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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2301430

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2301430

vendredi 20 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2301430
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation7ème chambre
Avocat requérantDANSET-VERGOTEN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 14 et 16 février 2023, M. A B, représenté par Me Danset-Vergoten, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 14 avril 2022 par lequel le préfet du Nord a rejeté sa demande de titre de séjour et l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours, en fixant son pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet du Nord de lui délivrer un titre de séjour ou, à défaut, de réexaminer sa situation et de lui délivrer, dans l'attente de ce réexamen, une autorisation provisoire de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son avocat au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 sur l'aide juridique.

Il soutient que :

- la requête est recevable ;

S'agissant de la décision portant refus de titre de séjour :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier et sérieux de sa situation personnelle ;

- elle méconnait les stipulations du 4) de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- elle méconnait les stipulations du 5) de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier et sérieux de sa situation personnelle ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

S'agissant de la décision fixant le pays de destination :

- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier et sérieux de sa situation personnelle ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré 22 septembre 2023, le préfet du Nord conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 25 juillet 2022 du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Lille.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant signée à New-York en 1990 ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié, relatif à la circulation, à l'emploi et au séjour en France des ressortissants algériens et de leurs familles ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Barre a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, ressortissant algérien né le 7 avril 1981, déclare être entré en France en 2001. Le 13 septembre 2018, il a sollicité la délivrance d'une carte de résident algérien portant la mention " vie privée et familiale ", en se prévalant de sa qualité de parent d'enfant français. Par un arrêté du 14 avril 2022, dont l'intéressé demande l'annulation, le préfet du Nord a rejeté sa demande de titre de séjour et l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours, en fixant son pays de destination.

Sur les moyens communs à l'ensemble des décisions attaquées :

2. En premier lieu, l'arrêté en litige, qui n'a pas à mentionner l'ensemble des circonstances de fait relatives à la situation de M. B, énonce les considérations de droit et de fait sur lesquelles il se fonde. Ces considérations sont suffisamment développées pour mettre utilement l'intéressé en mesure d'en discuter les motifs. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation des décisions attaquées doit être écarté.

3. En second lieu, il ne résulte ni des termes de l'arrêté attaqué, ni d'aucune autre pièce du dossier, que le préfet du Nord n'aurait pas procédé à un examen complet et sérieux de la situation de M. B avant de prendre les décisions attaquées.

Sur la décision portant refus de séjour :

4. En premier lieu, aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 relatif à la circulation, à l'emploi et au séjour des ressortissants algériens et de leurs familles : " () / Le certificat de résidence d'un an portant la mention "vie privée et familiale" est délivré de plein droit : / () 4) au ressortissant algérien ascendant direct d'un enfant français mineur résidant en France, à la condition qu'il exerce même partiellement l'autorité parentale à l'égard de cet enfant ou qu'il subvienne effectivement à ses besoins. Lorsque la qualité d'ascendant direct d'un enfant français résulte d'une reconnaissance de l'enfant postérieure à la naissance, le certificat de résidence d'un an n'est délivré au ressortissant algérien que s'il subvient à ses besoins depuis sa naissance ou depuis au moins un an ; / () ". Aux termes de l'article L. 412-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La circonstance que la présence d'un étranger en France constitue une menace pour l'ordre public fait obstacle à la délivrance et au renouvellement de la carte de séjour temporaire, de la carte de séjour pluriannuelle et de l'autorisation provisoire de séjour prévue aux articles L. 425-4 ou L. 425-10 ainsi qu'à la délivrance de la carte de résident et de la carte de résident portant la mention " résident de longue durée-UE " ". Aux termes de l'article L. 432-1 du même code : " La délivrance d'une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle ou d'une carte de résident peut, par une décision motivée, être refusée à tout étranger dont la présence en France constitue une menace pour l'ordre public ". L'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ne prive pas l'autorité compétente du pouvoir qui lui appartient de refuser à un ressortissant algérien la délivrance du certificat de résidence d'un an lorsque sa présence en France constitue une menace pour l'ordre public.

5. Si M. B se prévaut de la présence en France de ses quatre enfants de nationalité française, il n'apporte aucun élément de nature à établir qu'il subviendrait effectivement à leurs besoins alors qu'il ressort des pièces produites par le préfet du Nord en défense que l'exercice de l'autorité parentale a été exclusivement attribuée à la mère de ses enfants par un jugement du juge des affaires familiales du 12 mars 2019, confirmé par un arrêt de la cour d'appel de Douai du 5 novembre 2020.

6. En outre, il est constant que M. B a été condamné le 11 mars 2004 par le tribunal correctionnel de Lille à six mois d'emprisonnement avec sursis pour des faits de vol à l'aide d'une effraction commis le 29 novembre 2003, que le 27 septembre 2004, il a été condamné par le tribunal correctionnel de Lille à 450 euros d'amende pour des faits de conduite d'un véhicule sans permis commis le 18 mai 2004, que le 2 mai 2006, la chambre des appels correctionnels de la cour d'appel de Douai l'a condamné à 6 mois d'emprisonnement pour des faits de vol commis successivement le 4 novembre 2002, le 9 novembre 2002, le 27 janvier 2003, le 18 mars 2003, le 7 janvier 2004, le 20 octobre 2004 et le 14 décembre 2004, qu'il a été condamné le 16 janvier 2009 par le tribunal correctionnel de Lille à six mois d'emprisonnement pour des faits de vol par effraction en état de récidive commis le 30 novembre 2008, qu'il a été condamné le 23 avril 2009 à 4 mois d'emprisonnement par le tribunal correctionnel de Lille pour des faits de vol en récidive commis le 22 avril 2009 et de dégradation ou détérioration de biens destiné à l'utilité ou à la décoration publique, qu'il a été condamné le 9 septembre 2009 par le tribunal correctionnel de Lille à 600 euros d'amende pour des faits de détention non autorisée de stupéfiants et transport non autorisé de stupéfiants commis le 28 mars 2009, qu'il a été condamné le 17 mars 2015 par le tribunal correctionnel de Lille à 2 mois d'emprisonnement pour des faits de détention non autorisée de stupéfiants commis le 7 juin 2014, qu'il a été condamné le 29 juin 2015 à 6 mois d'emprisonnement pour des faits de vol en réunion en état de récidive commis le 25 juin 2015, qu'il a été condamné par la chambre des appels correctionnels de la cour d'appel de Douai à 3 mois d'emprisonnement pour des faits de vol en récidive commis le 2 mai 2015, qu'il a été condamné le 22 décembre 2017 par le tribunal correctionnel de Lille à 3 mois d'emprisonnement pour des faits de vol commis le 2 décembre 2014, qu'il a été condamné le 16 février 2018 par le tribunal correctionnel de Lille à 6 mois d'emprisonnement dont 3 mois avec sursis assorti d'une mise à l'épreuve pendant deux ans pour des faits de conduite d'un véhicule sans permis commis le 25 novembre 2015 et violence par une personne en état d'ivresse manifeste suivie d'incapacité n'excédant pas huit jours commis le 27 août 2017 et qu'il a été condamné par le tribunal judiciaire de Lille le 12 janvier 2021 à 140 heures de travaux d'intérêt général pour des faits de vol avec dégradation ou destruction commis le 4 février 2019 et le 5 février 2019. Au vu du caractère délictuel, répété et récents de ces faits, le préfet du Nord a pu considérer que la présence sur le territoire français de M B constituait une menace grave et actuelle pour l'ordre public, justifiant que lui soit refusé la délivrance d'un titre de séjour.

7. Dans ces conditions, le préfet du Nord a pu, sans méconnaitre les stipulations du 4) de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968, refuser de délivrer un titre de séjour à M. B en qualité de parent d'enfant français.

8. Aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien modifié susvisé : " () Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : () / 5) au ressortissant algérien, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus ; / () ". L'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ne prive pas l'autorité compétente du pouvoir qui lui appartient de refuser à un ressortissant algérien la délivrance du certificat de résidence d'un an lorsque sa présence en France constitue une menace pour l'ordre public.

9. Si M. B se prévaut de la présence en France de ses enfants, il n'établit pas entretenir de liens avec eux par la seule production de leurs pièces d'identité et alors, ainsi qu'il a été dit au point 5, qu'il ressort des pièces produites par le préfet du Nord en défense que l'autorité parentale a été exclusivement attribuée à la mère de ses enfants par un jugement du juge des affaires familiales du 12 mars 2019, confirmé par un arrêt de la cour d'appel de Douai du 5 novembre 2020. Par ailleurs, si M. B se prévaut également de la présence en France de ses deux sœurs et de son frère, d'une part, il ne l'établit pas, d'autre part, il ne soutient pas être dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine.

10. Au surplus, il résulte de qui a été dit au point 6 que la présence de M. B sur le territoire français constitue une menace grave et actuelle pour l'ordre public justifiant que lui soit refusé la délivrance d'un titre de séjour.

11. Dans ces conditions, le préfet du Nord a pu, sans méconnaitre les stipulations du 5) de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968, refuser de délivrer un titre de séjour à M. B portant la mention " vie privée et familiale ".

12. En dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui " et aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".

13. Il résulte de ce qui a été dit aux points 6 et 9 que les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, de la méconnaissance des stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant et de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés.

14. Il résulte de ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation de la décision portant refus de séjour doivent être rejetées.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

15. Il résulte de ce qui a été dit aux points 6 et 9 que les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, de la méconnaissance des stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant et de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés.

16. Il résulte de ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français doivent être rejetées.

Sur la décision portant fixation du pays de destination :

17. En premier lieu, il résulte de ce qui été dit au point 16 que le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision portant fixation du pays de destination est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

18. En second lieu, Il résulte de ce qui a été dit aux points 6 et 9 que le moyen tiré de ce que la décision attaquée serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.

19. Il résulte de ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation de la décision portant fixation du pays de destination doivent être rejetées.

20. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions présentées par M. B aux fins d'annulation de l'arrêté du préfet du Nord du 14 avril 2022 doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

DÉCIDE :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à Me Danset-Vergoten et au préfet du Nord.

Copie sera adressée au ministre de l'intérieur.

Délibéré après l'audience du 29 novembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Paganel, président,

Mme Barre, conseillère,

M. Jouanneau, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 décembre 2024.

La rapporteure,

Signé

C. BARRE

Le président,

Signé

M. PAGANELLa greffière,

Signé

D. WISNIEWSKI

La République mande et ordonne au préfet du Nord en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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