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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2301415

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2301415

vendredi 20 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2301415
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation7ème chambre
Avocat requérantDEWAELE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 14 février 2023, M. F C B, représenté par Me Dewaele, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 23 novembre 2022 par lequel le préfet du Nord a rejeté sa demande de titre de séjour et l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours, en fixant son pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet du Nord de lui délivrer une carte de séjour dans le délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 150 euros par jour de retard ou, à défaut, de réexaminer sa situation dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros à verser à son avocat, Me Dewaele, au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

S'agissant de l'arrêté attaqué pris dans son ensemble :

- il a été signé par une autorité incompétente ;

- il est insuffisamment motivé ;

S'agissant de la décision portant refus de titre de séjour :

- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier et sérieux de sa situation personnelle ;

- elle est entachée d'erreurs de fait ;

- elle est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur d'appréciation dans l'application des articles L. 421-5, R. 421-7 et R. 421-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors notamment que la condition de la viabilité de l'entreprise n'est requise que dans le cadre du renouvellement d'un titre de séjour portant la mention " entrepreneur/profession libérale " et qu'il n'existe aucune condition relative à l'adéquation entre les études poursuives et l'activité projetée ;

- elle méconnait les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant refus de séjour ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

S'agissant de la décision portant fixation du délai de départ volontaire :

- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

S'agissant de la décision fixant le pays de destination :

- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

Par un mémoire en défense, enregistré 11 avril 2023, le préfet du Nord conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 30 janvier 2023 du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Lille.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Barre a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. C B, ressortissant guinéen né le 16 septembre 1994, est entré en France le 5 septembre 2016, muni d'un visa long séjour portant la mention " étudiant " valable du 29 août 2016 au 29 août 2017. Il a ensuite été mis en possession d'une carte de séjour portant la mention " étudiant " renouvelée jusqu'au 7 octobre 2020. Il s'est ensuite vu délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " recherche d'emploi - création d'entreprise ". Le 27 septembre 2021, il a sollicité la délivrance d'un titre de séjour en qualité d'" entrepreneur/commerçant ". Par un arrêté du 23 novembre 2022, dont l'intéressé demande l'annulation, le préfet du Nord a rejeté sa demande de titre de séjour et l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours, en fixant son pays de destination.

Sur l'arrêté attaqué pris dans son ensemble :

2. En premier lieu, par un arrêté du 13 septembre 2022, publié le même jour au recueil n°223 des actes administratifs de l'Etat dans le département du Nord, le préfet du Nord a donné délégation à M. D E, adjoint à la cheffe du bureau du contentieux et du droit des étrangers, signataire de l'arrêté contesté, à l'effet de signer, notamment, les décisions attaquées. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué doit être écarté.

3. En second lieu, l'arrêté en litige, qui n'a pas à mentionner l'ensemble des circonstances de fait relatives à la situation de M. B, énonce les considérations de droit et de fait sur lesquelles il se fonde. Ces considérations sont suffisamment développées pour mettre utilement l'intéressé en mesure d'en discuter les motifs. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de l'arrêté attaqué doit être écarté.

Sur la décision portant refus de séjour :

4. En premier lieu, il ne ressort ni des termes de la décision attaquée, ni d'aucune autre pièce du dossier, que le préfet du Nord n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation personnelle de M. B avant de prendre la décision attaquée.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 421-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui exerce une activité non salariée, économiquement viable et dont il tire des moyens d'existence suffisants, dans le respect de la législation en vigueur, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " entrepreneur/ profession libérale " d'une durée maximale d'un an ". Il résulte de ces dispositions que la délivrance d'une carte de séjour temporaire autorisant l'exercice d'une activité professionnelle à l'étranger qui souhaite exercer en France une profession commerciale, industrielle ou artisanale est subordonnée, notamment, à la viabilité économique de l'activité envisagée. Dès lors que l'étranger est lui-même le créateur de l'activité, il lui appartient de présenter à l'appui de sa demande les justificatifs permettant d'évaluer la viabilité économique de son activité ou entreprise, que celle-ci soit encore au stade de projet ou déjà créée.

6. D'une part, contrairement à ce que soutient le requérant, la condition de viabilité de l'activité projetée peut être opposée au demandeur dès la première demande de titre de séjour présentée sur le fondement des dispositions de l'article L. 421-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. D'autre part, il ressort des termes de la décision attaquée, notamment de l'emploi des termes " au surplus ", que l'absence de " rapport " entre les études de M. B et l'activité projetée a été mentionnée à titre superfétatoire par le préfet du Nord, qui n'a pas considéré qu'il s'agissait d'une condition nécessaire à la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des dispositions précitées de l'article L. 421-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit doit être écarté.

7. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier et, notamment de l'étude financière produite par le requérant, que l'entreprise dont se prévaut M. B devait dégager une valeur ajoutée, calculée après soustraction des charges externes mais avant soustraction des prélèvements pour salaires et charges sociales afférents au dirigeant, ainsi que des dotations aux amortissements et des frais bancaires, de 2 957 euros pour la première année, 4 407 euros pour la deuxième année et 8 646,95 euros pour la troisième année, soit des revenus nettement inférieurs au salaire minimum de croissance (SMIC). Si M. B fait valoir que son entreprise a finalement généré un chiffre d'affaires de 14 868 euros en 2022, ce chiffre d'affaires, dès lors que l'intéressé ne soutient pas que le montant de ses charges externes ait été inférieur à celui envisagé dans son étude prévisionnelle, correspond à une valeur ajoutée annuelle d'environ 7 000 euros, soit des revenus très inférieurs au SMIC. Dans ces conditions, le préfet du Nord a pu, sans commettre d'erreur d'appréciation, considérer que M. B ne tirait pas de l'activité projetée des moyens d'existence suffisants. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision attaquée serait entachée d'une erreur d'appréciation dans l'application des articles L. 421-5, R. 421-7 et R. 421-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

8. En quatrième lieu, M. B qui n'a pas demandé de titre de séjour sur le fondement de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ne peut utilement se prévaloir de la méconnaissance des dispositions de cet article à l'encontre de la décision portant refus de séjour.

9. En cinquième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

10. M. B se prévaut de ce qu'il est en couple avec Mme A, compatriote guinéenne en situation régulière sur le territoire français, et que cette dernière est enceinte à la date de la décision attaquée. Toutefois, il ne ressort pas des pièces du dossier que Mme A, qui s'était vu délivrer un titre de séjour portant le mention " étudiant " valable du 16 octobre 2019 au 15 octobre 2021, et qui, ayant sollicité le renouvellement de ce titre, était titulaire, à la date de la décision attaquée, d'un récépissé de demande de titre de séjour, poursuivait encore des études sur le territoire français à la date de la décision attaquée et qu'ainsi, la cellule familiale ne pourrait se reconstituer en Guinée dont les deux intéressés sont originaires. Par ailleurs, il est constant que M. B dispose d'attaches dans son pays d'origine où résident ses parents. Dans ces conditions, le préfet du Nord a pu, sans porter au droit de M. B au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquelles la décision attaquée a été prise, refuser de lui délivrer un titre de séjour. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

11. En sixième lieu, aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions concernant les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Il résulte de ces stipulations que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.

12. Il résulte de ce qui été dit au point 10 que le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doit être écarté.

13. En dernier lieu, M. B établit que, contrairement à ce qu'a retenu le préfet du Nord, sa sœur réside régulièrement sur le territoire français et qu'il n'était pas célibataire à la date de la décision attaquée, puisqu'il était en concubinage avec une compatriote guinéenne en situation régulière sur le territoire français. Toutefois, il résulte de l'instruction que le préfet du Nord aurait pris la même décision s'il s'était fondé uniquement sur les autres motifs de décision attaquée à savoir, d'une part, que le requérant ne peut se voir délivrer un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 421-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il ne démontre ni le caractère économiquement viable de son activité ni sa faculté à en tirer des moyens d'existence suffisants, d'autre part, que le refus de séjour opposé à l'intéressé ne porte par une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale dès lors qu'il est entré récemment en France en qualité d'étudiant ne lui donnant pas vocation à s'établir durablement sur le territoire français et qu'il n'établit pas être dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine où résident ses parents.

14. Il résulte de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 23 novembre 2022 par laquelle le préfet du Nord a refusé de lui délivrer un titre de séjour.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

15. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit au point 14 que M. B n'est pas fondé à soutenir que la décision portant obligation de quitter le territoire français est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant refus de séjour.

16. En second lieu, il résulte de ce qui a été dit au point 10 que les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations des articles 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doivent être écartés.

17. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 23 novembre 2022 par laquelle le préfet du Nord l'a obligé à quitter le territoire français.

Sur la décision portant fixation du délai de départ volontaire :

18. Il résulte de ce qui a été dit au point 17 que M. B n'est pas fondé à soutenir que la décision portant fixation du délai de départ volontaire est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

19. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 23 novembre 2022 par laquelle le préfet du Nord a fixé le délai de départ volontaire.

Sur la décision fixant le pays de destination :

20. Il résulte de ce qui a été dit au point 17 que M. B n'est pas fondé à soutenir que la décision portant fixation du pays de destination est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

21. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 23 novembre 2022 par laquelle le préfet du Nord a fixé son pays de destination.

22. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions présentées par M. B aux fins d'annulation de l'arrêté du préfet du Nord du 23 novembre 2022 doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction sous astreinte et celles présentées sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 sur l'aide juridique.

DÉCIDE :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C B, à Me Dewaele et au préfet du Nord.

Copie sera adressée au ministre de l'intérieur.

Délibéré après l'audience du 29 novembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Paganel, président,

Mme Barre, conseillère,

M. Jouanneau, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 décembre 2024

La rapporteure,

Signé

C. BARRE

Le président,

Signé

M. PAGANELLa greffière,

Signé

D. WISNIEWSKI

La République mande et ordonne au préfet du Nord en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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