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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2301715

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2301715

jeudi 27 février 2025

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2301715
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantPERINAUD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 22 février 2023, Mme D B et M. A C, représentés par Me Perinaud, demandent au tribunal :

1°) de les admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'annuler pour excès de pouvoir la décision implicite de rejet résultant du silence gardé par le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) sur son recours administratif préalable obligatoire dirigé contre la décision du 22 août 2022 par laquelle le directeur territorial de l'OFII de Lille leur a refusé le bénéfice des conditions matérielles d'accueil ;

3°) d'enjoindre à l'OFII de rétablir leurs conditions matérielles d'accueil à compter du 22 août 2022 sous astreinte de 155 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'OFII le versement à Me Perinaud, avocat de Mme B et de M. C, de la somme de 1 500 euros au titre des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Ils soutiennent que :

- la décision attaquée est entachée d'un vice de procédure, faute d'avoir réalisé une évaluation de vulnérabilité ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de leur situation personnelle ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en ce qu'elle ne prend pas en compte la vulnérabilité de la famille.

Par un mémoire en défense, enregistré le 18 mars 2024, l'OFII conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que :

- la requête est irrecevable dès lors que la décision attaquée ne leur fait pas grief ;

- les moyens soulevés par Mme B et M. C ne sont pas fondés.

Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 2 avril 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Riou, vice-président ;

- et les conclusions de Mme Courtois, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B et M. C, ressortissants guinéens respectivement nés le 1er janvier 1997 et le 31 décembre 1997, déclarent être entrés sur le territoire français le 15 décembre 2020. Par des décisions du 8 février 2022, l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) a rejeté leurs demandes d'asile. Par des décisions du 25 avril 2022, la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) a rejeté les recours dirigés contre ces décisions. Les intéressés ont sollicité le réexamen de leur demande d'asile. Par une décision du 22 août 2022, le directeur territorial de l'OFII de Lille leur a refusé le bénéfice des conditions matérielles d'accueil. Mme B et M. C ont formé un recours administratif préalable contre cette décision. Une décision implicite de rejet est née du silence gardé par le directeur général de l'OFII sur ce recours. Mme B et M. C demandent au tribunal d'annuler cette décision.

Sur les conclusions tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président ".

3. Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 2 avril 2024. Il n'y a pas lieu, par suite, de l'admettre à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

4. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu d'admettre M. C à l'aide juridictionnelle à titre provisoire. Au demeurant, aucune demande d'aide juridictionnelle n'a été présentée au bureau d'aide juridictionnelle.

Sur le surplus des conclusions :

5. D'une part, aux termes de l'article L. 531-41 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Constitue une demande de réexamen une demande d'asile présentée après qu'une décision définitive a été prise sur une demande antérieure () ". Aux termes de l'article L. 531-42 de ce code : " A l'appui de sa demande de réexamen, le demandeur indique par écrit les faits et produit tout élément susceptible de justifier un nouvel examen de sa demande d'asile. / L'Office français de protection des réfugiés et apatrides procède à un examen préliminaire des faits ou des éléments nouveaux présentés par le demandeur intervenus après la décision définitive prise sur une demande antérieure ou dont il est avéré qu'il n'a pu en avoir connaissance qu'après cette décision. / Lors de l'examen préliminaire, l'office peut ne pas procéder à un entretien. / Lorsque, à la suite de cet examen préliminaire, l'office conclut que ces faits ou éléments nouveaux n'augmentent pas de manière significative la probabilité que le demandeur justifie des conditions requises pour prétendre à une protection, il peut prendre une décision d'irrecevabilité ". Aux termes de l'article L. 531-32 du même code, dans sa rédaction applicable au présent litige : " L'Office français de protection des réfugiés et apatrides peut prendre une décision d'irrecevabilité écrite et motivée, sans vérifier si les conditions d'octroi de l'asile sont réunies, dans les cas suivants : / () / 3° En cas de demande de réexamen lorsque, à l'issue d'un examen préliminaire effectué selon la procédure définie à l'article L. 531-42, il apparaît que cette demande ne répond pas aux conditions prévues au même article ".

6. D'autre part, aux termes de l'article L. 541-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le demandeur d'asile dont l'examen de la demande relève de la compétence de la France et qui a introduit sa demande auprès de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides bénéficie du droit de se maintenir sur le territoire français ". Aux termes de l'article L. 542-1 de ce code : " En l'absence de recours contre la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit de se maintenir sur le territoire français prend fin à la notification de cette décision. / Lorsqu'un recours contre la décision de rejet de l'office a été formé dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit du demandeur de se maintenir sur le territoire français prend fin à la date de la lecture en audience publique de la décision de la Cour nationale du droit d'asile ou, s'il est statué par ordonnance, à la date de la notification de celle-ci ". Aux termes de l'article L. 542-2 du même code : " Par dérogation à l'article L. 542-1, le droit de se maintenir sur le territoire français prend fin : / 1° Dès que l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a pris les décisions suivantes : / () / b) une décision d'irrecevabilité en application du 3° de l'article L. 531-32 () ".

7. Enfin, aux termes de l'article L. 550-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les conditions d'accueil, au sens de la directive 2013/33/UE du Parlement européen et du Conseil, du 26 juin 2013, établissant des normes pour l'accueil des personnes demandant la protection internationale, dont bénéficient les demandeurs d'asile sont fixées par les dispositions du présent titre ". Aux termes de l'article L. 551-8 de ce code : " Les conditions matérielles d'accueil du demandeur d'asile, au sens de la directive 2013/33/UE du Parlement européen et du Conseil, du 26 juin 2013, établissant des normes pour l'accueil des personnes demandant la protection internationale, comprennent les prestations et l'allocation prévues aux chapitres II et III ". Aux termes de l'article L. 551-11 du même code : " L'hébergement des demandeurs d'asile prévu au chapitre II prend fin au terme du mois au cours duquel le droit du demandeur de se maintenir sur le territoire français a pris fin, dans les conditions prévues aux articles L. 542-1 et L. 542-2 ". Aux termes de l'article L. 551-13 de ce code : " Le versement de l'allocation pour demandeur d'asile prend fin au terme du mois au cours duquel le droit du demandeur de se maintenir sur le territoire français a pris fin dans les conditions prévues aux articles L. 542-1 et L. 542-2 () ".

8. Il ressort des pièces du dossier que Mme B et M. C sont entrés en France en décembre 2020 et qu'ils ont bénéficié des conditions matérielles d'accueil à compter de cette date. Leurs demandes d'asile ont été rejetées par des décisions du 8 février 2022 de l'OFPRA. Par des décisions du 25 avril 2022, la CNDA a rejeté les recours dirigés contre les décisions de l'OFPRA. Le bénéfice des conditions matérielles d'accueil a ainsi cessé à compter du 31 mai 2022. Par des demandes présentées le 22 août 2022, les intéressés ont sollicité le réexamen de leur demande d'asile et ont sollicité de nouveau le bénéfice des conditions matérielles d'accueil. Par une décision du 22 août 2022, le directeur territorial de l'OFII de Lille a rejeté leur demande au motif qu'ils avaient présenté une demande de réexamen de leur demande d'asile. Si les requérants ont présenté un recours administratif préalable obligatoire le 22 octobre 2022 contre cette décision, il ressort des pièces du dossier que, par des décisions du 31 août 2022, respectivement notifiées le 8 septembre 2022 et le 13 septembre 2022, l'OFRPA a rejeté leur demande de réexamen de leur demande d'asile pour irrecevabilité. Par suite, leur demande d'asile ayant été définitivement rejetée et leur droit de se maintenir sur le territoire français ayant pris fin, les intéressés ne disposaient plus de la qualité de demandeur d'asile et ne pouvaient, dès lors, utilement se prévaloir des dispositions relatives aux conditions matérielles d'accueil précitées. Dans ces conditions, Mme B et M. C ne sont pas fondés à soutenir que la décision attaquée est entachée d'un vice de procédure faute d'avoir réalisé une évaluation de vulnérabilité, qu'elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à l'absence de prise en compte de leur vulnérabilité, ni qu'elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de leur situation.

9. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner la fin de non-recevoir opposée par l'OFII en défense, que Mme B et M. C ne sont pas fondés à demander l'annulation de la décision implicite de rejet résultant du silence gardé par le directeur général de l'OFII sur son recours administratif préalable obligatoire dirigé contre la décision du 22 août 2022 par laquelle le directeur territorial de l'OFII de Lille leur a refusé le bénéfice des conditions matérielles d'accueil. Leurs conclusions à fin d'annulation doivent dès lors être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, leurs conclusions à fin d'injonction et celles qu'ils ont présentées au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

DÉCIDE :

Article 1er : La requête de Mme B et de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme D B, à M. A C et au directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Copie en sera adressée pour information au ministre de l'intérieur.

Délibéré après l'audience du 6 février 2025, à laquelle siégeaient :

- M. Riou, président,

- Mme Jaur, première conseillère,

- Mme Célino, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 février 2025.

L'assesseure la plus ancienne,

Signé

A. JaurLe président-rapporteur,

Signé

J.-M. Riou

La greffière,

Signé

S. Ranwez

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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