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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2300814

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2300814

mercredi 15 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2300814
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantCABARET

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des pièces complémentaires, enregistrées le 28 janvier, le 16 et le 23 février 2023, M. F C A demande au tribunal :

1°) d'annuler les décisions du 27 janvier 2023 par lesquelles le préfet du Nord l'a obligé à quitter le territoire français, a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire, a fixé le pays de destination et a interdit son retour sur le territoire français pour une durée de deux ans ;

2°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour, sous astreinte de 150 euros par jour de retard à compter de l'expiration d'un délai de quinze jours suivant la notification du jugement à intervenir en application des articles L. 911-2 et L. 911-3 du code de justice administrative ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros qu'il versera à son conseil en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

En ce qui concerne les moyens communs aux décisions attaquées :

- elles sont signées par une autorité incompétente ;

- elles sont insuffisamment motivées ;

- elles ont été notifiées dans une langue qu'il ne comprend pas.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

En ce qui concerne la décision de refus de délai de départ volontaire :

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation dès lors que son comportement ne constitue pas une menace à l'ordre public et qu'il ne présente pas de risque de fuite.

En ce qui concerne la décision de fixation du pays de destination :

- elle méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

En ce qui concerne la décision d'interdiction de retour sur le territoire français :

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation quant à la durée.

Des pièces ont été enregistrées le 30 janvier 2023 pour le préfet du Nord.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme D en application de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Bergerat, magistrate désignée ;

- les observations de Me Vandermeeren, représentant M. C A, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens que la requête et soutient en outre que les décisions de refus de délai de départ volontaire, fixant le pays de destination et portant interdiction de retour sur le territoire français méconnaissent les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- les observations de Me Giafferi, représentant le préfet du Nord, qui fait valoir que les moyens soulevés par M. C A ne sont pas fondés ;

- les observations de M. C A.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté du 27 janvier 2023, le préfet du Nord a obligé M. C A, né en 1990, de nationalité colombienne, à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et a interdit son retour sur le territoire français pour une durée de deux ans. M. C A demande l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne les moyens communs aux décisions attaquées :

2. En premier lieu, par un arrêté du 13 octobre 2022, publié le même jour au recueil spécial n° 245 des actes administratifs de la préfecture, le préfet du Nord a donné délégation à Mme E B, attachée d'administration de l'Etat, adjointe à la cheffe du bureau de la lutte contre l'immigration irrégulière, signataire de l'arrêté en litige, à l'effet de signer, notamment, les décisions attaquées. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'arrêté attaqué manque en fait et doit, dès lors, être écarté.

3. En second lieu, l'arrêté attaqué énonce les considérations de droit et de fait sur lesquelles il se fonde. Il vise notamment les articles L. 611-1, L. 612-2 à L. 612-10 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et décrit les conditions d'entrée et de séjour de M. C A sur le territoire français. Ces considérations sont suffisamment développées pour mettre utilement l'intéressé en mesure de discuter les motifs de cette décision. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de l'arrêté attaqué manque en fait et doit être écarté.

4. En dernier lieu, M. C A ne saurait utilement se prévaloir de ce que la notification de la décision attaquée n'aurait pas été effectuée dans une langue qu'il comprenait, cet élément étant seulement de nature à préserver les voies et délais de recours dont disposait l'intéressé à l'encontre de cette décision. Le moyen inopérant doit être écarté.

En ce qui concerne l'autre moyen dirigé contre l'obligation de quitter le territoire français :

5. Il ressort des pièces du dossier que M. C A, entré en France en mars 2016 selon ses déclarations, s'est maintenu depuis, en situation irrégulière, sur le territoire français. En outre, s'il fait valoir qu'il vit depuis 2017 en couple avec un ressortissant français avec lequel il a conclu un pacte civil de solidarité (PACS) en janvier 2023, il n'établit pas l'ancienneté et le caractère durable de la vie commune alléguée depuis 2017 en produisant deux factures d'énergie et de téléphonie mobiles, datées de novembre 2018 et avril 2021, quatre attestations de trois amis et de son partenaire de PACS ainsi qu'une copie du bail conclu avec ce dernier en janvier 2022. En outre, s'il soutient à l'audience que la communauté de vie avec son partenaire est bien réelle, cette affirmation est à relativiser dès lors que l'intéressé a été interpellé le 26 janvier 2023 à son domicile pour un différend de couple, que son partenaire a déclaré le 27 janvier 2023 lors de son audition par les services de gendarmerie qu'il souhaitait mettre fin à la relation et avait apporté les effets personnels du requérant et que M. C A a été assigné à résidence par le juge judiciaire à une autre adresse que son domicile pour éviter la réitération des faits à l'origine de l'intervention de la gendarmerie. Enfin, si le requérant soutient à l'audience qu'il n'a plus de membres de sa famille dans son pays d'origine, il ne l'établit pas et alors qu'il a indiqué lors de son audition par les services de gendarmerie le 26 janvier 2023 que toute sa famille vivait en Colombie. Dans ces conditions, M. C A n'est pas fondé à soutenir que la décision par laquelle le préfet du Nord l'a obligé à quitter le territoire français méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Le moyen doit être écarté.

En ce qui concerne les autres moyens dirigés contre la décision refusant un délai de départ volontaire :

6. En premier lieu, aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ". Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : () 2° L'étranger s'est maintenu sur le territoire français au-delà de la durée de validité de son visa ou, s'il n'est pas soumis à l'obligation du visa, à l'expiration d'un délai de trois mois à compter de son entrée en France, sans avoir sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; () 4° L'étranger a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français ; () 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement ; () 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, qu'il a refusé de se soumettre aux opérations de relevé d'empreintes digitales ou de prise de photographie prévues au 3° de l'article L. 142-1, qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale ou qu'il s'est précédemment soustrait aux obligations prévues aux articles L. 721-6 à L. 721-8, L. 731-1, L. 731-3, L. 733-1 à L. 733-4, L. 733-6, L. 743-13 à L. 743-15 et L. 751-5. ".

7. Il ressort des pièces du dossier et ainsi qu'il a été dit précédemment que M. C A, qui déclare être entré en France en mars 2016 s'est maintenu depuis irrégulièrement sur le territoire français. Dans ces conditions, le préfet du Nord pouvait, pour ce seul motif caractérisant un risque de fuite au sens des dispositions précitées, refuser d'accorder au requérant un délai de départ volontaire. Le moyen tiré de l'erreur d'appréciation doit être écarté.

8. En second lieu, il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales qui reprend les mêmes arguments que ceux précédemment exposés doit être écarté.

En ce qui concerne les autres moyens dirigés contre la décision fixant le pays de destination :

9. En premier lieu, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales n'est pas assorti des précisions permettant d'en apprécier le bien-fondé et doit être écarté.

10. En second lieu, il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales qui reprend les mêmes arguments que ceux précédemment exposés doit être écarté.

En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français et sans qu'il soit besoin de statuer sur l'autre moyen de la requête :

11. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. () ". Aux termes de l'article L. 612-10 de ce code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. () ".

12. Il ressort des termes de l'arrêté attaqué que, pour prononcer à l'encontre de M. C A une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans, le préfet du Nord s'est fondé sur la circonstance que l'intéressé a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français le 14 janvier 2022 et que sa présence sur le territoire français représentait une menace pour l'ordre public. Pour ce second motif, le préfet du Nord s'est fondé sur le signalement de l'intéressé le 22 septembre 2021 au fichier automatisé des empreintes digitales (FAED) pour des faits de violence. Toutefois, il ne ressort d'aucune des pièces du dossier que l'intéressé aurait été condamné, ni même auditionné pour ces faits et alors que le signalement au FAED signifie uniquement que l'intéressé est " mis en cause " pour les faits indiqués. Dès lors, en fixant à deux ans la durée de l'interdiction de retour sur le territoire français, le préfet du Nord a commis une erreur d'appréciation. Dans ces conditions, M. C A est fondé à demander l'annulation de cette décision.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

13. Le présent jugement n'implique aucune mesure d'exécution particulière. Les conclusions à fin d'injonction sous astreinte présentées par le requérant doivent être rejetées.

Sur les conclusions tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 :

14. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de l'Etat la somme demandée au titre des frais d'instance.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 27 janvier 2023 est annulé en tant qu'il porte interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. F C A et au préfet du Nord.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 mars 2023.

La magistrate désignée,

Signé

S. DLa greffière,

Signé

N. CARPENTIER

La République mande et ordonne au préfet du Nord en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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