jeudi 16 mars 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lille |
| Section | Tribunal Administratif de Lille |
| N° Dossier | TA59-2302121 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Reconduite à la frontière |
| Avocat requérant | GUILLAUD |
Vu la procédure suivante :
Par une requête sommaire, enregistrée le 8 mars 2023, M. B C E demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 7 mars 2023 par lequel le préfet de la Somme a ordonné sa remise aux autorités italiennes ;
2°) d'enjoindre au préfet de verser aux débats l'ensemble de la procédure judiciaire.
Il soutient que :
- la décision attaquée a été prise par une autorité incompétente ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle.
La requête a été communiquée au préfet de la Somme, qui n'a pas produit de mémoire en défense mais les pièces de la procédure.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
Le président du Tribunal a désigné M. D pour exercer les pouvoirs qui lui sont attribués par les articles L. 614-5, L. 614-6, L. 614-9, L. 614-15, L. 572-5 et L. 572-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Christian, magistrat désigné,
- les observations de Me Guillaud, représentant M. C E, qui conclut aux mêmes fins que la requête, par les mêmes moyens, et soutient en outre que les pièces de la procédure produites en cours d'instance par le préfet doivent être écartées en raison de leur tardiveté, que la situation de M. C E n'a pas fait l'objet d'un examen sérieux, que l'absence de pièces relatives à la borne Eurodac ne permet pas de savoir si le préfet a suivi la procédure de détermination de l'État membre responsable prévue à l'article 23 du règlement de Dublin, qu'il n'a pas été informé de l'engagement de la procédure Dublin et n'a pas fait l'objet d'un entretien individuel en violation des articles 4 et 5 du règlement de Dublin ;
- les observations de M. C E, assisté par Mme A, interprète assermentée en langue arabe, indiquant qu'il n'a pas déposé de demande d'asile en France, mais seulement en Italie ;
- le préfet de la Somme n'étant ni présent, ni représenté.
Considérant ce qui suit :
1. M. C E, de nationalité égyptienne, né en 1991, entré irrégulièrement en France au mois de février 2023, a été interpellé le 24 février 2023 par les services de la police aux frontières lors d'un contrôle d'identité sur la voie publique et placé en retenue administrative pour vérification de son droit au séjour et à la circulation en France. La consultation du fichier Eurodac par l'autorité préfectorale ayant permis de déterminer que l'Italie était l'État membre de l'Union européenne responsable de la reprise en charge de l'intéressé, et les autorités de ce pays ayant donné leur accord, le préfet du Nord a prononcé, par arrêté du 7 mars 2023, le transfert de M. C E en Italie pour l'examen de sa demande d'asile. Par sa requête, M. C E demande l'annulation de cet arrêté.
Sur la procédure suivie devant le tribunal :
2. Aux termes de l'article R. 776-24 du code de justice administrative : " Après le rapport fait par le président du tribunal administratif ou par le magistrat désigné, les parties peuvent présenter en personne ou par un avocat des observations orales. Elles peuvent également produire des documents à l'appui de leurs conclusions. Si ces documents apportent des éléments nouveaux, le magistrat demande à l'autre partie de les examiner et de lui faire part à l'audience de ses observations ". Aux termes de l'article R. 776-26 de ce code : " L'instruction est close soit après que les parties ont formulé leurs observations orales, soit, si ces parties sont absentes ou ne sont pas représentées, après appel de leur affaire à l'audience ".
3. Bien que parvenues tardivement, les pièces produites par le préfet de la Somme ont été communiquées, avant le début de l'audience publique, au conseil de M. C E, qui a été en mesure de les critiquer utilement en formulant ses observations orales au cours de l'audience. Cet échange s'étant produit avant la clôture de l'instruction, laquelle est intervenue à l'issue de l'audience, le requérant n'est pas fondé à demander que les pièces produites par le préfet de la Somme soient écartées des débats.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
4. En premier lieu, eu égard au caractère réglementaire des arrêtés de délégation de signature, soumis à la formalité de publication, le juge peut, sans méconnaître le principe du caractère contradictoire de la procédure, se fonder sur l'existence de ces arrêtés alors même que ceux-ci ne sont pas versés au dossier. Il résulte de l'instruction que, par arrêté préfectoral du 23 août 2022, publié le même jour au recueil des actes administratifs des services de l'État dans le département, le préfet de la Somme a délégué sa signature à M. Myriam Garcia, secrétaire générale de la préfecture, à l'effet de signer la décision attaquée. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte doit être écarté comme manquant en fait.
5. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué du 7 mars 2023 énonce les considérations de droit et de fait sur lesquelles il se fonde de manière suffisamment détaillée. Les mentions qu'il comporte sont de nature à mettre en mesure le requérant de discuter utilement les motifs de cette décision et le juge d'exercer son contrôle. La circonstance que l'autorité préfectorale n'ait pas mentionné tous les éléments factuels de la situation de l'intéressé n'est pas de nature à faire regarder cette motivation comme insuffisante. Dès lors, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.
6. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier et, notamment, des termes de l'arrêté en litige, que l'autorité préfectorale a procédé à un examen particulier et approfondi des éléments qui caractérisent la situation personnelle de M. C E sur la base des informations connues de l'administration. Par suite, le moyen tiré du défaut d'examen particulier doit être écarté.
7. En quatrième lieu, aux termes de l'article 4 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013, dit règlement de Dublin : " 1. Dès qu'une demande de protection internationale est introduite au sens de l'article 20, paragraphe 2, dans un Etat membre, ses autorités compétentes informent le demandeur de l'application du présent règlement, et notamment a) des objectifs du présent règlement et des conséquences de la présentation d'une autre demande dans un État membre différent ainsi que des conséquences du passage d'un État membre à un autre pendant les phases au cours desquelles l'État membre responsable en vertu du présent règlement est déterminé et la demande de protection internationale est examinée; b) des critères de détermination de l'État membre responsable () ; c) de l'entretien individuel en vertu de l'article 5 () ; d) de la possibilité de contester une décision de transfert () ; e) du fait que les autorités compétentes des États membres peuvent échanger des données le concernant () ; f) de l'existence du droit d'accès aux données le concernant (). 2. Les informations visées au paragraphe 1 sont données par écrit, dans une langue que le demandeur comprend ou dont on peut raisonnablement supposer qu'il la comprend. Les États membres utilisent la brochure commune rédigée à cet effet en vertu du paragraphe 3. Si c'est nécessaire à la bonne compréhension du demandeur, les informations lui sont également communiquées oralement, par exemple lors de l'entretien individuel visé à l'article 5. () ". L'article 5 du même règlement dispose : " 1. Afin de faciliter le processus de détermination de l'Etat membre responsable, l'Etat membre procédant à cette détermination mène un entretien individuel avec le demandeur. () ". Aux termes de l'article 20 du même règlement : " 1. Le processus de détermination de l'Etat membre responsable commence dès qu'une demande de protection internationale est introduite pour la première fois auprès d'un Etat membre. () 5. L'Etat membre auprès duquel la demande de protection internationale a été introduite pour la première fois est tenu, dans les conditions prévues aux articles 23, 24, 25 et 29, et en vue d'achever le processus de détermination de l'Etat membre responsable de la demande de protection internationale, de reprendre en charge le demandeur qui se trouve dans un autre Etat membre sans titre de séjour ou qui y introduit une demande de protection internationale après avoir retiré sa première demande présentée dans un autre Etat membre pendant le processus de détermination de l'Etat membre responsable. " L'article 24 de ce règlement ajoute : " 1. Lorsqu'un État membre sur le territoire duquel une personne visée à l'article 18, paragraphe 1, point b), c) ou d), se trouve sans titre de séjour et auprès duquel aucune nouvelle demande de protection internationale n'a été introduite estime qu'un autre État membre est responsable conformément à l'article 20, paragraphe 5, et à l'article 18, paragraphe 1, point b), c) ou d), il peut requérir cet autre État membre aux fins de reprise en charge de cette personne. () ".
8. Il ressort des pièces du dossier, et notamment des termes de l'accord de reprise en charge des autorités italiennes du 6 mars 2023, que la décision attaquée est fondée sur l'article 18, paragraphe 1 point b) du règlement de Dublin, relatif à l'étranger qui a présenté une demande d'asile auprès d'un autre État membre ou qui se trouve, sans titre de séjour, sur le territoire de ce État membre. Invité au cours de l'audience publique à préciser sa situation au regard de son droit au séjour sur le territoire de l'Union européenne, M. C E indique qu'il n'est pas demandeur d'asile en France mais seulement en Italie, ainsi qu'en attestent d'ailleurs les mentions de l'ordonnance du juge des libertés et de la détention du tribunal judiciaire de Boulogne-sur-Mer du 27 février 2023, versée aux débats par le préfet de la Somme, selon lesquelles " L'intéressé est connu de la borne Eurodac en tant que demandeur d'asile en Italie ". Ainsi, M. C E, qui n'a jamais sollicité en France son admission au séjour au titre de l'asile, relevait des dispositions de l'article 24 du règlement précité. Par suite, le préfet de la Somme n'avait pas à faire précéder son arrêté de transfert des garanties et des procédures prévues aux articles 4, 5 et 23 du règlement de Dublin, qui ne pèsent que sur l'État membre dans lequel une demande de protection internationale a été introduite. Il s'ensuit que les moyens soulevés à l'audience, tirés de la méconnaissance des articles 4, 5 et 23 du règlement de Dublin, sont inopérants et doivent être écartés pour ce motif.
9. En dernier lieu, si le requérant soutient que la décision attaquée est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation individuelle, il n'assortit ce moyen d'aucune précision, ni d'aucun élément permettant au juge d'en apprécier le bien-fondé. II ne fait valoir, en tout état de cause, aucun motif qui s'opposerait à son retour en Italie. Le moyen invoqué ne peut, dès lors, qu'être écarté.
10. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de la requête tendant à l'annulation de la décision de transfert doivent être rejetées.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
11. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public () prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution ".
12. Le présent jugement, qui rejette les conclusions tendant à l'annulation de l'arrêté attaqué, n'implique aucune mesure particulière d'exécution. Par suite, les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte ne peuvent qu'être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. C E est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B C E et au préfet de la Somme.
Lu en audience publique le 16 mars 2023.
Le magistrat désigné,
Signé
P. D
Le greffier,
Signé
H. LEROUX
La République mande et ordonne au préfet de la Somme en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
N°2302121
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026