LogoMeilleurAvocats.fr
AvocatsAssistant IABlogPrix
ConnexionDéposer ma demande

Vous avez un problème juridique ?

Décrivez votre situation en 2 minutes — un avocat spécialisé vous répond sous 24h.

Déposer ma demandeJe suis avocat
Logo MeilleurAvocats.frMeilleurAvocats.fr

Mise en relation avocat–client par l'IA. Gratuit pour les particuliers.

Particuliers

  • Déposer une demande
  • Trouver un avocat
  • Assistant IA gratuit
  • Bibliothèque juridique
  • Guides pratiques
  • Jurisprudence

Avocats

  • Pour les avocats
  • Espace avocat
  • Tarifs et formules
  • Recevoir des leads
  • Programme d'affiliation
  • Contact commercial

Spécialités

  • Droit général
  • Droit du travail
  • Droit de la sécurité sociale et de la protection sociale
  • Droit fiscal et droit douanier
  • Droit de la famille, des personnes et de leur patrimoine
  • Droit immobilier

Légal

  • Mentions légales
  • Confidentialité
  • CGU
  • Cookies
  • Contact

Newsletter juridique hebdomadaire

Décisions clés, évolutions législatives, conseils pratiques — chaque semaine.

© 2026 MeilleurAvocats.fr— KONSEIL SAS. Tous droits réservés.

Mentions légales|Confidentialité|Cookies

BOB★La messagerie française & cryptée pour des échanges confidentiels entre avocats et clients.

En savoir +TéléchargerBOB
AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2301268

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2301268

jeudi 13 juillet 2023

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2301268
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantBLANC

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés les 10 février et 3 juillet 2023, M. A D, représenté par Me Blanc, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) de l'admettre, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler les décisions du 9 février 2023 par lesquelles le préfet du Nord l'a obligé à quitter le territoire français, a refusé de lui octroyer un délai de départ volontaire, a fixé le Maroc ou un autre pays vers lequel il serait légalement admissible comme pays de destination de la mesure d'éloignement et a interdit son retour sur le territoire français pour une durée d'un an ;

3°) et de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros, à verser à son conseil en application des dispositions combinées des article L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Il soutient que :

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

- Elle a été édictée par une autorité qui n'était pas matériellement habilitée pour ce faire ;

- Elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux et circonstancié de sa situation ;

- Elle est entachée d'une erreur de fait ;

- Elle est entachée d'erreurs de droit, d'une part, car étant membre de famille d'un citoyen de l'Union européenne ou ayant, à tout le moins, la qualité d'étranger entretenant des liens privés et familiaux avec un tel citoyen le préfet du Nord ne pouvait fonder sa décision sur les dispositions du 1° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et, d'autre part, car il aurait du faire l'objet, en application de l'article L. 621-1, d'une décision de remise aux autorités espagnoles ;

- Elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- Et elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

En ce qui concerne la décision de refus d'octroi d'un délai de départ volontaire :

- Elle a été édictée par une autorité qui n'était pas matériellement habilitée pour ce faire ;

- Elle est fondée sur une décision l'obligeant à quitter le territoire français qui est elle-même irrégulière ;

- Elle est empreinte d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses risques de fuite ;

- Elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- Et elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- Elle a été édictée par une autorité qui n'était pas matériellement habilitée pour ce faire ;

- Elle est fondée sur une décision l'obligeant à quitter le territoire français qui est elle-même irrégulière ;

- Elle est entachée d'une erreur de fait et d'une erreur manifeste d'appréciation en fixant le Maroc et non l'Espagne comme pays de destination ;

- Elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- Et elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

En ce qui concerne la décision d'interdiction de retour sur le territoire français :

- Elle a été édictée par une autorité qui n'était pas matériellement habilitée pour ce faire ;

- Elle est insuffisamment motivée ;

- Elle est fondée sur une décision l'obligeant à quitter le territoire français qui est elle-même irrégulière ;

- Elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, notamment eu égard aux effets qu'impliquent son inscription au système d'information Schengen ;

- Et elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

La requête a été communiquée au préfet du Nord qui n'a pas produit d'observations.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales amendée, signée à Rome le 4 novembre 1950 ;

- la convention internationale des droits de l'enfant, signée à New-York le 20 novembre 1989 ;

- l'accord franco-marocain du 17 mars 1988 ;

- le protocole relatif à la gestion des migrations entre le gouvernement de la République Française et le gouvernement de la République Marocainne du 28 avril 2008 ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le décret 2020-1717 du 28 décembre 2020 portant application de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et relatif à l'aide juridictionnelle et à l'aide à l'intervention de l'avocat dans les procédures non juridictionnelles

- le code de justice administrative.

Les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen d'ordre public, tiré de la substitution comme base légale des dispositions du 1° de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile à celles du 1° de l'article L. 611-1 du même code.

Le président du tribunal a désigné M. Larue en application de l'article L. 614-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Larue, magistrat désigné ;

- les observations de Me Blanc, représentant M. D, absent à l'audience, qui a conclu aux mêmes fins que ses précédents écrits par les mêmes moyens ;

- et les observations de Me Rannou, représentant le préfet du Nord, qui conclut au rejet de la requête en faisant valoir qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.

Considérant ce qui suit :

1. M. D, ressortissant marocain né le 15 janvier 1987, déclare être entré irrégulièrement en France en 2021. Il a été interpellé en possession d'une carte de résident espagnol falsifiée, le 9 février 2023, à l'occasion d'un contrôle ferroviaire opéré dans le train de 06h50 au départ de Lille Flandres et à destination de Valenciennes. Placé en garde à vue, M. D, qui n'était pas à même de justifier de son droit à circuler ou séjourner en France, a fait l'objet, le jour même de son interpellation, d'une obligation de quitter sans délai le territoire français à destination du Maroc ou de tout autre pays où il établirait être légalement admissible et d'une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an. Par la présente requête M. D demande au Tribunal d'annuler toutes ces décisions.

Sur la demande d'admission à l'aide juridictionnelle à titre provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi susvisée du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence sous réserve de l'appréciation des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ". Il y a lieu, en application de ces dispositions, d'admettre, à titre provisoire, M. D au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Sur la légalité des décisions attaquées :

En ce qui concerne le moyen commun aux décisions attaquées :

3. Eu égard au caractère réglementaire des arrêtés de délégation de signature, soumis à la formalité de publication, le juge peut, sans méconnaître le principe du caractère contradictoire de la procédure, se fonder sur l'existence de ces arrêtés alors même que ceux-ci ne sont pas versés au dossier. Par un arrêté du 13 octobre 2022, publié le même jour au recueil spécial des actes administratifs de la préfecture du Nord n° 245, le préfet du Nord a donné délégation à Mme F E, adjointe à la cheffe du bureau de la lutte contre l'immigration irrégulière, à l'effet de signer notamment les décisions contestées. Par suite, les moyens, tirés de l'incompétence de la signataire des décisions attaquées, doivent être écartés.

En ce qui concerne les autres moyens dirigés contre l'obligation de quitter le territoire français :

4. En premier lieu, M. D n'est pas fondé à soutenir, aux seuls motifs, d'une part, que le préfet du Nord aurait mentionné peut-être à tort que toute sa famille résidait au Maroc, M. D ayant affirmé avoir toute sa famille en Espagne mais ne démontrant pas ne plus avoir d'attaches au Maroc, ou, d'autre part, qu'il aurait omis de retranscrire sa volonté de se pacser en Espagne, éléments qui sont sans conséquence sur l'examen comparé de ses attaches familiales en France et au Maroc et sans incidence sur la localisation du centre de ses intérêts privés, et donc sur le bien-fondé de la décision l'obligeant à quitter le territoire français, que les services préfectoraux ne se seraient pas livrés à un examen sérieux des pièces de son dossier administratif et, partant, de sa situation. Par suite, ce moyen doit être écarté.

5. En deuxième lieu, M. D se borne à soutenir que la décision attaquée est entachée d'une erreur de fait. Mais ce moyen n'est pas assorti des précisions suffisantes permettant au juge d'en apprécier le bien-fondé. Et il ne peut donc être accueilli.

6. En troisième lieu, d'une part, l'article L. 200-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose que : " Est citoyen de l'Union européenne toute personne ayant la nationalité d'un Etat membre ". Aux termes des dispositions de l'article L. 200-4 du même code : " Par membre de famille d'un citoyen de l'Union européenne, on entend le ressortissant étranger, quelle que soit sa nationalité, qui relève d'une des situations suivantes : / 1° Conjoint du citoyen de l'Union européenne ; / 2° Descendant direct âgé de moins de vingt-et-un ans du citoyen de l'Union européenne ou de son conjoint ; / 3° Descendant direct à charge du citoyen de l'Union européenne ou de son conjoint ; / () ". L'article L. 200-5 du même code dispose que : " Par étranger entretenant des liens privés et familiaux avec un citoyen de l'Union européenne on entend le ressortissant étranger, quelle que soit sa nationalité, ne relevant pas de l'article L. 200-4 et qui, sous réserve de l'examen de sa situation personnelle, relève d'une des situations suivantes : / 1° Étranger qui est, dans le pays de provenance, membre de famille à charge ou faisant partie du ménage d'un citoyen de l'Union européenne ; / 2° Étranger dont le citoyen de l'Union européenne, avec lequel il a un lien de parenté, doit nécessairement et personnellement s'occuper pour des raisons de santé graves ; / 3° Étranger qui atteste de liens privés et familiaux durables, autres que matrimoniaux, avec un citoyen de l'Union européenne ".

7. D'autre part, aux termes des dispositions de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative compétente peut, par décision motivée, obliger les étrangers dont la situation est régie par le présent livre, à quitter le territoire français lorsqu'elle constate les situations suivantes : / 1° Ils ne justifient plus d'aucun droit au séjour tel que prévu par les articles L. 232-1, L. 233-1, L. 233-2 ou L. 233-3 ; () ". L'article L. 232-1 du même code dispose que : " Tant qu'ils ne deviennent pas une charge déraisonnable pour le système d'assistance sociale mentionné par la directive 2004/38 du Parlement européen et du Conseil du 29 avril 2004 relatif au droit des citoyens de l'Union et des membres de leurs familles de circuler et de séjourner librement sur le territoire des Etats membres, les citoyens de l'Union européenne ainsi que les membres de leur famille, tels que définis aux articles L. 200-4 et L. 200-5 et accompagnant ou rejoignant un citoyen de l'Union européenne, ont le droit de séjourner en France pour une durée maximale de trois mois, sans autre condition ou formalité que celles prévues pour l'entrée sur le territoire français ". L'article L. 233-1 du même code dispose que : " Les citoyens de l'Union européenne ont le droit de séjourner en France pour une durée supérieure à trois mois s'ils satisfont à l'une des conditions suivantes : / 1° Ils exercent une activité professionnelle en France ; / 2° Ils disposent pour eux et pour leurs membres de famille de ressources suffisantes afin de ne pas devenir une charge pour le système d'assistance sociale, ainsi que d'une assurance maladie ; / 3° Ils sont inscrits dans un établissement () pour y suivre à titre principal des études ou, dans ce cadre, une formation professionnelle, et garantissent disposer d'une assurance maladie ainsi que de ressources suffisantes pour eux et pour leurs conjoints ou descendants directs à charge qui les accompagnent ou les rejoignent, afin de ne pas devenir une charge pour le système d'assistance sociale ; / 4° Ils sont membres de famille accompagnant ou rejoignant un citoyen de l'Union européenne qui satisfait aux conditions énoncées aux 1° ou 2° ; / 5° Ils sont le conjoint ou le descendant direct à charge accompagnant ou rejoignant un citoyen de l'Union européenne qui satisfait aux conditions énoncées au 3° ". Aux termes de l'article L. 233-2 du même code : " Les ressortissants de pays tiers, membres de famille d'un citoyen de l'Union européenne satisfaisant aux conditions énoncées aux 1° ou 2° de l'article L. 233-1, ont le droit de séjourner sur le territoire français pour une durée supérieure à trois mois. / Il en va de même pour les ressortissants de pays tiers, conjoints ou descendants directs à charge accompagnant ou rejoignant un citoyen de l'Union européenne satisfaisant aux conditions énoncées au 3° de l'article L. 233-1 ". L'article L. 233-3 du même code dispose que : " Les ressortissants étrangers mentionnés à l'article L. 200-5 peuvent se voir reconnaître le droit de séjourner sur l'ensemble du territoire français pour une durée supérieure à trois mois dans les mêmes conditions qu'à l'article L. 233-2 ".

8. En l'espèce, il ne saurait être établi, au vu de la seule copie d'une pièce en espagnol présentée comme un acte de mariage célébré le 29 décembre 2022 et de la copie d'une pièce en espagnol présentée comme un justificatif de domicile, portant notamment la mention française " code postal ", que le requérant serait effectivement marié et vivrait en concubinage avec Mme G C B, ressortissante espagnole. En effet, outre que M. D, qui a été placé en garde à vue pour falsification d'une carte de résident espagnol, a déclaré, lors de son audition par les services de la police le 9 février 2023, vivre en France depuis 2 ans à une adresse à Valenciennes, être célibataire et vouloir nouer un pacs avec une ressortissante espagnole, l'acte de mariage produit mentionne que Mme C B serait née le 20 juin 1994, alors que le " justificatif de domicile " mentionne à deux reprises, notamment sous une mention " alta en habitatge ", soit " élevée en habitation ", pour cette même personne une date, qui pourrait être une date de naissance, du 8 avril 2008. Néanmoins, au vue des copies de la carte nationale d'identité et de la carte de résident en qualité de membre de famille d'un ressortissant de l'Union européenne, respectivement, du père et de la mère de M. D dont l'authenticité n'est pas contestée, le requérant, qui est âgé de plus de 21 ans et n'est plus à charge de ses parents, peut se prévaloir, en application des dispositions précitées du 3° de l'article L. 200-5 de la qualité d'étranger entretenant des liens privés et familiaux avec un citoyen de l'Union européenne. Ainsi sa situation relève du Livre II du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile comportant les dispositions applicables aux ressortissants de l'Union européenne et aux membres de leur famille et il ne pouvait donc pas faire l'objet d'une obligation de quitter le territoire français fondée sur les dispositions du 1° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

9. Toutefois, lorsqu'il constate que la décision contestée devant lui aurait pu être prise, en vertu du même pouvoir d'appréciation, sur le fondement d'un autre texte que celui dont la méconnaissance est invoquée, le juge de l'excès de pouvoir peut substituer ce fondement à celui qui a servi de base légale à la décision attaquée, sous réserve que l'intéressé ait disposé des garanties dont est assortie l'application du texte sur le fondement duquel la décision aurait dû être prononcée. Une telle substitution relevant de l'office du juge, celui-ci peut y procéder de sa propre initiative, au vu des pièces du dossier, mais sous réserve, dans ce cas, d'avoir au préalable mis les parties à même de présenter des observations sur ce point.

10. Or il ressort des pièces du dossier que M. D, qui résidait sur le territoire français depuis 2 ans, n'accompagnait pas et n'est pas venu rejoindre sur le territoire français son père, de nationalité espagnole. En outre, il ne travaillait pas sur le territoire français et a indiqué, lors de son audition par les services de police, ne disposer d'aucune ressource. Ainsi, M. D, dont le séjour de plus de 3 mois, ne répondait ni aux conditions de l'article L. 233-1, ni aux conditions mentionnées au 1° et 2° de l'article L. 233-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, pouvait, sans être privé de la moindre garantie, fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français sur le fondement des dispositions du 1° de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers.

11. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 621-1 du même code : " Par dérogation au refus d'entrée à la frontière prévu à l'article L. 332-1, à la décision portant obligation de quitter le territoire français prévue à l'article L. 611-1 et à la mise en œuvre des décisions prises par un autre État prévue à l'article L. 615-1, l'étranger peut être remis, en application des conventions internationales ou du droit de l'Union européenne, aux autorités compétentes d'un autre État, lorsqu'il se trouve dans l'un des cas prévus aux articles L. 621-2 à L. 621-7. () ".

12. Il résulte des dispositions de cet article et de celles précitées de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que le champ d'application des mesures obligeant un étranger à quitter le territoire français et celui des mesures de remise d'un étranger à un autre État ne sont pas exclusifs l'un de l'autre et que le législateur n'a pas donné à l'une de ces procédures un caractère prioritaire par rapport à l'autre. Il s'ensuit que, lorsque l'autorité administrative envisage une mesure d'éloignement à l'encontre d'un étranger dont la situation entre dans le champ d'application des articles L. 621-1 et suivants, elle peut légalement soit le remettre aux autorités compétentes de l'État membre de l'Union européenne ou partie à la convention d'application de l'accord de Schengen d'où il provient, sur le fondement des articles L. 621-1 et suivants, soit l'obliger à quitter le territoire français sur le fondement de l'article L. 251-1.

13. En l'espèce, il ne ressort pas des pièces du dossier que M. D entre dans le champ d'application, précisé aux articles L. 621-2 à 7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, des dispositions précitées de l'article L. 621-1 du même code, le requérant ne justifiant pas être légalement admissible en Espagne. En tout état de cause, il pouvait faire l'objet d'une décision l'obligeant à quitter le territoire français. Ainsi, il n'est pas fondé à soutenir que le préfet du Nord aurait commis une erreur de droit en ne prescrivant pas sa remise aux autorités espagnoles.

14. En dernier lieu, l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales stipule que : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

15. En l'espèce, si M. D déclare être entré en France en 2021, à l'âge de 34 ans, et y avoir séjourné deux ans, il ne se prévaut que de la présence en France de l'un de ses frères, qu'il n'établit pas par les pièces produites et, si son père et sa mère résideraient en Espagne, il n'établit pas ne plus avoir d'attaches familiales au Maroc. En outre, M. D ne fait valoir aucun autre élément de nature à établir qu'il disposerait en France du centre de ses intérêts privés. Il n'est donc pas fondé à soutenir que le préfet du Nord aurait, en l'obligeant à quitter le territoire français, méconnu les stipulations précitées de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ou commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de sa décision sur sa situation personnelle.

16. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de M. D, à fin d'annulation de l'obligation de quitter le territoire français prise à son encontre, ne peuvent qu'être rejetées.

En ce qui concerne les autres moyens dirigés contre le refus de délai de départ volontaire :

17. En premier lieu, compte tenu de ce qui a été dit au point précédent, le moyen tiré, par voie d'exception, de l'illégalité de la décision obligeant M. D à quitter le territoire français, doit être écarté.

18. En deuxième lieu, L'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose que : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. / L'autorité administrative peut accorder, à titre exceptionnel, un délai de départ volontaire supérieur à trente jours s'il apparaît nécessaire de tenir compte de circonstances propres à chaque cas. () ". Aux termes de l'article L. 612-2 du même code : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; () 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, qu'il a refusé de se soumettre aux opérations de relevé d'empreintes digitales ou de prise de photographie prévues au 3° de l'article L. 142-1, qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale ou qu'il s'est précédemment soustrait aux obligations prévues aux articles L. 721-6 à L. 721-8, L. 731-1, L. 731-3, L. 733-1 à L. 733-4, L. 733-6, L. 743-13 à L. 743-15 et L. 751-5 ".

19. En l'espèce, alors que M. D soutient qu'il ne présente pas de risques de fuite, il ressort des pièces du dossier qu'il est entré irrégulièrement sur le territoire français, qu'il ne justifie pas avoir effectué de démarches en vue de la délivrance d'un titre de séjour, qu'il ne dispose en France que d'une domiciliation postale et n'a pas pu présenter de document d'identité ou de voyage en cours de validité. Ainsi, conformément aux dispositions précitées des 1° et 8° de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le risque que M. D se soustraie à l'obligation de quitter le territoire français prononcée à son encontre doit être regardé comme établi. Il suit de là que M. D n'est pas fondé à soutenir que le préfet aurait commis une erreur manifeste dans l'appréciation du risque qu'il se soustraie à l'obligation de quitter le territoire français prise à son encontre.

20. En dernier lieu, et pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 14 du présent jugement, M. D n'est pas fondé à soutenir que le préfet du Nord aurait, en lui refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire, méconnu les stipulations précitées de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ou commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de sa décision sur sa situation personnelle.

En ce qui concerne les autres moyens dirigés contre la décision fixant le pays de destination :

21. En premier lieu, compte tenu de ce qui a été dit au point 16 du présent jugement, le moyen tiré, par voie d'exception, de l'illégalité de la décision obligeant M. D à quitter le territoire français, doit être écarté.

22. En deuxième lieu, la décision attaquée fixe comme pays de destination le Maroc ou un autre pays vers lequel M. D établirait qu'il serait légalement admissible. Ainsi l'erreur de fait et l'erreur manifeste d'appréciation alléguées, au motif que le préfet aurait fait le choix de le renvoyer au Maroc et non en Espagne, ne peuvent qu'être écartées.

23. En troisième lieu, M. D soutient que la décision attaquée méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Mais ce moyen, qui n'est étayé par aucun élément de fait propre à sa situation personnelle, n'est pas assorti des précisions suffisantes permettant au juge d'en apprécier le bien-fondé.

24. En dernier lieu, et pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 15 du présent jugement, M. D n'est pas fondé à soutenir que le préfet du Nord aurait, en lui fixant le pays de destination, commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de sa décision sur sa situation personnelle.

25. Il suit de là que les conclusions de M. D à fin d'annulation de la décision, par laquelle le préfet du Nord a fixé le Maroc ou un autre pays vers lequel il serait légalement admissible comme pays de destination de la mesure d'éloignement, ne peuvent être accueillies.

En ce qui concerne les autres moyens dirigés contre l'interdiction de retour sur le territoire français :

26. En premier lieu, le préfet du Nord énonce avec suffisamment de précisions les considérations de fait et de droit sur lesquelles il fonde la décision attaquée. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de cette décision ne peut être accueilli.

27. En deuxième lieu, compte tenu de ce qui a été dit au point 16 du présent jugement, le moyen tiré, par voie d'exception, de l'illégalité de la décision obligeant M. D à quitter le territoire français, doit être écarté.

28. En dernier lieu, et pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 15 du présent jugement, M. D n'est pas fondé à soutenir que le préfet du Nord aurait, en lui refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire, méconnu les stipulations précitées de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ou commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de sa décision sur sa situation personnelle.

29. Il suit de là que M. D n'est pas fondé à solliciter l'annulation de la décision par laquelle le préfet du Nord a interdit son retour sur le territoire français pour une durée d'un an.

Sur les conclusions au titre des frais exposés et non compris dans les dépens :

30. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, une somme au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : M. D est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. D est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A D, à Me Blanc et au préfet du Nord.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 juillet 2023.

Le magistrat désigné,

signé

X. LARUE

La greffière,

signé

N. CARPENTIER

La République mande et ordonne au préfet du Nord en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière,

N°2301268

Décisions similaires

TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292

Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

01/06/2026

TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430

Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.

01/06/2026

TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432

Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

01/06/2026

TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881

Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.

01/06/2026

← Retour aux décisions