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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2302004

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2302004

jeudi 2 novembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2302004
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation6ème chambre
Avocat requérantBADAOUI-ARIB

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 4 mars 2023, M. B A, représenté par Me Badaoui-Arib, demande au tribunal :

1°) " d'annuler l'abrogation de (son) visa " ;

2°) d'annuler l'arrêté du 1er mars 2023 par lequel le préfet du Nord l'a obligé à quitter le territoire français sans délai et a interdit son retour sur le territoire français avant l'expiration d'une durée d'un an ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 2 000 euros au titre des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle a été prise par une autorité incompétente à défaut pour le préfet de justifier d'une délégation de signature ;

- elle est entachée d'une insuffisance de motivation ;

- elle est entachée d'une erreur de fait en ce qu'il dispose d'une assurance " sanitaire " et de moyens financiers ;

- elle est entachée d'une erreur de droit.

En ce qui concerne la décision n'octroyant pas de délai de départ volontaire :

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation dans l'application des dispositions de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- le préfet du Nord ne justifie pas respecter les conditions permettant cette interdiction.

La requête a été communiquée le 6 mars 2023 au préfet du Nord qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Par une ordonnance du 6 mars 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 6 juin 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de Mme Lançon a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant algérien né le 15 août 1990, déclare être entré en France, sous couvert d'un visa de court séjour délivré par les autorités espagnoles, valable jusqu'au 21 février 2023, le 3 février 2023. Par un arrêté du 1er mars 2023, le préfet du Nord l'a obligé à quitter le territoire français sans délai de départ volontaire et a interdit son retour sur le territoire français avant l'expiration d'un délai d'un an. Par la présente requête, M. A demande au tribunal l'annulation de ces décisions du 1er mars 2023.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne " l'abrogation de visa " :

2. Contrairement à ce qu'affirme le requérant, l'arrêté en cause n'a ni pour objet ni pour effet d' " abroger " son visa, qui était expiré à la date de la décision attaqué. Par suite, ces conclusions doivent être rejetées.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

3. En premier lieu, par un arrêté du 15 février 2023, publié le même jour au recueil n° 042 des actes administratifs de la préfecture, le préfet du Nord a donné délégation à Mme E D, cheffe de bureau de la lutte contre l'immigration irrégulière, à l'effet de signer, notamment, les décisions portant obligation de quitter le territoire français. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision attaquée doit être écarté.

4. En deuxième lieu, la décision attaquée, qui n'avait pas à mentionner l'ensemble des circonstances de fait de l'espèce, énonce les considérations de droit et de fait sur lesquelles elle se fonde. Elle vise, notamment, les articles du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi que les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, dont le préfet du Nord a fait application. Elle fait état des éléments relatifs à la situation personnelle, familiale et professionnelle, de l'intéressé. Ainsi, la décision en litige mentionne, avec une précision suffisante, les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement permettant ainsi à l'intéressé d'en contester utilement le bien-fondé. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

5. En troisième lieu, pour l'obliger à quitter le territoire français, le préfet du Nord a considéré que M. A s'était maintenu sur le territoire français au-delà de la durée de séjour de trente jours que lui autorisait son visa de type C délivré par les autorités consulaires espagnoles en Algérie, et valable du 6 janvier 2023 au 21 février 2023, sans être titulaire d'un titre de séjour. Par suite, la circonstance, à la supposer établie, qu'il serait détenteur d'une assurance " sanitaire " et de moyens financiers, est sans incidence sur la légalité de la décision attaquée. Le moyen tiré de l'erreur de fait doit, dès lors, être écarté.

6. En quatrième lieu, le moyen tiré de l'erreur de droit n'est pas assorti des précisions permettant d'en apprécier le bien-fondé. Par suite, il ne peut qu'être écarté.

7. Il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 1er mars 2023 par laquelle le préfet du Nord l'a obligé à quitter le territoire français.

En ce qui concerne la décision n'octroyant pas de délai de départ volontaire :

8. Aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; / 2° L'étranger s'est vu refuser la délivrance ou le renouvellement de son titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de son autorisation provisoire de séjour au motif que sa demande était manifestement infondée ou frauduleuse ; / 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ". Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3o de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants / ()/ 2o L'étranger s'est maintenu sur le territoire français au-delà de la durée de validité de son visa ou, s'il n'est pas soumis à l'obligation du visa, à l'expiration d'un délai de trois mois à compter de son entrée en France, sans avoir sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; / () / 4o L'étranger a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français ; / () / 8o L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, qu'il a refusé de se soumettre aux opérations de relevé d'empreintes digitales ou de prise de photographie prévues au 3o de l'article L. 142-1, qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale ou qu'il s'est précédemment soustrait aux obligations prévues aux articles L. 721-6 à L. 721-8, L. 731-1, L. 731-3, L. 733-1 à L. 733-4, L. 733-6, L. 743-13 à L. 743-15 et L. 751-5. "

9. Si M. A produit une attestation, datée du même jour que la décision en litige, de M. C A, son frère, ressortissant français, qui déclare l'héberger à son domicile à Roubaix depuis le 3 février 2023, il ressort des pièces du dossier que le requérant, qui ne le conteste pas, s'est maintenu sur le territoire français au-delà de la durée de validité de son visa telle qu'énoncée au point 4. Par suite, le préfet du Nord, qui s'est fondé sur les 2°, 4° et 8° de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile citées au point précédent, pouvait, pour ce seul motif, ne pas octroyer de délai de départ volontaire au requérant. Par suite, le moyen tiré de l'erreur d'appréciation doit être écarté.

10. Il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 1er mars 2023 par laquelle le préfet du Nord ne lui a pas octroyé de délai de départ volontaire.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

11. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. () ". En outre, aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français ".

12. M. A se borne à soutenir que le préfet du Nord " ne justifie pas respecter les conditions permettant cette interdiction ", sans apporter aucune précision à l'appui de son moyen. Au demeurant, il ressort des pièces du dossier, en particulier du procès-verbal de son audition par les services de police le 1er mars 2023, que M. A a déclaré être arrivé en France le 3 février 2023, qu'il voulait retrouver son frère demeurant à Roubaix et qu'il était célibataire et sans enfant à sa charge. M. A ne justifie pas avoir noué des liens personnels particuliers en France où il est arrivé récemment et ne démontre pas entretenir des liens étroits avec son frère. Outre ces éléments relatifs à la durée de la présence du requérant sur le territoire français, à la nature et à l'ancienneté de ses liens avec la France, le préfet du Nord relevait que M. A n'avait pas fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement et que sa présence sur le territoire français ne constituait pas une menace pour l'ordre public. Ainsi, et alors qu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à M. A, le préfet du Nord, qui a pris en compte l'ensemble des critères énoncés par les dispositions de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile citées au point précédent était fondé à prendre la décision attaquée. Par suite, le moyen doit être écarté.

13. Il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 1er mars 2023 par laquelle le préfet du Nord lui a interdit son retour sur le territoire français pour une durée d'un an.

14. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 1er mars 2023 par lequel le préfet du Nord l'a obligé à quitter le territoire français sans délai et a interdit son retour sur le territoire français avant l'expiration d'une durée d'un an. Ses conclusions à fin d'annulation doivent donc être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, celles relatives aux frais liés au litige.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à Me Badaoui-Arib et au préfet du Nord.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 11 octobre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Riou, président,

M. Fougères, premier conseiller,

Mme Lançon, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 novembre 2023.

La rapporteure,

signé

L.-J. Lançon

Le président,

signé

J.-M. Riou

La greffière,

signé

I. Baudry

La République mande et ordonne au préfet du Nord en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière

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