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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2302016

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2302016

mardi 21 janvier 2025

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2302016
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantERNST & YOUNG SOCIÉTÉ D'AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 3 mars 2023, la commune de Marly, représentée par la SELAS Ernst and Young, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 22 décembre 2022, notifiée le 3 janvier 2023, du Syndicat Intercommunal pour la Gestion du Centre de Vacances " Les Grangettes " (SIGCVG) conditionnant le départ en classe de neige d'enfants de la commune le 8 janvier 2023 au paiement de sa participation financière au syndicat pour l'année 2023 ;

2°) d'annuler la délibération en date du 9 novembre 2022 du SIGCVG ajoutant un article 9 dans le règlement régissant les séjours ;

3°) de condamner le SIGCVG à lui verser la somme de 24 012 euros toutes taxes comprises à titre de dommages et intérêts ;

4°) de mettre à la charge du SIGCVG une somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

S'agissant des conclusions à fin d'annulation de la décision du 22 décembre 2022 :

- cette décision n'a pas de base légale dès lors qu'aucune délibération ajoutant un article 9 aux statuts du SIGCVC n'a été adoptée le 9 novembre 2022 ;

- à titre subsidiaire, elle est irrégulière dès lors qu'elle conditionne le départ des enfants en classe de neige au paiement de la cotisation de la commune de Marly au titre de l'année 2023 et non au titre de l'année 2022, en méconnaissance des dispositions qu'elle entend appliquer ;

S'agissant des conclusions à fin d'annulation de la délibération du 9 novembre 2022 :

- aucune délibération ajoutant un article 9 aux statuts du SIGCVG n'a été adoptée le 9 novembre 2022 ;

- à titre subsidiaire, une telle délibération méconnaît les dispositions de l'article L. 5211-1 du code général des collectivités territoriales ;

- cette délibération n'a pas été transmise au contrôle de légalité ;

- aucune modification des statuts n'a été réalisée en l'absence d'un arrêté du représentant de l'Etat ;

S'agissant des conclusions à fin d'indemnisation :

- elle est fondée par voie de conséquence à demander l'indemnisation des frais engagés pour fournir un séjour alternatif aux enfants de la commune.

Par un mémoire en défense, enregistré le 21 novembre 2024, le SIGCVG, représenté par Me Piret, conclut au rejet de la requête et à la mise à la charge de la commune de Marly le versement de la somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir que, même en l'absence de modification des statuts du syndicat, dès lors que la commune de Marly ne règle pas ses participations semestrielles depuis 2021, elle ne peut se prévaloir de sa propre turpitude pour demander l'indemnisation de son préjudice.

Par un courrier en date du 29 novembre 2024, les parties ont été averties, sur le fondement de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de l'irrecevabilité des conclusions à fin d'annulation dirigées contre la délibération du 9 novembre 2022, cette délibération étant inexistante.

Par un courrier en date du 29 novembre 2024, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de ce que les dispositions de l'article 5 des statuts du SIGCVG doivent être substituées à celles l'article 9 des statuts du SIGCVG, inexistantes, comme base légale de la décision du 22 décembre 2022 en litige.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Monteil,

- les conclusions de M. Even, rapporteur public ;

- les observations de Me Liénart, de la SELAS Ernst and Young, représentant la commune de Marly ;

- et les observations de Me Piret, représentant le SIGCVG.

Considérant ce qui suit :

1. Le Syndicat Intercommunal pour la Gestion du Centre de Vacances " Les Grangettes " (SIGCVG) exploite un centre de vacances situé dans le département du Doubs et propriété de la commune d'Hornaing. Par une décision en date du 22 décembre 2022, notifiée le 3 janvier 2023, le SIGCVG, se prévalant des dispositions de l'article 9 de ses statuts adoptés par une délibération en date du 9 novembre 2022, a conditionné le départ en classe de neige de 49 enfants de la commune de Marly prévu le 8 janvier 2023 au paiement de la participation financière de la commune au syndicat pour l'année 2023. La commune de Marly demande l'annulation de cette décision, de la délibération du 9 novembre 2022 lui servant de base légale, et demande également la condamnation du SIGCVG à lui verser la somme de 24 012 euros toutes taxes comprises à titre de dommages et intérêts.

Sur la recevabilité des conclusions à fin d'annulation de la délibération du 9 novembre 2022 :

2. Il ne ressort d'aucune pièce du dossier, et particulièrement pas du compte-rendu de la séance de la réunion du comité syndical du 9 novembre 2022, que le SIGCVG aurait effectivement adopté ce jour-là une délibération qui aurait modifié ses statuts en y ajoutant un article 9 conditionnant le départ en classe de neige d'enfants des communes membres au paiement de leur participation financière au syndicat pour l'année précédente, ce qui n'est pas contesté en défense. Par suite, les conclusions de la requérante dirigées contre une telle décision, qui est inexistante, sont irrecevables et doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne l'annulation de la décision du 22 décembre 2022 :

3. Aux termes de l'article 5 des statuts du SIGCVG adoptés le 17 septembre 2008 : " La contribution totale des communes adhérentes sera basée sur 80 % des dépenses effectives du Syndicat de l'année N-1 du Compte Administratif en fonctionnement et investissement. / Cette contribution donnera droit à un nombre de journées prépayées au Centre de Vacances pour les enfants de 6 à 16 ans de chaque commune adhérente. / La contribution sollicitée sera calculée comme suit : 1/3 correspondant à une cotisation forfaitaire répartie également sur chacune d'elle, / 1/3 en fonction du potentiel fiscal des taxes d'habitation et du foncier bâti - imposition n-1, taux n-2 pour chaque commune, / 1/3 en fonction de la population d'enfants de 6 à 16 ans au dernier recensement connu pour chaque commune. / Pour assurer le bon fonctionnement du syndicat, l'appel à contribution sera réparti annuellement de la façon suivante : / 50% en janvier / 50% en juillet. () "

4. Le président du SIGCVG, qui a pris la décision de conditionner le départ de la classe de neige de 49 enfants de la commune de Marly au fait que cette commune devait être à jour de sa participation financière au titre de l'année 2023, ne pouvait se fonder sur les dispositions de l'article 9 des statuts du SIGCVG qui n'existent pas comme il a été dit au point 2.

5. Toutefois, lorsqu'il constate que la décision contestée devant lui aurait pu être prise, en vertu du même pouvoir d'appréciation, sur le fondement d'un autre texte que celui dont la méconnaissance est invoquée, le juge de l'excès de pouvoir peut substituer ce fondement à celui qui a servi de base légale à la décision attaquée, sous réserve que l'intéressé ait disposé des garanties dont est assortie l'application du texte sur le fondement duquel la décision aurait dû être prononcée. Une telle substitution relevant de l'office du juge, celui-ci peut y procéder de sa propre initiative, au vu des pièces du dossier, mais sous réserve, dans ce cas, d'avoir au préalable mis les parties à même de présenter des observations sur ce point.

6. L'arrêté contesté trouve son fondement légal dans les dispositions de l'article 5 des statuts du SIGCVG. Ces dispositions peuvent être substituées à celles de l'article 9 des mêmes statuts dès lors que cette substitution de base légale n'a pas pour effet de priver la commune requérante d'une garantie, que l'administration dispose du même pouvoir d'appréciation pour appliquer l'un ou l'autre de ces deux textes et, enfin, que les parties, informées par le tribunal par lettre du 29 novembre 2024 de ce que ce dernier était susceptible de procéder d'office à cette substitution de base légale, ont été en mesure de produire leurs observations sur ce point. Par conséquent, il y a lieu de procéder à cette substitution de base légale.

7. Les dispositions de l'article 5 des statuts du SIGCVG prévoient que le paiement de leurs contributions par les communes membres du syndicat donnent droit à un nombre de journées prépayées au centre de vacances pour les enfants de 6 à 16 ans de chaque commune adhérente. Il s'ensuit que la commune de Marly, en s'abstenant de payer ses contributions depuis l'année 2021 ne pouvait pas prétendre à l'accès au centre de vacances, et alors que, en tout état de cause, le fait qu'elle ait formé des recours devant le tribunal administratif contre l'ensemble des titres de recettes émis par le SIGCVG n'avait comme effet que de suspendre l'exécution des titres de recettes eux-mêmes et non des dispositions statutaires du syndicat. Par suite, la commune de Marly n'est pas fondée à soutenir que la décision du 22 décembre 2022 conditionnant le départ des enfants en classe de neige au paiement de ses cotisations était irrégulière.

8. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la décision du 22 décembre 2022 présentées par la commune de Marly doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'indemnisation :

9. Il résulte de ce qui précède que la décision du 22 décembre 2022 conditionnant le départ en classe de neige des enfants de la commune de Marly n'était pas illégale. La commune n'est donc pas fondée à demander par voie de conséquence l'indemnisation du préjudice qu'elle déclare avoir subi du fait de cette décision qui l'a forcée à se tourner vers un opérateur privé pour organiser le séjour, et les conclusions qu'elle présente à cette fin doivent être rejetées.

Sur les frais liés à l'instance :

10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une quelconque somme soit mise à la charge du SIGCVG, qui n'est pas partie perdante dans la présente instance.

11. Il n'y a par ailleurs pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la commune de Marly le versement d'une quelconque somme au SIGCVG au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la commune de Marly est rejetée.

Article 2 : Les conclusions du SIGCVG présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la commune de Marly et au Syndicat Intercommunal pour la Gestion du Centre de Vacances " Les Grangettes ".

Délibéré après l'audience du 17 décembre 2024, à laquelle siégeaient :

- M. Fabre, président,

- Mme Monteil, première conseillère,

- M. Lemée, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 janvier 2025.

La rapporteure,

Signé

A.-L. Monteil

Le président,

Signé

X. Fabre

Le greffier,

Signé

A. Dewière

La République mande et ordonne au préfet du Nord en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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