jeudi 16 février 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lille |
| Section | Tribunal Administratif de Lille |
| N° Dossier | TA59-2301171 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | Reconduite à la frontière |
| Avocat requérant | CLEMENT D'ARMONT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés les 7 et 14 février 2023, M. A C demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 6 février 2023 par lequel la préfète de l'Oise l'a maintenu en rétention administrative à la suite du dépôt de sa demande d'asile ;
2°) d'enjoindre à la préfète de l'Oise de lui délivrer une attestation de demande d'asile valant autorisation provisoire de séjour ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros à verser à son conseil, sous réserve de sa renonciation au bénéfice de l'aide juridictionnelle, sur le fondement des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la décision attaquée a été prise par une autorité incompétente ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle n'a pas été notifiée dans une langue qu'il comprend ;
- elle lui a été notifiée tardivement ;
- elle est illégale en raison de l'incompatibilité des dispositions de l'article L. 754-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile avec les dispositions de l'article 8 de la directive 2013/33/UE du 26 juin 2013 ;
- elle est entachée d'erreur de droit quant à application de l'article L. 754-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est entachée d'erreur d'appréciation quant au caractère dilatoire de sa demande ;
- elle est entachée d'erreur d'appréciation quant à ses garanties de représentation.
Par un mémoire en défense enregistré le 14 février 2023, la préfète de l'Oise conclut au rejet de la requête. Elle fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la directive 2013/33/UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le président du tribunal a désigné M. D en application des articles L. 754-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Bourgau, magistrat désigné ;
- les observations de Me Clément d'Armont, représentant M. C, présent, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens, ajoute que l'arrêté attaqué est entaché d'erreur matérielle dès lors que M. C a formé un précédente demande d'asile et conclut également à ce que M. E soit admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale à titre provisoire ;
- les observations de M. C, assisté de M. B, interprète en langue kurde ;
- la préfète de l'Oise n'étant ni présente ni représentée.
Considérant ce qui suit :
1. M. A C, ressortissant turc né le 24 avril 1996 à Savur (Turquie), conteste l'arrêté du 6 février 2023 par lequel la préfète de l'Oise l'a maintenu en rétention administrative à la suite du dépôt de sa demande d'asile formée en rétention.
Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président./ () ".
3. Eu égard aux circonstances de l'espèce, il y a lieu de prononcer, en application des dispositions précitées, l'admission provisoire de M. C au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
4. En premier lieu, par un arrêté du 6 février 2023, publié le même jour au recueil spécial des actes administratifs de la préfecture, la préfète de l'Oise a donné délégation à M. Sébastien Lime, secrétaire général de la préfecture de l'Oise, pour signer notamment la décision attaquée. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire, qui manque en fait, doit être écarté.
5. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué mentionne, avec une précision suffisante, les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement pour mettre utilement le requérant en mesure de discuter les motifs de cet arrêté et le juge d'exercer son contrôle en pleine connaissance de cause. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation des décisions attaquées doit être écarté.
6. En troisième lieu, les conditions de notification d'une décision administrative sont sans influence sur sa légalité. Par suite, les moyens tirés de ce que l'arrêté n'aurait pas été notifié dans une langue comprise par le requérant et lui aurait été notifié tardivement doivent être écartés.
7. En quatrième lieu, aux termes du paragraphe 3 de l'article 8 de la directive 2013/33/UE du 26 juin 2013 : " 3. Un demandeur ne peut être placé en rétention que:/ () d) lorsque le demandeur est placé en rétention dans le cadre d'une procédure de retour au titre de la directive 2008/115/CE du Parlement européen et du Conseil du 16 décembre 2008 relative aux normes et procédures communes applicables dans les États membres au retour des ressortissants de pays tiers en séjour irrégulier, pour préparer le retour et/ou procéder à l'éloignement, et lorsque l'État membre concerné peut justifier sur la base de critères objectifs, tels que le fait que le demandeur a déjà eu la possibilité d'accéder à la procédure d'asile, qu'il existe des motifs raisonnables de penser que le demandeur a présenté la demande de protection internationale à seule fin de retarder ou d'empêcher l'exécution de la décision de retour ;/ () ".
8. S'il incombe aux Etats membres, en vertu du paragraphe 4 de l'article 8 de la directive 2013/33/UE, de définir en droit interne les motifs susceptibles de justifier le placement ou le maintien en rétention d'un demandeur d'asile, parmi ceux énumérés de manière exhaustive par les dispositions du 3 de cet article, aucune disposition de la directive n'impose, s'agissant du motif prévu par le d) du 3 de l'article 8, que les critères objectifs, sur la base desquels est établie l'existence de motifs raisonnables de penser que la demande de protection internationale d'un étranger déjà placé en rétention a été présentée à seule fin de retarder ou d'empêcher l'exécution de la décision de retour, soient définis par la loi. Par suite, le moyen tiré, par voie d'exception, de l'incompatibilité des dispositions de l'article L. 754-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile avec les dispositions du d) du paragraphe 3 de l'article 8 de la directive 2013/33/UE, en tant qu'il ne détermine pas une liste des critères objectifs permettant à l'autorité administrative d'estimer qu'une demande d'asile est présentée dans le seul but de faire échec à l'exécution d'une mesure d'éloignement, doit être écarté.
9. En cinquième lieu, le moyen tiré de l'erreur de droit quant à application de l'article L. 754-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile n'est pas assorti des précisions suffisantes permettant d'en apprécier le bien-fondé.
10. En sixième lieu, aux termes de l'article L. 754-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile: " Si la France est l'État responsable de l'examen de la demande d'asile et si l'autorité administrative estime, sur le fondement de critères objectifs, que cette demande est présentée dans le seul but de faire échec à l'exécution de la décision d'éloignement, elle peut prendre une décision de maintien en rétention de l'étranger pendant le temps strictement nécessaire à l'examen de sa demande d'asile par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides et, en cas de décision de rejet ou d'irrecevabilité de celle-ci, dans l'attente de son départ./ () La décision de maintien en rétention est écrite et motivée./ A défaut d'une telle décision, il est immédiatement mis fin à la rétention et l'autorité administrative compétente délivre à l'intéressé l'attestation mentionnée à l'article L. 521-7. "
11. Il ressort des pièces du dossier que M. C, entré en France le 14 juillet 2021 par avion, a été placé en zone d'attente à l'aéroport de Roissy. Il a alors formulé le 15 juillet une demande d'entrée en France au titre de l'asile, qui a été rejetée le 16 juillet. Il a ensuite fait l'objet, par arrêté du 26 juillet 2021 du préfet de Seine-Saint-Denis, d'une première obligation de quitter le territoire français sans délai assortie d'une interdiction de retour sur le territoire français d'un an puis, par arrêté du 5 août 2022 du préfet du Val d'Oise, d'une seconde obligation de quitter le territoire français sans délai assortie d'une interdiction de retour sur le territoire français de deux ans. Par arrêtés des 3 janvier et 1er février 2023, la préfète de l'Oise l'a assigné à résidence à son domicile pour une durée de quarante-cinq jours puis placé en rétention pour une durée de quarante-huit heures, cette dernière mesure ayant été prolongée pour une durée de vingt-huit jours par ordonnance du juge des libertés et de la détention du tribunal judiciaire de Lille du 3 février 2023, confirmée par ordonnance de la cour d'appel de Douai du 4 février 2023. Lors de son audition par les services de police le 31 janvier 2023, M. C s'est borné à faire état, de manière générale, de problèmes politiques dans son pays d'origine et d'une peine de prison qui aurait été prononcée contre lui, sans apporter aucune précision sur les faits ayant conduit au prononcer de cette condamnation. S'agissant des démarches entreprises, il a déclaré avoir fait une demande d'asile à son arrivée en France en zone internationale, puis avoir fait une demande d'asile à l'extérieur. Il a précisé, d'une part, que la préfecture lui aurait indiqué qu'il ne pouvait faire de demande d'asile car il avait une interdiction de territoire et qu'il devait attendre un an pour faire les démarches et, d'autre part, que les autorités françaises lui auraient dit qu'elles lui enverraient une demande d'asile et qu'il attend désormais ses papiers. Toutefois, ni les pièces du dossier, ni les déclarations contradictoires du requérant à l'audience ne permettent d'établir ou même de dater l'existence d'une telle demande. C'est seulement le 6 février, deux jours après la confirmation en appel de la prolongation de son placement en rétention, que M. C a formé une demande d'asile, qui a d'ailleurs été rejetée le 10 février par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides. Dans ces conditions, la préfète de l'Oise a pu, sans commettre d'erreur d'appréciation, se fonder sur le fait que M. C, séjournant irrégulièrement en France depuis un an et demi et dont la demande d'entrée en France au titre de l'asile a été rejetée deux jours après son arrivée, n'a pas entrepris de démarches en vue de formuler une demande d'asile dans un délai raisonnable durant cette période sans pouvoir présenter de motifs sérieux expliquant cette absence de démarche, pour considérer que sa demande d'asile présentait un caractère dilatoire. Par suite, le moyen tiré de l'erreur d'appréciation doit être écarté.
12. En septième et dernier lieu, le moyen tiré de l'erreur d'appréciation quant aux garanties de représentation de M. C n'est pas assorti des précisions suffisantes permettant d'en apprécier le bien-fondé.
13. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction et celles présentées sur le fondement des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : M. C est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale à titre provisoire.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et à la préfète de l'Oise.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 mars 2023.
Le magistrat,
Signé
T. DLa greffière,
Signé
F. JANET
La République mande et ordonne à la préfète de l'Oise en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
No 2301171
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026