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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2302956

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2302956

jeudi 30 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2302956
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5ème Chambre
Avocat requérantMANNESSIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés le 31 mars 2023 et les 16 et 17 mai 2023 et 28 juin 2023, M. B C, représenté par Me Mannessier, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 28 février 2023 par lequel le préfet du Nord a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an ;

2°) d'enjoindre au préfet du Nord de lui délivrer une carte de séjour temporaire dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ou, à défaut, de procéder au réexamen de sa situation sous astreinte de 100 euros par jour de retard à compter du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 800 euros, à verser à son conseil, au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :

- elle a été signée par une autorité incompétente ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle a été signée par une autorité incompétente ;

- elle est illégale en raison de l'illégalité, invoquée par voie d'exception, de la décision portant refus de titre de séjour ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences sur sa situation personnelle.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation eu égard à ses conséquences quant à son état de santé.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- elle est illégale en raison de l'illégalité, invoquée par voie d'exception, de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle a été signée par une autorité incompétente ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 9 mai 2023, le préfet du Nord conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

L'Office français de l'immigration et de l'intégration a présenté des observations, enregistrées le 19 juin 2023.

M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 24 avril 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Leclère a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Par la requête susvisée, M. C, ressortissant congolais né le 28 mai 1994, demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 23 février 2023 par lequel le préfet du Nord a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement et a interdit son retour sur le territoire français pendant une durée d'un an.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne le moyen commun :

2. Par un arrêté du 15 février 2023, régulièrement publié le même jour au recueil des actes administratifs de la préfecture du Nord n°42, le préfet du Nord a donné délégation à M. A D, adjoint à la cheffe du bureau du contentieux des étrangers, à l'effet de signer, notamment les décisions attaquées portant refus de titre de séjour, obligation de quitter le territoire français et interdiction de retour sur ce même territoire.

Le moyen tiré de l'incompétence du signataire de ces décisions manque dès lors en fait et doit, par suite, être écarté.

En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :

3. En premier lieu, il ne ressort ni des termes de l'arrêté en litige ni des pièces du dossier que le préfet du Nord n'a pas procédé à un examen sérieux de la situation de M. C. Le moyen doit, dès lors, être écarté.

4. En second lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. () / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. () ".

5. Il résulte de ces dispositions qu'il appartient à l'autorité administrative, lorsqu'elle envisage de refuser la délivrance d'un titre de séjour sollicité sur le fondement de ces dispositions, de vérifier, au vu de l'avis émis par le collège de médecins de l'OFII, que cette décision ne peut avoir des conséquences d'une exceptionnelle gravité sur l'état de santé de l'intéressé et, en particulier, d'apprécier, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, la nature et la gravité des risques qu'entraînerait un défaut de prise en charge médicale dans le pays dont l'étranger est originaire. Lorsque le défaut de prise en charge risque d'avoir des conséquences d'une exceptionnelle gravité sur la santé de l'intéressé, l'autorité administrative ne peut légalement refuser le titre de séjour sollicité que s'il existe des possibilités de traitement approprié de l'affection en cause dans son pays d'origine. Si de telles possibilités existent mais que l'étranger fait valoir qu'il ne peut en bénéficier, soit parce qu'elles ne sont pas accessibles à la généralité de la population, eu égard notamment aux coûts du traitement ou à l'absence de modes de prise en charge adaptés, soit parce qu'en dépit de leur accessibilité, des circonstances exceptionnelles tirées des particularités de sa situation personnelle l'empêcheraient d'y accéder effectivement, il appartient à cette même autorité, au vu de l'ensemble des informations dont elle dispose, d'apprécier si l'intéressé peut ou non bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans son pays d'origine.

6. Il ressort des pièces du dossier que M. C souffre d'un trouble de stress post-traumatique complexe, d'intensité sévère avec une dépression comorbide et des idées suicidaires. A ce titre, il bénéficie d'un traitement par médicaments psychotropes et fait l'objet d'un suivi psychiatrique. Dans son avis du 15 septembre 2022, le collège des médecins de l'OFII a estimé que l'état de santé de l'intéressé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité mais qu'il existe un traitement approprié dans son pays d'origine. Il ressort des pièces du dossier et notamment des observations de l'OFII qu'un suivi psychiatrique peut être réalisé au centre hospitalier de Brazzaville et que le traitement médicamenteux pris par M. C est disponible, à l'identique ou par produit de substitution, dans son pays d'origine, nonobstant les termes généraux de l'attestation clinique émanant d'une psychologue produite par le requérant et affirmant que la prise en charge spécifique de l'intéressé ne peut être réalisée dans son pays d'origine. Ainsi il n'apparaît pas que le requérant ne pourra pas bénéficier d'un traitement approprié à son état de santé au Congo, ni que ce traitement ne serait pas disponible dans des conditions lui permettant d'y avoir accès. Il ne ressort pas non plus des seules pièces du dossier que le lien entre la pathologie dont souffre le requérant et les événements traumatisants qu'il invoque ne permette pas d'envisager un traitement effectivement approprié dans ce même pays. Par suite, le préfet n'a pas fait un inexacte application des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et le moyen doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

7. En premier lieu, compte tenu de ce qui précède, le moyen tiré de l'illégalité, invoquée par voie d'exception, de la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour doit être écarté.

8. En second lieu, compte tenu de ce qui a été dit au point 6 du présent jugement quant à la possibilité pour M. C de bénéficier d'un traitement approprié dans son pays d'origine, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision portant obligation de quitter le territoire français entraine des conséquences d'une exceptionnelle gravité sur sa situation personnelle. Ce moyen doit, dès lors, être écarté.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

9. En premier lieu, la décision en litige mentionne tant les circonstances de fait que de droit sur lesquelles le préfet du Nord s'est fondé pour édicter les décisions refusant au requérant un titre de séjour et fixant le pays de destination. Elle est ainsi suffisamment motivée.

10. En second lieu, compte tenu de ce qui a été dit au point 6 du présent jugement quant à la possibilité pour M. C de bénéficier d'un traitement approprié dans son pays d'origine, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision fixant le pays de destination entraine des conséquences d'une exceptionnelle gravité sur sa situation personnelle.

Ce moyen doit, dès lors, être écarté.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

11. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de l'illégalité, invoquée par voie d'exception, de la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être écarté.

12. En second lieu, compte tenu de ce qui précède, M. C n'est pas fondé à soutenir que la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an entraine des conséquences d'une exceptionnelle gravité sur sa situation personnelle, au seul motif qu'à la date de la décision attaquée, il bénéficie en France d'un traitement en raison de ses problèmes de santé. Ce moyen doit, dès lors, être écarté.

13. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 28 février 2023 doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction avec astreintes et celles présentées au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B C, à Me Mannessier et au préfet du Nord.

Copie en sera adressée à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Délibéré après l'audience du 25 avril 2024, à laquelle siégeaient :

- M. Chevaldonnet, président,

- Mme Grard, première conseillère,

- Mme Leclère, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 mai 2024.

La rapporteure,

Signé

M. LECLERE

Le président,

Signé

B. CHEVALDONNETLa greffière,

Signé

M. E

La République mande et ordonne au préfet du Nord en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière.

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