;
- le préfet de Seine-et-Marne n'étant ni présent, ni représenté.
Considérant ce qui suit :
1. Par une décision du 19 août 2022, l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) a retiré à M. F sont statut de réfugié. Par un arrêté du 30 novembre 2022, le préfet de Seine-et-Marne a refusé le séjour à M. F, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement. Par la requête susvisée, l'intéressé demande au tribunal d'annuler cet arrêté en tant qu'il l'a obligé à quitter le territoire français et a fixé le pays de destination de cette mesure.
Sur les moyens communs aux deux décisions en litige :
2. En premier lieu, d'une part, il ressort des pièces du dossier que l'arrêté en litige a été signé par M. C B, nommé préfet de Seine-et-Marne par un décret du président de la République du 30 juin 2021, publié au Journal officiel de la République française du 1er juillet 2021 (texte n° 62).
3. D'autre part, aux termes de l'article R. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative compétente pour édicter la décision portant obligation de quitter le territoire français, la décision fixant le délai de départ volontaire et l'interdiction de retour sur le territoire français est le préfet de département et, à Paris, le préfet de police ". Il résulte de ces dispositions que préfet territorialement compétent pour édicter la décision portant obligation de quitter le territoire français est celui qui constate l'irrégularité de la situation au regard du séjour de l'étranger concerné, que cette mesure soit liée à une décision refusant à ce dernier un titre de séjour ou son renouvellement, au refus de reconnaissance de la qualité de réfugié ou du bénéfice de la protection subsidiaire, ou encore au fait que l'étranger se trouve dans un autre des cas énumérés à l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Tel est, en toute hypothèse, le cas du préfet du département où se trouve le lieu de résidence ou de domiciliation de l'étranger. En outre, si l'irrégularité de sa situation a été constatée dans un autre département, le préfet de ce département est également compétent.
4. En l'espèce, si M. F conteste la compétence territoriale du préfet de Seine-et-Marne pour prendre la décision portant obligation de quitter le territoire français en litige, il ressort des pièces du dossier que l'adresse de l'intéressé sur la commune de Montévrain est la dernière adresse connue de l'administration et notamment de l'OFPRA qui a retiré à l'intéressé son statut de réfugié par une décision du 19 août 2022. Par ailleurs, le requérant n'apporte aucun élément pour justifier de son lieu de résidence à la date de la décision attaquée. En outre, il n'établit ni même n'allègue qu'un autre préfet aurait constaté l'irrégularité de son séjour.
5. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire des décisions attaquées doit être écarté en ses deux branches.
6. En second lieu, les décisions attaquées, qui n'avaient pas à mentionner l'ensemble des circonstances de fait de l'espèce, énoncent les circonstances de fait et de droit sur lesquelles elles se fondent. Elles mentionnent notamment que la décision portant retrait du statut de réfugié a été édictée le 19 août 2022 et notifiée le 19 septembre 2022. Par suite le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.
Sur la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français :
7. En premier lieu, les conditions de notification d'une décision administrative sont sans influence sur sa légalité. Par suite, le moyen tiré de l'irrégularité de la notification de la décision en litige doit être écarté comme inopérant.
8. En deuxième lieu, le droit d'être entendu, principe général du droit de l'Union européenne, se définit comme celui de toute personne à faire connaître, de manière utile et effective, ses observations écrites ou orales au cours d'une procédure administrative, avant l'adoption de toute décision susceptible de lui faire grief. Toutefois, ce droit n'implique pas systématiquement l'obligation, pour l'administration, d'organiser, de sa propre initiative, un entretien avec l'intéressé, ni même d'inviter ce dernier à produire ses observations, mais suppose seulement que, informé de ce qu'une décision lui faisant grief est susceptible d'être prise à son encontre, il soit en mesure de présenter spontanément des observations écrites ou de solliciter un entretien pour faire valoir ses observations orales. Enfin, une atteinte à ce droit n'est susceptible d'affecter la régularité de la procédure à l'issue de laquelle la décision faisant grief est prise que si la personne concernée a été privée de la possibilité de présenter des éléments pertinents qui auraient pu influer sur le contenu de la décision, ce qu'il lui revient, le cas échéant, d'établir devant la juridiction saisie.
9. Il ressort des pièces du dossier que l'OFPRA a convoqué M. F pour un entretien en l'informant qu'il était envisagé de mettre fin à son statut de réfugié et qu'il avait la possibilité, avant cet entretien, de présenter par écrit ses observations sur les motifs de nature à faire obstacle à la fin de protection envisagée. M. F ne s'est pas présenté à cet entretien et n'a pas présenté d'observations écrites. La circonstance que le préfet de Seine-et-Marne n'a pas, préalablement à l'édiction de la mesure en litige, de sa propre initiative expressément informé l'intéressé que, du fait de la perte de son statut de réfugié, il serait susceptible d'être contraint de quitter le territoire français, en l'auditionnant ou en l'invitant également à formuler ses observations sur cette éventualité, n'est pas de nature à permettre de regarder ce ressortissant étranger comme ayant été privé du droit d'être entendu. En outre, il ne se prévaut d'aucun élément pertinent de nature à établir qu'il aurait été privé de faire valoir des éléments qui auraient pu influer sur le contenu de la décision contestée. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision attaquée méconnaîtrait le droit d'être entendu doit être rejeté.
10. En troisième lieu, si M. F soutient que la décision en litige est entachée d'erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'elle porte une atteinte grave et disproportionnée à sa situation personnelle, il se borne à soutenir que le préfet de Seine-et-Marne n'a pas envisagé les conséquences de sa décision sur sa situation personnelle dès lors qu'il est en danger dans son pays d'origine et n'apporte aucun élément de nature à établir que sa situation personnelle justifierait son maintien sur le territoire français. En outre, M. F ne peut utilement contester les motifs de l'arrêté préfectoral décidant de son placement en rétention au soutien de conclusions dirigées contre la décision antérieure portant obligation de quitter le territoire français. Dans ces circonstances, M. F n'est pas fondé à soutenir que le préfet de Seine-et-Marne aurait commis une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle.
11. En quatrième lieu, aux termes de l'article 33 de la convention de Genève du 28 juillet 1951 : " 1. Aucun des Etats contractants n'expulsera ou ne refoulera, de quelque manière que ce soit, un réfugié sur les frontières des territoires où sa vie ou sa liberté serait menacée en raison de sa race, de sa religion, de sa nationalité, de son appartenance à un certain groupe social ou de ses opinions politiques. " M. F ne saurait utilement se prévaloir de ces stipulations au soutien de conclusions dirigées contre son obligation de quitter le territoire français, une telle décision ne fixant pas en elle-même le pays de destination. Par suite, le moyen tiré de la violation des stipulations précitées sera écarté comme inopérant.
12. En dernier lieu, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation des conséquences de cette mesure sur la situation personnelle de l'intéressé est dépourvu de précisions permettant d'en apprécier le bien-fondé et doit, pour ce motif, être écarté.
Sur la légalité de la décision portant fixation du pays de destination :
13. En premier lieu, compte tenu de ce qui précède, le moyen tiré de l'illégalité, invoqué par voie d'exception, de la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être écarté.
14. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ". Ce dernier texte énonce que : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".
15. Si M. F soutient craindre pour sa vie ou sa liberté en cas de retour en Afghanistan il n'établit pas la réalité des risques auxquels il serait personnellement et actuellement exposé en cas de retour dans son pays d'origine. Ainsi, le requérant n'établit pas être exposé au risque de subir dans son pays d'origine des traitements prohibés par les stipulations précitées de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Ainsi, le préfet de Seine-et-Marne n'a pas méconnu les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ou les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le moyen doit être écarté.
16. En troisième et dernier lieu, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation des conséquences de cette mesure sur la situation personnelle de l'intéressé est dépourvu de précisions permettant d'en apprécier le bien-fondé et doit, pour ce motif, être écarté.
17. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de M. F tendant à l'annulation de l'arrêté du 30 novembre 2022 par lequel le préfet de Seine-et-Marne l'a obligé à quitter le territoire français et a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, celles présentées aux fins d'injonction et d'astreinte.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. F est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A F et au préfet de Seine-et-Marne.
Prononcé en audience publique le 3 février 2023.
La magistrate désignée,
Signé,
M. ELa greffière,
Signé,
O. DEBUISSY
La République mande et ordonne au préfet de Seine-et-Marne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026