vendredi 5 mai 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lille |
| Section | Tribunal Administratif de Lille |
| N° Dossier | TA59-2303087 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Avocat requérant | YAMOVA |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 6 avril 2023, M. B A, représenté par Me Yamova, demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions de l'article L.521-1 du code de justice administrative :
1°) de suspendre l'exécution de la décision du 6 février 2023 par laquelle le préfet du Nord a refusé de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour portant la mention " bénéficiaire de la protection temporaire ",
2°) d'enjoindre au préfet du Nord d'enregistrer sa demande de " protection temporaire " et de lui délivrer cette autorisation provisoire, dans le délai de sept jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 200 euros par jour de retard, ou subsidiairement de procéder à un nouvel examen de sa demande de titre de séjour,
3°) de mettre à la charge de l'État le versement d'une somme de 2 000 euros en application des dispositions des article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient :
- le juge des référés du tribunal administratif de Lille est compétent pour statuer sur sa requête ;
Sur l'urgence, que :
- la décision attaquée a des conséquences graves sur sa situation personnelle et professionnelle ; il ne peut pas bénéficier des allocations financières liées au statut de la " protection temporaire " ; il doit retourner en Ukraine où la guerre se poursuit ; il est dans l'impossibilité totale de travailler, de faire des études, de se soigner, d'ouvrir un compte bancaire, de percevoir des aides financières et de trouver un logement ;
Sur le doute sérieux, que :
- la décision en litige est entachée d'incompétence ;
- elle est entachée d'une erreur de droit au regard des articles L. 581-3, L.581-7 et R.581-18 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'article 2 de la décision d'exécution (UE) 2022/382 du Conseil du 4 mars 2022, dès lors qu'il justifie avoir résidé en Ukraine avant le 24 février 2022 et avoir quitté ce pays en raison de la guerre ; il produit une carte de migration attestant qu'il a quitté l'Ukraine le 25 août 2022 pour se rendre en Biélorussie en faisant escale en Turquie et en Suisse ; si son passeport indique seulement qu'il a passé les frontières de la Suisse et de la Turquie, il est certain qu'étant mobilisé, il ne pouvait pas passer la frontière entre l'Ukraine et la Biélorussie avec son passeport sans risquer une arrestation par les autorités de son pays ; la carte d'assignation aux fins de recrutement au sein de l'armée ukrainienne qu'il a reçue le 15 août 2022 démontre qu'il a une adresse stable à Odessa ; l'accusé réception de ce document démontre qu'il lui a été remis en mains propres et qu'il était donc présent en Ukraine, le 15 août 2022.
Le préfet du Nord, représenté par le cabinet d'avocats Centaure, a produit des pièces complémentaires le 17 avril 2023.
Vu :
- la copie de la requête à fin d'annulation de la décision attaquée ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- la directive 2001/55/CE du Conseil du 20 juillet 2001 ;
- la décision d'exécution (UE) 2022/382 du Conseil du 4 mars 2022 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Lassaux, premier conseiller, pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique qui s'est tenue le 20 avril 2023 à 11h30, en présence de Mme Deregnieaux, greffière, M. Lassaux, juge des référés, a lu son rapport et entendu :
- les observations de Me Yamova, représentant M. A, qui reprend les conclusions et moyens de la requête ;
- et les observations de Me Salard, représentant le préfet du Nord, qui conclut au rejet de la requête en faisant valoir que l'urgence de l'affaire n'est pas caractérisée et qu'aucun des moyens de la requête n'est propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision en litige, et en particulier que le requérant n'établit pas qu'il résidait effectivement en Ukraine avant le 24 février 2022.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. B A, ressortissant ukrainien, déclare être entré en France le 30 novembre 2022. Il a sollicité la délivrance d'une autorisation provisoire de séjour portant la mention " bénéficiaire de la protection temporaire ", sur le fondement des dispositions de l'article L. 581-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il demande au juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de l'arrêté du 6 février 2023 par lequel le préfet du Nord a rejeté cette demande.
Sur les conclusions aux fins de suspension :
2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".
En ce qui concerne le doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :
3. D'une part, aux termes de l'article 2 de la décision d'exécution (UE) 2022/382 du Conseil du 4 mars 2022 constatant l'existence d'un afflux massif de personnes déplacées en provenance d'Ukraine, au sens de l'article 5 de la directive 2001/55/CE, et ayant pour effet d'introduire une protection temporaire : " Personnes auxquelles s'applique la protection temporaire / 1. La présente décision s'applique aux catégories suivantes de personnes déplacées d'Ukraine le 24 février 2022 ou après cette date, à la suite de l'invasion militaire par les forces armées russes qui a commencé à cette date : / a) les ressortissants ukrainiens résidant en Ukraine avant le 24 février 2022 () ".
4. D'autre part, aux termes de l'article L. 581-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " le bénéfice du régime de la protection temporaire est ouvert aux étrangers selon les modalités déterminées par la décision du Conseil de l'Union européenne mentionnée à l'article 5 de la directive 2001/55/CE du Conseil du 20 juillet 2001, définissant les groupes spécifiques de personnes auxquelles s'applique la protection temporaire, fixant la date à laquelle la protection temporaire entrera en vigueur et contenant notamment les informations communiquées par les États membres de l'Union européenne concernant leurs capacités d'accueil. ". Aux termes de l'article L. 581-3 du même code : " L'étranger appartenant à un groupe spécifique de personnes visé par la décision du Conseil mentionnée à l'article L. 581-2 bénéficie de la protection temporaire à compter de la date mentionnée par cette décision. Il est mis en possession d'un document provisoire de séjour assorti, le cas échéant, d'une autorisation provisoire de travail. Ce document provisoire de séjour est renouvelé tant qu'il n'est pas mis fin à la protection temporaire. Le bénéfice de la protection temporaire est accordé pour une période d'un an renouvelable dans la limite maximale de trois années. Il peut être mis fin à tout moment à cette protection par décision du Conseil. () ". Aux termes de l'article L. 581-5 du même code : " Un étranger peut être exclu du bénéfice de la protection temporaire dans les cas suivants : 1o Il existe des indices graves ou concordants rendant vraisemblable qu'il ait pu commettre un crime contre la paix, un crime de guerre, un crime contre l'humanité ou un crime grave de droit commun commis hors du territoire français, avant d'y être admis en qualité de bénéficiaire de la protection temporaire, ou qu'il s'est rendu coupable d'agissements contraires aux buts et aux principes des Nations unies ; 2o Sa présence en France constitue une menace pour l'ordre public, la sécurité publique ou la sûreté de l'État. ".
5. Il ressort des pièces produites que M. A s'est vu remettre, le 15 août 2022, en mains propres un document, intitulé " assignation ", l'informant qu'il était convoqué pour un recrutement dans les forces armées ukrainiennes. Ce même document mentionne que M. A réside à Odessa à une adresse connue des autorités ukrainiennes. En l'état de l'instruction, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 2 de la décision d'exécution (UE) 2022/382 du Conseil du 4 mars 2022 et de l'article L.581-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile est de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée.
En ce qui concerne l'urgence :
6. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de l'acte litigieux sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. L'urgence doit s'apprécier objectivement et globalement.
7. Selon l'objectif de la directive 2001/55/CE et de la décision d'exécution (UE) 2022/382 du Conseil du 4 mars 2022, les États membres doivent veiller à ce que les bénéficiaires de la protection temporaire aient immédiatement accès à un hébergement approprié ou reçoivent, le cas échéant, les moyens de se procurer un logement. Comme il a été rappelé précédemment, le requérant a quitté son domicile en Ukraine, s'est réfugié en France le 30 novembre 2022 et se retrouve désormais dans une situation de grande précarité, n'ayant aucune ressource financière. Par suite, la décision attaquée dont la suspension de l'exécution est demandée le place dans une situation objective de vulnérabilité permettant de considérer la condition d'urgence étant comme satisfaite.
8. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, qu'il y a lieu d'ordonner la suspension de l'exécution de la décision du 6 février 2023 par laquelle le préfet du Nord a refusé d'octroyer à M. A la protection temporaire.
Sur les conclusions aux fins d'injonction :
9. Aux termes de l'article L. 511-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés statue par des mesures qui présentent un caractère provisoire. Il n'est pas saisi du principal et se prononce dans les meilleurs délais ".
10. Il y a lieu d'enjoindre au préfet du Nord de procéder, en tenant compte du motif de suspension de l'exécution retenu dans la présente ordonnance, au réexamen de la demande de M. A de lui octroyer la protection temporaire, dans un délai de cinq jours à compter de la notification de la présente ordonnance. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais liés à l'instance :
11. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 800 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
O R D O N N E :
Article 1er : L'exécution de la décision du 6 février 2023 par laquelle le préfet du Nord a refusé d'octroyer à M. A la protection temporaire est suspendue jusqu'à ce qu'il soit statué sur la requête de l'intéressé tendant à l'annulation de ladite décision.
Article 2 : Il est enjoint au préfet du Nord, dans le délai de cinq jours suivant la notification de la présente ordonnance, de procéder au réexamen de la demande de M. A de se voir octroyer la protection temporaire.
Article 3 : L'Etat versera à M. A une somme de 800 euros en application des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Une copie en sera adressée pour information au préfet du Nord.
Fait à Lille, le 5 mai 2023.
Le juge des référés,
signé
P. LASSAUX
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.
Pour expédition conforme,
La greffière,
N°2303087
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026