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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2302304

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2302304

vendredi 11 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2302304
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation7ème chambre
Avocat requérantCABINET CENTAURE AVOCATS

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Lille a rejeté la requête de M. A, ressortissant marocain, qui contestait la décision du préfet du Nord de retenir son passeport suite à une obligation de quitter le territoire français. Le tribunal a jugé que cette mesure, fondée sur les articles L. 733-4 et L. 814-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ne nécessite pas de forme écrite et n'est pas soumise à une obligation de motivation spécifique. Il a également estimé, en se référant à la décision du Conseil constitutionnel n° 97-389 DC, que la retenue du passeport ne porte pas atteinte à la liberté d'aller et venir ni au droit de quitter le territoire, dès lors que le document est restitué sans délai au moment du départ effectif. Par conséquent, la requête a été rejetée dans son ensemble.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 14 mars 2023, M. B A, représenté par Me Gommeaux, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler la décision par laquelle le préfet du Nord a décidé de retenir son passeport ;

3°) d'enjoindre au préfet du Nord de lui restituer son passeport dans le délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son avocat, Me Gommeaux, au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la décision attaquée a été signée par une autorité incompétente ;

- elle est entachée d'un vice de forme en l'absence de la mention des nom et prénom de son auteur ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle a été prise en violation de sa liberté d'aller et venir et de son droit de quitter le territoire national ;

- elle est entachée d'une erreur de droit ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

La requête a été communiquée au préfet du Nord, qui a produit des pièces sans présenter de mémoire en défense.

M. B A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 12 juin 2023 du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Lille.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la Constitution du 4 octobre 1958 ;

- la décision n° 97-389 DC du 22 avril 1997 du Conseil constitutionnel ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement du Royaume du Maroc, signé le 9 octobre 1987, en matière de séjour et d'emploi ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Barre a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant marocain né le 6 janvier 2002, est entré en France en novembre 2019. Par un arrêté du 5 mars 2023, le préfet du Nord a obligé l'intéressé à quitter sans délai le territoire français, en fixant son pays de destination et a lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée d'un an. Par une décision subséquente, non formalisée, dont M. A demande l'annulation, le préfet du Nord a décidé de la retenue de son passeport.

Sur l'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :

2. M. B A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 12 juin 2023 du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Lille. Par suite, il n'y a plus lieu de statuer sur ses conclusions à fin d'admission à l'aide juridictionnelle provisoire.

Sur le surplus des conclusions de la requête :

3. Aux termes de l'article L. 733-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut prescrire à l'étranger assigné à résidence la remise de son passeport ou de tout document justificatif de son identité, dans les conditions prévues à l'article L. 814-1. ". Aux termes de l'article L. 814-1 du même code : " L'autorité administrative compétente, les services de police et les unités de gendarmerie sont habilités à retenir le passeport ou le document de voyage des personnes de nationalité étrangère en situation irrégulière. / Ils leur remettent en échange un récépissé valant justification de leur identité et sur lequel sont mentionnées la date de retenue et les modalités de restitution du document retenu. ". Ainsi que l'a jugé le Conseil constitutionnel dans la décision n° 97-389 DC du 22 avril 1997 susvisée, ces dispositions ont pour seul objet de garantir que l'étranger en situation irrégulière sera en possession du document permettant d'assurer son départ effectif du territoire national et que par cette mesure, il ne saurait en aucune façon être fait obstacle à l'exercice par l'étranger du droit de quitter le territoire national et de ses autres libertés et droits fondamentaux.

4. En premier lieu, M. A ne peut utilement alléguer que la décision de retenue de passeport a été signée par une autorité incompétente et est entachée d'un vice de forme en l'absence de la mention des nom et prénom de son auteur dès lors que cette décision, révélée par la remise du récépissé valant justification de l'identité établie en application de l'article L. 814-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ne prend pas de forme écrite.

5. En deuxième lieu, M. A ne peut utilement se plaindre d'un défaut de motivation de la décision attaquée dès lors qu'il s'agit d'une décision révélée et qu'il n'a pas demandé à l'autorité préfectorale la communication des motifs de celle-ci.

6. En troisième lieu, il résulte des réserves d'interprétation énoncées par le Conseil constitutionnel dans sa décision n° 97-389 DC susvisée que la retenue d'un passeport ou d'un document de voyage ne saurait faire obstacle à l'exercice par l'étranger du droit de quitter le territoire national et que, à toute demande de restitution du document retenu, ce dernier sera remis sans délai au lieu où l'intéressé quittera le territoire français. Il s'ensuit que l'administration peut, sans porter atteinte à la liberté d'aller et venir, ni au droit de l'intéressé à quitter le territoire national, imposer à l'étranger la remise de l'original de son passeport, dès lors qu'elle est tenue de se conformer aux règles posées par ces réserves d'interprétation. En l'espèce, d'une part, il ressort des termes mêmes du récépissé produit par le requérant que son passeport pourra lui être remis dès qu'il aura informé l'autorité administrative de son intention d'exécuter la mesure d'éloignement dont il fait l'objet et ce dans le cadre du délai de départ volontaire imparti. D'autre part, si M. A soutient qu'il n'a pas été informé de l'autorité à laquelle il devait s'adresser pour obtenir la restitution de son passeport, le récépissé qu'il produit mentionne que son passeport est retenu par le service de la police aux frontières de Lille et indique les coordonnées de ce service. Par suite, les moyens tirés de la violation de la liberté d'aller et venir du requérant et de son droit de quitter le territoire national doivent être écartés.

7. En dernier lieu, M. A soutient que la décision attaquée est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors que la durée de retenue de son passeport n'est pas fixée. Toutefois, d'une part, la retenue du passeport du requérant ne le prive pas, par elle-même, de la possibilité de faire la preuve de son identité pour l'accomplissement des actes de la vie courante qui ne sont pas subordonnés à la régularité de son séjour, compte tenu du récépissé qui lui a été remis. D'autre part, ainsi qu'il a été dit au point 6, son passeport pourra lui être remis dès qu'il aura informé l'autorité administrative de son intention d'exécuter la mesure d'éloignement dont il fait l'objet et ce dans le cadre du délai de départ volontaire imparti. Par suite, les moyens tirés de l'erreur de droit et de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés.

8. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de M. A à fin d'annulation de la décision portant retenue de son passeport doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction sous astreinte et celles présentées sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

DÉCIDE :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions de M. A tendant à son admission à l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet du Nord.

Délibéré après l'audience du 20 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Paganel, président,

Mme Barre, conseillère,

M. Jouanneau, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 octobre 2024.

La rapporteure,Le président,SignéSignéC. BARREM. PAGANELLa greffière,SignéA. BEGUE

La République mande et ordonne au préfet du Nord en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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