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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2301840

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2301840

jeudi 10 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2301840
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantLOKAMBA OMBA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 27 février 2023, M. A E, représenté par Me Lokamba Omba, demande au tribunal :

1°) d'annuler pour excès de pouvoir l'arrêté du 9 février 2023 du préfet du Nord en tant seulement qu'il lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour en qualité de refugié, lui a fait obligation de quitter le territoire français et a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement ;

2°) d'enjoindre au préfet du Nord de procéder au réexamen de sa situation et de lui délivrer, sans délai, une autorisation provisoire de séjour sous astreinte de 152,45 euros par jour de retard.

Il soutient que :

- les décisions attaquées ont été prises par une personne incompétente ;

- elles sont insuffisamment motivées ;

- elles sont entachées d'une " erreur manifeste d'appréciation " ;

- elles méconnaissent l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

La requête a été communiquée au préfet du Nord qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Par une décision du 3 avril 2023 le bénéfice de l'aide juridictionnelle a été refusé à

M. E.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative, notamment son article R. 222-19.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Célino a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. E, ressortissant de la République démocratique du Congo né le

8 mars 1983, déclare être entré sur le territoire français le 12 février 2022. Le 18 février 2022, il a sollicité le bénéfice de l'asile, la reconnaissance du statut de réfugié et la délivrance d'une carte de résident. Sa demande d'asile a été rejetée par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) du 29 juillet 2022, notifiée le 8 août 2022. Le 17 octobre 2022, M. E a contesté cette décision devant la Cour nationale du droit d'asile (CNDA). Ce recours a été rejeté le 9 janvier 2023 et notifié le 25 janvier 2023 au requérant. Par un arrêté du

9 février 2023, le préfet du Nord a refusé à M. E la délivrance de la carte de résident sollicitée, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours, a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an. M. E demande au tribunal de prononcer l'annulation de cet arrêté en tant seulement qu'il a refusé de lui délivrer la carte de résident qu'implique la reconnaissance du statut de réfugié, lui a fait obligation de quitter le territoire français et a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement.

2. En premier lieu, eu égard au caractère réglementaire des arrêtés de délégation de signature, soumis à la formalité de publication, le juge peut, sans méconnaître le principe du caractère contradictoire de la procédure, se fonder sur l'existence de ces arrêtés alors même que ceux-ci ne sont pas versés au dossier. Par un arrêté du 13 octobre 2022, publié le même jour au recueil spécial n° 245 des actes administratifs de la préfecture, accessible tant au juge qu'aux parties, le préfet du Nord a donné délégation à M. B D, adjoint à la cheffe du bureau du contentieux et du droit des étrangers, signataire de l'arrêté contesté, à l'effet de signer, notamment, en cas d'absence ou d'empêchement de Mme C, les décisions attaquées. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte, qui manque en fait, doit être écarté.

3. En deuxième lieu, l'arrêté contesté, qui n'avait pas à reprendre l'ensemble des éléments relatifs à la situation personnelle de M. E, énonce l'ensemble des considérations de droit et de fait sur lesquelles sont fondées les décisions qu'il comporte, de manière suffisamment circonstanciée pour mettre l'intéressé en mesure d'en discuter utilement les motifs. Dès lors, le moyen tiré de l'insuffisante motivation des décisions attaquées doit être écarté.

4. En troisième lieu, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation n'est pas assorti des précisions permettant d'en apprécier le bien-fondé. Il ne peut qu'être écarté.

5. En dernier lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

6. D'une part, M. E ne peut utilement se prévaloir des stipulations précitées à l'encontre des décisions portant refus d'admission au séjour et obligation de quitter le territoire français. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de ces stipulations, au demeurant non assorti des précisions permettant d'en apprécier le bien-fondé, doit être écarté.

7. D'autre part, concernant la décision portant fixation du pays de destination, le moyen tiré de la méconnaissance de ces stipulations n'est pas assorti des précisions permettant d'en apprécier le bien-fondé et ne peut donc qu'être écarté.

8. Il résulte de ce qui précède que M. E n'est pas fondé à demander l'annulation des décisions attaquées. Sa requête doit, par suite, être rejetée en toutes ses conclusions, y compris celles à fin d'injonction sous astreinte.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. E est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A E et au préfet du Nord.

Copie en sera adressée pour information au ministre de l'intérieur.

Délibéré après l'audience du 19 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Riou, président,

Mme Jaur, première conseillère,

Mme Célino, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 octobre 2024.

La rapporteure,

Signé

C. Célino

Le président,

Signé

J.-M. Riou La greffière,

Signé

D. Wisniewski

La République mande et ordonne au préfet du Nord en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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