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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2302119

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2302119

mercredi 26 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2302119
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation6ème chambre
Avocat requérantAUBERTIN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par le jugement n°s 2207731 - 2300339 du 21 février 2023, notifié le 16 mars 2023 après une ordonnance de rectification d'erreur matérielle du 28 février 2023, la magistrate désignée par le président du tribunal, en application de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, a renvoyé, devant la formation collégiale compétente pour en connaître, les conclusions de la requête de M. D aux fins d'annulation de l'arrêté du 22 août 2022 en tant que le préfet du Pas-de-Calais lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour.

Par cette requête et un mémoire enregistrés le 11 octobre 2022 et le 28 novembre 2022, M. C D, représenté par Me Aubertin, demande au tribunal :

1°) de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler pour excès de pouvoir l'arrêté du 22 août 2022 par lequel le préfet du Pas-de-Calais lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé un pays de destination ;

2°) à titre principal d'enjoindre au préfet du Pas-de-Calais de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai d'un mois suivant la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) à titre subsidiaire, d'enjoindre au préfet du Pas-de-Calais de procéder au réexamen de sa demande de titre de séjour dans un délai d'un mois suivant la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 150 euros par jour de retard et de lui délivrer le temps de cette nouvelle instruction un récépissé de demande de titre de séjour l'autorisant à travailler ;

4°) en cas d'admission à l'aide juridictionnelle totale, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Aubertin de la somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 ;

5°) en cas de refus d'admission à l'aide juridictionnelle totale ou en cas de renonciation au bénéfice de cette aide, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

Sur la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour :

- le préfet n'a pas saisi, préalablement à l'intervention de l'arrêté litigieux, la commission du titre de séjour en méconnaissance des dispositions des articles L. 432-13 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le préfet n'a pas procédé à un examen particulier de sa situation à la date de l'arrêté litigieux et a méconnu l'autorité de la chose jugée par le magistrat désigné du tribunal au sein de son jugement du 8 juin 2022 ;

- le préfet a commis une erreur manifeste d'appréciation eu égard à sa situation personnelle en refusant de l'admettre provisoirement au séjour ;

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- le préfet n'a pas saisi, préalablement à l'intervention de l'arrêté litigieux, la commission du titre de séjour en méconnaissance des dispositions des articles L. 432-13 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le préfet n'a pas procédé à un examen particulier de sa situation à la date de l'arrêté litigieux et a méconnu l'autorité de la chose jugée par le magistrat désigné du tribunal au sein de son jugement du 8 juin 2022 ;

- le préfet a méconnu le droit à une bonne administration et le principe général du droit communautaire du respect des droits de la défense ;

- la décision est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant refus de délivrance du titre de séjour sollicité ;

- le préfet a commis une erreur manifeste d'appréciation eu égard à sa situation personnelle ;

- la décision porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale garanti par l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

Sur la décision portant fixation du pays de destination :

- la décision est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour et de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

Par un mémoire en défense enregistré le 17 octobre 2022, le préfet du Pas-de-Calais conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 28 novembre 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 19 décembre 2022.

M. D a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 10 octobre 2022.

Vu :

- le jugement n°s 2207731 - 2300339 du 21 février 2023 de la magistrate désignée du tribunal ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. A,

- les observation de M. B, représentant du préfet du Pas-de-Calais.

Considérant ce qui suit :

1. M. D, ressortissant égyptien né le 9 septembre 1986 à Gizeh (Egypte) est entré en France le 15 octobre 2012 à l'âge de 26 ans, muni d'un visa de court séjour. Le préfet du Puy-de-Dôme lui a par la suite délivré un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " valable du 19 juin 2019 au 18 juin 2020. Le 11 mars 2020, M. D a sollicité auprès des services de la préfecture du Puy-de-Dôme le renouvellement de son titre de séjour. Toutefois, par un arrêté du 15 février 2021, le préfet du Puy-de-Dôme a rejeté sa demande, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, lui a interdit de revenir sur le sol français pendant une période de 18 mois et l'a assigné à résidence. Par un jugement n° 2100324 du 19 février 2021, la magistrate désignée du tribunal administratif de Clermont-Ferrand a renvoyé à une formation collégiale les conclusions dirigées contre la décision portant refus de renouvellement du titre de séjour de M. D et a annulé les décisions portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire, interdiction de retour sur le territoire français et assignation à résidence. Par un arrêté du 11 mars 2022, le préfet du Pas-de-Calais a obligé M. D à quitter le territoire français, a fixé le pays de destination, lui a interdit de revenir sur le territoire français pendant une durée d'un an et l'a placé en rétention administrative. Par un jugement du 8 juin 2022, le magistrat désigné du tribunal a annulé cet arrêté. Par un arrêté du 22 août 2022, le préfet du Pas-de-Calais a refusé d'admettre exceptionnellement M. D au séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a dit qu'à l'expiration de ce délai il pourrait être reconduit d'office à destination de l'Egypte ou de tout autre pays pour lequel il établit être légalement admissible, à l'exception de la Suisse et des pays de l'Union européenne et de l'Espace économique européen. Par sa requête, M. D demande l'annulation de cet arrêté.

Sur l'étendue du litige :

2. La magistrate désignée du tribunal s'est notamment prononcée par le jugement du 21 février 2023 visé ci-dessus, ayant fait l'objet d'une ordonnance de rectification d'erreur matérielle du 28 février 2023, sur la légalité des décisions de l'arrêté litigieux portant obligation de quitter le territoire français, portant fixation d'un délai de départ volontaire et fixant le pays de destination. Ainsi, en dépit du dispositif initial du jugement, qui a conduit à la nécessité de donner un nouveau numéro à la requête n°2207731, regardée comme intégralement jugée par le système d'information d'enregistrement des requêtes, le tribunal ne reste saisi, en ce qui concerne la présente requête, que des conclusions tendant à l'annulation de la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour.

Sur le droit au séjour :

3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Dans chaque département est instituée une commission du titre de séjour () ". Aux termes de l'article L. 435-1 du même code : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14. / () ".

4. Il ressort des pièces du dossier, en particulier du tampon apposé sur son passeport, que M. D est entré sur le territoire français le 15 octobre 2012 ainsi qu'il le soutient lui-même. L'arrêté litigieux étant daté du 22 août 2022, le requérant ne se trouvait pas sur le territoire français depuis plus de dix ans à la date de son édiction. Par suite, le moyen tiré de ce que le préfet aurait dû saisir la commission du titre de séjour du Pas-de-Calais avant de lui refuser le bénéfice de l'admission exceptionnelle au séjour conformément aux dispositions précitées de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté comme inopérant.

5. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier, en particulier pas de la motivation de l'arrêté litigieux qui fait référence à une promesse d'embauche produite au cours de l'instance introduite devant le magistrat désigné du tribunal, que le préfet du Pas-de-Calais aurait examiné la situation du requérant à la date de l'arrêté du 11 mars 2022 qui a fait l'objet d'une annulation par ce magistrat en raison d'un défaut d'examen particulier de sa situation. M. D, en se bornant à soutenir que le préfet n'a sollicité la production que d'un nombre restreint de documents, n'établit en outre pas qu'il n'aurait pas été en mesure de se prévaloir des éléments nouveaux nés postérieurement au précédant arrêté et ne se prévaut par ailleurs pas de l'existence de tels éléments, notamment nés postérieurement au jugement du 8 juin 2022. Par suite, les moyens tirés du défaut d'examen particulier et de la méconnaissance de l'autorité de la chose jugée doivent être écartés.

6. En troisième lieu et dernier lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / () ".

7. En présence d'une demande de régularisation présentée sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il appartient à l'autorité administrative de vérifier, dans un premier temps, si l'admission exceptionnelle au séjour par la délivrance d'une carte portant la mention " vie privée et familiale " répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard de motifs exceptionnels, et à défaut, dans un second temps, s'il est fait état de motifs exceptionnels de nature à permettre la délivrance, dans ce cadre, d'une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire ".

8. Il ressort des pièces du dossier, en particulier des nombreux justificatifs de présence produits, que le requérant est entré sur le sol français le 15 octobre 2012 et s'y est maintenu jusqu'à la date de l'arrêté litigieux. Il ressort toutefois également des pièces du dossier que M. D s'y est maintenu irrégulièrement après l'expiration de son visa de court séjour jusqu'à ce qu'un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", valable du 19 juin 2019 au 18 juin 2020, régularise sa présence en France. Par suite, sur une période de près de dix ans de présence en France, le requérant s'y est maintenu irrégulièrement sur une période de près de sept ans. En outre, si le requérant a contracté un mariage avec une ressortissante française le 4 mai 2018, ce mariage a été dissout par un jugement du 7 octobre 2021 du juge aux affaires familiales du tribunal judiciaire de Clermont-Ferrand. Si M. D parvient par ailleurs à démontrer l'existence d'une relation et d'une vie commune avec une autre ressortissante française depuis le mois de juin 2021, cette relation d'une durée d'un peu plus d'un an à la date de l'arrêté litigieux demeure récente. De même, si le requérant produit à l'appui de ses conclusions de nombreuses attestations insuffisamment circonstanciées, rédigées dans des termes identiques pour certaines, ces justificatifs ne sont pas de nature à établir l'existence de liens d'une particulière intensité sur le sol français, ni de l'existence d'un lien particulier avec l'enfant de sa compagne. De plus, le requérant n'établit pas ni même n'allègue qu'il serait isolé à son retour dans son pays d'origine où il a vécu jusqu'à l'âge de 26 ans. Enfin, si le requérant établit avoir travaillé pour le compte d'une association au titre d'un parcours d'insertion par l'activité économique et en qualité d'intérimaire entre octobre 2019 et décembre 2020, cette circonstance, dont il ne ressort pas des pièces du dossier qu'elle a perduré jusqu'à la date de l'arrêté litigieux, n'est pas de nature à prouver l'existence d'un motif exceptionnel au sens des dispositions précitées. Si le requérant produit une promesse d'embauche datée du 24 avril 2022, celle-ci est rédigée au conditionnel et ne saurait être regardée comme présentant un caractère de fiabilité suffisant. Par suite, la situation personnelle de M. D, qui ne se prévaut d'aucune considération humanitaire, ne laisse ressortir aucun motif exceptionnel de nature à justifier qu'un titre portant la mention " vie privée et familiale " lui soit exceptionnellement accordé. Le requérant ne se prévalant d'aucun motif exceptionnel de nature à justifier qu'un titre portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire " lui soit accordé et ne sollicitant pas la délivrance de tels titres, le moyen tiré de ce que le préfet aurait entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.

9. Il résulte de ce qui précède que le requérant n'est pas fondé à solliciter l'annulation de la décision par laquelle le préfet du Pas-de-Calais a refusé de lui accorder un titre de séjour. Les conclusions présentées à cette fin doivent en conséquence être rejetées

D É C I D E :

Article 1er : Les conclusions de la requête de M. D, n° 2207731, enregistrée de nouveau sous le n° 2302119, relatives à son droit au séjour sont rejetées.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D et au préfet du Pas-de-Calais.

Copie en sera adressée pour information au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 5 avril 2023 à laquelle siégeaient :

M. Jean-Michel Riou, président,

M. Vincent Fougères, premier conseiller,

Mme Marjorie Bruneau, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 avril 2023.

Le président-rapporteur,

signé

J.-M. A

L'assesseur le plus ancien dans l'ordre du tableau,

signé

V. FOUGÈRES

La greffière,

signé

I. BAUDRY

La République mande et ordonne au préfet de Pas-de-Calais en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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