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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2301332

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2301332

mercredi 15 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2301332
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantDANNAUD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés les 13 et 14 février 2023, M. D F demande au tribunal d'annuler la décision en date du 10 février 2023 par laquelle le préfet du Nord l'a maintenu en rétention administrative à la suite du dépôt d'une demande d'asile.

Il soutient que :

- la décision de maintien en rétention a été signée par une autorité incompétente ;

- cette décision est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle ;

- cette décision est entachée d'une erreur d'appréciation quant au caractère dilatoire de sa demande d'asile.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. B en application de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Gouriou, magistrat désigné ;

- les observations de Me Dannaud, avocat, représentant M. F, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens ;

- les observations de Me Ioannnidou, avocate, représentant le préfet du Nord, qui conclut au rejet de la requête et fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés ;

- les observations orales de M. F, assisté de Mme E, interprète assermentée en langue tamoul, qui répond aux questions posées par le tribunal dans le cadre de l'instruction.

Considérant ce qui suit :

Sur les conclusions à fin d'annulation :

1. Le 7 février 2023, le préfet du Nord a pris à l'encontre de M. F, ressortissant indien, un arrêté portant obligation de quitter le territoire et lui interdisant le retour sur le territoire français. Le 9 février 2023, M. F a sollicité l'asile après son placement en rétention. Par un arrêté du 10 février 2023, dont M. F demande l'annulation, le préfet a refusé de l'admettre au séjour et a prononcé le maintien de son placement en rétention.

2. En premier lieu, par un arrêté du 13 octobre 2022, publié le même jour au recueil n° 245 des actes administratifs de la préfecture, le préfet du Nord a donné délégation à Mme C A, adjointe à la cheffe du bureau de la lutte contre l'immigration irrégulière, à l'effet de signer notamment la décision contestée. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de la décision attaquée manque en fait et doit, dès lors, être écarté.

3. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué vise les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont il fait application, et notamment les articles L. 754-2 à L. 754-8 de ce code qui constituent le cadre légal de la décision attaquée. Le préfet s'est prononcé sur le caractère dilatoire de la demande de M. F conformément aux dispositions de l'article L. 754-3 du code précité. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de l'arrêté attaqué doit être écarté.

4. En troisième lieu, l'arrêté attaqué qui a simplement pour objet de maintenir l'intéressé en rétention le temps de l'examen en procédure accélérée de sa demande d'asile par l'office français de protection des réfugiés et apatrides, lequel a rejeté sa demande le 24 février 2023, n'est pas entaché d'erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur la situation personnelle de M. F.

5. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 754-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'un étranger placé ou maintenu en rétention présente une demande d'asile, l'autorité administrative peut procéder, pendant la rétention, à la détermination de l'État responsable de l'examen de cette demande conformément à l'article L. 571-1 et, le cas échéant, à l'exécution d'office du transfert dans les conditions prévues à l'article L. 751-13. " Aux termes de l'article L. 754-3 du même code : " Si la France est l'État responsable de l'examen de la demande d'asile et si l'autorité administrative estime, sur le fondement de critères objectifs, que cette demande est présentée dans le seul but de faire échec à l'exécution de la décision d'éloignement, elle peut prendre une décision de maintien en rétention de l'étranger pendant le temps strictement nécessaire à l'examen de sa demande d'asile par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides et, en cas de décision de rejet ou d'irrecevabilité de celle-ci, dans l'attente de son départ. / Cette décision de maintien en rétention n'affecte ni le contrôle ni la compétence du juge des libertés et de la détention exercée sur le placement et le maintien en rétention en application du chapitre III du titre IV. La décision de maintien en rétention est écrite et motivée. / A défaut d'une telle décision, il est immédiatement mis fin à la rétention et l'autorité administrative compétente délivre à l'intéressé l'attestation mentionnée à l'article L. 521-7. "

6. Il ressort des pièces du dossier que M. F a déclaré être arrivé en France le 2 février 2023 pour visiter le pays. Le requérant n'établit pas être personnellement et actuellement exposé au risque de subir dans son pays d'origine des traitements prohibés par les stipulations précitées de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Dans ces conditions, le préfet a pu à juste titre estimer que la demande d'asile formulée par M. F n'avait d'autre objet que de faire échec à l'exécution de la mesure d'éloignement. Ainsi, le préfet n'a pas entaché sa décision d'une erreur d'appréciation du caractère dilatoire de la demande d'asile. Ce moyen doit être écarté.

7. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la décision en date du 10 février 2023 par laquelle le préfet du Nord a maintenu M. F en rétention administrative à la suite du dépôt d'une demande d'asile doit être annulée.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. F est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D F et au préfet du Nord.

Prononcé en audience publique le 15 mars 2023.

Le magistrat désigné,

signé

P. BLa greffière,

signé

G. GREGOIRE

La République mande et ordonne au préfet du Nord en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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