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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2301445

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2301445

vendredi 24 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2301445
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantIDZIEJCZAK

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 15 février 2023, M. A C demande au tribunal :

1°) d'annuler les décisions du 14 février 2023 par lesquelles la préfète de l'Oise l'a obligé à quitter le territoire français, a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire, a fixé le pays de destination et a interdit son retour sur le territoire français ;

2°) d'enjoindre à la préfète de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour, sous astreinte de 150 euros par jour de retard à compter de l'expiration d'un délai de quinze jours suivant la notification du jugement à intervenir en application des articles L. 911-2 et L. 911-3 du code de justice administrative ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros qu'il versera à son conseil en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

En ce qui concerne les moyens communs aux décisions attaquées :

- elles sont signées par une autorité incompétente ;

- elles sont insuffisamment motivées ;

- elles ont été notifiées dans une langue qu'il ne comprend pas.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

En ce qui concerne la décision de refus de délai de départ volontaire :

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation dès lors que son comportement ne constitue pas une menace à l'ordre public et qu'il ne présente pas de risque de fuite.

En ce qui concerne la décision de fixation du pays de destination :

- elle méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

En ce qui concerne la décision d'interdiction de retour sur le territoire français :

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation quant à la durée.

Par un mémoire en défense, enregistré le 17 février 2023, la préfète de l'Oise conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme D en application de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Bergerat, magistrate désignée, qui informe les parties à l'audience qu'elle est susceptible de relever d'office un moyen tiré de l'irrecevabilité des conclusions tendant à l'annulation de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français ;

- les observations de Me Idziejczak, représentant M. C, qui conclut aux mêmes fins, par les mêmes moyens que la requête ;

- la préfète de l'Oise n'est ni présente, ni représentée ;

- les observations de M. C assisté de Mme F, interprète assermentée en langue arabe.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté du 14 février 2023, la préfète de l'Oise a obligé M. C, né en 1997, à quitter le territoire français sans délai et a fixé le pays de destination. M. C demande l'annulation de cet arrêté.

Sur la recevabilité des conclusions tendant à l'annulation de l'interdiction de retour sur le territoire français :

2. Il ressort des termes de l'arrêté attaqué que si celui-ci comporte des motifs relatifs au prononcé d'une interdiction de retour sur le territoire français, il est constant que le dispositif de l'arrêté attaqué ne contient aucune décision en ce sens. Dans ces conditions, l'interdiction de retour sur le territoire français contestée par le requérant n'existe pas. Les conclusions présentées par M. C tendant à son annulation sont irrecevables et doivent être rejetées.

Sur les autres conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne les moyens communs aux décisions attaquées :

3. En premier lieu, par un arrêté du 6 février 2023, publié le même jour au recueil des actes administratifs de la préfecture, la préfète de l'Oise a donné délégation à M. E B, sous-préfet, secrétaire général de la préfecture de l'Oise, signataire de l'arrêté en litige, à l'effet de signer, notamment, les décisions attaquées. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué manque en fait et doit, dès lors, être écarté.

4. En second lieu, l'arrêté attaqué énonce les considérations de droit et de fait sur lesquelles il se fonde. Il vise notamment les articles L. 611-1, L. 612-2 à L. 612-10 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et décrit les conditions d'entrée et de séjour de M. C sur le territoire français. Ces considérations sont suffisamment développées pour mettre utilement l'intéressé en mesure de discuter les motifs de cette décision. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de l'arrêté attaqué manque en fait et doit être écarté.

5. En dernier lieu, M. C ne saurait utilement se prévaloir de ce que la notification de la décision attaquée n'aurait pas été effectuée dans une langue qu'il comprenait, cet élément étant seulement de nature à préserver les voies et délais de recours dont disposait l'intéressé à l'encontre de cette décision. Le moyen inopérant doit être écarté.

En ce qui concerne l'autre moyen dirigé contre l'obligation de quitter le territoire français :

6. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ; () ".

7. M. C, entré en France depuis juin 2021 selon ses déclarations, est célibataire et sans charge de famille. S'il fait valoir que des membres de sa famille résident en Espagne, cette circonstance est sans incidence sur la légalité de la mesure d'éloignement du territoire français prononcée à son encontre. Dans ces conditions, il n'est pas fondé à soutenir qu'en l'obligeant à quitter le territoire français, la préfète de l'Oise aurait méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

En ce qui concerne l'autre moyen dirigé contre la décision refusant un délai de départ volontaire :

8. Aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ". Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; () 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement ; () 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, qu'il a refusé de se soumettre aux opérations de relevé d'empreintes digitales ou de prise de photographie prévues au 3° de l'article L. 142-1, qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale ou qu'il s'est précédemment soustrait aux obligations prévues aux articles L. 721-6 à L. 721-8, L. 731-1, L. 731-3, L. 733-1 à L. 733-4, L. 733-6, L. 743-13 à L. 743-15 et L. 751-5. () ".

9. Si M. C soutient qu'il souhaite quitter le territoire français par ses propres moyens dès lors qu'il dispose de membres de sa famille en Espagne, il n'apporte aucune pièce au soutien de ses allégations. Par ailleurs, il ne conteste pas les motifs opposés par la préfète de l'Oise, pour refuser de lui accorder un délai de départ volontaire, tirés de ce qu'il ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, qu'il n'a pas demandé de titre de séjour, qu'il s'est soustrait à l'exécution de plusieurs mesures d'éloignement et qu'il ne présente pas de garanties de représentation suffisantes. Dans ces conditions, la préfète de l'Oise pouvait, pour ces motifs caractérisant un risque de fuite au sens des dispositions précitées, refuser d'accorder au requérant un délai de départ volontaire. Le moyen tiré de l'erreur d'appréciation doit être écarté.

En ce qui concerne l'autre moyen dirigé contre la décision fixant le pays de destination :

10. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales n'est pas assorti des précisions permettant d'en apprécier le bien-fondé et doit être écarté.

11. Il résulte de tout ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 14 février 2023 par lequel la préfète de l'Oise l'a obligé à quitter le territoire français sans délai et a fixé le pays de destination. Il y a lieu, par voie de conséquence, de rejeter ses conclusions aux fins d'injonction et celles relatives aux frais liés au litige.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et à la préfète de l'Oise.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 février 2023.

La magistrate désignée,

Signé

S. DLa greffière,

Signé

N. CARPENTIER

La République mande et ordonne à la préfète de l'Oise en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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