mercredi 10 mai 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lille |
| Section | Tribunal Administratif de Lille |
| N° Dossier | TA59-2302224 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | Reconduite à la frontière |
| Avocat requérant | LUTRAN |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 13 mars et 20 avril 2023, M. C A, représenté par Me Lutran, demande au tribunal :
1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 2 mars 2023 par lequel le préfet du Nord a décidé de le transférer aux autorités polonaises ;
3°) d'enjoindre au préfet du Nord d'enregistrer sa demande d'asile en procédure normale dans un délai de 15 jours à compter de la notification du jugement à intervenir ou, à défaut, de procéder au réexamen de sa situation dans le même délai ;
4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 000 euros à verser à son conseil sur le fondement des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
M. A soutient que la décision attaquée :
- est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle ;
- est illégale dès lors que la Pologne n'a pas accepté de le reprendre en charge ;
- méconnaît les dispositions de l'article 29 du règlement n° 604/2013 (UE) du 26 juin 2013 ainsi que les dispositions de l'article 9 du règlement n° 1560/2033.
La requête a été communiquée au préfet du Nord qui n'a pas produit de mémoire en défense.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le règlement (CE) n° 1560/2003 du 2 septembre 2003 de la Commission tel que modifié par le règlement d'exécution (UE) n° 118/2014 de la Commission du 30 janvier 2014 ;
- le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme D en application de l'article L. 572-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Varenne, magistrate désignée,
- les observations de Me Lutran, représentant M. A, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens ;
- les observations de M. A, assisté de Mme B, interprète assermenté en langue arabe, qui répond aux questions posées par le tribunal ;
- le préfet du Nord n'étant ni présent ni représenté.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant syrien né le 1er janvier 2000 à Swaida (Syrie), a déposé une demande d'asile en France enregistrée le 2 février 2022 par les services de la préfecture du Nord. A la suite de cette demande, le préfet du Nord, constatant que les empreintes décadactylaires de M. A avaient été enregistré en Pologne le 9 mai 2022 et que ce dernier avait également été enregistré en qualité de demandeur d'asile en Allemagne le 21 juin 2022, a saisi, le 3 février 2023, les autorités polonaises d'une demande de prise en charge et les autorités allemandes d'une demande de reprise en charge. Si les autorités allemandes ont refusé d'accéder à cette demande, les autorités polonaises on fait connaître leur accord le 9 février 2023. Par l'arrêté attaqué, le préfet du Nord a décidé de transférer M. A aux autorités polonaises.
Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président. / L'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut également être accordée lorsque la procédure met en péril les conditions essentielles de vie de l'intéressé, notamment en cas d'exécution forcée emportant saisie de biens ou expulsion. / () / L'aide juridictionnelle provisoire devient définitive si le contrôle des ressources du demandeur réalisé a posteriori par le bureau d'aide juridictionnelle établit l'insuffisance des ressources. ".
3. Eu égard aux circonstances de l'espèce, il y a lieu de prononcer, en application des dispositions précitées, l'admission provisoire de M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
4. Aux termes de l'article 29 du règlement n° 604/2013 (UE) du 26 juin 2013 : " Le transfert du demandeur ou d'une autre personne visée à l'article 18, paragraphe 1, point c) ou d) de l'État membre requérant vers l'État membre responsable s'effectue conformément au droit national de l'État membre requérant, après concertation entre les États membres concernés, dès qu'il est matériellement possible et, au plus tard, dans un délai de six mois à compter de l'acceptation par un autre État membre de la requête aux fins de prise en charge ou de reprise en charge de la personne concernée ou de la décision définitive sur le recours ou la révision lorsque l'effet suspensif est accordé conformément à l'article 27, paragraphe 3. / () / Si le transfert n'est pas exécuté dans le délai de six mois, l'État membre responsable est libéré de son obligation de prendre en charge ou de reprendre en charge la personne concernée et la responsabilité est alors transférée à l'État membre requérant. Ce délai peut être porté à un an au maximum s'il n'a pas pu être procédé au transfert en raison d'un emprisonnement de la personne concernée ou à dix-huit mois au maximum si la personne concernée prend la fuite. ". Aux termes de l'article 9 du règlement (UE) n° 1560/2003 du 2 septembre 2003 tel que modifié par le règlement d'exécution (UE) n° 118/2014 de la Commission du 30 janvier 2014 : " 1. L'État membre responsable est informé sans délai de tout report du transfert dû, soit à une procédure de recours ou révision ayant un effet suspensif, soit à des circonstances matérielles telles que l'état de santé du demandeur, l'indisponibilité du moyen de transport ou le fait que le demandeur s'est soustrait à l'exécution du transfert. / 2. Il incombe à l'État membre qui, pour un des motifs visés à l'article 19, paragraphe 4, et à l'article 20, paragraphe 2, du règlement (CE) no 343/2003, ne peut procéder au transfert dans le délai normal de six mois prévu à l'article 19, paragraphe 3, et à l'article 20, paragraphe 1, point d), dudit règlement, d'informer l'État responsable avant l'expiration de ce délai. À défaut, la responsabilité du traitement de la demande d'asile et les autres obligations découlant du règlement (CE) no 343/2003 incombent à cet État membre conformément aux dispositions de l'article 19, paragraphe 4, et de l'article 20, paragraphe 2, dudit règlement. () " et aux termes de l'article 5 de ce même règlement : " Lorsque, après vérification, l'État membre requis estime que les éléments soumis ne permettent pas de conclure à sa responsabilité, la réponse négative qu'il envoie à l'État membre requérant est pleinement motivée et explique en détail les raisons du refus. / 2. Lorsque l'État membre requérant estime que le refus qui lui est opposé repose sur une erreur d'appréciation ou lorsqu'il dispose d'éléments complémentaires à faire valoir, il lui est possible de solliciter un réexamen de sa requête. Cette faculté doit être exercée dans les trois semaines qui suivent la réception de la réponse négative. L'État membre requis s'efforce de répondre dans les deux semaines. En tout état de cause, cette procédure additionnelle ne rouvre pas les délais prévus à l'article 18, paragraphes 1 et 6, et à l'article 20, paragraphe 1, point b), du règlement (CE) no 343/2003. ".
5. Par ailleurs, la Cour de justice de l'Union européenne dans son arrêt du 12 janvier 2023 C-323/21, C-324/21 et C-325/1 a dit pour droit que les articles 23 et 29 du règlement Dublin III doivent être interprétés en ce sens que, lorsqu'un délai pour le transfert d'un ressortissant d'un pays tiers a commencé à courir entre un État membre requis et un premier État membre requérant, la responsabilité de l'examen de la demande de protection internationale introduite par cette personne est transférée à cet État membre requérant du fait de l'expiration de ce délai, alors même que ladite personne a, entretemps, introduit dans un troisième État membre une nouvelle demande de protection internationale ayant conduit à l'acceptation, par l'État membre requis, d'une requête aux fins de reprise en charge formulée par ce troisième État membre, pour autant que cette responsabilité n'ait pas été transférée audit troisième État membre du fait de l'expiration d'un des délais prévus à cet article 23.
6. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que le préfet du Nord, après avoir constaté que les empreintes décadactylaires de M. A avaient été enregistrées en Pologne le 9 mai 2022 et que celui-ci avait ensuite été enregistré en qualité de demandeur d'asile en Allemagne le 21 juin 2022, a saisi le 3 février 2023 les autorités polonaises d'une demande de prise en charge et les autorités allemandes d'une demande de reprise en charge. L'Allemagne a répondu négativement à cette demande le 7 février 2023 arguant de ce qu'à la suite de la demande d'asile déposée par M. A elle a saisi la Pologne d'une demande de prise en charge sur le fondement de l'article 13.1 du règlement n° 604/2013 (UE) du 26 juin 2013 laquelle a été acceptée par les autorités polonaises le 18 août 2022. Elle explique également que le délai de transfert a été prolongé jusqu'au 18 février 2024 en raison de la fuite du demandeur ou de l'introduction d'un recours contre la décision de transfert aux autorités polonaises. Par courrier du 9 février 2023, la Pologne a accepté de prendre en charge M. A tout en exposant aux autorités françaises avoir accepté la demande de prise en charge formulée précédemment par l'Allemagne sans que le transfert n'ait été effectué. Elle invite ainsi la France à vérifier auprès de l'Allemagne que la responsabilité dans l'examen de la demande d'asile de M. A ne lui aurait pas été transférée en raison de l'expiration des délais prévus à l'article 29 du règlement n° 604/2013 (UE) du 26 juin 2013, et ce conformément à l'interprétation faite par la Cour de justice de l'Union européenne dans son arrêt du 12 janvier 2023 C-323/21, C-324/21 et C-325/1 des articles 23 et 29 du règlement n° 604/2013 (UE) du 26 juin 2013. La France, qui a saisi l'Allemagne d'une demande de reprise en charge à laquelle cet État a répondu négativement en faisant valoir la prorogation des délais de transfert pour une durée de 18 mois, doit être regardée comme ayant suffisamment vérifié que l'Allemagne n'était pas devenue responsable de l'examen de la demande de M. A. Elle n'était pas tenue, contrairement à ce que soutient le requérant, eu égard à la teneur de la réponse des autorités allemandes et à la réponse des autorités polonaises, qui ont accepté de prendre en charge M. A en se bornant à inviter la France à vérifier que l'Allemagne n'était pas devenue responsable de l'examen de la demande d'asile de ce dernier sans toutefois contester la prolongation des délais de transfert, de demander à l'Allemagne de réexaminer sa requête aux fins de reprise en charge de M. A. Au demeurant, la mise en œuvre des dispositions précitées de l'article 5 du règlement n° 1560/2003 du 2 septembre 2003 tel que modifié par le règlement d'exécution (UE) n° 118/2014 de la Commission du 30 janvier 2014 est facultative. Enfin, compte tenu de la teneur des réponses des autorités polonaises et allemandes aux demandes de la France tendant, respectivement, à la prise et la reprise en charge de M. A telle qu'elle a été exposée ci-dessus, le préfet du Nord a pu, sans commettre d'erreur de droit, considérer que la Pologne était responsable de l'examen de la demande d'asile du requérant, qu'elle avait accepté sa prise en charge et, par suite, décider de transférer le requérant aux autorités polonaises. Il s'ensuit que les moyens tirés de ce que le préfet du Nord n'aurait pas procédé à un examen sérieux de la situation du requérant faute d'avoir adressé une demande de réexamen à l'Allemagne, de ce que la décision serait entachée d'une erreur de droit faute pour la Pologne d'avoir accepté de prendre en charge M. A et de ce que cette décision méconnaîtrait les dispositions des articles 29 du règlement n° 604/2013 (UE) du 26 juin 2013 et 9 du règlement (CE) n° 1560/2003 modifié par le règlement (UE) n° 18/2014 doivent être écartés.
7. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 2 mars 2023 par lequel le préfet du Nord a décidé de le transférer aux autorités polonaises. Il y a lieu, par voie de conséquence, de rejeter ses conclusions à fin d'injonction ainsi que celles relatives aux frais de l'instance.
D E C I D E :
Article 1er : M. A est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C A, à Me Valérie Lutran et au préfet du Nord.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 mai 2023.
La magistrate désignée,
signé
M. D
Le greffier,
signé
B. NIEUWJAER
La République mande et ordonne au préfet du Nord en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026