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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2302144

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2302144

jeudi 6 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2302144
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantASSAGA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 9 mars 2023, M. E C demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 8 mars 2023 par lequel le préfet du Nord l'a obligé à quitter le territoire français, lui a refusé l'octroi d'un délai de départ volontaire, a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement et lui a interdit le retour sur le territoire français pendant trois ans ;

2°) d'enjoindre à ce préfet de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai de quinze jours à compter de la notification du présent jugement, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à charge pour son conseil de renoncer à la part contributive de l'Etat.

Il soutient que :

En ce qui concerne l'ensemble des décisions :

- elles n'ont pas été prises par une autorité compétente ;

- elles sont insuffisamment motivées ;

- elles ne lui ont pas été notifiées dans une langue qu'il comprend ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle porte atteinte à son droit au respect de sa vie privée et familiale ;

En ce qui concerne la décision portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire :

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation dès lors que son comportement ne représente pas une menace pour l'ordre public et qu'il ne présente pas de risque de fuite ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- en fixant à trois ans la durée de son interdiction de retour, le préfet a entaché sa décision d'une erreur d'appréciation.

Des pièces, enregistrées les 10 mars 2023, 3 et 4 avril 2023, ont été produites par le préfet du Nord.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président du tribunal a désigné Mme A en application de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Piou, magistrate désignée ;

- les observations de Me Assaga, représentant M. C, qui conclut aux mêmes fins que la requête et maintient les moyens tels que développés dans le requête ;

- les observations de M. C, assisté de Mme F, interprète assermentée en langue arabe ;

- les observations de Me Ioannidou, représentant le préfet du Nord, qui conclut au rejet de la requête et fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Considérant ce qui suit :

1. M. E C, ressortissant algérien né le 28 décembre 1996 à Bouira (Algérie), demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 8 mars 2023 par lequel le préfet du Nord l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement et lui a interdit le retour sur le territoire français pendant trois ans.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne l'ensemble des décisions :

2. En premier lieu, par un arrêté du 15 février 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de l'Etat dans le département n° 042 du même jour, le préfet du Nord a donné délégation à Mme D B, cheffe du bureau de la lutte contre l'immigration irrégulière, à l'effet de signer, notamment, les décisions portant obligation de quitter le territoire français, celles relatives au délai de départ volontaire, celles fixant le pays de destination des mesures d'éloignement et celles portant interdiction de retour sur le territoire français. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteure des décisions attaquées manque en fait.

3. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué mentionne avec suffisamment de précisions les circonstances de fait et de droit sur lesquelles il se fonde, en visant les articles L. 611-1 (4°), L.612-2, L. 612-3 (4°, 5° et 8°) et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et en faisant mention des conditions d'entrée de l'intéressé sur le territoire, notamment la date déclarée, du rejet définitif de sa demande d'asile, des motifs justifiant l'absence de garanties de représentation, de sa situation familiale, du risque qu'il fait courir sur l'ordre public et de ce qu'il n'établit pas être exposé à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. S'agissant plus particulièrement de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français, il vise les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et sa motivation atteste que l'ensemble des critères énoncés par ce dernier article a été pris en compte. Enfin, le préfet du Nord précise que l'intéressé ne se prévaut d'aucune circonstance humanitaire. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation des décisions attaquées doit être écarté.

4. En troisième lieu, les conditions de notification d'une décision sont sans incidence sur la légalité de celle-ci.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

5. Si M. C soutient que la décision attaquée porte atteinte à son droit au respect de sa vie privée et familiale, il n'assortit son moyen d'aucune précision permettant au tribunal d'en apprécier le bien-fondé. Ce moyen ne peut, par suite, qu'être écarté.

6. Il résulte de ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 8 mars 2023 par laquelle le préfet du Nord lui a fait obligation de quitter le territoire français.

En ce qui concerne la décision portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire :

7. En premier lieu, aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entré et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. () ". Par ailleurs, aux termes de l'article L. 612-2 du même code : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ;/ () / 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ". Enfin, l'article L. 612-3 de ce code dispose que : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : /()/ 4° L'étranger a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français ;/ 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement ; /() / 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, qu'il a refusé de se soumettre aux opérations de relevé d'empreintes digitales ou de prise de photographie prévues au 3° de l'article L. 142-1, qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale ou qu'il s'est précédemment soustrait aux obligations prévues aux articles L. 721-6 à L. 721-8, L. 731-1, L. 731-3, L. 733-1 à L. 733-4, L. 733-6, L. 743-13 à L. 743-15 et L. 751-5. ".

8. Il ressort des pièces du dossier que M. C a indiqué aux services de police, lors de son audition du 8 mars 2023, ne disposer d'aucun document de voyage ou d'identité et être sans domicile fixe tout en indiquant résider habituellement à Roubaix sans plus de précision quant à son adresse. Interrogé à l'audience, il est resté confus sur son lieu d'habitation. Par ailleurs, il s'est déjà soustrait à une mesure d'éloignement prise à son encontre le 4 novembre 2021. Enfin, il a indiqué lors de son audition qu'en cas de mesure d'éloignement prise à son encontre il n'acceptait pas de repartir. Par suite, le préfet du Nord pouvait valablement se fonder sur les dispositions des 4°, 5° et 8° de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et du 3° de l'article L. 612-2 du même code pour refuser d'octroyer à l'intéressé un délai de départ volontaire.

9. En second lieu, si l'intéressé soutient qu'il ne constitue pas une menace à l'ordre public, un tel moyen est inopérant à l'encontre de la décision querellée dès lors qu'elle n'apparait pas fondée sur les dispositions du 1° de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

10. Il résulte de ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 8 mars 2023 par laquelle le préfet du Nord lui a refusé l'octroi d'un délai de départ volontaire.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

11. Si M. C soutient que la décision attaquée méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, il n'assortit son moyen d'aucune précision permettant au tribunal d'en apprécier le bien-fondé. Au surplus, il a indiqué lors de son audition n'avoir fait l'objet d'aucune menace dans son pays d'origine. Ce moyen ne peut, par suite, qu'être écarté.

12. Il résulte de ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 8 mars 2023 par laquelle le préfet du Nord a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement prise à son encontre par décision du même jour.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

13. Si M. C soutient que le préfet du Nord a entaché la décision attaquée d'une erreur d'appréciation dans l'application des articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en fixant à trois ans la durée pendant laquelle il lui est interdit de revenir sur le territoire français, il n'assortit son moyen d'aucune précision permettant d'en apprécier le bien-fondé. Au surplus, et en tout état de cause, l'intéressé déclare, sans au demeurant l'établir, être entré en France en 2016 et ne fait état d'aucun lien noué sur le territoire. En outre, il est très défavorablement connu des services de police pour des faits de vol, vol avec violence, port d'une arme blanche, détention de produits stupéfiants, violence avec usage ou menace d'une arme n'ayant pas entrainé d'incapacité et de viol, commis entre les mois de septembre 2019 et de mars de cette année. Interrogé à l'audience sur ces signalements, il n'a donné aucune explication cohérente susceptible de les expliquer. Ainsi, son comportement constitue une menace à l'ordre public. Enfin, il ressort également des pièces du dossier que l'intéressé a déjà fait l'objet d'une mesure d'éloignement adoptée par le préfet du Nord le 4 novembre 2021 à laquelle il n'a pas déféré. Ces éléments sont de nature à justifier la durée de l'interdiction litigieuse. Le moyen tiré de l'existence d'une erreur d'appréciation doit, par suite, être écarté.

14. Il résulte de ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 8 mars 2023 par laquelle le préfet du Nord lui a interdit de revenir sur le territoire français pour une durée de trois ans.

15. Eu égard à tout ce qui précède, M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 8 mars 2023 par lequel le préfet du Nord l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée de trois ans. Il y a lieu, par voie de conséquence, de rejeter ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte ainsi que celles relatives aux frais liés à l'instance.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. E C et au préfet du Nord.

Lu en audience publique le 6 avril 2023.

La magistrate,

Signé,

C. A

La greffière,

Signé,

F. JANET

La République mande et ordonne au préfet du Nord en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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