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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2301957

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2301957

mercredi 31 janvier 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2301957
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5ème Chambre
Avocat requérantDANSET-VERGOTEN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 2 mars 2023, Mme C A, représentée par Me Danset-Vergoten, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 21 juillet 2022 par lequel le préfet du Nord a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet du Nord de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, et dans l'attente de lui remettre une autorisation provisoire de séjour, ou, à défaut, de procéder, dans les mêmes conditions de délai, à un nouvel examen de sa demande et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros, à verser à son conseil, au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :

- elle est insuffisamment motivée ;

- le préfet n'a pas procédé à un examen sérieux et particulier de sa situation avant son édiction ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation personnelle ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est illégale en raison de l'illégalité, invoquée par voie d'exception, de la décision portant refus de titre de séjour ;

- le préfet n'a pas procédé à un examen sérieux et particulier de sa situation avant son édiction ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation personnelle ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est illégale en raison de l'illégalité, invoquée par voie d'exception, de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- le préfet n'a pas procédé à un examen sérieux et particulier de sa situation avant son édiction ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense enregistré le 13 mars 2023, le préfet du Nord conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par Mme A ne sont pas fondés.

Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 12 septembre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Grard a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, ressortissante ivoirienne, née le 6 juillet 1981, est régulièrement entrée sur le territoire français le 4 novembre 2013, sous couvert d'un visa de type C.

Elle a sollicité, le 27 septembre 2021, dans le cadre de l'admission exceptionnelle au séjour, la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ". Par un arrêté du 21 juillet 2022, le préfet du Nord a rejeté sa demande et l'a, par ailleurs, obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Par sa requête, Mme A demande au tribunal d'annuler l'arrêté préfectoral du 21 juillet 2022.

Sur les moyens communs :

2. En premier lieu, l'arrêté contesté mentionne tant les circonstances de fait que de droit sur lesquelles le préfet du Nord s'est fondé pour édicter la décision refusant à la requérante un titre de séjour et fixant son pays de destination. Elles sont ainsi suffisamment motivées pour l'application des dispositions des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration. Par ailleurs, l'obligation de quitter le territoire français ayant étant prise en conséquence d'un refus de titre de séjour suffisamment motivé et édicté sur le fondement du 3° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, elle n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte en application des dispositions de l'article L. 613-1 du même code. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation des décisions attaquées doit être écarté.

3. En second lieu, il ne ressort ni des termes de l'arrêté attaqué ni des pièces du dossier que le préfet du Nord n'a pas procédé à un examen sérieux et particulier de la situation de Mme A. Le moyen doit, dès lors, être écarté.

Sur la décision portant refus de titre de séjour :

4. En premier lieu, Mme A n'a sollicité la délivrance d'un titre de séjour que sur le seul fondement des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il ne ressort pas des termes de l'arrêté attaqué que le préfet du Nord a examiné d'office sa situation sur un autre fondement. Par suite, la requérante ne peut utilement invoquer la méconnaissance des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'arrêté attaqué n'ayant ni pour objet ni pour effet de lui refuser un titre de séjour sur ce fondement. Le moyen afférent doit donc être écarté.

5. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier que Mme A est entrée sur le territoire français le 4 novembre 2013. Après le rejet de sa demande d'asile par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides le 28 septembre 2015 puis par la Cour nationale du droit d'asile le 11 avril 2016, elle a bénéficié de titres de séjour pour raisons de santé du 15 septembre 2016 au 28 décembre 2018. La requérante n'établit toutefois pas ni même n'allègue l'existence de difficultés de santé à la date de la décision contestée. Son mariage avec à un compatriote, titulaire d'un titre de séjour temporaire d'un an qui ne lui donne pas vocation à demeurer sur le territoire français, n'est intervenu que récemment, le 12 novembre 2022, et postérieurement à l'édiction de l'arrêté contesté. Mme A ne se prévaut d'aucune relation personnelle sur le territoire français autre que celle tenant à la présence de son mari et de ses trois filles, son mari étant le père de deux d'entre elles nées en 2018 et 2021, sa troisième fille, étant née en 2014 d'une précédente relation. Par ailleurs, ses parents et quatre frères et sœurs résident dans son pays d'origine, où elle a vécu jusqu'à l'âge de 32 ans et où elle ne serait dès lors pas isolée. S'il ressort par ailleurs des pièces du dossier que Mme A a eu une activité professionnelle entre 2017 et 2020, elle ne soutient ni même d'allègue avoir travaillé pendant les deux années précédant l'édiction de la décision attaquée. Dans ces conditions et eu égard au but en vue duquel elle a été prise, la décision de refus de titre de séjour litigieuse ne porte pas au droit au respect de la vie privée et familiale de Mme A une atteinte disproportionnée, malgré la durée de la présence en France de l'intéressée et la scolarisation de ses enfants au sein du système éducatif français. Par suite, le préfet du Nord n'a pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme. Il n'a pas davantage entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur la situation personnelle et familiale de l'intéressée. Par suite, ces moyens doivent être écartés.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "salarié", "travailleur temporaire" ou "vie privée et familiale", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 () ".

7. Les circonstances mentionnées au point 5 du présent jugement, y compris la durée de la présence de la requérante sur le territoire français et la scolarisation récente de ses enfants, ne caractérisent pas l'existence de considérations humanitaires ou de motifs exceptionnels au sens des dispositions précitées de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Mme A ne peut à cet effet utilement se prévaloir des orientations générales de la circulaire NOR/INTK1229185C du 28 novembre 2012 dont les dispositions sont dépourvues de tout caractère impératif et qui ne contient que de simples orientations générales destinées à éclairer les préfets dans l'exercice du pouvoir discrétionnaire d'appréciation dont ils disposent. Dans ces conditions, le préfet n'a pas entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation dans l'application des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

8. En dernier lieu, aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Il résulte de ces stipulations que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.

9. En l'espèce, la décision attaquée de refus de titre de séjour n'a ni pour objet, ni pour effet, de séparer Mme A de ses enfants. Il n'apparaît pas non plus que cette décision a pour effet de les séparer de leurs pères respectifs, celui des filles de la requérante nées en 2018 et 2021 n'ayant pas vocation à demeurer sur le territoire français ainsi qu'il a été dit au point 5 du présent jugement, la requérante n'apportant par ailleurs aucune précision sur la situation du père de sa fille née en 2014 et les relations qu'il entretiendrait avec celle-ci. Enfin, il ne ressort pas des pièces du dossier que les enfants de la requérante ne pourraient pas poursuivre leur scolarité dans le pays de l'origine de leur mère. Dans ces conditions, le refus de titre de séjour contesté ne méconnaît pas l'intérêt supérieur des enfants de Mme A et le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doit être écarté.

10. Il résulte de ce qui précède que Mme A n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision du 21 juillet 2022 par laquelle le préfet du Nord a refusé de lui délivrer un titre de séjour.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

11. En premier lieu, compte tenu de ce qui précède, le moyen tiré de l'illégalité, invoqué par voie d'exception, de la décision portant refus de titre de séjour doit être écarté.

12. En second lieu, pour les mêmes motifs que ceux mentionnés aux points 5 et 9, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, de celles de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant et de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés.

13. Il résulte de ce qui précède que Mme A n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision du 21 juillet 2022 par laquelle le préfet du Nordl'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours.

Sur la décision fixant le pays de destination :

14. En premier lieu, compte tenu de ce qui précède, le moyen tiré de l'illégalité, invoqué par voie d'exception, des décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français doit être écarté.

15. En second lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés précédemment, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations des articles 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant et de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés.

16. Il résulte de ce qui précède que Mme A n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision du 21 juillet 2022 par laquelle le préfet du Nord a fixé le pays de destination.

17. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de Mme A doit être rejetée, y compris ses conclusions à fin d'injonction et d'astreinte ainsi que celles relatives aux frais liés au litige.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C A, à

Me Danset-Vergoten et au préfet du Nord.

Délibéré après l'audience du 21 décembre 2023, à laquelle siégeaient :

- M. Chevaldonnet, président,

- Mme Grard, première conseillère,

- Mme Leclère, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 31 janvier 2024.

La rapporteure,

Signé

E. GRARDLe président,

Signé

B. CHEVALDONNETLa greffière,

Signé

M. B

La République mande et ordonne au préfet du Nord, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière.

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