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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2302777

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2302777

jeudi 6 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2302777
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantDELOBEL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 28 mars 2023, M. D B demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 27 mars 2023 par lequel la préfète de l'Oise l'a obligé à quitter le territoire français, lui a refusé l'octroi d'un délai de départ volontaire, a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement et lui a interdit le retour sur le territoire français pendant un an ;

2°) d'enjoindre à cette préfète de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai de quinze jours à compter de la notification du présent jugement, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à charge pour son conseil de renoncer à la part contributive de l'Etat.

Il soutient que :

En ce qui concerne l'ensemble des décisions :

- elles n'ont pas été prises par une autorité compétente ;

- elles sont insuffisamment motivées ;

- elles ne lui ont pas été notifiées dans une langue qu'il comprend ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle porte atteinte à son droit au respect de sa vie privée et familiale ;

En ce qui concerne la décision portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire :

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation dès lors que son comportement ne représente pas une menace pour l'ordre public et qu'il ne présente pas de risque de fuite.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- en fixant à un an la durée de son interdiction de retour, la préfète de l'Oise a entaché sa décision d'une erreur d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 3 avril 2023, la préfète de l'Oise conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que :

- la requête est irrecevable pour ne comporter ni moyen ni conclusion, en méconnaissance de l'article R.411-1 du code de justice administrative ;

- les moyens sont irrecevables pour ne pas être assortis de précisions suffisantes permettant au tribunal d'en apprécier le bien-fondé ;

- les conclusions tendant à l'annulation du signalement aux fins de non-admission dans le fichier SIS, qui ne constitue pas une décision distincte de l'interdiction de retour sur le territoire français, sont irrecevables ;

- le moyen tiré de l'absence de notification régulière est inopérant ;

- les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président du tribunal a désigné Mme A en application de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Piou, magistrate désignée ;

- les observations de Me Delobel, représentant M. B, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens qu'il développe et précise que l'atteinte au droit du requérant au respect de sa vie privée et familiale constitue une méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- les observations de M. B, assisté de Mme C, interprète assermentée en langue penjabi ;

- la préfète de l'Oise n'étant ni présente ni représentée.

Considérant ce qui suit :

1. M. D B, ressortissant indien né le 3 février 1994 à Punjab (Inde), demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 27 mars 2023 par lequel la préfète de l'Oise l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement et lui a interdit le retour sur le territoire français pendant un an.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne l'ensemble des décisions :

2. En premier lieu, par un arrêté du 6 février 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de l'Etat dans le département de l'Oise du même jour, la préfète de l'Oise a donné délégation à M. Sébastien Lime, secrétaire général de la préfecture de l'Oise, à l'effet de signer, notamment, les décisions telles que celles en litige. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur des décisions attaquées manque en fait.

3. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué mentionne avec suffisamment de précisions les circonstances de fait et de droit sur lesquelles il se fonde, en visant notamment les articles L. 611-1 (2°), L.612-2 (3°) et L. 721-3 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et en faisant mention des conditions d'entrée et de séjour de l'intéressé en France, de sa situation familiale et professionnelle, des motifs ayant conduit la préfète à considérer qu'il ne présentait pas de garanties suffisantes de représentation et de ce qu'il ne justifie pas de motifs sérieux et avérés permettant de croire que sa vie ou sa liberté serait menacée dans son pays d'origine ou qu'il y serait exposé à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. S'agissant plus particulièrement de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français, il vise l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et sa motivation atteste que l'ensemble des critères énoncés par l'article L. 612-10 du même code a été pris en compte. Enfin, la préfète de l'Oise précise que l'intéressé ne se prévaut d'aucune circonstance humanitaire. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation des décisions attaquées doit être écarté.

4. En troisième lieu, les conditions de notification d'une décision sont sans incidence sur la légalité de celle-ci.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

5. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1°) Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; 2°) Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

6. Si M. B soutient avoir noué des attaches en France depuis son arrivée au mois d'août 2022, il ne l'établit par aucune pièce et n'apporte par ailleurs aucune précision circonstanciée à cet égard. Il ressort en outre des pièces du dossier que sa famille réside dans son pays d'origine et que sa compagne vit quant à elle au Canada. Dans ces conditions, M. B n'est pas fondé à soutenir que la décision litigieuse porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale, tel que garanti par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

7. Il résulte de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 27 mars 2023 par laquelle la préfète de l'Oise lui a fait obligation de quitter le territoire français.

En ce qui concerne la décision portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire :

8. En premier lieu, aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entré et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. () ". Par ailleurs, aux termes de l'article L. 612-2 du même code : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ;/ () / 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ". Enfin, l'article L. 612-3 de ce code dispose que : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; / () / 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, qu'il a refusé de se soumettre aux opérations de relevé d'empreintes digitales ou de prise de photographie prévues au 3° de l'article L. 142-1, qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale ou qu'il s'est précédemment soustrait aux obligations prévues aux articles L. 721-6 à L. 721-27, L. 731-1, L. 731-3, L. 733-1 à L. 733-4, L. 733-6, L. 743-13 à L. 743-15 et L. 751-5. ".

9. Il ressort des pièces du dossier que M. B a indiqué aux services de police, lors de son audition du 27 mars 2023, être domicilié chez un ami à Aubervilliers sans pouvoir indiquer d'adresse déterminée. Par ailleurs, il indique être entré en France au mois d'août 2022, soit après l'expiration de son visa, et ne pas avoir présenté de demande de titre de séjour. Par suite, la préfète de l'Oise pouvait valablement se fonder sur les dispositions du 3° de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour refuser d'octroyer à l'intéressé un délai de départ volontaire.

10. En second lieu, si l'intéressé soutient qu'il ne constitue pas une menace à l'ordre public, un tel moyen est inopérant à l'encontre de la décision querellée dès lors qu'elle n'apparait pas fondée sur les dispositions du 1° de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

11. Il résulte de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 27 mars 2023 par laquelle la préfète de l'Oise lui a refusé l'octroi d'un délai de départ volontaire.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

12. Si M. B déclare craindre pour sa vie en cas de retour dans son pays d'origine en raison de dettes qu'il aurait contractées, il n'apporte à l'appui de ses allégations aucune pièce de nature à en justifier non plus qu'aucune précision circonstanciée. Par ailleurs, il ne ressort pas davantage des pièces du dossier qu'il ne pourrait, le cas échéant, bénéficier d'une protection adéquate des autorités de son pays. Par suite, ce moyen ne peut qu'être écarté.

13. Il résulte de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 27 mars 2023 par laquelle la préfète de l'Oise a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement prise à son encontre par décision du même jour.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

14. M. B déclare être entré récemment en France, au mois d'août 2022, et ne fait état d'aucun lien noué sur le territoire. Dans ces conditions, alors que la durée d'une telle mesure peut aller, en l'absence d'octroi d'un délai de départ volontaire, jusqu'à trois ans, la préfète de l'Oise n'a pas, en fixant à un an la durée de l'interdiction contestée, entaché sa décision d'une erreur d'appréciation, malgré l'absence de précédente mesure d'éloignement et de comportement susceptible de caractériser une menace à l'ordre public. Ce moyen doit, par suite, être écarté.

15. Il résulte de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 27 mars 2023 par laquelle la préfète de l'Oise lui a interdit de revenir sur le territoire français pour une durée d'un an.

16. Eu égard à tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la fin de non-recevoir soulevée en défense, M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 27 mars 2023 par lequel la préfète de l'Oise l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée d'un an. Il y a lieu, par voie de conséquence, de rejeter ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte ainsi que celles relatives aux frais liés à l'instance.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D B et à la préfète de l'Oise.

Lu en audience publique le 6 avril 2023

La magistrate,

Signé,

C. A

La greffière,

Signé,

F. JANET

La République mande et ordonne à la préfète de l'Oise en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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