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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2302901

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2302901

jeudi 26 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2302901
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantPERINAUD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire en réplique, enregistrés les 30 mars 2023 et 1er juin 2023, M. A B, représenté par Me Périnaud, demande au tribunal :

1°) d'annuler pour excès de pouvoir l'arrêté du 1er mars 2023 par lequel le préfet du Nord a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement ;

2°) d'enjoindre au préfet du Nord de lui délivrer le titre de séjour sollicité ou de réexaminer sa situation et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour, sous astreinte de 155 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :

- elle a été prise par une autorité incompétente ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 5 de l'accord franco-algérien du

27 décembre 1968 en considérant que son activité commerciale n'était pas soumise à autorisation et en faisant application des stipulations du a) de l'article 7 de cet accord ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 5 de l'accord franco-algérien du

27 décembre 1968 pour être fondée sur d'autres critères que l'immatriculation de sa société au registre du commerce et des sociétés ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle a été prise par une autorité incompétente ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

En ce qui concerne la décision octroyant un délai de départ volontaire :

- elle a été prise par une autorité incompétente ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision faisant obligation de quitter le territoire français ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article 7 de la directive 2008/115/CE du Parlement européen et du Conseil du

16 décembre 2008 ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- elle a été prise par une autorité incompétente ;

- elle est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision faisant obligation de quitter le territoire français.

Par un mémoire en défense, enregistré le 2 mai 2023, le préfet du Nord conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Riou, vice-président,

- les observations de Me Verhaeghen, substituant Me Périnaud, avocate de

M. B.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant algérien, né le 18 août 1990, est entré en France le 11 septembre 2017 muni d'un visa portant la mention " étudiant ". Il a été mis en possession d'un certificat de résidence algérien en qualité d'étudiant, valable du 22 novembre 2017 au 21 novembre 2018 et régulièrement renouvelé. Le 5 novembre 2019, l'intéressé a sollicité un changement de statut afin d'obtenir la délivrance d'un certificat de résidence en qualité de commerçant. Par un arrêté du 1er mars 2023, le préfet du Nord a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement. M. B demande au tribunal d'annuler ces décisions.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. D'une part, aux termes des stipulations de l'article 5 de l'accord franco-algérien : " Les ressortissants algériens s'établissant en France pour exercer une activité professionnelle autre que salariée reçoivent, après le contrôle médical d'usage et sur justification, selon le cas, qu'ils sont inscrits au registre du commerce ou au registre des métiers ou à un ordre professionnel, un certificat de résidence dans les conditions fixées aux articles 7 et 7 bis ". Aux termes de l'article 7 du même accord : " a) Les ressortissants algériens qui justifient de moyens d'existence suffisants et qui prennent l'engagement de n'exercer, en France, aucune activité professionnelle soumise à autorisation reçoivent après le contrôle médical d'usage un certificat valable un an renouvelable et portant la mention "visiteur " ; / () / c) Les ressortissants algériens désireux d'exercer une activité professionnelle soumise à autorisation reçoivent, s'ils justifient l'avoir obtenue, un certificat de résidence valable un an renouvelable et portant la mention de cette activité ". D'autre part, aux termes de l'article L. 110-1 du code de commerce : " La loi répute actes de commerce : / () / 5° Toute entreprise de manufactures, de commission, de transport par terre ou par eau ; / () ".

3. Les stipulations précitées de l'accord franco-algérien ne subordonnent pas la première délivrance du certificat de résidence algérien en vue de l'exercice d'une activité professionnelle autre que salariée à la démonstration du caractère effectif de cette activité, ni à la démonstration de sa viabilité, ou à l'existence d'un lien entre cette activité et les études suivies par l'intéressé, ni davantage à celle que l'intéressé justifie de moyens d'existence suffisants.

4. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier, que M. B a sollicité la délivrance d'un certificat de résidence en qualité de " commerçant " pour l'exercice d'activités de préparateur de commandes, nettoyage de locaux professionnels, coursier à vélo et agent de sécurité, sous le nom commercial de KHB Services. Cette société a été inscrite au registre du commerce et des sociétés du tribunal de commerce de Paris le 18 novembre 2019. Sa situation relève, par suite, par renvoi de l'article 5 de l'accord franco-algérien, du champ d'application des stipulations de l'article 7 c) de cet accord et non de celles de l'article 7 a). En faisant application à l'intéressé de ces dernières stipulations, alors qu'il ne ressort au demeurant d'aucune pièce du dossier qu'il aurait sollicité un certificat de résidence en qualité de visiteur, le préfet du Nord a méconnu le champ d'application de cet accord et, ce faisant, commis une erreur de droit.

5. En second lieu, il ressort des pièces du dossier que le préfet du Nord s'est notamment fondé pour prendre la décision litigieuse sur les circonstances que l'activité professionnelle de M. B est en inadéquation avec les études qu'il avait suivies sur le territoire français, que la réalité de l'activité commerciale n'est pas établie et que l'intéressé ne justifie pas de moyens d'existence suffisants. Il résulte de ce qui a été rappelé au point 3 que les stipulations de l'accord franco-algérien applicables à l'intéressé ne subordonnent pas l'octroi du certificat de résidence sollicité à une telle condition. Par suite, le préfet du Nord a entaché sa décision d'une seconde erreur de droit.

6. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que M. B est fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 1er mars 2023 par lequel le préfet du Nord a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement.

Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :

7. En raison du motif qui la fonde, l'annulation de l'arrêté attaqué implique nécessairement, compte tenu de l'absence de changements de circonstances de droit ou de fait y faisant obstacle, qu'un certificat de résidence d'un an sur le fondement des stipulations des articles 5 et 7 c) de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 soit délivré à M. B. Il y a lieu d'enjoindre au préfet du Nord de délivrer ce certificat au requérant dans le délai d'un mois suivant la notification du présent jugement. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction de l'astreinte demandée par M. B.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

8. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire application de l'article

L. 761-1 du code de justice administrative et de mettre à la charge de l'État, la somme demandée, justifiée par la production d'une facture, de 1 500 euros au titre des frais exposés par M. B et non compris dans les dépens.

DÉCIDE :

Article 1er : L'arrêté du 1er mars 2023 du préfet du Nord est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet du Nord de délivrer à M. B un certificat de résidence d'un an sur le fondement des stipulations des articles 5 et 7 c) de l'accord franco-algérien, dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'État versera à M. B une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête de M. B est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet du Nord.

Copie en sera adressée pour information au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 5septembre 2024, à laquelle siégeaient :

- M. Riou, président,

- Mme Jaur, première conseillère,

- Mme Célino, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 septembre 2024.

L'assesseure la plus ancienne,

Signé

A. JaurLe président-rapporteur,

Signé

J.-M. Riou

La greffière,

Signé

S. Ranwez

La République mande et ordonne au préfet du Nord en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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