jeudi 26 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lille |
| Section | Tribunal Administratif de Lille |
| N° Dossier | TA59-2301823 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 4ème Chambre |
| Avocat requérant | CABINET CENTAURE AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 27 février 2023, M. A B, représenté par Me Bouhajja, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;
2°) d'annuler pour excès de pouvoir l'arrêté du 23 novembre 2022 par lequel le préfet du Nord a rejeté sa demande de titre de séjour et l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours ;
3°) d'enjoindre au préfet du Nord de lui délivrer le titre de séjour sollicité ou de réexaminer sa situation et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
4°) de mettre les dépens à la charge de l'Etat.
Il soutient que :
En ce qui concerne la décision refusant la délivrance d'un titre de séjour :
- elle a été prise par une autorité incompétente ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 5 de l'accord franco-algérien du
27 décembre 1968, en ce qu'il a effectué toutes les formalités permettant la création de son entreprise et le préfet ne pouvait exiger d'autres conditions ;
En ce qui concerne la décision faisant obligation de quitter le territoire français :
- elle a été prise par une autorité incompétente ;
- elle est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision refusant de délivrer un titre de séjour.
Par un mémoire en défense, enregistré le 16 novembre 2023, le préfet du Nord, représenté par la SELARL Centaure, conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.
M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 9 janvier 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. Riou, vice-président, a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant algérien, né le 19 août 1992, est entré en France le 24 août 2021 muni d'un visa portant la mention " étudiant ". Par un arrêté du 23 novembre 2022, le préfet du Nord a rejeté sa demande de titre de séjour à fin de changement de statut, pour l'obtention du certificat de résidence algérien prévu par l'article 5 de l'accord franco-algérien pour l'exercice d'une profession non salarié, et l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours. M. B demande au tribunal d'annuler cet arrêté.
Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
2. M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 9 janvier 2023. Il n'y a pas lieu, par suite, de l'admettre à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
3. Aux termes des stipulations de l'article 5 de l'accord franco-algérien : " Les ressortissants algériens s'établissant en France pour exercer une activité professionnelle autre que salariée reçoivent, après le contrôle médical d'usage et sur justification, selon le cas, qu'ils sont inscrits au registre du commerce ou au registre des métiers ou à un ordre professionnel, un certificat de résidence dans les conditions fixées aux articles 7 et 7 bis ". Aux termes de l'article 7 du même accord : " a) Les ressortissants algériens qui justifient de moyens d'existence suffisants et qui prennent l'engagement de n'exercer, en France, aucune activité professionnelle soumise à autorisation reçoivent après le contrôle médical d'usage un certificat valable un an renouvelable et portant la mention "visiteur " ; / () / c) Les ressortissants algériens désireux d'exercer une activité professionnelle soumise à autorisation reçoivent, s'ils justifient l'avoir obtenue, un certificat de résidence valable un an renouvelable et portant la mention de cette activité ".
4. Les stipulations précitées de l'accord franco-algérien ne subordonnent pas la première délivrance du certificat de résidence algérien en vue de l'exercice d'une activité professionnelle autre que salariée à la démonstration du caractère effectif de cette activité, ni à la démonstration de sa viabilité, ou à l'existence d'un lien entre cette activité et les études suivies par l'intéressé, ni davantage à celle que l'intéressé justifie de moyens d'existence suffisants.
5. Il ressort des pièces du dossier, que M. B, entré en France le 24 août 2021 muni d'un visa portant la mention " étudiant ", a sollicité la délivrance d'un certificat de résidence en qualité de " commerçant " pour l'exercice d'une activité ayant pour objet le tirage de câbles, des prestations en fibre optique, des prestations de services en restauration et de la livraison à vélo, laquelle a fait l'objet d'une inscription au registre du commerce et des sociétés le 23 août 2022. Par suite, en refusant à M. B la délivrance du titre de séjour sollicité, aux motifs que son niveau de qualification obtenu au cours de ses études en France ne correspondait pas au projet d'activité professionnelle et qu'au regard des éléments fournis, le projet professionnel ne lui permettrait pas de bénéficier d'un revenu suffisant alors que l'intéressé justifiait de l'immatriculation de sa société au registre du commerce et des sociétés, seule formalité à laquelle est soumise l'activité commerciale qu'il a déclaré exercer, le préfet du Nord a commis une erreur de droit.
6. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que M. B est fondé à demander l'annulation de la décision en date du
23 novembre 2022 par laquelle le Préfet du Nord a rejeté sa demande de titre de séjour ainsi que, par voie de conséquence, celle par laquelle il lui a fait obligation de quitter le territoire français.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
7. Eu égard au motif qui le fonde, le présent jugement implique nécessairement, compte tenu de l'absence de changements dans les circonstances de droit ou de fait y faisant obstacle, qu'un certificat de résidence algérien au titre d'une activité professionnelle, valable un an, soit délivré au requérant sur le fondement de l'article L. 911-1 du code de justice administrative. Il y a lieu d'enjoindre au préfet du Nord de délivrer ce certificat de résidence au requérant, dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.
Sur les dépens :
8. A défaut de dépens dans la présente instance, les conclusions présentées par
M. B à ce titre ne peuvent qu'être rejetées.
DÉCIDE :
Article 1er : Il n'y a pas lieu d'admettre M. B, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : L'arrêté du 23 novembre 2022 du préfet du Nord est annulé.
Article 3 : Il est enjoint au préfet du Nord de délivrer à M. B un certificat de résidence algérien au titre d'une activité professionnelle, valable un an, dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête de M. B est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet du Nord.
Copie en sera adressée pour information au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Délibéré après l'audience du 5 septembre 2024, à laquelle siégeaient :
- M. Riou, président,
- Mme Jaur, première conseillère,
- Mme Célino, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 septembre 2024.
L'assesseure la plus ancienne,
Signé
A. JaurLe président-rapporteur,
Signé
J.-M. Riou
La greffière,
Signé
S. Ranwez
La République mande et ordonne au préfet du Nord en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — N° TA95-2515745
01/07/2026
Tribunal Administratif de Toulon — N° TA83-2502101
01/07/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2608358
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Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2607258
01/07/2026