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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2301501

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2301501

mercredi 22 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2301501
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantCABARET

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 16 et 20 février 2023, M. C A demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 15 février 2023 par lequel le préfet du Nord l'a obligé à quitter sans délai le territoire français, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné et lui a fait interdiction de revenir sur le territoire français pour une durée de deux ans ;

2°) d'enjoindre au préfet du Nord de lui délivrer sans délai une autorisation provisoire de séjour sous astreinte de 152,45 euros par jour de retard.

Il soutient que :

En ce qui concerne l'arrêté pris dans son ensemble :

- il a été pris par une autorité incompétente ;

- il est insuffisamment motivé ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle méconnait l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- elle méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

En ce qui concerne la décision portant refus de délai de départ volontaire :

- elle est illégale du fait de l'illégalité, invoquée par voie d'exception, de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- elle est illégale du fait de l'illégalité, invoquée par voie d'exception, de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :

- elle est illégale du fait de l'illégalité, invoquée par voie d'exception, de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation quant à sa durée.

La requête a été communiquée au préfet du Nord qui n'a pas produit de mémoire.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. B en application de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ayant été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Liénard, magistrat désigné ;

- les observations de Me Cabaret, représentant M. A, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens ; elle abandonne toutefois les moyens tirés de l'incompétence de l'auteur des décisions attaquées et de la méconnaissance du principe du droit à une procédure contradictoire tel qu'institué par les principes généraux de l'Union européenne ; elle soutient, en outre, que le préfet n'a pas procédé à un examen sérieux de la situation personnelle de M. A.

- les observations de Me Ioannidou, représentant le préfet du Nord, qui conclut au rejet de la requête ;

- les observations de M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant guinéen né le 1er janvier 1992, demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 15 février 2023 par lequel le préfet du Nord l'a obligé à quitter sans délai le territoire français, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné et lui a fait interdiction de revenir sur le territoire français pour une durée de deux ans.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne les moyens communs aux décisions attaquées :

2. En premier lieu, les décisions attaquées, qui n'avaient pas à mentionner l'ensemble des circonstances de fait de l'espèce, énoncent les considérations de droit et de fait sur lesquelles elles se fondent. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de l'arrêté en litige doit être écarté.

3. En second lieu, s'il ne ressort pas des pièces du dossier que M. A aurait demandé l'asile en Italie, cette circonstance n'est pas de nature à établir l'existence d'un défaut d'examen sérieux de la situation du requérant dès lors qu'il n'est pas contesté que M. A a, ainsi qu'il est mentionné dans l'arrêté attaqué, séjourné en Italie avant de venir en France puis a fait l'objet d'une décision de transfert vers l'Italie qui a été exécutée le 20 avril 2022 ainsi que d'une décision l'obligeant à quitter le territoire de cet Etat. Par suite, ce moyen doit être écarté.

En ce qui concerne les autres moyens dirigés contre la décision portant obligation de quitter le territoire français :

4. Si M. A se prévaut dans ses écritures d'une vie commune avec une ressortissante française depuis plus d'un an, il n'apporte aucun élément à l'appui de ses allégations. Par ailleurs, il s'est déclaré célibataire lors de son audition par les services de police le 14 février 2023. En outre, il est entré récemment en France, en 2021 selon ses déclarations, ne justifie d'aucune attache particulière en France et n'atteste d'aucune intégration sociale ou professionnelle. Dans ces conditions, les moyens tirés de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation sur sa situation personnelle doivent être écartés.

En ce qui concerne l'autre moyen dirigé contre la décision de refus de délai de départ volontaire :

5. La décision faisant obligation à M. A de quitter le territoire français n'étant pas entachée d'illégalité, celui-ci n'est pas fondé à demander l'annulation par voie de conséquence de celle refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire.

6. Pour les mêmes motifs que ceux exposés plus haut, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.

En ce qui concerne les autres moyens dirigés contre la décision fixant le pays de destination :

7. En premier lieu, la décision faisant obligation à M. A de quitter le territoire français n'étant pas entachée d'illégalité, il n'est pas fondé à demander l'annulation par voie de conséquence de celle fixant le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office.

8. En second lieu, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation est dépourvu des précisions suffisantes permettant d'en apprécier le bien-fondé et doit être écarté.

En ce qui concerne l'autre moyen dirigé contre la décision d'interdiction de retour pour une durée de deux ans :

9. En premier lieu, la décision faisant obligation à M. A de quitter le territoire français n'étant pas entachée d'illégalité, il n'est pas fondé à demander l'annulation par voie de conséquence de celle lui interdisant le retour sur le territoire français.

10. En second lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / () ".

11. Il ressort des termes mêmes des dispositions citées au point précédent que l'autorité compétente doit, pour décider de prononcer à l'encontre de l'étranger soumis à l'obligation de quitter le territoire français une interdiction de retour et en fixer la durée, tenir compte, dans le respect des principes constitutionnels, des principes généraux du droit et des règles résultant des engagements internationaux de la France, des quatre critères qu'elles énumèrent, sans pouvoir se limiter à ne prendre en compte que l'un ou plusieurs d'entre eux. Ainsi la décision d'interdiction de retour doit comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, de sorte que son destinataire puisse à sa seule lecture en connaître les motifs. Toutefois, si cette motivation doit attester de la prise en compte par l'autorité compétente, au vu de la situation de l'intéressé, de l'ensemble des critères prévus par la loi, aucune règle n'impose que le principe et la durée de l'interdiction de retour fassent l'objet de motivations distinctes, ni que soit indiquée l'importance accordée à chaque critère.

12. Il ressort des termes de la décision contestée, qui cite les dispositions citées au point 11, que le préfet du Nord a justifié une telle interdiction au regard de l'absence de liens privés et familiaux de M. A en France, de son entrée récente en France, des conditions de son entrée sur le territoire, de la circonstance qu'il a fait l'objet d'une mesure d'éloignement précédente et de la circonstance qu'il est connu des services de police pour des faits de viol et de séquestration. S'il est constant que l'intéressé n'a pas fait l'objet de poursuites pénales ni de condamnations pour ces faits, il ne justifie pas, en tout état de cause, d'attaches en France ni de circonstance humanitaire faisant obstacle à l'édiction d'une décision portant interdiction de retour sur le territoire français à son encontre. Par suite, le préfet n'a pas insuffisamment motivé sa décision, ni entaché celle-ci d'erreur d'appréciation ou d'erreur de droit au regard des dispositions précitées de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en fixant à deux ans la durée de l'interdiction de retour sur le territoire.

13. Il résulte de ce qui précède que les conclusions présentées par M. A à l'encontre de l'arrêté du 15 février 2023 doivent être rejetées. Par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte doivent également être rejetées.

DÉCIDE :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et au préfet du Nord.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 février 2023.

Le magistrat désigné,

Signé,

Q. BLa greffière,

Signé,

O. Debuissy

La République mande et ordonne au préfet du Nord en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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