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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2302883

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2302883

jeudi 6 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2302883
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantDELOBEL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 30 mars 2023, M. C C demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 29 mars 2023 par lequel le préfet du Nord l'a obligé à quitter le territoire français, lui a refusé l'octroi d'un délai de départ volontaire, a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement et lui a interdit le retour sur le territoire français pendant deux ans ;

2°) d'enjoindre à ce préfet de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai de quinze jours à compter de la notification du présent jugement, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à charge pour son conseil de renoncer à la part contributive de l'Etat.

Il soutient que :

En ce qui concerne l'ensemble des décisions :

- elles n'ont pas été prises par une autorité compétente ;

- elles sont insuffisamment motivées ;

- elles ne lui ont pas été notifiées dans une langue qu'il comprend ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle porte atteinte à son droit au respect de sa vie privée et familiale ;

En ce qui concerne la décision portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire :

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation dès lors que son comportement ne représente pas une menace pour l'ordre public et qu'il ne présente pas de risque de fuite.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- en fixant à deux ans la durée de son interdiction de retour, le préfet a entaché sa décision d'une erreur d'appréciation.

Des pièces, enregistrées le 3 avril 2023, ont été produites par le préfet du Nord.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative ;

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président du tribunal a désigné Mme A en application de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Piou, magistrate désignée ;

- les observations de Me Delobel, représentant M. C, qui conclut aux mêmes fins que la requête ; il abandonne les moyens tirés de l'incompétence de l'auteure des décisions contestées et de leur notification irrégulière ; il reprend les autres moyens soulevés dans la requête qu'il développe et précise que l'atteinte au droit du requérant au respect de sa vie privée et familiale constitue une méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- les observations de M. C, assisté de Mme B, interprète assermentée en langue ourdou ;

- les observations de Me Ioannidou, représentant le préfet du Nord, qui conclut au rejet de la requête et fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Considérant ce qui suit :

1. M. C C, ressortissant pakistanais né le 4 février 1995 à Gujranwala (Pakistan), demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 29 mars 2023 par lequel le préfet du Nord l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement et lui a interdit le retour sur le territoire français pendant deux ans.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne l'ensemble des décisions :

2. L'arrêté attaqué mentionne avec suffisamment de précisions les circonstances de fait et de droit sur lesquelles il se fonde, en visant notamment les articles L. 611-1 (4°), L.612-2 (3°), L. 612-3 (4°, 5° et 8°) et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et en faisant mention des conditions d'entrée en France de l'intéressé, du rejet définitif de sa demande d'asile, des raisons ayant conduit le préfet à considérer qu'il ne présentait pas de garanties suffisantes de représentation, de sa situation familiale, de ce qu'il déclare vivre et travailler au Portugal depuis deux ans et de ce qu'il n'établit pas être exposé à des peines ou traitements inhumains ou dégradants en cas de retour dans son pays d'origine. S'agissant plus particulièrement de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français, il vise les dispositions des articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et sa motivation atteste que l'ensemble des critères énoncés par ce dernier article a été pris en compte. Enfin, le préfet du Nord précise que l'intéressé ne se prévaut d'aucune circonstance humanitaire. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation des décisions attaquées doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

3. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

4. Si M. C a fait état à l'audience de la présence d'amis sur le territoire français, il ne l'établit par aucune pièce et ne justifie pas davantage de l'intensité de leurs liens. Le moyen tiré de l'atteinte au respect de sa vie privée et familiale, tel que garanti par les stipulations précitées, ne peut, par suite, qu'être écarté.

5. Il résulte de ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 29 mars 2023 par laquelle le préfet du Nord lui a fait obligation de quitter le territoire français.

En ce qui concerne la décision portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire :

6. En premier lieu, aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entré et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. () ". Par ailleurs, aux termes de l'article L. 612-2 du même code : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ;/ () / 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ". Enfin, l'article L. 612-3 de ce code dispose que : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / () / 4° L'étranger a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français ;/5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement ;/ () 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, qu'il a refusé de se soumettre aux opérations de relevé d'empreintes digitales ou de prise de photographie prévues au 3° de l'article L. 142-1, qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale ou qu'il s'est précédemment soustrait aux obligations prévues aux articles L. 721-6 à L. 721-27, L. 731-1, L. 731-3, L. 733-1 à L. 733-4, L. 733-6, L. 743-13 à L. 743-15 et L. 751-5. ".

7. Il ne ressort pas des pièces du dossier, notamment du procès-verbal de l'audition de l'intéressé par les services de police réalisée le 23 mars 2023, qu'il aurait manifesté son intention de ne pas se conformer à l'exécution d'une future mesure d'éloignement. Par suite, la décision est entachée d'une erreur d'appréciation dans l'application des dispositions de l'article L. 612-3 (4°) du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que M. C a indiqué aux services de police, lors de cette même audition, être domicilié à Garges-les-Gonesses, sans pour autant en justifier et tout en indiquant travailler au Portugal. Interrogé à l'audience, il indique que cette adresse est celle d'un ami et qu'il réside au Portugal depuis deux ans. Ainsi, il confirme ne pas disposer d'une résidence effective et permanente sur ce territoire. Par ailleurs, il ressort des pièces du dossier qu'il a fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement le 18 juin 2021 prise par le préfet des Yvelines. Par suite, le préfet du Nord pouvait valablement se fonder sur les dispositions du 3° de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que sur celles des 5° et 8° de l'article L. 612-3 du même code pour refuser d'octroyer à l'intéressé un délai de départ volontaire. Enfin, il résulte de l'instruction que le préfet du Nord aurait pris la même décision s'il s'était uniquement fondé sur ces dernières dispositions.

8. En second lieu, si l'intéressé soutient qu'il ne constitue pas une menace à l'ordre public, un tel moyen est inopérant à l'encontre de la décision querellée dès lors qu'elle n'apparait pas fondée sur les dispositions de l'article L. 612-2 (1°) du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

9. Il résulte de ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 29 mars 2023 par laquelle le préfet du Nord lui a refusé l'octroi d'un délai de départ volontaire.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

10. Si M. C soutient craindre des représailles liées à un conflit foncier en cas de retour dans son pays d'origine, il ne l'établit par aucune pièce et n'apporte pas de précisions circonstanciées à l'audience. Par ailleurs, il a indiqué, lors de son audition, accepter de retourner au Pakistan pour y passer des vacances. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ne peut qu'être écarté.

11. Il résulte de ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 29 mars 2023 par laquelle le préfet du Nord a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement prise à son encontre par décision du même jour.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

12. M. C déclare, sans pour autant l'établir, être entré pour la première fois en France en 2019 mais résider irrégulièrement au Portugal depuis deux ans. Par ailleurs, s'il évoque la présence d'amis sur le territoire français, il ne justifie ni de leur existence ni de l'intensité de leurs liens. Enfin, il s'est soustrait à une précédente mesure d'éloignement, prise à son encontre le 18 juin 2021 par le préfet des Yvelines. Dans ces conditions, et malgré l'absence de comportement susceptible d'être qualifié de menace à l'ordre public, le préfet du Nord n'a pas, en fixant à deux ans la durée de la mesure contestée, entaché sa décision d'une erreur d'appréciation. Ce moyen doit, par suite, être écarté.

13. Il résulte de ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 29 mars 2023 par laquelle le préfet du Nord lui a interdit de revenir sur le territoire français pour une durée de deux ans.

14. Eu égard à tout ce qui précède, M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 29 mars 2023 par lequel le préfet du Nord l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée de deux ans. Il y a lieu, par voie de conséquence, de rejeter ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte ainsi que celles relatives aux frais liés à l'instance.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C C et au préfet du Nord.

Lu en audience publique le 6 avril 2023.

La magistrate,

Signé,

C. A

La greffière,

Signé,

F. JANET

La République mande et ordonne au préfet du Nord en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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