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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2302787

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2302787

mardi 28 novembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2302787
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantCLIQUENNOIS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 28 mars 2023, M. A C, représenté par Me Cliquennois, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 13 janvier 2023 par lequel le préfet du Nord lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée d'un an ;

2°) d'enjoindre au préfet du Nord de lui délivrer le titre de séjour sollicité ou, à défaut, de procéder au réexamen de sa situation, sous astreinte de 155 euros par jour de retard, et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;

3°) d'enjoindre au préfet du Nord de procéder à l'effacement de son signalement du fichier SIS et au fichier des personnes recherchées ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, contre renonciation de la part dudit conseil au bénéfice de l'indemnité versée au titre de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

En ce qui concerne l'ensemble des décisions :

- ces décisions ont été signées par une autorité incompétente ;

En ce qui concerne la décision portant refus de séjour :

- cette décision est insuffisamment motivée ;

- le préfet ne justifie pas de l'avis du collège des médecins de l'OFII en méconnaissance des dispositions de l'article R. 425-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le préfet ne justifie pas de la signature et de l'identité des médecins du collège de l'OFII qui ont rendu l'avis, en méconnaissance de l'article R. 4127-76 du code de la santé publique ;

- le préfet ne justifie pas que les médecins en cause auraient été agréés par application de l'article 2 de l'arrêté du 9 novembre 2011 ;

- il n'est pas établi que le médecin rapporteur n'a pas lui-même siégé au sein du collège des médecins de l'OFII qui a rendu l'avis le concernant ;

- elle méconnaît les stipulations du 7) de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

- elle n'a pas été précédée d'un examen sérieux de sa situation personnelle.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- cette décision est insuffisamment motivée ;

- elle méconnaît les dispositions du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

- elle n'a pas été précédée d'un examen sérieux de sa situation personnelle.

En ce qui concerne la décision portant octroi d'un délai de départ volontaire de trente jours :

- cette décision est insuffisamment motivée ;

- il excipe, à l'encontre de cette décision, de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- le préfet du Nord a commis une erreur manifeste d'appréciation en ne lui octroyant pas de délai de départ supérieur ou, à tout le moins, en n'examinant pas une telle possibilité comme le prévoit l'article 7 de la directive du Parlement européen et du Conseil du 16 décembre 2008.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- il excipe, à l'encontre de cette décision, de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- il excipe, à l'encontre de cette décision, de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

L'OFII a transmis l'entier dossier médical du requérant le 25 avril 2023, des pièces enregistrées le 26 septembre 203 et a produit un mémoire en observation enregistré le 15 mai 2023.

Il fait valoir que :

- les troubles cognitifs constituent des séquelles du traumatisme crânien, l'absence de suivi de ces troubles cognitifs n'entraîne pas de conséquences d'une exceptionnelle gravité dans la mesure où ils ne menacent pas le pronostic vital et n'entraînent pas d'altération majeure d'une fonction vitale de l'organisme et il en est de même des épisodes de céphalée et des vertiges ;

- l'intéressé bénéficie de suivis neurologique et psychologique qui sont disponibles en Algérie ; par ailleurs, les traitements suivis ne sont pas curatifs mais peuvent améliorer la qualité de vie en atténuant les symptômes séquellaires du patient.

La clôture d'instruction a été fixée au 25 mai 2023 à 12 h 00 par ordonnance du 25 avril 2022.

Le préfet du Nord a produit des pièces le 31 août 2023.

M. C a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 27 février 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- l'arrêté du 27 décembre 2016 relatif aux conditions d'établissement et de transmission des certificats médicaux, rapports médicaux et avis mentionnés aux articles R. 313-22, R. 313-23 et R. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Fabre, président-rapporteur ;

- les conclusions de M. Even, rapporteur public ;

- et les observations de Me Cliquennois, représentant M. C, lui-même présent.

Considérant ce qui suit :

1. M. A C ressortissant algérien né le 31 mai 1991 en Algérie, de nationalité algérienne, est entré en France le 30 mai 2019 selon ses déclarations. Par une demande en date du 6 décembre 2021, il a sollicité la délivrance d'un certificat de résidence algérien portant la mention " vie privée et familiale " pour " raisons de santé ". Par un arrêté du 13 janvier 2023, dont le requérant demande l'annulation, le préfet du Nord a rejeté sa demande, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée d'un an.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne l'ensemble des décisions :

2. En premier lieu, l'arrêté contesté a été pris par M. B D, adjoint à la cheffe du bureau du contentieux et du droit des étrangers de la préfecture du Nord, qui était compétent pour ce faire en vertu d'un arrêté du 13 octobre 2022, régulièrement publié le même jour au recueil des actes administratifs n° 245 de l'Etat dans le département du Nord. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté litigieux manque en fait et doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour :

3. En premier lieu, la décision attaquée, qui n'avait pas à indiquer de manière exhaustive l'ensemble des éléments relatifs à la situation de l'intéressé, mentionne avec suffisamment de précisions les circonstances de fait et de droit sur lesquelles elle se fonde. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article R. 425-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Pour l'application de l'article L. 425-9, le préfet délivre la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " au vu d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. / L'avis est émis dans les conditions fixées par arrêté du ministre chargé de l'immigration et du ministre chargé de la santé au vu, d'une part, d'un rapport médical établi par un médecin de l'office et, d'autre part, des informations disponibles sur les possibilités de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays d'origine de l'intéressé. /() ". Aux termes de l'article R. 425-12 du même code : " Le rapport médical mentionné à l'article R. 425-11 est établi par un médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration à partir d'un certificat médical établi par le médecin qui suit habituellement le demandeur ou par un médecin praticien hospitalier inscrits au tableau de l'ordre, dans les conditions prévues par l'arrêté mentionné au deuxième alinéa du même article. () ". En vertu de l'article R. 425-13 de ce code : " Le collège à compétence nationale mentionné à l'article R. 425-12 est composé de trois médecins, il émet un avis dans les conditions de l'arrêté mentionné au premier alinéa du même article. La composition du collège et, le cas échéant, de ses formations est fixée par décision du directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Le médecin ayant établi le rapport médical ne siège pas au sein du collège. / () ". Aux termes de l'article 6 de l'arrêté du 27 décembre 2016 relatif aux conditions d'établissement et de transmission des certificats médicaux, rapports médicaux et avis mentionnés aux articles R. 313-22, R. 313-23 et R. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, " () L'avis émis à l'issue de la délibération est signé par chacun des trois médecins membres du collège ".

5. Par son avis du 31 mai 2022, le collège des médecins de l'OFII a considéré que l'état de santé de l'intéressé nécessitait une prise en charge dont le défaut ne devrait pas entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité. Cet avis comporte la signature et l'identité des médecins qui l'ont émis, lesdits médecins ayant par ailleurs été régulièrement désignés par décision du directeur général de l'OFII du 14 mars 2022, publié sur le site internet de l'OFII. Enfin, il ressort également des pièces du dossier que le médecin qui a été établi le rapport médical le 7 mars 2022, n'a pas participé à la délibération du collège de trois médecins. Ainsi, le moyen tiré du vice de procédure, dans ses différentes branches, doit être écarté.

6. En troisième lieu, aux termes du 7) de l'article 6 l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 relatif à la circulation, à l'emploi et au séjour des ressortissants algériens et de leurs familles : " () / Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit :/ () / 7) au ressortissant algérien, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité, sous réserve qu'il ne puisse pas effectivement bénéficier d'un traitement approprié dans son pays./ () ".

7. Il ressort certes des pièces du dossier que l'intéressée a été victime d'un accident le 18 juin 2021, à la suite duquel ont été relevés un traumatisme crânien compliqué d'hématome sous dural qui a nécessité une évacuation chirurgicale et des contusions parenchymateuses cérébrales. A la date de l'arrêté, le requérant souffre toujours des conséquences de ces lésions cérébrales qui ont entrainé des séquelles neuropsychologiques sous la forme de troubles psychocomportementaux, et de troubles cognitifs, comprenant notamment une altération du système sémantique et des troubles mnésiques, ainsi que des épisodes de céphalées et de vertiges. Pour autant, ainsi qu'il a été dit précédemment, le collège des médecins de l'OFII a considéré que si l'état de santé de M. C nécessitait une prise en charge, le défaut de prise en charge ne devrait cependant pas entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité. Si le requérant indique, en en justifiant, qu'il reste suivi au centre médico psychologique de Lille ainsi qu'au service de rééducation du centre hospitalier de Roubaix, il reste constant qu'aucune des pièces médicales fournies par le requérant ne permet de remettre en cause l'appréciation de l'OFII dans la mesure où les troubles dont il reste atteint ne caractérisent pas une pathologie dont le défaut de prise en charge pourrait entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité. Par suite, le moyen tiré de l'inexacte application des stipulations du 7) de l'article 6 de l'accord franco-algérien doit être écarté.

8. En quatrième et dernier lieu, si le requérant fait état de la nécessité de sa présence en France pour la réalisation d'une expertise amiable et contradictoire afin d'évaluation de son dommage corporel, une telle circonstance est sans incidence sur la décision de refus de séjour qui ne constitue pas une mesure d'éloignement. Par ailleurs, pour ce qui est de la procédure judiciaire le concernant dirigée contre l'auteur de l'accident de la route dont il a été victime, d'une part, il ne démontre pas qu'il serait dans l'incapacité de se faire représenter pour défendre ses intérêts dans le cadre de cette procédure et une telle circonstance est, par elle-même, sans incidence sur le droit au séjour du requérant. Ainsi, la décision contestée n'est pas entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle de l'intéressé.

9. En cinquième et dernier lieu, il résulte de ce qui précède, ainsi que de la décision contestée elle-même, que ladite décision a été précédée d'un examen sérieux de la situation personnelle du requérant.

10. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la décision portant refus de titre de séjour doivent être rejetées.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

11. En premier lieu, pour les mêmes motifs qu'énoncés au point 3, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

12. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français :/ () 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié./ () ".

13. Il résulte de ce qui a été dit au point 7 que le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées doit être écarté.

14. En troisième et dernier lieu, il résulte de ce qui a été dit au point 8 et alors que, par ailleurs, ladite décision ne fait par elle-même pas obstacle à ce que le requérant revienne en France en situation régulière, en cas de besoin, pour la suite de la procédure judiciaire, que le moyen tiré de l'erreur manifeste que le préfet du Nord aurait commis dans l'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle du requérant doit être écarté.

15. En quatrième et dernier lieu, il résulte de ce qui a été dit précédemment, que le moyen tiré de l'examen sérieux de la situation personnelle du requérant doit être écarté.

16. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français doivent être rejetées.

En ce qui concerne la décision octroyant un délai de départ volontaire de trente jours :

17. En premier lieu, pour les mêmes motifs qu'énoncés au point 3, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

18. En deuxième lieu, il résulte de ce qui précède que le moyen tiré, par voie d'exception, de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français à l'encontre de la décision portant octroi d'un délai de départ volontaire de trente jours doit être écarté.

19. En troisième et dernier lieu, aux termes des dispositions de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. / L'autorité administrative peut accorder, à titre exceptionnel, un délai de départ volontaire supérieur à trente jours s'il apparaît nécessaire de tenir compte de circonstances propres à chaque cas. / Elle peut prolonger le délai accordé pour une durée appropriée s'il apparaît nécessaire de tenir compte de circonstances propres à chaque cas. L'étranger est informé par écrit de cette prolongation " et aux termes de l'article 7 de la directive du Parlement européen et du Conseil du 16 décembre 2008 relative aux normes et procédures communes applicables dans les États membres au retour des ressortissants de pays tiers en séjour irrégulier : " La décision de retour prévoit un délai approprié allant de sept à trente jours pour le départ volontaire, sans préjudice des exceptions visées aux paragraphes 2 et 4 () / 2. Si nécessaire, les Etats membres prolongent le délai de départ volontaire d'une durée appropriée, en tenant compte des circonstances propres à chaque cas, telles que la durée du séjour, l'existence d'enfants scolarisés et d'autres liens familiaux et sociaux. / () ".

20. M. C ne soutient ni même n'allègue que les dispositions nationales, figurant à l'article L. 612-1 précité du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne seraient pas compatibles avec les dispositions de l'article 7 de la directive du 16 décembre 2008 citées au point précédent et elle ne peut ainsi utilement se prévaloir directement de cette directive. Par ailleurs, si le requérant soutient que le préfet aurait dû lui accorder un délai de départ volontaire d'une durée supérieure à trente jours, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'en retenant le délai de droit commun de trente jours le préfet du Nord aurait entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation dans l'application des dispositions de l'article L. 612-1 précité.

21. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la décision octroyant un délai de départ volontaire de trente jours doivent être rejetées.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

22. Il résulte de ce qui précède que le moyen tiré, par voie d'exception, de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français à l'encontre de la décision fixant le pays de destination doit être écarté et que, par suite, les conclusions à fin d'annulation de cette décision doivent être rejetées.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français

23. Aux termes de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. / () ". Par ailleurs, aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 () ".

24. Il ressort des pièces du dossier que M. C, entré en France en 2019, n'a fait l'objet antérieurement d'aucune mesure d'éloignement et ne constitue pas une menace à l'ordre public. Par suite, et nonobstant la faiblesse des liens noués sur le territoire national, le préfet du Nord, qui n'est pas dans une situation de compétence liée pour prendre, dans ce cas, une interdiction de retour, a commis une erreur manifeste d'appréciation, pour l'application des dispositions précitées, en prenant à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée d'un an.

25. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens, que la décision portant interdiction de retour prise à l'encontre de M. C doit être annulée.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

26. Le présent jugement implique nécessairement, mais uniquement, qu'il soit enjoint au préfet du Nord de procéder à l'effacement de son signalement du fichier SIS et du fichier des personnes recherchées.

Sur les frais d'instance :

27. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 900 euros à verser à Me Cliquennois au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 contre renonciation de la part de ce conseil au bénéfice de l'indemnité versée au titre de l'aide juridictionnelle.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du 13 janvier 2023 par laquelle le préfet du Nord a interdit M. C de retour sur le territoire français pendant une durée d'un an est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au préfet du Nord de procéder à l'effacement du signalement de M. C du fichier SIS et du fichier des personnes recherchées.

Article 3 : L'Etat versera à Me Cliquennois la somme de 900 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 contre renonciation de la part de ce conseil au bénéfice de l'indemnité versée au titre de l'aide juridictionnelle.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A C, au préfet du Nord et à Me Cliquennois.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des Outre-mer.

Délibéré après l'audience du 7 novembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Fabre, président,

M. Larue, premier conseiller,

M. Lemée, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 novembre 2023.

Le président-rapporteur,

Signé

X. FABRE

L'assesseur le plus ancien,

Signé

X. LARUE

Le greffier,

Signé

A. DEWIERE

La République mande et ordonne au préfet du Nord en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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