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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2301656

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2301656

jeudi 10 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2301656
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantGIRSCH

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires enregistrés les 21 février 2023, 18 avril 2023, 3 juillet 2023 et 25 août 2023, M. A D, représenté par Me Girsch, demande au tribunal :

1°) d'annuler pour excès de pouvoir l'arrêté du 20 janvier 2023 par lequel le préfet du Nord a refusé de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement ;

2°) d'enjoindre au préfet du Nord de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", sous astreinte de 150 euros par jour de retard, à l'expiration d'un délai de huit jours à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) à défaut, d'enjoindre au préfet du Nord de procéder à un nouvel examen de sa situation et dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, sous astreinte de 150 euros par jour de retard, à l'expiration d'un délai de huit jours à compter de la notification du jugement à intervenir ;

4°) de mettre à la charge de l'État le versement à Me Girsch, avocat de M. D, de la somme de 1 500 euros au titre des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

En ce qui concerne la décision refusant la délivrance d'un titre de séjour :

- elle a été prise par une autorité incompétente ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article R. 425-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que la préfecture ne produit pas son entier dossier médical alors qu'il a entendu lever le secret médical ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 426-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

En ce qui concerne la décision faisant obligation de quitter le territoire français :

- elle a été prise par une autorité incompétente ;

- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant refus de séjour ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

- elle méconnaît les dispositions du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense enregistré le 5 avril 2023, le préfet du Nord conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par M. D ne sont pas fondés.

L'Office français de l'immigration et de l'intégration a présenté des observations, enregistrées le 26 juillet 2023.

M. D a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 27 mars 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Jaur,

- et les observations de Me Normand substituant Me Girsch pour M. D.

Considérant ce qui suit :

1. M. D, ressortissant de la république démocratique du Congo né le 5 octobre 1970 à Mbujimayi au Congo, déclare être entré sur le territoire français le 5 juin 2016. Sa demande d'asile a été rejetée par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides du 29 mai 2017, confirmée par une décision de la Cour nationale du droit d'asile du 22 juin 2018. Par arrêté du 26 septembre 2018, le préfet du Nord lui a refusé la carte de résident réfugié, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement. Par jugement du 7 décembre 2018, le magistrat désigné par le président du tribunal administratif de Lille a notamment annulé cet arrêté du 26 septembre 2018 et a enjoint au préfet du Nord de procéder à un nouvel examen de la situation de M. D. Ce dernier a alors été mis en possession d'une autorisation provisoire de séjour valable du 19 février 2019 au 18 août 2019 et puis d'une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " pour " raisons de santé " valable du 19 juin 2019 au 18 juin 2020 et renouvelée jusqu'au 10 avril 2022. Par une demande du 10 février 2022, il a sollicité la délivrance d'une carte de résident portant la mention résident de longue durée-UE ". Par arrêté du 20 janvier 2023, dont M. D demande l'annulation, le préfet du Nord a refusé de lui délivrer ce titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement.

Sur la décision refusant la délivrance d'un titre de séjour :

2. En premier lieu, par un arrêté du 13 octobre 2022, publié le même jour au recueil spécial n° 245 des actes administratifs de l'Etat dans le département du Nord, le préfet du Nord a donné délégation à M. B C, adjoint à la cheffe du bureau du contentieux et du droit des étrangers, signataire de l'arrêté contesté, à l'effet de signer, notamment, la décision attaquée. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision attaquée doit être écarté.

3. En deuxième lieu, la décision refusant la délivrance du titre de séjour mentionne les circonstances de fait et de droit sur lesquelles elle se fonde. Le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de cette décision ne peut, dès lors, qu'être écarté.

4. En troisième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet du Nord n'ait pas procédé à un examen particulier de la situation personnelle de M. D avant de prendre la décision attaquée.

5. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. / () ". Aux termes de l'articles R. 425-11 du même code : " Pour l'application de l'article L. 425-9, le préfet délivre la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " au vu d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. / L'avis est émis dans les conditions fixées par arrêté du ministre chargé de l'immigration et du ministre chargé de la santé au vu, d'une part, d'un rapport médical établi par un médecin de l'office et, d'autre part, des informations disponibles sur les possibilités de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays d'origine de l'intéressé. / () ".

6. Dans le cadre de la présente instance, l'Office français de l'immigration et de l'intégration a produit le dossier médical de M. D et notamment le rapport médical établi le 29 avril 2022 par un médecin de l'office. Dans ces conditions, le moyen tiré du vice de procédure doit être écarté.

7. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 426-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui justifie d'une résidence régulière ininterrompue d'au moins cinq ans en France au titre d'une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle ou d'une carte de résident, de ressources stables, régulières et suffisantes pour subvenir à ses besoins et d'une assurance maladie se voit délivrer, sous réserve des exceptions prévues à l'article L. 426-18, une carte de résident portant la mention " résident de longue durée-UE " d'une durée de dix ans () ".

8. Il ressort des pièces du dossier que M. D a été en possession d'une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " pour " raisons de santé " uniquement sur la période du 19 juin 2019 au 18 juin 2020 et renouvelée jusqu'au 10 avril 2022, soit sur une période inférieure à cinq ans. La circonstance, à la supposer établie, qu'il était en situation régulière sur le territoire français pendant l'examen de sa demande d'asile est sans incidence sur la durée de résidence en France qui ne peut être prise en compte qu'au titre d'une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle ou d'une carte de résident. Par suite le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 426-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ne peut qu'être écarté.

9. En sixième lieu, il résulte des dispositions citées au point 5 qu'il appartient à l'autorité administrative, lorsqu'elle envisage de refuser la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des dispositions précitées de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, de vérifier, au vu de l'avis émis par le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, que cette décision ne peut avoir des conséquences d'une exceptionnelle gravité sur l'état de santé de l'intéressé et, en particulier, d'apprécier, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, la nature et la gravité des risques qu'entraînerait un défaut de prise en charge médicale dans le pays dont l'étranger est originaire. Lorsque le défaut de prise en charge risque d'avoir des conséquences d'une exceptionnelle gravité sur la santé de l'intéressé, l'autorité administrative ne peut légalement refuser le titre de séjour sollicité que s'il existe des possibilités de traitement approprié de l'affection en cause dans son pays d'origine. Si de telles possibilités existent mais que l'intéressé fait valoir qu'il ne peut en bénéficier, soit parce qu'elles ne sont pas accessibles à la généralité de la population, eu égard notamment aux coûts du traitement ou en l'absence de modes de prises en charge adaptés, soit parce qu'en dépit de leur accessibilité, des circonstances exceptionnelles tirées des particularités de sa situation personnelle l'empêcheraient d'y accéder effectivement, il appartient à cette même autorité, au vu de l'ensemble des informations dont elle dispose, d'apprécier si l'intéressé peut ou non bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans son pays d'origine.

10. Il ressort des pièces du dossier que, pour examiner, d'office, la délivrance d'une carte de séjour temporaire pour raisons de santé sur le fondement des dispositions précitées de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet du Nord s'est notamment fondé sur l'avis émis le 30 mai 2022 par le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII), qui a estimé que l'état de santé du requérant nécessitait une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité mais qu'eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans son pays d'origine, vers lequel il pouvait voyager sans risque, il pourrait y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. Il est constant que M. D est atteint de troubles psychologiques et de stress post-traumatique suite à une arrestation en 2016 avec emprisonnement au Congo pour lesquels il bénéficie d'un suivi médical depuis 2017 incluant un traitement médicamenteux et qu'il souffre aussi d'une pathologie digestive chronique. Si le requérant soutient que son traitement médicamenteux n'est pas disponible au Congo, il ressort des pièces du dossier que ce dernier comprend essentiellement des antidépresseurs, des anxiolytiques et des somnifères pour lesquels il n'établit pas que des médicaments comportant des molécules équivalentes à celles qui lui ont déjà été prescrites ne seraient pas commercialisés en République démocratique du Congo, ni l'absence d'autres médicaments substituables, alors que l'OFII indique que des traitements antidépresseurs et anxiolytiques sont disponibles et accessibles dans son pays d'origine et que le requérant reconnaît lui-même que son traitement peut varier. Par ailleurs, son état psychologique s'est stabilisé depuis 2021 et la circonstance qu'il a été en possession d'une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " pour " raisons de santé " sur la période du 19 juin 2019 au 18 juin 2020 et renouvelée jusqu'au 10 avril 2022 est sans incidence sur la légalité de la décision attaquée de refus de délivrance de titre de séjour. En outre, l'OFII indique aussi qu'un suivi psychiatrique et psychologique est disponible au Congo. Par suite, il ne ressort pas des pièces du dossier que le requérant serait personnellement dans l'impossibilité d'accéder de façon effective à un traitement approprié dans son pays d'origine eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé de ce pays. Dans ces conditions, et sans qu'importe la circonstance que l'OFII n'ait pas communiqué ses fiches d'analyse et de synthèse issues du système d'information " medcoi " (" medical country of origin information "), dès lors que les éléments sur la disponibilité du traitement ont été portés à la connaissance de M. D et donc soumis au contradictoire dans le cadre de la présente instance, le préfet du Nord, en refusant de lui délivrer un titre de séjour pour raison de santé n'a pas méconnu les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

11. En septième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

12. Il ressort des pièces du dossier que M. D déclare être entré en France en 2016, à l'âge de quarante-six ans, et établit sa présence en France à compter de sa demande d'asile du 12 décembre de la même année. Il ressort également des pièces du dossier qu'il a épousé, le 24 avril 2021, une compatriote ayant le statut de réfugié et il se prévaut de prendre en charge les quatre enfants de sa compagne. Or, il ne ressort d'aucune pièce du dossier que les époux aient partagé une vie commune avant leur mariage, relativement récent et les preuves de prise en charge des enfants de son épouse sont limitées. S'il ressort des pièces du dossier que M. D a suivi des formations et a travaillé à temps partiel en qualité d'agent d'entretien et sous le statut d'auto-entrepreneur et a participé bénévolement dans une association cultuelle, ces circonstances, qui attestent d'un effort d'intégration ne sont pas suffisantes pour caractériser une intégration sociale d'une particulière intensité. En outre, il n'est pas dépourvu d'attaches privées ou familiales dans son pays d'origine où il a vécu jusqu'à l'âge de quarante-six ans. Il est en effet constant que son fils et ses frères et sœurs résident au Congo même s'il fait valoir ne plus avoir de contacts avec eux. Par suite, M. D n'est pas fondé à soutenir que la décision en litige porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale de sorte que le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

13. En dernier lieu, M. D ne peut utilement invoquer la méconnaissance des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que l'intéressé n'a pas sollicité l'octroi d'un titre de séjour sur ce fondement et que la décision attaquée n'a pas pour objet de lui refuser un tel titre de séjour.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

14. En premier lieu, pour le motif déjà indiqué, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision attaquée doit être écarté.

15. En deuxième lieu, il résulte de ce qui a été dit aux points 2 à 13 que le moyen tiré de l'illégalité de la décision portant refus de séjour doit être écarté.

16. En troisième lieu, il résulte de ce qui a été dit aux points 11 et 12 que le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

17. En quatrième lieu, en se bornant à se prévaloir d'une attestation d'un collectif de lutte contre les violences sexistes et sexuelles indiquant que M. D a subi des violences physiques, psychologiques et sexuelles dans son pays d'origine et alors que la décision de la Cour nationale du droit d'asile du 22 juin 2018 lui refusant définitivement le statut de réfugié indique qu'il n'a fait état d'aucun élément de nature à démontrer l'existence de craintes actuelles et personnelles d'être victime de persécution en cas de retour au Congo, M. D n'est pas fondé à soutenir que la décision portant obligation de quitter le territoire français serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

18. En dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 10, M. D n'est pas fondé à soutenir que le préfet du Nord a méconnu les dispositions du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, aux termes desquelles ne peut faire l'objet d'une décision faisant obligation de quitter le territoire français " L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié ".

Sur la décision fixant le pays de destination :

19. En premier lieu, la décision fixant le pays de destination mentionne les circonstances de fait et de droit sur lesquelles elle se fonde. Le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de cette décision ne peut, dès lors, qu'être écarté.

20. En deuxième lieu, il résulte de ce qui a été dit aux points 14 à 18 que le moyen tiré de l'illégalité de la décision faisant obligation de quitter le territoire français doit être écarté.

21. En dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 17, M. D n'est pas fondé à soutenir que le préfet a méconnu les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales selon lesquelles " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

22. Il résulte de tout ce qui précède que M. D n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 20 janvier 2023 par lequel le préfet du Nord a refusé de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement. Ses conclusions à fin d'annulation doivent dès lors être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles qu'il a présentées au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, relative à l'aide juridique.

DÉCIDE :

Article 1er : La requête de M. D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A D, au préfet du Nord et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur.

Délibéré après l'audience du 19 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

- M. Riou, président,

- Mme Jaur, première conseillère,

- Mme Célino, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 octobre 2024.

La rapporteure,

Signé

A. JaurLe président,

Signé

J.-M. Riou

La greffière,

Signé

D. Wisniewski

La République mande et ordonne au préfet du Nord en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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